4 000 articles et documents

Édition du 15 février au 1er mars 2026

De Nouméa à Bougival : l’interminable fin de l’histoire coloniale française. Par Pierre-Yves Bocquet

Un bilan très critique de la politique française en Kanaky durant ces dernières années et un brillant plaidoyer pour un retour à l'esprit décolonisateur de l'Accord de Nouméa.

Ci-dessous la version intégrale de l’article Pierre-Yves Bocquet, directeur adjoint de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME), ancien conseiller mémoire du président de la République François Hollande, dont une version abrégée a été publiée par la revue Esprit. Il nous livre un bilan sans concession de la politique française en Kanaky/Nouvelle Calédonie, de l’Accord de Nouméa (1998) à celui de Bougival (2025), et un brillant plaidoyer pour un retour à l’esprit décolonisateur du premier. Dans l’intérêt du peuple kanak, mais aussi dans celui de la France. Ce serait, écrit-il, « une libération pour la France. Ce serait la fin des faux-semblants sur la colonisation, des reconnaissances partielles, des bilans jamais soldés, des fausses équivalences entre parts d’ombre et parts de lumière, du spectre absurde de la “repentance”, ce mot-repoussoir inventé pour entraver non pas tant l’exigence de vérité (qui a été très largement documentée, et depuis longtemps, et qui est aujourd’hui largement accessible) que le devoir d’action, c’est-à-dire de réparation, de l’Etat – force est d’ailleurs de constater que cet artifice rhétorique fait bien son office depuis des décennies, en parvenant à enfermer les dirigeants français dans un déni aussi solide qu’absurde du caractère intrinsèquement pervers du projet colonial ». 


De Nouméa à Bougival : l’interminable fin de l’histoire coloniale française

« La décolonisation est le moyen de refonder un lien social durable entre les communautés qui vivent aujourd’hui en Nouvelle-Calédonie, en permettant au peuple kanak d’établir avec la France des relations nouvelles correspondant aux réalités de notre temps. »

Ces mots sont ceux de la première phrase du point 4. du préambule de l’Accord sur la Nouvelle-Calédonie signé à Nouméa le 5 mai 1998. « L’accord de Nouméa », comme il est aujourd’hui encore connu, est le texte négocié sous l’autorité de Lionel Jospin en 1998 par les représentants des indépendantistes kanak et des anti-indépendantistes néo-calédoniens qui a remplacé les accords de Matignon arrachés par Michel Rocard en 1988 pour mettre fin aux violences politiques qui ensanglantaient alors l’archipel.

Par cette phrase sans ambiguïté, il définit non seulement l’évolution qu’il dessine – une « décolonisation » – mais, de ce fait, il qualifie également la situation de départ : à ceux qui pouvaient alors penser que la France avait définitivement clos son histoire coloniale après l’indépendance de l’Algérie en 1962, l’accord de Nouméa disait donc que, en 1998, l’histoire de la colonisation française n’était pas encore achevée.

Et c’est toujours le cas aujourd’hui : c’est ce que, dans le « projet d’accord sur l’avenir de la Nouvelle-Calédonie » qu’il a présenté en juillet 2025 à Bougival aux représentants des différentes communautés du territoire, le gouvernement français a lui-même réaffirmé en présentant ce projet dans son introduction comme « une nouvelle étape sur la voie de la décolonisation et de l’émancipation ».

De la colonisation au nécessaire processus de décolonisation

Mais qu’est-ce que « la colonisation » ? Et que signifie, au 21ème siècle, un processus de décolonisation ? Alors que les blessures de notre passé colonial continuent de hanter les relations que nous entretenons avec nos ex-colonies, jusqu’aux plus anciennes comme Haïti, alors que, en France même, ces blessures continuent de susciter des polémiques aussi enflammées que mal fondées (comme l’a montré l’émoi suscité au printemps dernier par les propos, pourtant parfaitement justifiés, du journaliste Jean-Michel Aphatie au sujet des massacres commis par les troupes françaises lors de la conquête de l’Algérie), il est plus que jamais nécessaire de comprendre ce qu’a été ce phénomène, et ce qu’il dit encore du monde dans lequel nous vivons.

Si vous voulez avancer sincèrement dans cette direction, une bonne manière de commencer est de lire le préambule de l’accord de Nouméa. Cela vous permettra de découvrir un texte injustement méconnu, peu commenté lorsqu’il a été adopté en mai 1998 et rarement cité depuis lorsqu’il est question de la politique mémorielle de la France à l’égard de son passé colonial. Un texte qui est pour l’essentiel absent du débat public, tout comme la Kanaky / Nouvelle Calédonie1 elle-même, qui n’y apparaît que lorsqu’elle est agitée de ces soubresauts tragiques qui perlent l’histoire de toutes les colonies. 

Pourtant, le préambule de l’accord de Nouméa est probablement, après la loi dite Taubira du 21 mai 2001, la déclaration officielle où la République est allée le plus loin dans la reconnaissance de la nature du projet colonial que la France a porté et des fautes qu’elle a commises en son nom. Malgré ses formulations parfois elliptiques, il en expose les caractéristiques essentielles, comme les conséquences :

  • En premier lieu, le préambule reconnaît l’existence d’un « peuple d’origine », les Kanak, avec son « identité », sa « civilisation propre », sa culture, et même son « imaginaire » ; l’utilisation de cette expression, « peuple d’origine », est doublement originale, dans la mesure où, d’une part, elle est clairement en rupture avec le droit constitutionnel français, qui affirme l’indivisibilité de la République et l’unité du peuple français2 et, d’autre part, elle évoque – sans s’y référer explicitement – la notion de « peuple indigène » telle qu’elle résulte de la convention n°169 « relative aux peuples indigènes et tribaux » adoptée en 1989 par l’organisation internationale du travail, qui est encore aujourd’hui le seul texte international contraignant sur ce sujet3, que la France n’a pas ratifié, pour les mêmes raisons juridiques qui ont conduit le Conseil Constitutionnel à rejeter la notion de « peuple corse » ; 
  • En deuxième lieu, le préambule reconnaît le caractère déséquilibré et injuste des rapports qui ont alors été établis avec le peuple kanak : il dit que « [l]orsque la France prend possession de [la Nouvelle-Calédonie], elle n’établit pas des relations de droit avec la population autochtone », et que les traités qu’elle a alors passés n’étaient « pas des accords équilibrés mais, de fait, des actes unilatéraux » : c’est ainsi reconnaître que, si elle a été légitimée « selon les conditions du droit international alors reconnu par les nations d’Europe et d’Amérique », ces normes n’étaient pas universelles et, notamment, niaient l’autonomie et la souveraineté de la population première ; 
  • En troisième lieu, le préambule atteste de la dévastation que cette prise de possession a été pour le « peuple d’origine », et il en détaille les conséquences dramatiques : « [l]e choc de la colonisation a constitué [pour elle] un traumatisme durable » ; il a provoqué « des déplacements considérables de population », « une perte des repères identitaires », « des limitations aux libertés publiques et une absence de droits politiques » pour les Kanak, « repoussés aux marges géographiques, économiques et politiques de leur propre pays », ce qui a provoqué « des révoltes, lesquelles ont suscité des répressions violentes » ; « simultanément, le patrimoine artistique kanak était nié ou pillé » ; concluant cette énumération dramatique, le préambule affirme que le temps est désormais venu « de restituer au peuple kanak son identité confisquée, ce qui équivaut pour lui à une reconnaissance de sa souveraineté, préalable à la fondation d’une nouvelle souveraineté, partagée dans un destin commun ».

