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Édition du 15 mars au 1er avril 2026

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Henri Maillot, l’Algérien

Le 5 avril 1956, La Dépêche Quotidienne, organe de la grosse colonisation, criant à la trahison, ouvre sa « Une » sur une information sensationnelle : « Dans l’après-midi d’hier, mystérieuse disparition d’un important chargement d’armes dans la forêt de Baïnem ». L’homme qui a mené l’opération est l’aspirant Henri Maillot, réserviste de la classe 28, rappelé au 57e bataillon des Tirailleurs algériens. Militant du Parti communiste algérien (PCA) clandestin, Henri Maillot tombera au champ d’honneur à l’âge de 28 ans, dans la matinée du 5 juin 1956, dans le djebel Derraga.

Dans un communiqué qu’il avait adressé aux agences et organes de presse, il avait donné la signification de son geste :

« L’écrivain français Jules Roy, colonel d’aviation, écrivait il y a quelques mois : si j’étais musulman, je serais du côté des ‘‘fellagas’’. Je ne suis pas musulman, mais je suis Algérien, d’origine européenne. Je considère l’Algérie comme ma patrie. Je considère que je dois avoir à son égard les mêmes devoirs que tous ses fils. Le peuple algérien, longtemps bafoué, humilié, a pris résolument sa place dans le grand mouvement historique de libération des peuples…Il ne s’agit pas d’un combat racial, mais d’une lutte d’opprimés sans distinction d’origine contre leurs oppresseurs et leurs valets sans distinction de race… »

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Un appel de Nurit Peled

La professeur Israélienne Nurit Peled, prix Sakharov du Parlement européen, a ouvert la Semaine Anticoloniale et Antiraciste 2017 par un discours dénonçant la colonisation israélienne et les violations des droits de l’Homme commises par l’Etat israélien.

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Histoire de France et rejets identitaires

François Fillon et l’histoire de France

Les éditions de l’Atelier viennent de rééditer Le Mythe national de Suzanne Citron, dont la première édition date de janvier 1987 ; le livre comporte une nouvelle préface et une postface (368 p, format poche, 15 €).

L’historienne Suzanne Citron 1 revient sur le thème de la soi-disant «identité nationale». Sur quelle vision de l’histoire doit-elle reposer ? Celle d’une France gauloise continuée par les rois, accomplie définitivement avec la République ? Ou celle d’une France métissée, faite de diversités culturelles et ethniques, ouverte sur l’avenir ? Pour repenser l’histoire de France, il faut d’abord décortiquer à travers les anciens manuels scolaires le schéma du « roman national » de la Troisième République. Ce récit linéaire et continu d’une France pré-incarnée dans la Gaule légitime, en occultant victimes et vaincus, les pouvoirs et les conquêtes qui ont non seulement créé la France mais encore la « plus grande France », c’est-à-dire un empire colonial. Les recherches portant sur l’histoire de Vichy, la colonisation et l’immigration de la guerre d’Algérie, tout comme les débats autour des lois mémorielles, ont provoqué d’incontestables avancées. Mais ont-ils vraiment révisé le mythe hérité de l’avant-dernier siècle ou n’en ont-ils égratigné que quelques pans ?

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Israël interdit l’entrée des étrangers qui critiquent sa politique

Israël se prépare à combattre le mouvement BDS – Boycott, Désinvestissement, Sanctions –, qui milite pour une mise au ban des nations de l’Etat hébreu jusqu’à ce que ce dernier satisfasse à certaines conditions, dont l’évacuation des territoires occupés. Selon une loi votée le 6 mars dernier, il ne sera plus accordé de visa ou de permis de séjour à toute personne, qui ne soit ni citoyen israélien ni résident permanent, qui milite dans une organisation ayant sciemment lancé un appel public en faveur du boycott de l’État d’Israël.

Dans un éditorial publié le 8 mars dernier, repris ci-dessous, le quotidien israélien Haaretz estime que cette nouvelle loi ouvre la porte à son éventuelle utilisation à l’encontre des Palestiniens vivant en Israël avec le statut de résident non permanent. C’est ainsi que, en 2016, les autorités ont refusé de renouveler les documents de voyage d’un membre fondateur de BDS, Omar Barghouti, dont la famille est palestinienne et qui est né au Qatar.

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Un jeune auteur algérien fait l’objet d’une enquête pour blasphème

Le 28 février 2017, Anouar Rahmani, étudiant en droit de 25 ans, a été convoqué par les autorités de Tipaza, à 70 kilomètres d’Alger, pour une enquête sur le roman La ville des ombres blanches, qu’il avait publié sur internet en août 2016.

Dans un communiqué diffusé le 8 mars, l’ONG Human Rights Watch (HRW) a appelé la justice à abandonner l’enquête : « il n’appartient pas à la police d’interroger des écrivains au sujet de leurs croyances religieuses ». HRW demande aux autorités algériennes d’abolir les « lois qui pénalisent la “diffamation” de la religion », rappelant qu’elles vont à l’encontre des conventions internationales sur les droits de l’homme, signées par l’Algérie, et de sa propre Constitution qui garantit la liberté de pensée et de conscience. L’organisation rappelle qu’en septembre 2016 la cour d’appel de Sétif a condamné Slimane Bouhafs, un chrétien converti, à trois ans de prison pour des posts sur Facebook portant « atteinte à l’islam ».

Ci-dessous un article du site HRW 2 daté du 8 mars 2017. Il est suivi du communiqué commun de l’Observatoire de la liberté de création et de la Société des Gens de Lettres (SGDL) qui apportent leur soutien à Anouar Rahmani.

