4 000 articles et documents

Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

Les nostalgiques de la colonisation

Quelques précurseurs d’Eric Zemmour,
Renaud Camus,
et autres polémistes racistes d’aujourd’hui,
par Alain Ruscio

Les polémistes d’extrême droite multiplient aujourd’hui les écrits sur le thème du « grand remplacement », formule forgée par Renaud Camus, ou sur l’éloge de l’empire colonial et le rejet xénophobe, cher au sinistre Eric Zemmour, des peuples qui ont refusé son joug. Mais cette veine n’a rien de nouveau. Ces auteurs ont eu des précurseurs au XIXe et au XXe siècle, dont les écrits aux accents racistes, bien oubliés, déroulaient le même discours. Alain Ruscio rappelle ici trois d’entre eux : le romancier Jean Damase, l’écrivain de talent qui n’a malheureusement pas écrit seulement des pièces de théâtre, Jean Giraudoux, et l’auteur très lu par les suprémacistes blancs des Etats-Unis, Jean Raspail. Ces polémistes d’aujourd’hui n’en sont que de pâles copies.

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Les massacres du Nord-Constantinois en 1945

La mémoire du 8 mai 1945,
enjeu d’instrumentalisation par le pouvoir
en Algérie

Le 8 mai 1945 est un enjeu politique en Algérie. Le président Tebboune a annoncé la création d’une « Journée nationale de la Mémoire » et d’une chaîne thématique sur l’histoire. Le pouvoir, fortement contesté par le hirak, tente maintenant de faire de cet événement majeur, longtemps écarté de l’histoire officielle, un outil pour se légitimer et mettre au pas le travail historique. Le conseiller du président chargé de la mémoire nationale, directeur des Archives nationales, Abdelmadjid Chikhi, a pris à partie les historiens algériens, demandé « la création d’une approche algérienne de l’histoire de l’Algérie » et stigmatisé globalement « la France ». En revanche, dans un entretien à l’APS, l’historien Hassan Remaoun a souligné qu’un grand travail a été mené depuis 1962 par de nombreux historiens algériens et aussi qu’« il existe en France des citoyens, des historiens, associations et autres institutions qui mènent un combat permanent pour que la vérité soit reconnue et justice rendue aux victimes de la colonisation ». Notre site a consacré depuis vingt ans plusieurs centaines d’articles au 8 mai 1945.

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Ecrire et enseigner l'histoire coloniale

Les travaux de Linda Amiri,
fille d’un ouvrier algérien devenue universitaire
et chercheuse en Guyane

Linda Amiri, fille d’un travailleur algérien venu en France en 1956, n’avait, jusqu’au procès intenté en 1998 par Maurice Papon contre Jean-Luc Einaudi qui a donné raison à ce dernier, jamais entendu parler du 17 octobre 1961 dans sa famille, bien que son père y ait participé. Etudiante en histoire, elle a travaillé sur cet événement puis a soutenu une thèse sur la Fédération de France du FLN de ses origines à l’indépendance de l’Algérie. Elle a aussi été, avec Benjamin Stora, commissaire de l’exposition « Vies d’exil – 1954-1962. Des Algériens en France pendant la guerre d’Algérie », à la Cité nationale de l’histoire de l’immigration, en 2012-2013. Elle est actuellement maîtresse de conférences en histoire contemporaine à l’Université de Guyane. Ci-dessous l’entretien qu’elle a accordé à la revue Criminocorpus où elle explique notamment ses recherches actuelles sur ce qu’elle appelle la « période algérienne » des bagnes de Guyane, de 1867 à 1887.

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Commémorations

La Fondation pour la mémoire de l’esclavage
organise le 10 mai 2020
une commémoration numérique de son abolition

Depuis 2006, la « journée nationale des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition » est marquée le 10 mai par une cérémonie à Paris dans les jardins du Luxembourg, en présence du président de la République. C’est l’occasion de commémorer cette page sombre de l’histoire française, la lutte des esclaves qui a conduit à son abolition, et de réfléchir à la manière dont les sociétés de l’Hexagone et d’Outre-mer peuvent éliminer ses séquelles. Le 20 avril 2020, le président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage, Jean-Marc Ayrault, a écrit à Emmanuel Macron pour lui demander, malgré la crise sanitaire du coronavirus, de maintenir cette cérémonie. Elle aura lieu au jardin du Luxembourg, dans les conditions du confinement, sous l’égide du Premier ministre. La Fondation organisera sur les réseaux sociaux une commémoration digitale et son site officiel sera mis en ligne le 8 mai.

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Musées et créations contemporaines

Le photographe Marc Garanger
et son accueil 50 ans après la guerre d’Algérie
par les personnes qu’il avait photographiées

Quand Fatiha Saou nous a informés, le 28 avril, du décès intervenu la veille du photographe Marc Garanger avec qui elle était en contact régulier, nous lui avons demandé de nous dire comment elle l’avait connu et de nous parler du séjour qu’il a fait dans sa famille lors de son voyage en Algérie, en 2004, pour rencontrer les personnes qu’il avait photographiées lors de son service militaire en 1960. Elle explique que les femmes de la région avaient gardé un bon souvenir de ce jeune appelé qui avait été chargé par l’armée de faire leur photo d’identité. Elles avaient compris qu’il avait son propre regard et la volonté de se servir de son appareil pour montrer la beauté du pays, leur dignité, le courage des maquisards et dénoncer les violences de l’armée coloniale. Cinquante ans plus tard, elles ont toutes été heureuses de le retrouver et de se faire photographier de nouveau par lui.