Les mots sont forts, même s’ils ne vont pas jusqu’à qualifier juridiquement ces violences faites au peuple kanak : le texte parle seulement de « moments difficiles » dont il faut de « faire mémoire », de « fautes » qu’il faut « reconnaître », mais pas de crimes – ni a fortiori de crimes contre l’humanité – qu’il faudrait réparer. Cette étape symbolique que la République s’est refusée à franchir à Nouméa, trois ans plus tard, elle osera l’assumer avec la loi Taubira, par laquelle elle a reconnu l’esclavage et la traite comme crime contre l’humanité. Une déclaration nette, mais elle-même limitée, d’abord dans sa portée, puisque la loi se place uniquement sur le plan de la reconnaissance, sans officiellement entrer dans une démarche de réparations (contrairement à l’intention originelle de Christiane Taubira) et dans son ampleur ensuite, puisqu’elle ne porte que sur certaines pratiques bien précises d’une autre époque de la colonisation française, en l’occurrence la traite et l’esclavage, qui étaient abolies lorsque la France a pris possession de la Nouvelle Calédonie.

De plus, la forme du préambule, dans l’illogisme de sa construction, montre les limites du travail de vérité que l’Etat français avait alors accepté : le texte commence en effet par évoquer la prise de possession par la France de la « Grande Terre, que James Cook avait dénommée « Nouvelle-Calédonie » », comme si l’histoire débutait là, pour noter ensuite, dans son deuxième paragraphe, cette vérité première : « Or, ce territoire n’était pas vide », avant de développer dans son troisième paragraphe les caractéristiques de la « civilisation » qui y préexistait. Par sa forme même, le texte reste donc marqué par l’eurocentrisme, n’osant pas adopter pour son récit de l’histoire de la Kanaky / Nouvelle Calédonie le seul récit à la fois véritablement universaliste et simplement logique, qui aurait été de rétablir la chronologie de l’occupation du territoire (et donc des droits naturels de la population autochtone), des premiers peuplements à l’invasion et l’occupation par la France. 

Fruit d’un compromis entre les différentes communautés qui peuplent l’archipel, le préambule de l’accord de Nouméa fait également droit à la mémoire particulière des autres habitants du territoire, ces « hommes et [c]es femmes […] venus en grand nombre, aux xixe et xxe siècles, convaincus d’apporter le progrès, animés par leur foi religieuse, venus contre leur gré ou cherchant une seconde chance en Nouvelle-Calédonie[, et qui] y ont fait souche ». Le texte salue leur contribution « à la mise en valeur minière ou agricole et, avec l’aide de l’Etat, à l’aménagement de la Nouvelle-Calédonie ». Tout en reconnaissant que « l’accession des kanak aux responsabilités demeure insuffisante et doit être accrue par des mesures volontaristes », l’accord affirme également « que la participation des autres communautés à la vie du territoire lui est essentielle ». Ce faisant, il dessine un chemin de décolonisation original associant les descendants du peuple colonisé, ceux du peuple colonisateur et les représentants de toutes les autres communautés (wallisiennes, futuniennes, asiatiques…) qui ont fait souche sur le territoire.

Courageux dans leur énonciation des trois vices essentiels de la colonisation (en Nouvelle-Calédonie comme ailleurs) – la négation de la dignité des peuples autochtones, l’appropriation unilatérale de leurs terres et leur marginalisation violente et discriminatoire par le pouvoir colonial – les rédacteurs du préambule de Nouméa ont préféré esquiver la question la plus sensible qui leur était posée – ainsi qu’à nous, encore aujourd’hui – : celle de la qualification de la colonisation elle-même. Quand ils affirment que « [le] moment est venu de reconnaître les ombres de la période coloniale », ils complètent immédiatement cette affirmation par un codicille (« même si elle ne fut pas dépourvue de lumière ») qui laisse irrésolue la question du bilan (« globalement positif » ? irrévocablement vicié ?), et donc de la nature intrinsèque du projet colonial.

Ce choix était sans doute le plus intelligent en 1998, en ce qu’il a permis de jeter les bases d’un processus dont la nature était clairement affichée (une « décolonisation »), sans jeter ni les acteurs locaux ni les acteurs nationaux dans un débat mémoriel et idéologique qui aurait sapé les bases de ce processus : la révision constitutionnelle nécessaire à l’application de l’accord a de fait pu être votée à une quasi-unanimité par la gauche et la droite (831 pour, 31 contre4 lors du Congrès du 6 juillet 1998).

L’« Accord de Bougival » remet en cause l’Accord de Nouméa

Cette question de la nature intrinsèque de la colonisation, et de la façon dont on peut en réparer les effets destructeurs, est pourtant capitale, aujourd’hui plus encore qu’en 1998. 

Elle l’est tout d’abord pour la Kanaky / Nouvelle Calédonie. C’est pour l’avoir un temps oublié ces dernières années que l’Etat a gravement endommagé le processus initié par Michel Rocard en 1988 et conforté par Lionel Jospin en 1998 ; d’abord en cessant après le départ d’Edouard Philippe de faire porter ce dossier par le Premier ministre, alors que le rattachement à Matignon symbolisait le caractère singulier de la relation entre l’Etat français et les acteurs locaux5 ; ensuite en ne recherchant pas le consensus pour fixer la date du dernier des trois référendums d’autodétermination prévu par l’accord de Nouméa, qui a été organisé en décembre 2021 contre l’avis des indépendantistes (cf. infra) ; et enfin en confirmant la rupture de la méthode consensuelle posée par les accords Matignon-Nouméa en engageant, de nouveau contre l’avis des indépendantistes, une révision constitutionnelle pour dégeler le corps électoral pour les élections au congrès et aux assemblées provinciales du territoire. Aux yeux du gouvernement, aligné entre 2020 et 2024 sur les positions des anti-indépendantistes les plus intransigeants, ralliés depuis plusieurs années à la majorité présidentielle, le processus de décolonisation était bel et bien terminé6.

L’explosion de violence dans le territoire, à partir du 13 mai 2024 – la veille du vote solennel par les députés du projet de loi constitutionnel pour dégeler le corps électoral –, a fait s’effondrer cette construction. Après quelques tâtonnements, l’Etat a fini par affirmer sa volonté de renouer avec l’esprit des accords de 1988 et 1998, sous l’égide du nouveau ministre des outre-mer Manuel Valls qui, dans les premiers mois qui ont suivi sa prise de fonction, n’a cessé de rappeler la dimension décolonisatrice de la démarche à reprendre. 

Ce mot, décolonisation, n’est de fait pas un fétiche. Il renvoie à une réalité précise, le fait colonial, qui place un peuple sous la domination historique d’un autre, et à la volonté d’y mettre un terme en s’engageant dans une démarche particulière, absolument spécifique, qui exige de déroger à certains principes fondamentaux dans l’ordre interne de l’Etat colonisateur, au nom d’un principe fondamental supérieur : faire cesser l’injustice historique de la colonisation, lorsque celle-ci continue d’exercer ses effets.

Ce conflit de principes se retrouve dans le dossier néo-calédonien, où l’on voit s’affronter, apparemment, deux visions de l’universalisme : d’un côté, l’universalisme du droit des peuples à disposer d’eux-mêmes, qui confère au peuple premier une légitimité particulière pour recouvrer l’autonomie et la dignité dont il a été privé par la colonisation, et de l’autre, l’universalisme de la démocratie dans une République se voulant unitaire et qui ne tolère à ce titre aucun statut dérogatoire pour une population particulière7

La reconnaissance de la persistance du fait colonial n’est pas ce qui distingue ces deux positions. Au contraire, elle constitue le pivot même de leur opposition, la seconde n’étant que l’envers de la première : en niant, contre l’évidence, l’existence d’un peuple « premier » doté de ce fait même de droits historiques spécifiques8, les anti-indépendantistes les plus radicaux témoignent de la nature même du projet colonial, qui repose précisément sur cette négation. Ce qui distingue en fait ces deux positions est le cadre dans lequel chaque partie envisage la résolution de l’équation ici posée : pour les indépendantistes, ce cadre est international, car il met aux prises deux légitimités nationales distinctes, celle du peuple premier d’une part, et celle de l’Etat colonisateur d’autre part, quand, pour les anti-indépendantistes, il est national, clos à l’intérieur de l’espace juridique de la République française, dont l’universalisme se trouve à la fois qualifié (c’est un universalisme républicain, d’une République indivisible) et borné (c’est un universalisme français, cette qualité étant définie par l’Etat y compris pour ceux qui refusent de se définir dans cette nationalité qui a été imposée à leurs ancêtres par la conquête).

