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Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

Kanaky/Nouvelle-Calédonie

Kanaky, vingt-deux ans après l’accord de Nouméa,
par Isabelle Leblic

Un référendum d’autodétermination se tiendra le 4 octobre 2020 en Kanaky Nouvelle-Calédonie dans le cadre de l’accord de Nouméa de mai 1998 qui avait engagé ce territoire dans un processus de « décolonisation dans la République ». Il fait suite à celui organisé en 2018 qui, à la question : « Voulez-vous que la Nouvelle-Calédonie accède à la pleine souveraineté et devienne indépendante ? », bien que le non l’ait emporté avec une majorité de 57 %, avait connu un nombre de oui qui dépassait déjà les attentes. Conformément à l’accord de Nouméa, un troisième et dernier référendum pourra avoir lieu dans les deux années à venir si le non l’emporte à nouveau en 2020. À la veille de ce deuxième référendum, la chercheuse au CNRS Isabelle Leblic fait le point sur cette consultation qui représente une étape importante dans l’histoire de la Kanaky Nouvelle-Calédonie.

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Livres et films sur la guerre d'Algérie

Un roman graphique sur l’œuvre de Frantz Fanon

L’écrivain Frédéric Ciriez et le dessinateur Romain Lamy ont publié à La Découverte une évocation documentée de l’itinéraire de Frantz Fanon (1925-1961) sous la forme d’un roman graphique. Ils y imaginent en particulier le contenu de la rencontre qui eut lieu à Rome en août 1961, durant trois jours, du penseur martiniquais avec Jean-Paul Sartre, Simone de Beauvoir et Claude Lanzmann. Fanon est indissociable de la réflexion sur le racisme, la guerre d’indépendance algérienne et les luttes anticoloniales du XXe siècle. Au moment où les négociations d’Evian avaient commencé et où se dessinait l’indépendance prochaine de l’Algérie, Fanon, gravement malade, raconte sa vie et ses combats et échange avec Sartre en lui portant parfois la contradiction. Ce livre est à la fois une biographie intellectuelle et politique de Frantz Fanon et une introduction à son œuvre dont l’importance ne cesse d’être davantage reconnue au XXIème siècle.

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Séquelles politiques postcoloniales

Non au projet de loi sur le « séparatisme »

Dans la lettre ouverte au président de la République qui a été publiée le 25 septembre 2020 par Mediapart, le président de la Ligue des droits de l’Homme, Malik Salemkour, rejette l’idée d’une loi « contre le séparatisme ». Il affirme : « Le fameux “séparatisme” que vous ne définissez jamais, en l’agitant sans cesse, c’est le nouveau bouc émissaire contemporain, pour l’essentiel l’islam et les musulmans ». Et ajoute : « La République n’est ni votre propriété, ni un terrain de jeu ! Ses principes et les valeurs qu’elle porte ne sauraient dépendre des intérêts électoraux de quiconque ». S’en prendre au « séparatisme » est une opération politicienne porteuse du rejet d’une partie de la nation. Nous reproduisons ci-dessous cette lettre ouverte, ainsi que le communiqué commun publié à ce sujet par les syndicats CGT, FSU, Solidaires, UNEF et UNL.

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L'accès aux archives coloniales

Un recours a été déposé au Conseil d’Etat
pour demander l’ouverture des archives

Depuis de longs mois, des archivistes, des juristes, des historiennes et des historiens, relayés par une pétition signée par plus de 15 000 personnes, dénoncent une restriction inadmissible dans l’accès aux archives contemporaines de la Nation. Le 23 septembre 2020, l’Association des archivistes français, l’Association des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche et l’Association Josette et Maurice Audin, ainsi qu’un collectif d’historiennes et historiens, d’archivistes et de juristes, ont saisi le Conseil d’État pour obtenir l’abrogation de l’article 63 de l’Instruction générale interministérielle n° 1300, une mesure réglementaire qui entrave l’accès aux archives contemporaines de la Nation. Une visio-conférence de presse a lieu le 1er octobre comme indiqué ci-dessous.