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Séquelles politiques postcoloniales

Legs de l’époque coloniale,
le racisme dans la police française est intolérable

Deux faits récents relatés par la presse montrent que la culture coloniale portée en France par des pans entiers de l’institution policière est à l’origine de comportements racistes qui gangrènent la République. Ci-dessous un article de Camille Polloni publié par Mediapart sur les insultes et les violences intervenues à l’Ile-Saint-Denis lors de l’interpellation d’un suspect, ainsi que de larges extraits d’un autre de Julien Suaudeau, qui réside à Philadelphie, publié par le site Slate, qui compare les menaces contre la démocratie aux Etats-Unis, venant du sommet de l’Etat, au péril qui menace la République en France, qui ne vient pas des « racailles des banlieues » mais de ce racisme. II est choqué par la différence des méthodes des forces de police dans leurs interventions à Paris, dans le 18e arrondissement, selon que les citoyens concernés apparaissaient à leurs yeux Blancs ou Noirs.

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L'accès aux archives coloniales

De l’Académie des Sciences coloniales
à l’Académie des Sciences d’outre-mer,
par Alain Ruscio

L’Académie des sciences d’outre-mer, 15 rue La Pérouse à Paris (16e), est la continuatrice de l’Académie des Sciences coloniales, fondée en 1922, dont elle n’a jamais renié le passé. Mais elle a changé de dénomination en 1957 quand elle s’est identifiée au courant « réformiste colonial » représenté par Robert Delavignette qui s’est séparé des partisans de la guerre à outrance en Algérie. C’est le moment où cet ancien gouverneur colonial a démissionné de la « Commission de sauvegarde des droits et libertés individuelles » constituée par Guy Mollet pour couvrir les crimes de l’armée française dans la « bataille d’Alger » et a écrit un projet de préface pour L’Affaire Audin de Pierre-Vidal-Naquet. Sa bibliothèque contient une documentation utile à tous ceux qui s’intéressent à l’histoire de l’empire colonial français.

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L'accès aux archives coloniales

Accès aux achives, crise sanitaire :
l’Association Josette et Maurice Audin
interroge le rôle
du Secrétariat général de la défense
et de la sécurité nationale (SGDSN)

Dans sa déclaration lors de sa visite à Josette Audin, le 13 septembre 2018, le président de la République a dit qu’« il importe que cette histoire soit connue, qu’elle soit regardée avec courage et lucidité », et a annoncé « la libre consultation tous les fonds d’archives de l’Etat qui concernent ce sujet ». Or pour l’Association Josette et Maurice Audin, c’est tout le contraire qui a été mis en œuvre à l’initiative du Secrétariat général de la défense et de la sécurité nationale (SGDSN). Dans le cadre de son engagement de longue date contre les décisions secrètes et la raison d’Etat, elle interroge aussi, au-delà de la question de l’accès aux archives, le rôle du SGDSN dans ses décisions concernant la crise sanitaire. Nous reproduisons également un article de Pierre Mansat, président de cette association, sur les objectifs qu’elle poursuit.

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Le rôle des historiens

Jacques Thobie, historien pionnier de l’histoire coloniale, par Catherine Coquery-Vidrovitch

Spécialiste de l’histoire coloniale de l’Afrique subsaharienne, Catherine Coquery-Vidrovitch a eu l’occasion de travailler avec l’historien Jacques Thobie, mort le 8 avril 2020. Tous deux étaient alors communistes et partageaient le même intérêt pour une histoire contemporaine qui ne se limite pas aux frontières de l’Europe. Elle évoque pour notre site leurs collaborations dans un moment où l’intérêt pour l’histoire coloniale a commencé à émerger dans l’université et la société françaises. Mais de manière provisoire, puisqu’il est rapidement retombé et qu’il faudra attendre, au XXIe siècle, une nouvelle génération de chercheurs pour que ce domaine commence à être reconnu. Tout en continuant à susciter de vives oppositions. Nous reprenons aussi l’évocation de ses travaux par Faruk Bilici.

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Musées et créations contemporaines

Hommage à la cinéaste anticolonialiste
Sarah Maldoror

La cinéaste Sarah Maldoror est morte le 13 avril 2020 victime de la pandémie du coronavirus. Née en 1929, cette femme de théâtre et réalisatrice de nombreux films s’est impliquée dans les luttes de libération en Afrique et a partagé la vie du fondateur du Mouvement populaire pour la libération de l’Angola (MPLA), l’écrivain angolais Mario De Andrade, avec qui elle aura deux filles. Son premier film, Monangambé, portait sur la torture et été réalisé en 1969 en Algérie. Elle a tourné aussi en Guinée-Bissau, au Cap-Vert, au Congo et sur la guerre de libération de l’Angola. Ci-dessous, une évocation de son parcours, l’hommage que lui ont consacré ses filles, Annouchka De Andrade et Henda Ducados, et l’entretien qu’elle avait accordé en 1997 à Africultures.com.

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Algérie

Six ouvrages importants de Benjamin Stora
réédités et réunis en un volume

Benjamin Stora, qui a quitté son Algérie natale encore adolescent, a grandi en France où il a fait des études d’histoire. Il a été l’un des premiers chercheurs à travailler dans l’université française sur l’histoire du mouvement national algérien et la guerre d’Algérie. Il a aussi écrit sur son parcours personnel et celui de sa famille, depuis son enfance dans le quartier juif de Constantine jusqu’à son engagement militant à l’extrême gauche, et ses désillusions. Six de ses livres parus entre 2003 et 2015, qui rendent compte de son itinéraire courageux, sont rassemblés par les éditions Robert Laffont dans un volume de sa collection « Bouquins » intitulé Une mémoire algérienne. Y compris son analyse sans complaisance des rapports du général de Gaulle et de François Mitterrand à l’Algérie.

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