Théoriquement, ces deux positions sont inconciliables, chaque partie remettant en cause l’essence de l’autre partie : d’un côté, celle du peuple premier et de son projet d’indépendance nationale, et de l’autre, celle de la France unitaire et de son projet assimilateur. Ce sont pourtant ces deux positions antithétiques que, tel le chat de Schrödinger vivant et mort à la fois, les accords de Nouméa ont réussi à faire tenir dans un même texte, grâce à ce simple mot qui a pacifiquement guidé les évolutions dans le territoire pendant un quart de siècle : décolonisation. Mais une décolonisation d’un genre spécial, qui serait à la fois un constat (celui de la persistance d’injustices liées à la colonisation et dont la communauté kanak est toujours victime) et un processus (la mise en œuvre de mesures institutionnelles, économiques, sociales, culturelles, symboliques destinées à corriger ces injustices), mais pas un but explicité, car sur ce but les parties étaient et restent résolument opposées l’une à l’autre. 

C’est le chat de Schrödinger des accords qui pendant ce quart de siècle a pu faire avancer la Kanaky / Nouvelle Calédonie à la fois vers l’indépendance et vers le maintien dans la République Française. Ou plutôt : qui a pu faire avancer les deux camps indépendantiste et anti-indépendantiste (et toutes les nuances – nombreuses – entre les deux) sur un même chemin, dont chacun espérait qu’il le conduirait là où il voulait aller. Féconde ambiguïté qui a permis au territoire de vivre dans la paix civile pendant plus de 25 ans tout en transformant ses institutions, et dont le nœud était – et est toujours – l’article 5 de l’accord de 1998. Cette disposition clé du texte définit les conditions dans lesquelles devait être organisée, deux décennies après sa signature, la consultation décisive sur « le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité ».

Dans la réalité, la réussite – fragile mais réelle – du processus de Nouméa ne doit rien à la physique quantique, et tout à l’habileté pragmatique de ses concepteurs locaux et nationaux : contrairement au chat de Schrödinger, le félin institutionnel qu’a inventé l’accord de 1998 pouvait être en même temps deux choses exclusives l’une de l’autre car il n’existait pas encore. Il n’était qu’un horizon incertain, une potentialité parmi d’autres, soumise au résultat d’un scrutin qui ne s’était pas encore tenu.

Ce n’est plus le cas aujourd’hui. 

La décolonisation oubliée : la fin de l’esprit de l’Accord de Nouméa

Conformément à l’accord, une première consultation s’est tenue le 4 novembre 2018, qui a vu le « non » à la question « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? » l’emporter à 56,4 %. A la suite de ce résultat, et selon les dispositions de l’accord, qui prévoyait la possibilité de tenir jusqu’à trois consultations, un second vote est organisé le 4 octobre 2020, remporté par le « non » à 53,3 % (en baisse de 3 points en deux ans). La date de la troisième consultation a alors été fixée unilatéralement par le gouvernement au 12 décembre 2021, contre l’avis du FLNKS ; boycotté par les indépendantistes, il n’a rassemblé que 43,9 % des électeurs (presque deux fois moins que la consultation de 2020), et donné la victoire au « non » à 96,5 %. 

Théoriquement, le cycle de Nouméa devrait donc être fini : les trois consultations ont eu lieu, le « non » l’a emporté trois fois, le rêve d’une Kanaky indépendante s’est envolé et la Nouvelle Calédonie va donc demeurer dans la République française. Sauf que cette position, qui est celle que défendent les anti-indépendantistes depuis cette date, se heurte à deux obstacles : le premier est politique, le second juridique.

La première difficulté tient à la légitimité politique de cette troisième et dernière consultation. Organisée contre l’avis de la partie kanak, boycottée par plus de la moitié du corps électoral, son résultat est depuis contesté par les organisations indépendantistes qui estiment qu’elle n’a pas mis un terme au processus de l’accord de Nouméa, dont elle a au contraire brisé la méthode consensuelle. De fait, en décidant de poursuivre ce processus contre l’avis de l’une de ses parties essentielles, et en assumant même de sortir de la position de neutralité vis-à-vis les différentes parties locales9, l’Etat a non seulement tourné le dos à une expérience politique unique qui avait fait ses preuves pendant plus de trente ans, il s’est également privé du seul outil dont il disposait pour construire pour la Kanaky / Nouvelle Calédonie un avenir réellement partagé entre les différentes communautés qui habitent le territoire. Les événements subséquents ont montré l’impasse de toute construction qui n’associerait pas réellement les représentants du peuple premier, et ne considèrerait pas ses droits inaliénables à « une complète émancipation ».

Ces termes sont ceux qui concluent l’article 5 de l’accord de Nouméa et, s’ils ne s’appliquent pas au peuple kanak mais à « la Nouvelle Calédonie » elle-même, ils témoignent de la logique vers laquelle le texte tend, sans aller jusqu’à l’inscrire explicitement dans ses objectifs, pour les raisons indiquées plus haut. Car, contrairement à ce que l’on pourrait croire, l’accord de Nouméa ne pose pas une équivalence entre les deux issues exclusives l’une de l’autre que poursuivaient les parties à sa signature, et c’est là le second obstacle, juridique, auquel les acteurs locaux se heurtent aujourd’hui.

En effet, si l’article 5 de l’accord de 1998 qualifie bien le périmètre de la consultation qu’il prévoit (« le transfert à la Nouvelle-Calédonie des compétences régaliennes, l’accès à un statut international de pleine responsabilité et l’organisation de la citoyenneté en nationalité »), il ne définit pas la victoire du « non » aux trois éditions de cette consultation comme, par exemple, « le maintien de la Nouvelle Calédonie dans la République française » ou « la fin du processus de décolonisation », pour reprendre des formulations entendues après chaque consultation. Le texte de l’accord mentionne bien le cas d’une triple victoire du « non » aux trois consultations possibles qu’il a prévues ; mais, dans ce cas, il se contente de dire, de façon elliptique que, « [s]i la réponse est encore négative, les partenaires politiques se réuniront pour examiner la situation ainsi créée », indiquant ensuite que « [t]ant que les consultations n’auront pas abouti à la nouvelle organisation politique proposée, l’organisation politique mise en place par l’accord de 1998 restera en vigueur ».

Plus significatif encore, le texte indique ce que cette nouvelle organisation politique ne devra pas être, c’est-à-dire la partition du territoire, l’un de ses morceaux accédant par exemple à la pleine souveraineté, et l’autre conservant des liens avec la France, « au motif que les résultats de la consultation électorale y auraient été différents du résultat global ». Cette rédaction interdit explicitement un scénario semblable à celui de Mayotte lors de la consultation de décembre 1974 sur l’indépendance des Comores. Cette précaution n’était pas superflue, certains acteurs du camp anti-indépendantistes en 2024 ayant laissé flotter cette hypothèse, s’agissant de la province Sud du territoire, la plus riche et celle où les Européens sont les plus nombreux10.

Ce n’est qu’après avoir donné ces précisions capitales que l’article 5 se conclut sur cette phrase qui prend alors tout son sens : « L’Etat reconnaît la vocation de la Nouvelle-Calédonie à bénéficier, à la fin de cette période, d’une complète émancipation ».