[Première mise en ligne le 11 mars 2017 — mise à jour le 20]

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Mars 2017 : faire avancer la protection des défenseurs des droits de l’Homme en Algérie

Dans la perspective de la réunion du Conseil d’association UE-Algérie, le 13 mars, une demi-douzaine d’organisations ont invité instamment l’UE à aborder le sujet des graves violations des droits de l’Homme commises par les autorités algériennes, en particulier à l’encontre des défenseurs des droits de l’Homme (DDH) du pays.

Un an après l’adoption par le parlement algérien d’une réforme constitutionnelle, le nombre de ces violations graves n’a cessé de croître. Les organisations soussignées ont saisi l’occasion de la réunion du Conseil d’association pour mettre en lumière quelques-unes des violations relevées récemment et leur impact sur les DDH. 3

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Avis de la CNCDH sur la place des peuples autochtones dans les outre-mer

Au lendemain de l’adoption de la loi pour l’égalité réelle des outre-mer que la Commission nationale consultative des droits de l’homme (CNCDH) salue, la CNCDH souhaite apporter un éclairage sur la situation spécifique des peuples autochtones en outre-mer et appelle l’Etat français à clarifier sa position en faveur de la reconnaissance de ces peuples en tant que tels.
Dans un avis très étayé sur la place des deux peuples autochtones français, la CNCDH recommande notamment à l’Etat de reconnaître les Kanak de Nouvelle-Calédonie et les Amérindiens de Guyane comme des peuples autochtones à part entière. Cette reconnaissance est une condition essentielle pour que les membres de ces peuples puissent pleinement jouir de leurs droits et que les politiques des pouvoirs publics en leur faveur soient plus efficaces et acceptées.

L’avis de la CNCDH est téléchargeable (1 085 Ko). Sa publication a été accompagnée du communiqué de presse repris ci-dessous.

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comment la France verrouille son passé colonial

La polémique en France sur la notion de crime contre l’humanité du temps de la colonisation rappelle les vifs débats causés dans ce même pays il y a plus de dix ans par l’adoption de la loi du 23 février 2005 qui ne retenait que le «rôle positif de la présence française outre-mer». L’«affaire Macron» met en exergue le profond malaise lié au passé colonial de la France, souligne la professeure de droit Sévane Garibian.

Un article de Sévane Garibian, professeure de droit, Universités de Genève et de Neuchâtel, publié le lundi 6 mars 2017 dans le quotidien suisse Le Temps.

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Négociations entre l’Allemagne et la Namibie

Deux associations représentant respectivement des Herero et des Nama namibiens ont déposé le 5 janvier 2017 un recours collectif devant la justice américaine, pour obtenir une réparation financière de l’Etat allemand. Une plainte qui vise à obtenir réparations du génocide perpétré par les Allemands durant la période coloniale : la répression des soulèvements populaires par les Allemands entre 1904 et 1905 aurait causé la mort de près de 100.000 membres des peuples herero et nama.

L’Allemagne et la Namibie sont en négociation pour élaborer une déclaration commune où Berlin compte s’excuser pour les massacres commis lors de la période coloniale, estimant avoir compensé cette page noire de son histoire coloniale par des aides au développement du pays.

En plus de compensations financières, les plaignants militent pour une reconnaissance officielle de leurs droits et l’assurance qu’aucun accord entre les deux pays ne sera conclu sans qu’ils aient été consultés.

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Guillaume Duval : l’aventure coloniale, une honte pour le pays, un handicap pour son économie

La constitution du second empire colonial français au XIXe siècle avait pu donner l’illusion que la France avait acquis un rayonnement mondial. Il n’en est rien, et les Français ont aujourd’hui le sentiment d’un déclin ininterrompu de leur pays, par rapport à un « âge d’or » fantasmé. Dans un livre intitulé La France ne sera plus jamais une grande puissance ? Tant mieux !, publié aux éditions La Découverte, Guillaume Duval, rédacteur en chef du mensuel Alternatives économiques, montre que ce déclin incontestable n’a pourtant rien de catastrophique : on peut vivre — et bien vivre — sans avoir besoin de s’imposer au reste du monde.

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les Africains et la colonisation

Vue d’Afrique, par des peuples qui en furent les victimes et qui en conservent la mémoire vive, la polémique sur la colonisation relancée à Alger par Emmanuel Macron le 15 février avec des mots inédits en France a quelque chose de surréaliste et de dérisoire.

Surréaliste parce que, pour les Africains, la colonisation n’a jamais été autre chose qu’un « crime contre l’humanité », à l’instar de l’esclavage, de la traite ou de l’apartheid. Comment qualifier autrement cette œuvre de subjugation, d’asservissement et d’appropriation, avec son lot de crimes de guerre, de violences et de souffrances, avec son appareil de justification idéologique, religieux parfois, « civilisationnel » toujours ?

Si la colonisation a construit, pour ses propres besoins, des routes, des ponts et des chemins de fer – à quel prix humain, le plus souvent ! – et si les colons ne furent pas tous complices de crimes comme les Allemands ne furent pas tous nazis, la colonisation forme un tout inséparable, et cet ensemble est constitutif d’un crime contre l’humanité, au sens où l’entendent à la fois les statuts du Tribunal de Nuremberg et ceux du traité de Rome fondant la Cour pénale internationale.

François Soudan, directeur de la rédaction de Jeune Afrique4

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