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Benjamin Stora : on rejoue sans cesse le passé

[AFP - 12 mai 2005 - 15:03:49] Historien spécialiste de la guerre d'Algérie, Benjamin Stora estime, dans un entretien avec l'AFP, que la polémique née après la commémoration des événements de Sétif du 8 mai 1945 nuit au travail des historiens et regrette qu'on "rejoue sans cesse le passé".

Que suscite chez un historien la polémique autour des événements de Sétif et de la colonisation?

Benjamin Stora
: Elle risque de nuire au travail des historiens. Derrière cette polémique, on voit bien qu’il y a des enjeux idéologiques, peut-être certains ne veulent-ils pas de ce traité d’amitié (en préparation entre l’Algérie et la France, ndlr). On est sur un terrain qui n’est plus historique mais idéologique.

C’est dommage car le travail des historiens avait avancé considérablement à l’intérieur des deux sociétés, française et algérienne. On en voit un signe en France, où les manuels scolaires traitent désormais de la question coloniale et de la guerre d’Algérie.

Que penser du rapprochement entre la répression de la manifestation indépendantiste de Sétif et un génocide?

On peut discuter, d’un point de vue historique, de la nature du massacre, car c’est évident qu’il s’agit d’un massacre, le rétablissement de l’ordre ne nécessitait pas de tuer 15 à 20 000 personnes.

Mais pour qu’il y ait génocide, il faut préméditation et on ne peut absolument pas dire qu’il y a eu préméditation du gouvernement français, qui avait alors à sa tête le général de Gaulle et dont le parti communiste était membre.

Etes-vous favorable à une « repentance » de la France?

C’est une question politique, ce n’est pas aux historiens de décider. Mais en France, aujourd’hui, on n’est pas prêt à débattre de la colonisation. Dans un certain cercle, il y a un refus absolu, on ne veut pas entrer dans ce passé colonial, on refuse de regarder la réalité en face.

Il faudra attendre les nouvelles générations. Les enfants de pieds-noirs, de harkis, d’immigrés n’ont plus envie de vivre en permanence dans la répétition de ce passé, ils veulent bâtir un avenir qui se débarrasse de la haine.

Et il y a aussi dans la société française des gens qui veulent savoir ce qui s’est passé, qui veulent pouvoir porter un jugement critique sur cette partie de leur histoire.

L’essentiel n’est pas de se repentir, mais de multiplier les gestes, les lieux de mémoire, d’essayer de réconcilier et ne pas rejouer sans cesse le passé.

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