L’accord de Nouméa ne dit pas que la Nouvelle Calédonie deviendra à terme et de façon certaine la Kanaky indépendante11 ; mais il fixe malgré tout un horizon au processus de décolonisation qu’il organise : la « complète émancipation » du territoire, et cette affirmation, que l’Etat n’a reprise pour aucun autre territoire de la République, dit bien l’esprit particulier de ce texte. Cet esprit est celui de son préambule, quand il reconnaît la violence et la dépossession dont le peuple kanak a été victime, et quand il fait de cette reconnaissance le fondement de la démarche qu’il dessine ensuite. Un fondement partiel et ambigu dans ses formulations comme dans sa nature, comme on l’a vu supra, qui ne rejette pas l’essence du projet colonial, mais seulement ses « ombres » tout en veillant à en souligner également les parts de « lumière ». La formulation de l’article 5 de l’accord montre cependant que, en 1998, le gouvernement français était prêt à aller, en Kanaky / Nouvelle Calédonie, jusqu’à la conclusion ultime d’un processus de « décolonisation » : la pleine souveraineté du territoire, c’est-à-dire son indépendance, dont la mise en œuvre lèverait définitivement les ambiguïtés que l’accord contenait encore.

C’est avec cette assurance non pas dans l’issue mais dans le sens du processus engagé en 1998 que le gouvernement a choisi de rompre après la consultation du 12 décembre 2021 : d’indépendance il n’a alors plus été question de son côté, même sous une forme hypothétique ou ambiguë, et, dans les débats de 2024 autour du projet de loi constitutionnelle, même la décolonisation a disparu du discours officiel de l’Etat. Après l’explosion de mai 2024 et la chute du gouvernement Attal, Michel Barnier a commencé à rompre avec cette logique, dès sa déclaration de politique générale, mais sans être en mesure d’infléchir substantiellement les choses ; nommé ministre des outre-mer de plein exercice dans le gouvernement de François Bayrou, Manuel Valls a, lui, voulu renouer avec les bases du processus lancé par celui qui marqua les débuts de sa carrière politique, Michel Rocard, en affirmant « vouloir achever la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie » lors de son deuxième voyage dans le territoire en mai 202512.

Un changement de posture refusé par les indépendantistes

C’est sur la base de ce changement de posture de la part du représentant du gouvernement que les indépendantistes ont accepté de revenir à la table des négociations au premier semestre 2025, puis de participer aux discussions de Bougival qui se sont achevées par la signature d’un projet d’accord (mais pas de cet accord lui-même). L’échec (provisoire ? définitif ?) de ce processus, après le rejet par les militants du FLNKS en août 2025 du projet d’accord que leurs représentants avaient négocié à Bougival, montre la difficulté de l’exercice et la complexité des questions qu’il doit résoudre. 

Il serait vain de prétendre dicter depuis Paris aux acteurs locaux les compromis et les sacrifices qu’ils devraient faire pour préserver le futur de l’archipel. Mais ce serait une autre erreur que de croire que la question de l’avenir de la Kanaky / Nouvelle Calédonie ne concernerait qu’eux, et pas la France elle-même, dans sa totalité. 

D’abord parce que c’est à elle que s’adressent les représentants du « peuple d’origine », parce que c’est elle qui a pris leur terre et qui a ensuite provoqué ces « déplacements considérables de population », cette « perte des repères identitaires », ces « limitations aux libertés publiques », cette « absence de droits politiques » pour les kanak et ces « répressions violentes » dont parlait en 1998 le préambule de l’accord de Nouméa. C’est également au nom de la France que, aujourd’hui, les anti-indépendantistes plaident pour une normalisation du statut du territoire, et c’est à elle qu’à cette occasion ils veulent définitivement l’arrimer. C’est enfin l’image de la France dans le monde qui se joue dans sa capacité à résoudre cette difficile équation ; tout comme le Royaume-Uni a joué son image dans le monde lorsqu’il a dû faire face aux demandes du gouvernement mauricien et des anciens habitants des îles Chagos à propos du sort de cet archipel qu’il n’avait pas décolonisé au moment de l’indépendance de Maurice13.

La résolution de l’imbroglio de la Kanaky / Nouvelle Calédonie n’est ni une affaire strictement locale, ni une affaire intérieure française, aux enjeux purement contemporains et qui pourrait être traitée comme un « dossier » politique comme les autres : comme tout ce qui se rattache à la colonisation, cette situation ne peut être traitée véritablement que si les responsables étatiques acceptent de la considérer d’abord dans sa nature historique, c’est-à-dire en osant affronter les questions fondamentales qu’elle convoque, dans toute l’étendue de leur dimension mémorielle, internationale et principielle. 

En 1998, le gouvernement de Lionel Jospin a eu ce courage, en actant avec l’accord de Nouméa que, 36 ans après l’indépendance de l’Algérie, 24 ans après l’indépendance des Comores et 21 ans après celle de Djibouti, la France avait encore des territoires à décoloniser. En croyant pouvoir refermer cette page en 2021, le gouvernement français et les élus anti-indépendantistes n’ont pas « traité » le processus de décolonisation, comme le rapporteur du projet de loi constitutionnelle avorté de 2024 et leader anti-indépendantiste Nicolas Metzdorf l’a dit à l’Assemblée Nationale lors des débats sur le texte ; les événements de mai 2024 ont au contraire montré que l’on ne pouvait pas achever ce processus contre l’avis du « peuple d’origine » et de ses représentants.

Et c’est là où les nœuds du destin de la Kanaky / Nouvelle Calédonie sont aussi les nœuds de la société française d’aujourd’hui, et plus encore de sa classe politique qui n’a jamais cessé de voir la mémoire de la colonisation comme une question gênante, clivante, à jamais la « boîte à chagrin »14 dont parlait le général de Gaulle et qu’il est toujours préférable de laisser fermée. Pendant longtemps, ce fut parce que l’on en savait trop à ce sujet15. Désormais, c’est parce que l’on n’en sait plus grand-chose, et qu’on préfère le confort de cette ignorance aux troubles qu’une trop grande connaissance de ce passé ne manquerait pas de susciter. 

Force est ainsi de constater que l’effort que nos dirigeants les plus éminents ont su faire dans les années 1990 pour affronter la part de responsabilité de la France dans le génocide des Juifs durant la Seconde guerre mondiale n’a pas été reproduit à propos de la colonisation. En témoigne le fait que, jusqu’à nos jours, aucun président de la République n’a osé condamner le projet colonial en tant que tel (et non pas seulement certains de ses crimes les plus abominables), en affirmant sa nature intrinsèquement dévoyée, et en en tirant les conséquences qui s’imposent, sur tous les plans, comme le pays l’a fait après le discours du Vel d’Hiv de Jacques Chirac en 1995. Pas même Emmanuel Macron, le premier président français né après 1962, qui avait pourtant qualifié la colonisation de « crime contre l’humanité » en Algérie lors de sa campagne présidentielle de 2017, et dont il est significatif de constater que, chef de l’Etat élu et réélu, il n’a jamais réutilisé ce langage, ni laissé entendre qu’il pourrait l’endosser un jour dans l’exercice de ses fonctions.

Tout juste accepte-t-on au plus haut niveau de l’Etat d’écarter les évocations trop apologétiques de ce passé, comme Jacques Chirac et Dominique de Villepin le firent en 2006 en abrogeant par décret le deuxième alinéa de l’article 4 de la loi du 23 février 2005 portant reconnaissance de la Nation et contribution nationale en faveur des Français rapatriés, qui prétendait obliger les programmes scolaires français à reconnaître « le rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord ». Un article qui avait été soutenu par des députés de droite et de gauche, il faut le rappeler, montrant ainsi combien cette difficulté à nommer la nature intrinsèquement viciée du projet colonial traverse l’échiquier politique français.

