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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

Afrique subsaharienne et océan Indien

Mali. Quand la logique militaire supplante le politique

Les putschistes qui ont renversé le président Ibrahim Boubacar Keïta le 18 août 2020 ont affirmé dès les premiers jours qu’ils ne remettraient pas en question les ententes et les priorités internationales du Mali. Même si le coup d’État souligne l’échec de leur approche, les Casques bleus de l’ONU et les militaires français de l’opération Barkhane sont décrits comme des partenaires pour la stabilité du pays. La junte montre ainsi sa capacité à accepter les règles du jeu, tout en s’appuyant sur une logique militaire qui lui permet de justifier le coup d’État. Celui-ci illustre comment l’État postcolonial et les élites maliennes ont intégré dans leur fonctionnement et leurs réflexions stratégiques la logique militaire et les contraintes de l’intervention internationale au Mali.

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Islamophobie

« Islamo-gauchisme » : quand “Le Monde” recadre “Le Monde” ?

L’article intitulé « La gauche et l’Islamisme : retour sur un péché d’orgueil », de Jean Birnbaum, paru dans Le Monde du 25 novembre 2020, s’en prend à la prétendue naïveté de la gauche tiers-mondiste d’hier et au supposé « islamo-gauchisme » de celle d’aujourd’hui. Attaque d’autant plus surprenante qu’elle contredit le long interview de Fabien Truong sur l’islam et les jeunes de banlieue paru la veille dans le même quotidien, titré : « Le drame de Conflans-Sainte-Honorine nous rappelle qu’une salle de classe n’est pas une arène politique publique ». Que le journal présentait ainsi : « Dans un entretien au Monde, le sociologue Fabien Truong, auteur d’enquêtes ethnographiques sur la jeunesse des quartiers populaires, explique les ressorts du passage de la délinquance à l’attentat terroriste ». L’analyse de ce sociologue allait à l’encontre des considérations idéologiques de Jean Birnbaum qui visent à justifier le concept d’« islamo-gauchisme ».

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L'accès aux archives coloniales

Le gouvernement persiste à vouloir entraver,
quitte à contredire les promesses du président,
l’accès aux archives
des guerres d’Indochine et d’Algérie

Un recours a été déposé au Conseil d’Etat le 23 septembre 2020 pour qu’il abroge un texte réglementaire qui contredit la loi en entravant l’accès aux archives, notamment des guerres d’Indochine et d’Algérie. Le 15 novembre 2020, le gouvernement, en contradiction avec les promesses faites par le président de la République en septembre 2018, a publié un arrêté qui confirme ces entraves. L’Association des archivistes français, celle des historiens contemporanéistes de l’enseignement supérieur et de la recherche et l’Association Josette et Maurice Audin, qui ont été à l’origine de ce recours, vont en introduire un nouveau. Le 27 mars 2020, une rencontre devait présenter un guide des archives sur les disparus de la guerre d’Algérie résultant des promesses présidentielles. Reportée au 4 décembre en visioconférence, elle semble avoir été l’objet d’une reprise en main par le gouvernement. Elle devrait être l’occasion pour les archivistes et historiens d’exprimer leur protestation contre ces entraves.

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Histoire et mémoire des anticolonialismes

L’hommage d’Alain Ruscio
à la mémoire de Jacques Jurquet (1922-2020)

Jacques Jurquet est décédé à Marseille le 22 novembre 2020 à l’âge de 98 ans au terme d’une longue vie militante. Issu d’une famille socialiste et engagé très jeune lors du Front populaire, il s’est impliqué à 19 ans dans la Résistance pendant laquelle il devint membre du Parti communiste clandestin. Ses responsabilités fédérales au sein de ce parti s’achevèrent en 1959, pendant la guerre d’Algérie, en raison de son désaccord avec le vote des « pouvoirs spéciaux » par le groupe parlementaire communiste qui ont plongé les deux pays dans la guerre. De même que sa compagne, Baya Allaouchiche-Bouhoune, qui militait au sein de la Fédération de France du FLN algérien clandestin, il a pris fait et cause pour la guerre d’indépendance algérienne. C’est au sein du groupe maoïste, Parti communiste marxiste-léniniste de France (PCMLF), dont il fut le premier secrétaire général, qu’il a rencontré Jean-Luc Einaudi, qui a publié une biographie de Baya et a nourri ses propres recherches sur la guerre d’Algérie des travaux de Jurquet sur « la Révolution nationale algérienne et le PCF ».

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La reconnaissance de l'esclavage

Depuis 1861, un quartier de Biarritz porte le nom de « La Négresse »,
surnom d’une femme qui y a vécu,
il faut qu’il porte son nom

À Biarritz (Pyrénées-Atlantiques), la zone qui englobe la gare SNCF, un quartier résidentiel et une zone artisanale s’appelle « La Négresse ». Depuis plusieurs années, un débat oppose ceux qui se sont attachés à ce toponyme, malgré sa connotation raciste, et ceux qui voudraient le voir disparaître. Jusqu’ici, la municipalité a toujours opposé une fin de non-recevoir aux critiques de cette dénomination. Lors du sommet du G7 qui s’est tenu à Biarritz, en août 2019, le militant associatif Karfa Diallo, de l’association Mémoires et Partages, avait organisé une action de sensibilisation devant la gare de Biarritz pour réclamer que le quartier soit débaptisé. Il doit être jugé, le 3 décembre 2020, pour une « rébellion » qu’il conteste, lors de son interpellation ce à ce moment.

