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Édition du 3 janvier au 15 janvier 2026

Quand la Coupe d’Afrique des nations (CAN) montre les talents des footballeurs africains : retour sur Larbi Ben Barek

La Coupe d’Afrique des nations (CAN), qui se déroule en 2025-2026 au Maroc, met en exergue les footballeurs africains, dont beaucoup sont connus pour jouer dans des équipes de club d’Europe ou d’ailleurs.

Suscitant un véritable engouement populaire, cette compétition montre aussi, entre autres, que les sentiments de fraternité maghrébine qui sont largement abandonnés par les dirigeants politiques de ces Etats mais restent bien vivants au sein des populations, au-delà du patriotisme de chacune d’elles.

La carrière de certains joueurs se déroule ailleurs qu’en Afrique, comme un symptôme de la circulation persistante des individus malgré les entraves mises par les politiques migratoires des Etats. Ce phénomène, qui s’amplifie, n’est pas récent. Comme le montre la vie du footballeur né au Marc en 1914, Larbi Ben Barek, qui a connu une brillante carrière en France au XXème siècle.


Larbi Ben Barek, un footballeur « indigène » à la pointe de l’équipe de France

par Alain Ruscio pour histoirecoloniale.net

La carrière d’un joueur marocain d’exception a marqué à jamais l’histoire du football français – et même du sport dans son entier : Larbi Ben Barek[1]. Présumé né le 16 juin 1914[2] à Casablanca, il fut, comme tous les enfants du monde et de toutes générations, attiré dès son plus jeune âge par le ballon rond. Il semble que sa première équipe fut celle, informelle, des petits cireurs des quartiers pauvres de Casablanca[3]. Il fut vite remarqué pour ses qualités techniques et athlétiques. Il entama une carrière professionnelle en 1934 dans sa ville natale et la termina, comme joueur professionnel international, en 1954, à 40 ans, puis de joueur encore, cette fois en amateur, jusqu’en en 1956, donc à 42 ans.

Les indigènes ne comprendront jamais « les subtilités du football »

Pour bien comprendre le véritable cataclysme que put être l’apparition au tout premier plan d’un footballeur indigène, noir de surcroît, dans une France coloniale bardée de certitudes raciales, il faut se reporter à des écrits contemporains d’experts.   L’idée d’initier nos protégés aux sports est presque aussi ancienne que la colonisation. La fonction pédagogique de la pratique sportive était évidente : face à des masses réputées apathiques, voire paresseuses, le culte de l’effort, de la volonté de se surpasser, était exalté. De là, pourtant, à penser que ces êtres pourraient pratiquer un sport avec intelligence, il y avait un pas. En particulier un sport collectif, qui demandait autant de capacités de réflexion, une science du jeu, que d’aptitudes physiques. En 1928, un journaliste de l’hebdomadaire sportif Match, André Dumoulin, interviewa un Français « établi à Casablanca depuis douze ans » (non nommé), et donc apte à avoir un avis définitif sur la question :
 « Il n’est pas douteux que dans les sports individuels les Algériens, les Arabes même, ont accompli de grands progrès. Dans les sports collectifs, ils restent quelque peu en arrière. Ainsi tenez, pour ne citer qu’un seul exemple, il est presque impossible de faire comprendre aux indigènes les subtilités du football et, cependant, pris individuellement, certains d’entre eux ne sont pas du tout de mauvais footballers. Mais formez une équipe avec des Arabes ou bien exclusivement composée de Marocains, et malgré la meilleure volonté que vous apporteriez a leur inculquer les principes élémentaires du football vous serez déçus des maigres résultats que vous obtiendrez[4]. »

Une autre thèse omniprésente, rappelant que les enfants d’Afrique du Nord jouaient pieds nus dans les rues ou sur les terrains vagues, évoquait leur incapacité de reproduire les mêmes prouesses chaussures aux pieds… La meilleure réponse à la sottise était la preuve par la compétition – et par la victoire. On sait que trois générations de footballeurs maghrébins au moins firent, et de quelle manière, cette démonstration. Ben Barek, objet de cette étude, eut des successeurs des noms de Rachid Mekloufi et Zinedine Zidane. Des recruteurs – on ne disait pas encore agents – commencèrent à traverser la Méditerranée. À la veille de la Première Guerre mondiale, il y avait de l’ordre d’une quarantaine d’indigènes venus d’Afrique du Nord : Abdelkader Ben Bouali, Riahi Rabih (Olympique de Marseille), Gnaoui Souilem, Abdelkader Chibani (Red Star), Maâmar Belhadj (Stade de Reims), Azem Meftah (Fives-Lille, puis Stade de Rennes), Saïd Benarab (Bordeaux)… La plupart étaient Algériens. Pour eux, pas de problème, ils étaient habitants de départements français, même s’ils n’étaient pas citoyens. Mais Quid des sportifs venus des deux Protectorat ?  Quelques années avant l’épopée de Ben Barek, Henri Delaunay, président de la Fédération Française de Football-Association, avait décrété : « Les indigènes autochtones d’origine tunisienne ou marocaine seront considérés comme français pour tout ce qui concerne la délivrance des licences et des règles de qualification »[5].