On se souvient que même l’accord de Nouméa porte la marque de cette ambivalence, quand il évoque sans les hiérarchiser les « ombres » et la « lumière » de la colonisation dans le territoire – une formulation que les représentants de la partie anti-indépendantiste ne se sont pas privés de reprendre en 2024, durant les débats parlementaires autour du projet de loi constitutionnelle. Mais en 1998 cette rédaction était au service d’un projet de décolonisation, qu’elle renforçait par son ambivalence qui réunissait les deux parties, alors qu’en 2024 les mêmes mots servent désormais à justifier la fin de ce projet, au nom d’un retour au droit commun qui n’a que l’apparence de la justice.

Rétablir la justice

Dans une situation coloniale en effet, rétablir la justice est impossible à l’intérieur du cadre juridique de droit commun de l’Etat colonisateur, car cet Etat est précisément à l’origine des injustices à réparer. Le cas des restitutions à leurs communautés d’origine des œuvres d’art et objets spoliés durant la colonisation est un parfait exemple de ce phénomène. Annoncées par le président de la République dans son discours de Ouagadougou en 2017, préparées par le rapport que l’économiste sénégalais Felwine Sarr et l’historienne de l’art Bénédicte Savoie lui ont remis un an plus tard, ces restitutions se sont rapidement heurtées aux dispositions restrictives du Code du Patrimoine sur l’aliénabilité des biens contenus dans les collections publiques. Cette dernière ne peut être levée que par la loi, et uniquement pour un motif d’intérêt général devant être justifié pour chaque œuvre ou objet ; c’est ainsi qu’il a fallu des lois spécifiques pour restituer au Bénin 26 objets du trésor des rois d’Abomey16, et à la Côte d’Ivoire le « tambour parleur » Djidji Ayôkwê17

Pour éviter la multiplication de lois ponctuelles, le gouvernement a déposé à l’été 2025 un projet de loi général destiné à accélérer le processus de restitution, à l’instar de ce qui a été fait en 2022 pour accélérer la restitution de biens spoliés dans le cadre des persécutions antisémites nazies. Or le régime proposé par le projet de loi de 2025 pour les biens spoliés lors de la colonisation est plus restrictif que celui prévu par la loi de 2022, et il est intéressant d’en lire la raison dans l’avis du Conseil d’Etat sur ce texte, que le gouvernement a publié en juillet 202518

Le Conseil d’Etat note en effet une différence entre les deux spoliations : il indique tout d’abord que, s’agissant des spoliations antisémites sous le nazisme, l’existence de nombreux textes et jugements nationaux et internationaux permet d’affirmer l’existence dans tous les cas d’un « intérêt général supérieur », ou « motif impérieux » justifiant la rapidité de la procédure et son caractère exorbitant du droit commun, au nom du principe constitutionnel « de non-discrimination, combiné[…] aux circonstances dans lesquelles les biens [o]nt pu entrer dans la propriété publique » ; il relève en revanche qu’une telle présomption ne peut être affirmée pour les spoliations coloniales, en l’absence de textes ou jugements de portée identique, et que, si « l’objectif de permettre la réappropriation par un peuple de biens constituant des éléments fondamentaux de son patrimoine et qui ont fait l’objet d’une appropriation illicite, répond à un motif d’intérêt général », il ne voit pas là un motif impérieux. 

La distinction peut paraître anecdotique. Elle révèle au contraire que, quand bien même la colonisation reposait par essence sur la spoliation et la discrimination, elle n’a pas fait, et ne fait toujours pas l’objet de la même condamnation sans ambiguïté que les spoliations antisémites mises en œuvre ou inspirées par le nazisme, ni en France, ni ailleurs dans le monde : faute de procès du type Nuremberg, Barbie ou Papon, il n’existe aucune jurisprudence nationale ou internationale sur les crimes coloniaux comparable à celle qui existe pour les persécutions anti-juives du nazisme ou inspirées par lui, ni loi de réparation à l’instar de ce qui a pu être fait pour les victimes de la Shoah ou les harkis (au contraire, les lois post-coloniales ont été surtout des lois d’amnistie des coupables, et non de réparation). 

Cette absence est le reflet de l’influence sur l’ordre international post-1945 des puissances occidentales, alors presque toutes colonialistes, et qui ont tout fait pour que les nouvelles dispositions inventées pour punir et réparer les crimes nazis ne puissent s’appliquer aux crimes coloniaux. De façon plus spécifique s’agissant de la France, cette absence est aussi le reflet de la difficulté du pays à faire face à cette part de son passé, dans toute sa violence. Les polémiques à répétition sur ce sujet, tout comme les approximations et contre-vérités qui émaillent le débat public français à chaque fois qu’il est question de la colonisation, sont autant de signes de cette difficulté. Comment dès lors s’étonner si ces dernières années le gouvernement français s’est montré plus que timide dans son appréhension du caractère colonial de la situation en Kanaky / Nouvelle Calédonie ?

C’est l’autre raison pour laquelle, dans ce dossier, il est indispensable pour le gouvernement et le Parlement de renouer avec l’esprit de décolonisation qui les avait guidés en 1998, derrière Lionel Jospin : ce retour à l’esprit de Nouméa n’est pas seulement nécessaire pour rouvrir le dialogue avec les représentants des Kanak aliénés depuis l’organisation du troisième référendum de 2021 (et de nouveau fermés, s’agissant du FLNKS, après Bougival), il l’est aussi pour faire de cette nouvelle étape dans l’évolution institutionnelle de la Kanaky / Nouvelle Calédonie un nouveau jalon dans le travail de mémoire que la France a besoin d’approfondir sur son passé colonial. 

Il est temps en effet que la République assume explicitement ce que le préambule de l’accord de Nouméa n’a fait que suggérer, sans aller jusqu’au bout, ni avoir marqué les consciences dans l’Hexagone. Il est temps que, prolongeant l’effort des négociateurs de 1998, la France dise enfin la nature criminelle de la colonisation, qu’elle assume enfin sa responsabilité à l’égard de ses victimes et qu’elle cherche enfin officiellement à en réparer les séquelles.

En Kanaky / Nouvelle Calédonie, l’enjeu de cette nouvelle étape réside dans la reconnaissance du statut particulier des Kanak sur cette terre que leurs ancêtres ont été les seuls à occuper pendant des siècles. Reconnaître officiellement qu’ils sont le « peuple premier » est capital car cette affirmation, en nous confrontant à l’injustice fondatrice de la conquête de 1853, est la seule capable d’en réparer pleinement les effets : 

  • d’abord parce qu’elle rappelle que la nature de tout projet colonial est d’être avant toute chose un acte de subjugation fondé non sur le droit mais sur la force (et donc à ce titre criminel), qui se déploie ensuite en un régime de spoliation, de discrimination et de violence assignant aux « indigènes » un statut dégradé, dont les conséquences continuent de se faire sentir aujourd’hui ;
  • ensuite parce que, pour effacer ces effets, il faut accorder aux Kanak, et à eux seuls, des droits spéciaux tout aussi exorbitants du droit commun que les mesures discriminatoires dont ils ont longtemps été victimes, et que seule la reconnaissance des préjudices particuliers que la colonisation leur a imposés permet de justifier.

Reconnaître les droits du peuple kanak

L’histoire du droit applicable aux Kanak témoigne du mélange de ces deux logiques, coloniale et discriminatoire dans un premier temps, décolonisatrice et (implicitement) réparatrice dans un second temps, certaines dispositions pouvant relever de l’une puis de l’autre de ces logiques au fil du temps : ainsi en est-il du statut civil coutumier des Kanak, garanti par l’article 75 de la Constitution de 1958 dans une rédaction directement issue du régime colonial de l’indigénat19, et qui constitue aujourd’hui une reconnaissance officielle dans le droit civil français des traditions particulières du peuple kanak ; ainsi en est-il également du fait que les recensements dans le territoire autorisent le recueil de données ethniques, qui furent longtemps utilisés pour asseoir la politique de peuplement colonial par la France afin de réduire le poids relatif des Kanak dans la population de l’archipel, et qui permettent aujourd’hui, avec l’aval de la CNIL20, d’objectiver les inégalités dont les Kanak sont toujours victimes.

