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Édition du 1er au 15 février 2026

Disparu il y a dix ans : Hocine Aït Ahmed a fait l’objet d’un hommage à Alger

Un colloque a été organisé à Alger les 17 et 18 janvier 2026 pour les dix ans de la disparition de Hocine Aït Ahmed, l’un des initiateurs de la lutte d’indépendance algérienne puis, une fois cette indépendance conquise, défenseur de la démocratie menacée par l’autoritarisme. Nous en publions le programme, ainsi que la version intégrale de l’interview donné par l’historien Gilles Manceron au quotidien algérien L’Expression, qui en a publié une partie dans son édition du 19 janvier.

Ci-dessous également, le lien vers les interventions de ce colloque filmées par Berbère TV. Parmi celles-ci, le politologue Nedjib Sidi Moussa a fait une communication remarquée sur la thèse et l’ouvrage trop méconnu d’Hocine Aït Ahmed sur « l’Afro-fascisme », intitulée : « Relire l’Afro-fascisme de Hocine Aït Ahmed : penser les libertés et les droits des peuples africains », qui figurera dans l’édition de ce colloque préparée par les organisateurs et que notre site reproduira.



LE PROGRAMME DU COLLOQUE INTERNATIONAL

HOCINE AÏT AHMED : TRAJECTOIRE D’UN COMBAT POLITIQUE ET HERITAGE D’UNE ŒUVRE INTELLECTUELLE (1926-2026)

Alger, 17 et 18 janvier 2026

École supérieure d’hôtellerie et restauration d’Alger (ESHRA)
Route Nationale 11, Aïn Benian

• SAMEDI 17 JANVIER 2026

– Conférence inaugurale : Mustapha Ben Jaâfar, président d’honneur de l’Internationale socialiste, fondateur et ancien Secrétaire général d’Ettakatol, ex-président de l’Assemblée constituante tunisienne :

Hocine Aït Ahmed : Résistant, diplomate et promoteur de la démocratie

SESSION 1 : ÉMERGENCE D’UN LEADER HISTORIQUE DU MOUVEMENT NATIONAL

Modération : Samir Ghezlaoui, universitaire et journaliste

Mohamed Lahcen Zeghidi, historien :

Enfance et jeunesse de Hocine Aït Ahmed : aux origines de la conscience politique d’un révolutionnaire algérien

Benjamin Stora, historien :

Rôle d’Aït Ahmed dans l’émergence d’une jeune génération nationaliste radicale après les massacres du 8 mai 1945

Amar Mohand-Amer, historien :

Pensée révolutionnaire de Hocine Aït Ahmed : de l’Organisation spéciale (OS) au rapport de Zeddine

– Débat

Ali Guenoun, historien :

Hocine Aït Ahmed et la crise démocratique de 1949 au sein du mouvement national : positions et conséquences

Ouanassa Siari Tengour, historienne :

Hocine Aït Ahmed : l’expérience d’un homme au service de l’histoire

14h50 – Fouad Soufi, historien :

Ce que révèle une photographie de notre histoire : Hocine Aït Ahmed dans le récit national

Mostefa Bouchachi, avocat et militant des droits humains :

Hocine Aït Ahmed, leader du mouvement national et précurseur du combat pour les droits de l’Homme en Algérie

– Débat

– Cérémonie de baptisation du siège du FFS, sis au 56 avenue Souidani Boudjemaa, El Mouradia, Alger au nom de Hocine Aït Ahmed


• DIMANCHE 18 JANVIER 2026

SESSION 2 : DE LA LUTTE ANTICOLONIALE AU COMBAT DEMOCRATIQUE

Modération : Rachid Hammoudi, universitaire

Gilles Manceron, historien :

Action politique et diplomatique de Hocine Aït Ahmed pour l’internationalisation de la cause algérienne

10h25 – Aissa Kadri, sociologue :

Matrice intellectuelle de Hocine Aït Ahmed : un engagement anticolonial dans sa dimension maghrébine

10h50 – Smail Tahi, historien et enseignant universitaire :

Positions et contributions de Hocine Aït Ahmed durant son emprisonnement : de la Soummam aux accords d’Évian, en passant par la création du GPRA

– Débat

Mélinda Seridj, doctorante en histoire :

Création du Front de forces socialistes (FFS) : genèse de l’engagement politique postcolonial de Hocine Aït Ahmed

Djamel Baloul, enseignant universitaire et ancien député du FFS :

Hocine Aït Ahmed : le parcours d’un combat démocratique pour la paix civile, la réconciliation et le consensus national (1965–2013)

– Débat

SESSION 3 : UN INTELLECTUEL AU SERVICE DES LIBERTES ET DES PLURALISMES

Modération : Mélinda Seridj, doctorante en histoire

Tassadit Yacine, anthropologue :