La voie était libre pour Ben Barek

Une entrée tonitruante dans l’histoire du football.  Retour sur un épisode fondateur. Le 11 avril 1937, une sélection marocaine recevait l’équipe de France B à Casablanca. Ce jour-là, les Français reçurent, de l’avis de tous les observateurs, une leçon de football, les Marocains l’emportant par 4 buts à 1. Les filets français étaient pourtant gardés par le mythique gardien Da Rui. Qui ne démérita pas. Car, remarqua le grand quotidien sportif L’Auto – l’ancêtre de L’Équipe – « Da Rui évita, par sa souplesse et ses arrêts précis, une défaite plus lourde pour la France ». Ce jour-là, le nom de Ben Barek apparut sans doute pour la première fois dans la presse : « Le demi-centre marocain Ben Barek se montra supérieur à Meuriss »[6]. Quarante-huit heures seulement après cette première apparition, Ben Barek eut droit à un nouvel article, cette fois en première page. Jacques de Rysvick, chroniqueur du quotidien, intitula son article : « Les Marocains sont rapides, adroits, excellents dans le jeu de demi-volée » avec comme sous-titre : « Ben Barek, voilà un demi-centre ! ». Dans le corps de l’article, on apprenait qu’il avait été « le meilleur homme sur le terrain » de ce Maroc-France B. Le journaliste donnait la parole au gardien du Red Star, Martin Gonzales, qui connaissait bien le football marocain. Pour lui, ces footballeurs « pour la plupart », pourraient faire carrière dans des équipes françaises. « Je suis certain, par exemple, que Ben Barek, joueur intelligent et sérieux, ferait un très bon pivot d’équipe de première division, même sur terrain gras, tant son sens du football est réel »[7].

Il n’en fallait pas plus pour que les recruteurs cités supra s’intéressent à lui. Les premiers à réagir furent ceux de l’Olympique de Marseille, champion de France sortant, qui ne perdirent pas de temps : la signature fut annoncée le 3 juin 1937[8], moins de deux mois après le match Maroc-France B.  À Marseille, devant un public exigeant de connaisseurs (déjà), il suscita l’admiration de tous. Dont ses coéquipiers. Le capitaine de l’équipe, Bruhin, en fit ce portrait :  « Je ne crois pas avoir rencontré un joueur français, sauf peut-être Diagne[9], aussi naturellement doué que lui. C’est un footballeur-né. Non seulement en tant que souplesse et détente (sous ce rapport, il me rappelle les meilleurs Brésiliens de la Coupe du Monde), mais encore au point de vue touche de balle et instinct du jeu. Ses passes nettes, bien dirigées, arrivant sans bavure à l’homme démarqué, ne trompent pas[10]. »  

Un indigène en bleu-blanc-rouge

Sa réputation montante le poussait directement vers l’équipe de France. Malheureusement pour lui – et probablement pour l’équipe nationale –, il n’obtint son statut de sélectionnable que le 14 novembre 1938[11], soit cinq mois après la finale de la Coupe du Monde qui justement se déroulait en France. Les tricolores bleus s’inclinèrent en ¼ de finale face aux tricolores verts, l’équipe victorieuse ensuite en finale (Italie, 16 juin 1938).

Immédiatement après, la première sélection de Ben Barek apparut naturelle aux commentateurs, tout en cédant aux images exotiques un peu faciles :  « Bien modeste, d’autant plus sympathique, est le nouvel inter de l’équipe nationale, la vedette du jour, l’étoile nord-africaine qui est apparue dans le ciel de nos champs de jeu comme la Croix du Sud[12]. »