Ainsi en est-il enfin, et ce dernier point est le plus important dans les circonstances présentes, des conditions pour pouvoir voter aux scrutins spécifiques au territoire (consultations d’auto-détermination et élections du Congrès et des assemblées provinciales), pour lesquelles, d’après l’accord de Nouméa, le fait de relever du statut civil coutumier (c’est-à-dire d’être Kanak) est une condition suffisante pour voter, alors qu’une stricte condition de présence prolongée est imposée aux autres citoyens français. La justification de cette condition, qui crée une disjonction inédite entre le droit de vote et la citoyenneté pour les citoyens français sans lien prolongé avec le territoire, est explicitement liée au processus de décolonisation dans lequel la Kanaky / Nouvelle Calédonie est engagée, lequel induit une restriction des effets de l’installation dans le territoire de nouveaux résidents sans lien avec lui, ce mouvement étant assimilé par les Kanak à une politique de peuplement colonial, comme le souligne le professeur de droit à l’Université de Nouvelle Calédonie Mathias Chauchat dans un article de la revue du Conseil Constitutionnel en 200821.

Faire abstraction de cette réalité en Kanaky / Nouvelle Calédonie, au nom d’une égalité oublieuse des conditions de naissance de cette société revient à prolonger l’injustice initiale faite au peuple kanak. Une telle « égalité » ne vaut pas mieux que la prétendue « mission civilisatrice » invoquée par la 3ème République pour justifier sa politique de conquête et d’assujettissement hors d’Europe, car sa finalité n’est pas d’assurer l’égalité entre les citoyens d’un même pays, mais de dénier à un peuple premier les droits qui doivent à ce titre lui être reconnus, et à lui seul. 

C’est à cette logique que le projet d’accord de Bougival renonce partiellement, en « dégelant », contre l’avis du FLNKS, le corps électoral habilité à élire les membres du Congrès de Nouvelle-Calédonie, c’est-à-dire l’instance ayant vocation à se prononcer sur les grandes décisions institutionnelles relatives à l’avenir du territoire. Ce dégel, qui augmente mécaniquement la part des non-Kanak dans le corps électoral, ajouté à la condition de majorité qualifiée au sein du Congrès pour l’adoption de ces grandes décisions, a pour effet de diluer l’influence du peuple premier. Lorsque l’on ajoute à ce premier recul l’éloignement dans le texte de Bougival de la perspective de l’autodétermination, soumise à un luxe de conditions cumulatives, on saisit pourquoi, malgré les quelques avancées que le projet contient par ailleurs, celui-ci marque clairement un reflux de la logique décolonisatrice de l’accord de Nouméa, et l’on comprend dès lors pourquoi une bonne partie des indépendantistes ne pouvaient s’y retrouver, au contraire des anti-indépendantistes qui ont immédiatement annoncé leur soutien à l’accord. 

Mais quel projet, quelle société, quelle France les anti-indépendantistes dessinent-ils en proclamant ainsi l’achèvement de la décolonisation de la Nouvelle Calédonie par le rejet définitif des prétentions des Kanak à retrouver leur souveraineté sur la terre dont ils ont été spoliés ? 

Bien sûr, il existe dans le monde d’autres territoires, et non des moindres, où le projet colonial ne s’est jamais achevé, malgré son injustice fondamentale : aux Amériques, en Australie, en Nouvelle-Zélande, la colonisation a « réussi ». Les colons ont combattu et défait les peuples premiers ; ils se sont installés sur les terres volées, ils ont bâti des sociétés à l’intérieur desquelles les populations autochtones ont été submergées et marginalisées, et de nos jours, ils continuent même de dénier à ces populations la reconnaissance qu’elles persistent à demander22. Mais, au 21ème siècle, dans un territoire situé aux antipodes de la métropole, conquis par la force sous le Second Empire et où le peuple premier, qui y représente encore plus de 40 % de la population, n’a pas abandonné son désir d’indépendance mais accepte d’y faire une place aux membres des autres communautés installées de longue date dans l’archipel, quel argument une France universaliste, démocratique et post-coloniale, peut-elle sincèrement opposer à une telle perspective ?

D’aucuns, face aux innovations juridiques inventées pour la Kanaky / Nouvelle Calédonie, s’alarment de l’effet de contagion qu’elles pourraient avoir sur la Polynésie, les départements et collectivités d’outre-mer, la Corse, qui tous aspirent à plus d’autonomie et comptent en leur sein des mouvements indépendantistes. Mais s’interroge-t-on assez sur l’effet qu’aurait en 2025 le rejet par la France de l’aspiration à l’indépendance d’un peuple qu’elle a colonisé ? Quel sens aurait une telle décision, sinon d’affirmer à la face du monde que notre pays non seulement se reconnaît toujours dans le projet colonial, mais encore qu’il le revendique pour le 21ème siècle, qu’il le peaufine, qu’il le développe, au détriment des aspirations du peuple premier ?

On mesure ce qu’une telle affirmation peut avoir de choquant pour tous les pays qui ont eu à subir le colonialisme, et comment elle pourra être utilisée contre la France par les puissances qui veulent fragiliser son image dans le monde. On mesure aussi ce qu’un tel traitement d’une communauté depuis longtemps discriminée peut signifier dans une France qui peine à faire reculer le racisme et les discriminations en son sein, et qui hésite depuis des années sur la façon d’affronter les plaies encore vives de son passé colonial. La manière dont le pouvoir saura négocier les évolutions en Kanaky / Nouvelle Calédonie montrera comment notre pays traite cet héritage délicat, et s’il est capable d’affronter les choix difficiles qui sont pourtant nécessaires s’il veut se conformer aux principes universalistes qu’il professe par ailleurs.

Car c’est bien de l’universalisme dont il est question dans le dossier néo-calédonien. Mais pas de cet « universalisme décharné » produit de « la plus froide des abstractions » que dénonçait Aimé Césaire dans sa Lettre à Maurice Thorez de 1956. Cet universalisme-là ignore l’histoire, il parle des principes d’égalité, d’indivisibilité de la République, d’universel, mais que vaut l’affirmation de ces principes quand ils sont dits dans une société qui est le produit d’un crime, le colonialisme, qui dans ses fondements essentialistes, suprémacistes et impérialistes est l’exact contraire de l’universalisme ?

Dire cela, aussi simplement que cela, serait une libération pour la France. Ce serait la fin des faux-semblants sur la colonisation, des reconnaissances partielles, des bilans jamais soldés, des fausses équivalences entre parts d’ombre et parts de lumière, du spectre absurde de la « repentance », ce mot-repoussoir inventé pour entraver non pas tant l’exigence de vérité (qui a été très largement documentée, et depuis longtemps, et qui est aujourd’hui largement accessible) que le devoir d’action, c’est-à-dire de réparation, de l’Etat – force est d’ailleurs de constater que cet artifice rhétorique fait bien son office depuis des décennies, en parvenant à enfermer les dirigeants français dans un déni aussi solide qu’absurde du caractère intrinsèquement pervers du projet colonial. 

Reconnaître la légitimité supérieure du peuple premier en Kanaky / Nouvelle Calédonie, au nom de l’injustice fondatrice qu’a constituée la conquête de 1853, et lui donner la possibilité de retrouver sa souveraineté sur une terre qui n’avait rien de française avant sa colonisation, aiderait la France à affronter cette vérité qui la met si mal à l’aise. Car cet acte ne serait pas un geste de « repentance », dans le sens que lui donnent ceux qui emploient ce terme, à savoir l’expression du masochisme névrotique d’une société qui ne croit plus en l’universalité de ses principes, ce serait un geste de justice, et au contraire la démonstration que la France est sincère dans son universalisme, quand elle consent à l’appliquer même lorsque cela l’oblige à abandonner une partie de sa souveraineté. 