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La reconnaissance du passé colonial

Benjamin Stora s’explique sur le rapport
qu’il doit remettre au président de la République

Emmanuel Macron a demandé fin juillet à Benjamin Stora un rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie dans les deux pays. Une mission vivement contestée par l’extrême droite et la droite française et au sujet de laquelle la gauche est restée silencieuse. L’historien s’en est expliqué dans l’entretien pour Mediapart avec Rachida El Azzouzi dont nous donnons le lien. Il y répète qu’il ne travaillera ni avec la personnalité désignée par le président Tebboune, ni dans le cadre d’une commission mixte binationale. Dans son article ci-dessous, la journaliste résume ses propos et évoque les débats que cette mission a suscités. La remise du rapport est prochaine. Les conclusions qu’en tirera Emmanuel Macron montreront s’il est véritablement décidé à entreprendre un travail de vérité historique sur ces sujets ou si ses déclarations antérieures seront sans lendemain.

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Afrique subsaharienne et océan Indien

Eric Jennings : « L’histoire africaine de la France libre a été occultée par celle de la Résistance intérieure »

L’historien canadien Eric Jennings, professeur d’histoire contemporaine à l’université de Toronto, a étudié les rapports de la France — vichyste comme résistante — avec son empire colonial durant la Seconde Guerre mondiale. Il explique dans un entretien à TV5MONDE que la mémoire française a tendance à réduire la Résistance et la France libre à l’exil du général de Gaulle à Londres, à son appel du 18 juin 1940 et aux combattants des réseaux et des maquis de l’intérieur. Or, durant cette période, la vraie capitale de la France libre ne fut pas Londres mais Brazzaville. Sans les Africains, la Résistance extérieure française n’aurait peut-être pas vu le jour. Il serait temps qu’en France cette histoire africaine de la France libre cesse d’être méconnue et sous-estimée.

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La reconnaissance du passé colonial

Étienne Achille et Lydie Moudileno :
« Pour une décolonisation du quotidien »

Écrire des « mythologies » et des « lieux de mémoire » postcoloniaux. C’est à ce projet ambitieux que se sont attelés Étienne Achille et Lydie Moudileno, avec une volonté politique et historique qui résonne avec les mobilisations antiracistes contemporaines. Ci-dessous l’entretien qu’ils ont accordé à Joseph Confavreux pour Mediapart. Tous deux travaillent aux États-Unis, en Pennsylvanie et en Californie du Sud, et c’est en s’inspirant du meilleur des postcolonial studies qui se développent dans les universités nord-américaines qu’ils se sont lancés dans une tentative audacieuse de réécriture dans une perspective post-coloniale des deux grands livres que sont les Mythologies de Roland Barthes et les Lieux de mémoire, dirigé par Pierre Nora.

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Algérie post 1962

Disparition de l’intellectuel algérien,
Abdelmadjid Merdaci

Sociologue et historien, Abdelmadjid Merdaci était connu pour ses ouvrages sur le mouvement national algérien, la musique algérienne du malouf au chaâbi, et l’histoire de la ville de Constantine. Arrêté en 1965 lorsqu’il était étudiant pour s’être opposé au coup d’Etat du colonel Boumediène, il a consacré son dernier essai politique, GPRA, un mandat historique, au gouvernement provisoire dont le renversement, trois ans auparavant, à l’été 1962, a marqué la première étape de la prise de contrôle de l’Etat par les militaires. Ci-dessous deux articles qui évoquent sa personnalité ainsi que le film du débat, dans le cadre du programme « La guerre d’Algérie : images et représentations », au Forum des images, à Paris, en 2012, où il avait dialogué avec son collègue et ami Benjamin Stora. Nous y ajoutons le texte que lui a consacré Hassan Remaoun, qui l’a rencontré pour la première fois en 1964, lorsqu’ils ont fondé le syndicat étudiant qui s’opposa l’année suivante à l’accession au pouvoir de l’armée.