Ce fut une fois de plus l’Italie qui se mit sur le chemin de la France peu de temps après. En décembre 1938, la Squadra reçut la France à Naples pour un match aux allures de revanche. Ben Barek fut sélectionné, second homme de couleur, avec Raoul Diagne, déjà nommé. Il chanta La Marseillaise à gorge déployée, peut-être par provocation contre les sifflets. Car l’ambiance fut horrible : à l’hostilité entre une France républicaine et une Italie fasciste, moins d’un an avant la guerre mondiale, s’ajouta un racisme sans complexe aucun contre les deux « joueurs chocolat ».
 Le footballeur était tellement populaire que L’Auto organisa auprès de ses lecteurs un véritable référendum pour lui donner un surnom (lancement le 24 janvier 1939, résultat le 8 février) : bien avant le roi Pelé, Ben Barek devint pour chacun la Perle noire (voir infra). Malgré sa popularité, il eut droit comme tous les colonisés à des surnoms racistes. Dans le concours déjà cité de L’Auto, il se trouva des imbéciles pour proposer Blanche-Neige, Baba, Doudou, etc.[13] Moins agressif, un spectateur-admirateur aurait déclaré : « Moi, ça me serait égal d’être nègre si je jouais au football comme lui »[14]. Il fut victime de bien d’autres clichés, sur le mode paternaliste : « Ben Barek, un brillant footballeur, un grand enfant »[15]. Ou : « Le brave Ben Barek a des actions qui marquent sa spontanéité et qui sont d’un grand enfant, mais d’un grand enfant splendidement doué pour le jeu de balle »[16]. Même le grand journaliste Jean Eskenazi, par ailleurs éperdu d’admiration, ne put résister au jeu de mots douteux : Ben Barka « multiplie encore trop les arabesques »[17]. Autrement plus grave fut un article Paris-Soir, qui se voulait drôle et n’était que bêtement raciste :
 « Descendant des grands conquérants arabes, […] Ben Barek, comme ses ancêtres, a le goût du risque de l’aventure. […] Arrivé à Marseille [il] se pavane un peu sur le port avec sa belle chécia [sic] rouge sang et sa djeballa [re-sic] aux vives couleurs. Les débuts de Ben Barek sont prometteurs. Il gagne de gros sous, touche des primes, mais pour lui les billets sont de belles images qui vous permettent d’acquérir toutes sortes d’objets plaisants[18]. »

Rumeur ou vérité, il fut également critiqué pour ses changements d’attitude : où était l’homme « d’une modestie et d’une timidité exemplaires lorsqu’il débuta voilà quelques mois dans l’équipe de France » ? Il avait vite eu « la tête tournée par les applaudissements frénétiques de la foule du Parc des Princes et par les éloges dithyrambiques de la presse sportive. Ces derniers temps, il avait changé du tout au tout ». Il était devenu désinvolte, trop attentif à son apparence, aucun beau costume ne le satisfaisait, il s’enduisait les cheveux de pommades grasses, il était désormais exigeant, demandant par exemple des massages à l’eau de Cologne… « Ben Barek, redevenez l’homme que vous étiez en début de saison »[19].  La guerre interrompit évidemment toute vie sportive internationale, du moins chez les belligérants. Ben Barek, non mobilisable, retourna à Casablanca. Dans un Maroc resté sous le contrôle de Vichy, le régime, comme il le fit partout, utilisa le sport comme outil de propagande. Jean Borotra, ancienne vedette du tennis tricolore – et pétainiste affirmé (commissaire à la Jeunesse et aux Sports) – organisa une rencontre entre une sélection marocaine et une sélection française venue de la zone sud de métropole (Casablanca, 20 avril 1941, match nul). La présence de Ben Barek allait de soi. Plus surprenante fut la présence à ses côtés de l’immensément populaire Marcel Cerdan[20], alors champion d’Europe de boxe, passionné de football et, d’après les commentateurs de l’époque, excellent joueur, le Miroir des Sports allant jusqu’à le qualifier avec quelques exagération, d’« international en deux sports »[21]. En tout cas, les deux hommes, de par leur attachement commun à Casablanca, étaient complices depuis longtemps. Je vais voir les matchs de « mon grand copain Cerdan » chaque fois que je le peux, déclarait par exemple le footballeur en 1938[22]. En 1941, après le match cité supra, la presse publia une photo les montrant côte à côte, souriants, face à un étal de marchand d’épices[23].

Une seconde carrière

En 1945, la Perle noire venait de dépasser 30 ans (si l’on retient 1914 comme date de naissance). Comme toute une génération de sportifs – sans compter le commun des mortels –, ses plus belles années lui avaient été volées par le conflit. Mais sa réputation était intacte.