C’est l’adhésion à l’universel qui est en cause

En 1999, lorsque le Conseil Constitutionnel a été appelé à se prononcer sur la loi organique qui a mis en œuvre l’accord de Nouméa, l’un de ses membres, Alain Lancelot, politologue réputé, se déclara « indigné » par « cet accord de Nouméa si manifestement contraire à la République », dans lequel il voyait tout à la fois « l’ethniquement correct, qui veut que toutes les cultures se valent, ce qui est vrai pour l’ethnologue mais non pour l’historien », « le politiquement correct, qui veut que toute revendication nationalitaire soit bonne en soi alors que l’expérience dit partout le contraire », et une « démission démocratique » ouvrant la porte, demain, à « l’essentialisme polynésien, féminin, musulman ou juif », avant de conclure sur cette affirmation aux échos hélas très contemporains : « Il ne manque plus qu’une manifestation de repentance, et que les descendants de Jules Ferry se repentent d’avoir apporté des lumières prétendument universelles et s’inclinent devant l’apport irremplaçable de la culture Kanak à la culture mondiale ».

Il est évidemment navrant de lire des propos aussi ignorants et peu juridiques dans un tel document, surtout venant de celui qui avait été le directeur de Sciences-Po Paris de 1989 à 1996 (un établissement qui fut très actif sous le 3ème et 4ème Républiques dans l’enseignement des matières coloniales). Mais dans sa vivacité, ses poncifs racistes et ses artifices rhétoriques (dans la bouche des conservateurs de l’époque, le « politiquement correct » des années 1990 correspond peu ou prou au « wokisme » des années 2020), les propos d’Alain Lancelot révèlent mieux qu’un long discours la difficulté d’une large partie des élites françaises à affronter les conséquences de notre passé colonial, et à concevoir un universel qui ne soit pas une projection de la France à l’échelle du monde, mais cet « universel riche de tout le particulier, riche de tous les particuliers, approfondissement et coexistence de tous les particuliers » dont parlait Aimé Césaire dans sa Lettre à Maurice Thorez. 

En 1999, ce prurit pouvait passer pour la réaction déplacée, mais marginale, d’un atrabilaire réactionnaire23, et les membres du Conseil Constitutionnel n’ont de fait pas repris dans la suite de leurs discussions, ni a fortiori dans leur décision, le mépris d’Alain Lancelot pour la culture Kanak, ni ses agacements contre la « repentance » des pays colonisateurs à l’égard des peuples qu’ils ont colonisés. Réagissant à l’intervention de son collègue, Yves Guéna a au contraire rappelé le contexte du texte (« un problème de décolonisation ») et cette vérité dont lui, qui avait connu de l’intérieur la colonisation et la décolonisation aux côtés de Michel Debré et du général de Gaulle, était plus conscient que quinconque : « Je [ne] connais aucune [décolonisation] qui ait résulté d’une démarche juridiquement impeccable », avant de relever : « Or ici, c’est plutôt ce qu’on fait de meilleur, et je dis cela depuis 1988. J’étais ainsi à l’époque favorable à une réponse positive au référendum24 contre 95 % du comité central de mon parti… »

Aujourd’hui, combien y a-t-il encore d’Yves Guéna en France, dans la classe politique, dans les allées du pouvoir, chez les observateurs de la vie publique ? Combien y a-t-il de responsables capables de voir un problème comme celui de la Kanaky / Nouvelle Calédonie à l’échelle de l’Histoire, de dépasser les petits calculs de court terme de leur camp, de faire face aux exigences complexes d’un processus aussi sensible qu’une décolonisation ? Il faut rendre à Manuel Valls le courage qu’il a eu de rompre avec les errements qui ont conduit l’archipel dans l’impasse en 2024 pour renouer avec l’ambition décolonisatrice des accords de Matignon et Nouméa, et de ne pas avoir hésité à rouvrir des options que le projet de loi constitutionnelle de 2024 avait délibérément fermées. 

Mais force est de constater que, dans l’étau de Bougival, ce sont les demandes de garanties procédurales des anti-indépendantistes qui ont pesé plus lourd que les ouvertures faites aux indépendantistes sur le chemin de l’autodétermination. Et qu’ensuite, devant le refus de la base du FLNKS d’entériner le projet de Bougival, l’Etat, à l’évidence pressé par le temps dans un contexte d’instabilité gouvernementale extrême, n’a pas rouvert les négociations, assumant de nouveau une rupture du consensus et un « passage en force » contre l’un des partenaires, comme en 2021 et 2024.

L’expérience passée n’augure rien de bon face à un tel choix, et il faut souhaiter que les parties sur place sauront surmonter leurs différences pour renouer les fils d’un dialogue plus que jamais nécessaire. Quant à l’Hexagone, empêtré dans ses blocages politiques et la surenchère xénophobe d’une extrême-droite qui a fait des outre-mer des terres de conquêtes électorales, il lui est sans doute moins possible que jamais de faire montre d’audace dans la reconnaissance des vérités amères de son passé colonial. 

Le dossier de la Kanaky / Nouvelle Calédonie, par sa complexité même, lui offre pourtant une occasion unique de se libérer d’une partie du fardeau d’illusions, de mensonges et de douleurs que cinq siècles de colonisation lui ont laissées. Contre la tentation du repli identitaire de part et d’autre, ce « complexe de l’assiégé » dont parle l’ancien collaborateur de Michel Rocard Jean-François Merle dans un article récent25, peut-on encore faire « le pari de l’intelligence » qui a permis ces chefs d’œuvre de paix civile que furent les accords de Matignon et Nouméa ? Le chat de Schrödinger de Nouméa peut-il renaître, après qu’il a été tué en 2021 ? Espérons-le, car il n’y a pas d’autre issue possible pour le territoire, s’il ne veut pas retomber dans les impasses d’une violence dont il est évident qu’il ne sera pas la seule victime. 

En effet, alors que la 5ème République du tripartisme bloqué ressemble de plus en plus à la 4ème République finissante, souvenons-nous qu’en 1958 c’est une crise violente dans une colonie que les gouvernements successifs n’osaient pas décoloniser qui a emporté le régime. Un rappel d’autant plus angoissant qu’on ne voit aujourd’hui ni de Gaulle, ni Mendès, ni Rocard, ni Jospin vers qui se tourner pour aider la France à affronter lucidement ce défi historique, et à en sortir plus forte et plus unie…