Hocine Aït Ahmed et la construction de la personnalité algérienne

Brahim Tazaghart, écrivain et ancien militant du MCB :

L’identité dans la pensée et l’action de Hocine Aït Ahmed

Nedjib Sidi Moussa, politologue :

Relire l’Afro-fascisme de Hocine Aït Ahmed : penser les libertés et les droits des peuples africains

Slimane Benaïssa, dramaturge, romancier et acteur :

La place du pluralisme culturel dans la vie de Hocine Aït Ahmed

– Débat

CONFERENCE DE CLOTURE

Mustafa Barghouthi, médecin et secrétaire général de l’Initiative nationale palestinienne :

Hocine Aït Ahmed, une trajectoire qui éclaire le combat des peuples opprimés pour leur autodétermination


Enregistrements du colloque et interviews par Berbère TV


Entretien de L’Expression avec Gilles Manceron

recueilli à Paris le 14 janvier 2026 par Kamel Lakhdar Chaouche et dont L’Expression a publié une transcription partielle dans son édition du 19 janvier 2026.

L’Expression : Avez-vous connu Hocine Ait Ahmed et dans quelles circonstances ?

Gilles Manceron : J’ai rencontré Hocine Aït Ahmed à Paris, lorsqu’il a pris une position courageuse dans les années 1990, avec d’autres comme Abdelhamid Mehri, à la suite de la Conférence de Sant Egidio. Mais je l’ai surtout fréquenté au début des années 2000 dans un cadre universitaire, lors d’un colloque à Paris, à l’Ecole des Hautes études en Sciences Sociales (EHESS), en 2005 consacré, sous l’égide de la Ligue des droits de l’Homme, aux 60 ans du 8 mai 1945 et aux traces laissées par l’idéologie coloniale dans la société française. Il y avait à la fois de grands témoins et acteurs de cette histoire, comme Chawki Mostefaï (1919-2016) et Hocine Aït Ahmed, des historiennes et historiens, comme Annie Rey-Goldzeiguer, et des militants engagés en France contre le racisme postcolonial et pour la défense des droits de l’Homme, comme Michel Tubiana et Arlette Heymann-Doat. Tous ont disparu depuis. Et nous avions convenu avec Hocine Aït Ahmed d’organiser avec lui une série d’entretiens filmés qui déboucheraient sur une journée à la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), sise à l’Université de Nanterre. Nous avons organisé les années suivantes des séances de travail où des entretiens ont été filmés, dans un climat amical avec des déjeuners auxquels Hocine Aït Ahmed tenait à inviter notre équipe et où les conversations étaient à la fois libres et très riches.

Le résultat a été, le 20 mai 2009, une journée d’études intitulée « Le témoignage de Hocine Aït Ahmed sur la colonisation et la guerre d’indépendance de l’Algérie, 1945-1962 » à l’Université Paris-Ouest Nanterre-La Défense, au cours de laquelle des extraits des entretiens ont été projetés et des débats, en présence de Hocine Aït Ahmed ont eu lieu avec d’autres historiennes et historiens. A Alger en 2026, j’ai l’occasion de retrouver ceux qui ont réalisé ces entretiens puisqu’ils participent, les 17 et 18 janvier, à l’hommage qui lui est rendu par le FFS intitulé « Hocine Aït Ahmed : trajectoire d’un combat politique et héritage d’une œuvre intellectuelle (1926-2026) ». Il s’agit de Amar Mohand-Amer, Ali Guenoun et Ouarda-Ouanassa Siari-Tengour.

Par ailleurs, j’avais auparavant beaucoup entendu parler de celui, M’hamed Yazid, qui, entre 1952 et 1956, avait travaillé étroitement avec Hocine Aït Ahmed dans le domaine diplomatique. Mon beau-père, Marcel Péju, journaliste dans les années 1950 et en particulier secrétaire général de la revue Les Temps modernes de Jean-Paul Sartre entre 1953 et 1962, avait rencontré Yazid au début des années 1950 quand, sous le pseudonyme de Zoubir, il était l’un des responsables du PPA/MTLD en France et cherchait à y faire imprimer le journal Algérie libre, interdit en Algérie coloniale. Il lui avait trouvé une solution en faisant fabriquer ce journal sur les presses de l’hebdomadaire Franc-Tireur, issu de la Résistance, que dirigeait son père, Elie Péju. Pour lui, il était normal que ceux qui avaient combattu pour la libération de la France occupée par l’Allemagne nazie soutiennent les Algériens qui voulaient l’indépendance de leur pays. Son engagement est un exemple des soutiens que recueillait, en France et dans le monde, la lutte d’indépendance algérienne.