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Les exactions : torture, viols, exécutions extrajudiciaires

Malika, la veuve d’Ali Boumendjel,
assassiné à Alger en 1957,
vient de mourir, sans un mot du président de la République sur le sort de son mari

On sait qu’Emmanuel Macron s’est rendu le 13 septembre 2018 au domicile de Josette Audin pour lui présenter les excuses de la France pour l’assassinat de son mari par des militaires français. L’avocat Ali Boumendjel figure parmi les milliers de ceux qui ont subi le même sort. Juriste de talent, étudiant du professeur de droit et grand résistant René Capitant, connu en Algérie pour être proche de Ferhat Abbas au sein de l’Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA), il a été lui aussi arrêté, torturé et tué par les parachutistes français. Sa veuve, Malika, n’a cessé, comme Josette Audin, de demander aux autorités françaises la vérité sur la mort de son mari. Elle s’est éteinte dans la nuit du 10 au 11 août 2020 à l’âge de 101 ans, sans jamais avoir reçu une parole de réconfort et de vérité de leur part.

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Le 17 octobre 1961

Le photographe George Azenstarck,
témoin majeur du 17 octobre 1961

Georges Azenstarck (1934-2020) vient de mourir. Photo-reporter engagé, il avait documenté la vie des pauvres et des ouvriers, mais aussi la nuit du 17 octobre 1961, quand, sous les ordres de Maurice Papon, la police parisienne a tué des dizaines d’Algériens, dont beaucoup furent jetés à la Seine. En 1999, il fut aussi l’un des témoins entendus lors du procès en diffamation qu’intenta Maurice Papon à Jean-Luc Einaudi et grâce auxquels ce dernier fut relaxé. Ci-dessous l’article de Chloé Leprince publié sur le site de France culture avec une séquence d’un film où il témoigne. Nous y avons ajouté le film de 2011 où, lors du rassemblement du cinquantenaire du 17 octobre 1961, Georges Azenstarck montre l’une de ses photos du massacre et parle de leur disparition mystérieuse du siège de l’Humanité.

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Mémoire et histoire en Algérie

Pierre Audin, citoyen algérien

Dans l’entretien ci-dessous accordé le 4 septembre 2020 au site TSA, Pierre Audin a annoncé qu’un décret du président de la République algérienne, Abdelmadjid Tebboune, disait qu’il lui accordait la nationalité algérienne. L’info est passée en bandeau le 2 septembre au soir sur la télévision algérienne. En réalité, sa mère étant algérienne par décret du 4 juillet 1963, il était Algérien depuis cette date, le code algérien de la nationalité stipulant que les enfants d’une Algérienne ou d’un Algérien sont Algériens. Or, depuis presque deux ans, il demandait ses papiers algériens sans avoir de réponse. Par ailleurs, beaucoup d’Algériens, sachant qu’il y aura bientôt une inauguration, place Maurice Audin, à Alger, d’un monument pour lequel le wali a commandé le 20 août à un sculpteur de fabriquer en trois mois un buste du chahid assassiné par l’armée française, craignent que ce nouvel aménagement vise en réalité à y gêner la tenue de futures manifestations.

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Les nostalgiques de la colonisation

Le racisme dans un coin de France,
à l’été 2020, sur l’Ile d’Yeu

En août 2020, à l’Ile d’Yeu, des individus ont souillé la stèle honorant la mémoire de 198 « tirailleurs sénégalais ». Des hommes morts lors du torpillage du navire qui, en 1917, pendant la « Grande Guerre », les transportait depuis Dakar pour rejoindre le front. La sculpture qui figure un homme d’Afrique noire a été aspergée de peinture blanche par des mains anonymes. Ci-dessous le passage à ce sujet du billet publié le 2 septembre 2020 sur son blog, par Jacques Ould Aoudia. Comme il le souligne, cette acte témoigne des mouvements contradictoires qui travaillent la société française : au début de prise de conscience de ce que la colonisation a transféré dans la métropole de ressources matérielles et humaines qui ont contribué à son développement, s’opposent des mouvements qui traduisent la sourde angoisse de ne plus pouvoir bénéficier de ce que procurait la domination coloniale, et qui cultivent ressentiment et haine de l’Autre.

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