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Édition du 15 février au 1er mars 2026

France culture : « Non, les Français n’ont pas payé la colonisation »

Ce n’est pas la colonisation qui a construit des routes, des écoles et des hôpitaux dans les territoires colonisés. Ce sont les impôts et le travail des populations colonisées, elles-mêmes, qui ont financé ces infrastructures.

Avec Camille Lefebvre, historienne, directrice de recherche au CNRS, directrice d’études à l’EHESS, PI de l’ERC Langarchiv et membre de l’Institut des mondes africains.

Avec quel argent des routes, des écoles et des hôpitaux ont-ils été construits dans les colonies ? Les populations locales ont payé pour ces dépenses civiles.

La règle de l’autosuffisance

À partir de 1901, une loi française fixe la règle d’autosuffisance des colonies et impose qu’elles ne reçoivent aucun transfert budgétaire de la métropole. Pour les dépenses civiles, chaque colonie fonctionne sur budget propre, c’est-à-dire sur ce qu’elle produit comme revenu. Les investissements sont réalisés avec les impôts qui y sont perçus.

Pendant vingt ans, des économistes français, comme Denis Cogneau et Elise Huillery, ont cherché à comprendre à qui la colonisation avait coûté quelque chose. Grâce à l’analyse de milliers de documents d’archives, ils ont démontré que sur l’ensemble de la période coloniale entre 1833 et 1962, la France avait dépensé à peine 1% du produit intérieur brut métropolitain annuel dans ses colonies du Maghreb, d’Afrique et d’Asie.

Dépenses militaires d’un côté, dépenses civiles de l’autre

Ces chercheurs ont aussi surtout démontré que l’argent venu de métropole, dans son immense majorité, a servi pour des dépenses militaires. Les impôts et les taxes perçus sur les populations colonisées ont servi à payer les coûts de fonctionnement des administrations coloniales, notamment les salaires des administrateurs. Tout comme les coûts d’infrastructure.

Lorsqu’un hôpital ou une route étaient édifiés, les fonds ne venaient pas de Paris, mais étaient pris sur les recettes générées dans le territoire par les taxes et le travail de ceux et celles qui y résidaient, un travail le plus souvent peu rémunéré, voire contraint.


Ecouter ce podcast (3 mn)


Sur ce thème, lire sur notre site : « Un empire bon marché », par Denis Cogneau détruit la thèse ancienne de Jacques Marseille


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