Dans cette période, Hocine Aït Ahmed, a fait un passage en France quand la responsabilité de l’Organisation spéciale (OS) lui avait été retirée en 1949 par la direction messaliste du MTLD dans le contexte d’une campagne « anti-berbériste », puis, a rejoint le Caire en 1952 et c’est là qu’il a commencé à travailler avec M’hamed Yazid dans le domaine diplomatique. Ils ont d’abord participé à une conférence des pays nouvellement indépendants à Rangoun, en Birmanie, puis en décembre 1954 à Bogor, en Indonésie, puis surtout à l’importante conférence de Bandoung, en Indonésie, en avril 1955. Ils constituaient à son ouverture la seule représentation du Maghreb, avant l’arrivée de Salah Ben Youssef et de la délégation du Néo Destour tunisien, et ils ont défendu la nécessaire solidarité des pays maghrébins. Ensuite, comme ils avaient dû accepter d’être officiellement rattachés à la délégation égyptienne, ils ont dû ruser pour faire annoncer le plus souvent possible leur présence, par des annonces sonores diffusées sur le lieu où résidaient les délégués, pour faire en sorte que la délégation algérienne soit perçue en tant que telle au sein de la conférence.

Ils ont poursuivi par la suite leurs efforts diplomatiques pour faire reconnaître le droit à l’autodétermination de l’Algérie auprès des Nations Unies, lors de séjours à New York où ils ont réussi à faire inscrire cette question à l’ordre du jour des sessions de son Assemblée générale.

Par la suite, après sa capture en octobre 1956 avec les autres responsables du FLN, Ahmed Ben Bella, Mohamed Boudiaf, Mohamed Khider et Rabah Bitat, Hocine Aït Ahmed a approuvé les décisions du congrès de la Soummam qui s’était tenu au mois d’août, ce qui n’était pas le cas de tous. Quand, au château d’Aulnoy, en région parisienne, après qu’ils aient été détenus à la prison de la Santé, au fort de l’île d’Aix, puis à Turquant, en Touraine, Marcel Péju avait pu leur rendre visite, j’ai recueilli son témoignage : il avait ressenti l’atmosphère très tendue qui régnait entre eux et avait compris que des désaccords sur le pouvoir à établir dans l’Algérie indépendante commençaient à se manifester parmi eux.

Surtout attaché à l’action diplomatique du FLN, à la mobilisation politique des Algériens et pas seulement à l’action militaire. Il s’était renseigné sur les mouvements indépendantistes d’Amérique latine, d’Asie orientale, mais aussi d’Irlande. Le mouvement indépendantiste irlandais avait fortement nourri sa réflexion. Hocine Aït Ahmed défendait aussi l’importance de l’éducation pour construire un Etat. Ce qu’il faut surtout retenir, c’est qu’il a été un défenseur de l’aspiration démocratique du peuple algérien, pendant la guerre comme après l’indépendance de l’Algérie. Il pensait que les organisations syndicales, d’étudiants ou de femmes devaient être autonomes. Il était aussi d’une grande culture, parlait plusieurs langues, et il avait pour son pays une vision de son combat non pas étroite mais internationaliste. Il avait étudié l’émancipation des autres peuples à travers le monde.

Revenons à vos rencontres de travail avec Hocine Aït Ahmed, n’a-t-il pas pensé publier la suite de son ouvrage intitulé Mémoires d’un combattant (1) ?
A la suite de ce travail avec le service audiovisuel de la Bibliothèque de documentation internationale contemporaine (BDIC), il nous a également remis l’ébauche de ce qui devait constituer la suite de son ouvrage, Mémoire d’un combattant. Ces notes sont intéressantes, bien que son travail soit inachevé. Quant aux entretiens filmés avec lui, ils ont été conservés par la BDIC, qui s’appelle aujourd’hui La Contemporaine, et ils peuvent être demandés à y être consultés dans sa salle de lecture.

(1) Hocine Aït Ahmed, Mémoires d’un combattant. L’esprit d’indépendance 1942-1952, Paris, Sylvie Messinger, 1983. Réédition, Alger, éditions Barzakh, 2002.


Interview de Gilles Manceron par Berbère TV


Communications du colloque sur YouTube

Lahsen Zeghidi [voir ci-dessous]

Benjamin Stora — Rôle d’Aït Ahmed après le 8 mai 1945

Amar Mohand-Amer — Pensée révolutionnaire d’Aït Ahmed


Aïssa Kadri — Hocine Aït Ahmed et la pensée maghrébine

Gilles Manceron — Hocine Aït Ahmed et la diplomatie algérienne

Ouanassa Siari Tengour — Hocine Aït Ahmed au service de l’histoire


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