C’est le Stade français, un club qui avait de grandes ambitions, qui le recruta alors, pour un transfert considéré à l’époque comme record (on cita le chiffre d’un million[24]). Sa carrière internationale reprend également. Il sera de nouveau appelé en équipe de France à 12 occasions, jusqu’à une ultime sélection, le 16 octobre 1954, à 40 ans, contre l’Allemagne, championne du monde. En tout, il porta le maillot de l’équipe de France à 17 occasions, entre le 4 décembre 1938 et ce 16 octobre 1954, soit 15 ans et 10 mois, record absolu (avec évidemment l’interruption de la guerre).  Mais un sort dut frapper Ben Barek. Arrivé en équipe de France au lendemain de la Coupe du Monde de 1938 (voir supra), il aurait eu toute sa place pour la Coupe 1950, qui se tint au Brésil. Mais la Fédération française déclara forfait, suite à des désaccords avec les organisateurs.  Le footballeur marocain trouva quelque consolation dans une courte mais fructueuse carrière en Espagne. L’Atletico de Madrid le racheta au Stade français. Ben Barek fut deux fois champion d’Espagne avec ce club (1950 et 1951). De retour en France en 1953, il rejoignit son premier club professionnel, l’Olympique de Marseille. Il y disputa ses derniers matchs professionnels, avant de raccrocher en 1955.  Après sa retraite de jouer professionnel, il termina sa carrière à Sidi Bel Abbès comme entraineur-joueur dans le modeste club de l’Union Sportive musulmane de la ville (saison 1955-56)[25], puis rentra prendre une retraite méritée dans son pays devenu indépendant en 1957.  

Un « dieu du football » d’après Pelé

En 1976, Pelé, au summum de sa gloire, effectua une visite au Maroc. Il demanda expressément à rencontrer Ben Barek. La presse publia diverses photos des deux joueurs[26]. C’est à cette occasion que Pelé déclara sincèrement : « Si je suis le roi du football, alors Ben Barek en est le Dieu ».   

Y a-t-il une malédiction attachée aux grands sportifs issus du monde colonial ? Toujours est-il que Ben Barek eut alors des jours de plus en plus difficiles. Oublié de tous, il mourut misérablement, le 16 septembre 1992. Son corps ne fut découvert qu’une semaine après sa mort…



[1] Nous nous appuyons en particulier sur la très complète fiche biographique de Pierre Cazal et Richard Coudrais, « Larbi Ben Barek, la perle du Maroc », Site Chroniques Bleues, 16 septembre 2022 ; https://www.chroniquesbleues.fr/larbi-ben-barek
[2] Un journaliste affirma pourtant avoir vu le passeport du joueur avec la mention « présumé né en 1917 » (Jacques de Rysvick, L’Auto, 13 septembre 1938). [3] Martin Gonzales, L’Auto, 14 avril 1937.
[4] André Dumoulin, Match, 31 janvier 1928. [5] Stanislas Frenkiel, Larbi Ben Barek, Marcel Cerdan, Ali Mimoun et Alfred Nakache aux frontières de l’assimilation, Mémoire de Master 2, Centre de Recherche en Science du Sport, Université Paris-Sud XI, Année universitaire 2004-2005.
[6] L’Auto, 12 avril 1937. [7] Jacques de Rysvick et Martin Gonzales, L’Auto, 14 avril 1937.
[8] L’Auto, 4 juin 1937. [9] Raoul Diagne, citoyen français (son père Blaise fut secrétaire d’État) d’origine sénégalaise, gardien de but, sélectionné 18 fois en équipe nationale, très populaire. D’une lecture de la presse sportive de l’époque ressort le portrait d’un homme affable, sérieux, respecté. Seuls, de ci, de là, quelques surnoms imbéciles, « Joséphine (Baker, évidemment), Mon z’ami, Le Négus » (Mario Brun, Match, 19 novembre 1935).
[10] Bruhin, cité par Jacques de Rysvick, L’Auto, 13 septembre 1938. [11] Lucien Gamblin, L’Auto, 15 novembre 1938. [12] Mario Brun, Le Petit Parisien, 19 novembre 1938.
[13] Claude Boli, « Larbi Ben Barek, la première vedette maghrébine du football français », Revue Migrance, n° 29, 1er trimestre 2008 (CAIRN). [14] Miroir des Sports, 7 février 1939.
[15] L’Auto, 15 novembre 1948. [16] Miroir des Sports, 16 mai 1939.
[17] Jean Eskenazi, France-Soir, 3 novembre 1945.
[18] Paris-Soir, 25 janvier 1939, cité par le dossier de l’exposition de l’Institut du Monde arabe, Foot et monde arabe, la révolution du ballon rond, 10 avril-21 juillet 2019. [19] Miroir des Sports, 23 mai 1939. [20] Cerdan était natif de Sidi Bel Abbès, en Algérie, en 1916, mais sa famille s’était installée à Casablanca dès 1922. [21] Miroir des Sports, 5 mai 1941. [22] Ben Barek, Le Petit Parisien, 24 novembre 1938. [23] Miroir des Sports, 5 mai 1941.
[24] France-Soir, 24 octobre 1945.
[25] Redouane Ained Tabet, Histoire d’Algérie. Sidi-bel-Abbès, de la colonisation à la guerre de Libération en Zone 5 – Willaya V (1830-1962), ENAG Diffusion, Alger, 1999.
[26] Pelé ; https://snrtnews.com/fr/article/quand-pele-la-legende-bresilienne-idolatrait-larbi-benbarek-63346


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