Notes

  1. Afin de manifester la double nature du territoire, collectivité française d’outre-mer officiellement appelée Nouvelle Calédonie, et pays à décoloniser appelé Kanaky par les représentants du peuple premier, les Kanak, cet article utilise ces deux noms en les accolant ; ↩︎
  2. Dans sa décision n° 290 DC du 9 mai 1991, le Conseil Constitutionnel a annulé « la mention faite  [dans l’article 1er du projet de statut de la Corse de 1991] du « peuple corse, composante du peuple français » est contraire à la Constitution, laquelle ne connaît que le peuple français sans distinction d’origine, de race ou de religion » ↩︎
  3. Signalons néanmoins le Pacte sur les droits civils et politiques et le Pacte international relatif aux droits économiques, sociaux et culturels, tous deux du 16 décembre 1966, qui proclament tous deux le droit des peuples à disposer d’eux-mêmes en leur article 1er, qui sont ratifiés par la France et ont donc qui ont force contraignante, à l’exception de l’article 27 du premier de ces pactes, sur les droits culturels des minorités, qui a fait l’objet d’une réserve de la France qui ne l’applique donc pas ; ↩︎
  4. Regroupant les parlementaires les plus à droite, comme Charles Pasqua, Philippe de Villiers ou Claude Goasguen ; ↩︎
  5. Après juillet 2020, le suivi des questions néo-calédoniennes a été confié au ministère des outre-mer puis, entre 2022 et 2024, au ministre de l’intérieur, auquel le ministère des outre-mer a été rattaché ; dans le gouvernement de M. Barnier, le suivi du dossier est revenu à Matignon ; en décembre 2024, il est de nouveau suivi par le ministère des outre-mer, mais avec un ministre (M. Valls) qui a été Premier ministre et qui siège au gouvernement avec rang de ministre d’Etat ; depuis le départ de ce dernier du gouvernement, c’est désormais à l’Elysée que le dossier est piloté, par le chef de l’Etat lui-même ; ↩︎
  6. Voir par exemple cette intervention de N. Metzdorf, leader anti-indépendantiste et rapporteur de ce projet de loi devant la commission des lois de l’Assemblée Nationale, le 6 mai 2024, quelques jours avant que le vote de ce projet ne fasse exploser le territoire : « Avec les trois référendums et l’accord de Nouméa, la question de la décolonisation a été traitée. »  ↩︎
  7. On trouvera un exemple explicite de cet affrontement dans l’échange entre le ministre de l’intérieur G. Darmanin et le député J. Guedj lors de la discussion générale en séance publique du projet de loi constitutionnel de dégel du corps électoral, le 13 mai 2024 ↩︎
  8. En février 2025, le député Renaissance (anti-indépendantiste) Nicolas Metzdorf déclarait : « S’il y a un peuple premier, alors ça veut dire qu’il y a un peuple second. Moi, je suis universaliste » (cf. A Nouméa, les leaders non-indépendantistes vent debout contre l’Etat français, Charlotte Mannevy, Le Monde, 20 février 2025 ↩︎
  9. Comme le montre la présence au sein du gouvernement d’Elisabeth Borne d’une des principales responsables anti-indépendantistes, Sonia Backès, rattachée en qualité de secrétaire d’Etat à la citoyenneté au ministre de l’intérieur alors en charge du dossier de la Kanaky Nouvelle Calédonie, tout en conservant la présidence de l’assemblée de la Province Sud qu’elle exerce depuis 2019 ↩︎
  10. Dans un discours prononcé le 14 juillet 2024, après avoir affirmé que les populations kanakes et européennes étaient comme « l’eau et l’huile qui ne se mélangent pas », Sonia Backès a appelé à la séparation de la province Sud d’une Kanaky indépendante, dans un scénario rappelant les projets qu’échafaudaient les leaders afrikaners au temps de l’apartheid finissant ; elle a également dénoncé dans son discours comme une « trahison » la disposition de l’accord de Nouméa qui interdit ce scénario. ↩︎
  11. ce nom, « Kanaky », que les responsables politiques du peuple premier se sont réappropriés comme celui de leur projet national, ne figure d’ailleurs pas dans le texte, pas plus que dans le texte discuté à Bougival cette année ↩︎
  12. Cf. « Nouvelle-Calédonie. « Achever la décolonisation » : Manuel Valls fixe le cap des négociations », par SudOuest.fr avec AFP, publié le 04/05/2025 ↩︎
  13. L’archipel des Chagos, situé dans l’Océan Indien, est un ensemble d’îles dépendant de Maurice que le Royaume-Uni a conservées après l’indépendance de Maurice en 1968, chassant ses habitants pour y construire une base militaire (sur l’île principale de Diego Garcia) actuellement louée aux Etats-Unis ; le gouvernement britannique a accepté en 2024 de restituer les Chagos à Maurice, à la suite d’une campagne menée par les Chagossiens et le gouvernement de Maurice et de l’intervention de l’assemblée générale des Nations Unies et de la Cour internationale de justice ; ↩︎
  14. Ainsi parlait le général de Gaulle de l’Algérie, le 23 août 1961, à Hervé Alphand (alors ambassadeur de France à Washington) : « Il faut nous débarrasser de cette boîte à chagrin où nous engloutissons pour rien nos énergies et qui nous attire toutes sortes de difficultés sur tous les plans avec l’extérieur. », in H. Alphand, L’étonnement d’être : journal 1939-1973, Paris : Fayard, 1977, p. 365 ↩︎
  15. voir le silence de François Mitterrand, Pierre Messmer ou Guy Mollet qui ne sont jamais revenus sur ce qu’ils ont vraiment fait aux peuples colonisés ↩︎
  16. Loi du 24 décembre 2020 relative à la restitution de biens culturels à la République du Bénin et à la République du Sénégal, qui a permis également la restitution à ce dernier pays du sabre avec fourreau dit d’El Hadj Omar Tall ↩︎
  17. Loi du 16 juillet 2025 relative à la restitution d’un bien culturel à la République de Côte d’Ivoire ↩︎
  18. https://www.conseil-etat.fr/avis-consultatifs/derniers-avis-rendus/au-gouvernement/avis-sur-un-projet-de-loi-relatif-a-la-restitution-de-biens-culturels-provenant-d-etats-qui-du-fait-d-une-appropriation-illicite-en-ont-ete-prives ↩︎
  19. Article ainsi rédigé : « Les citoyens de la République qui n’ont pas le statut civil de droit commun, seul visé à l’article 34, conservent leur statut personnel tant qu’ils n’y ont pas renoncé. » ; c’est cet article qui a notamment permis le maintien jusque dans les années 2000 des pratiques de la polygamie et de la répudiation, rattachées au statut civil mahorais des citoyens de Mayotte de confession musulmane, ainsi que du rôle des cadis et de la justice cadiale chargée des litiges autour de ce droit local, cf. Élise Ralser. Le statut civil de droit local applicable à Mayotte : un fantôme de statut personnel
    coutumier. Rev. crit. DIP. Revue Critique de Droit International Privé, 2012, pp.733-774. ↩︎
  20. qui a considéré, dans une délibération du 19 décembre 2002 susvisée, que « le recueil de l’appartenance ethnique des personnes, compte tenu des caractéristiques sociodémographiques propres au territoire de Nouvelle-Calédonie, répond à un motif d’intérêt public […] » ; il est intéressant de relever que ces caractéristiques ne sont pas développées, ni le contexte de décolonisation explicité ; ↩︎
  21. La citoyenneté calédonienne, M. Chauchat, Cahiers du Conseil constitutionnel n° 23 (Dossier : La citoyenneté) – février 2008 ↩︎
  22. comme en Australie en 2023, lorsque 60% des électeurs ont répondu « non » au référendum qui visait à ajouter à la constitution du pays un chapitre IX instituant un organe consultatif, la Voix des aborigènes et insulaires du détroit de Torrès destiné à représenter ces peuples premiers auprès du Parlement et du gouvernement fédéral dans les domaines les concernant ↩︎
  23. Les comptes-rendus des séances du Conseil Constitutionnel de la même année contiennent des propos du même ordre d’Alain Lancelot, cette fois-ci sur les personnes homosexuelles, dans la délibération du 9 novembre relative à la loi sur le Pacte civile de solidarité, ancêtre du mariage pour tous ;  ↩︎
  24. Le référendum du 9 novembre 1988 destiné à ratifier les accords de Matignon, auquel son parti, le RPR, avait officiellement appelé à s’abstenir ; ↩︎
  25. « Nouvelle-Calédonie: le complexe de l’assiégé vs. le pari sur l’intelligence », par Jean-François Merle, Telos, 01/09/225, https://www.telos-eu.com/fr/politique-francaise-et-internationale/nouvelle-caledonie-le-complexe-de-lassiege-vs-le-p.html  ↩︎

Facebook
Email

Abonnez-vous à la newsletter

Envoyer un mail à l’adresse
, sans objet, ni texte.
Vous recevrez sur votre mail une demande de confirmation qu’il faudra valider.

Ou alors, remplissez ce formulaire :