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Antilles

A l’occasion d’un festival international du film,
de riches débats en Guadeloupe

Le Festival International du Film des Droits Humains de Guadeloupe – Monde En Vues -, soutenu notamment par la LDH de Guadeloupe, est l’occasion de riches débats sur ce moment important de la société française, les deux mois qui ont suivi l’assassinat de George Floyd. Comme le souligne Elisabeth Gustave, sa directrice : « Pour la première fois, la presse nationale est sortie de sa zone de confort et s’est aventurée à questionner le racisme à la française sur plusieurs jours d’affilée. Pendant huit semaines, le pays de la Déclaration des Droits de l’Homme a commencé à reconnaître que le racisme systémique n’était pas seulement le fait d’autrui en particulier des Etats-Unis. Pendant huit semaines la question raciale inondait le débat public ». Au moment où se produit dans l’hexagone une méchante contre-offensive pour combattre cette prise de conscience, c’est vers la Guadeloupe qu’il faut se tourner pour entendre des voix importantes.

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Le rôle des historiens

Madeleine Rebérioux,
une historienne engagée
pionnière des travaux sur le fait colonial

A l’occasion d’un hommage à Madeleine Rebérioux (1920-2005), à l’occasion du centenaire de sa naissance, organisé le 12 septembre 2020 par la Ligue des droits de l’Homme, La contemporaine (ex-BDIC) et le Musée de l’histoire vivante, plusieurs interventions ont porté sur les travaux de cette historienne sur l’histoire coloniale. Ci-dessous le texte de celle d’Alain Ruscio, sur « Madeleine Rebérioux, de l’anticolonialisme à l’anti-impérialisme » et, après un interview d’elle, les vidéos de deux autres contributions. Celle du président de la Société d’études jaurésiennes Gilles Candar, qui traite de son intérêt pour Jean Jaurès, en grande partie déterminé, dans les années de la guerre d’Algérie, par l’évolution de celui-ci « vers l’anticolonialisme », et celle de Gilles Manceron, qui présente l’apport de cette historienne engagée à cette association. L’ensemble des films de cet hommage sont visibles sur le site de la LDH.

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La reconnaissance du passé colonial

Pourquoi la France a-t-elle du mal à regarder son histoire coloniale en face ?
par l’historienne Christelle Taraud

Emmanuel Macron a été le premier président à qualifier la colonisation de « crime contre l’humanité », plus de soixante ans après les guerres d’indépendance. Comment expliquer ces années de silence ? L’historienne Christelle Taraud, spécialiste de la colonisation, explique dans un entretien à Francetvinfo que le fait de connaître la colonisation est essentiel pour comprendre la France d’aujourd’hui. Elle estime qu’à force de ne pas parler de cette histoire, on abîme durablement les individus et la société, c’est comme un cancer qui nous ronge de l’intérieur et empêche tout avenir commun. Il est donc nécessaire de penser une nouvelle histoire, sortir d’une vision européocentrée, masculine et blanche de l’histoire. Il faut redonner aux anciens pays colonisés leur place et aux peuples leur complexité.

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Séquelles politiques postcoloniales

Des accusations inadmissibles
contre l’université française

Le gouvernement français lance depuis quelques mois de graves accusations contre la recherche et l’enseignement universitaires. En juin 2020, le président de la République avait jugé le « monde universitaire coupable » d’avoir « cassé la République en deux ». Le 22 octobre, au lendemain de terribles attentats djihadistes, le ministre de l’Éducation nationale, Jean-Michel Blanquer, sur Europe 1 et devant le Sénat, a mis en cause l’université, qui serait « ravagée » par des « islamo-gauchistes » et « des théories indigénistes », propos qu’il a répétés dans le Journal du dimanche le 25 octobre. Le 1er novembre 2020, c’est le Premier ministre Jean Castex qui déclarait sur une chaine de télévision : « Je veux ici dénoncer toutes les compromissions qu’il y a eues pendant trop d’années, les justifications à cet islamisme radical : nous devrions nous autoflageller, regretter la colonisation, je ne sais quoi encore ». Ci-dessous une tribune signée par 2000 chercheurs et chercheuses et un appel international contre cette forme de maccarthysme contre l’université française.

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Islamophobie

La France et l’islam : la méfiance vient de loin…
par Alain Ruscio

Cette brève étude porte sur un courant de la pensée française très ancien et très agressif, que nous persistons à nommer « islamophobie », aujourd’hui à l’offensive. Il est évidemment hors de question d’affirmer qu’il fut et qu’il est le seul à s’exprimer. Même minoritaire et parfois inaudible, il y eut également en France, tout au long de la même longue période, un mouvement de compréhension, de respect et de tolérance vis-à-vis de l’islam. Ce texte n’a par ailleurs aucunement l’intention de nier le traumatisme produit par la cascade d’attentats et de crimes odieux perpétrés en France par certains fous de Dieu, en particulier depuis 2015. L’auteur, ancien professeur d’histoire dans le secondaire, ne peut que penser avec émotion et horreur au sort de Samuel Paty et partager la douleur du pays. Il a pourtant paru à l’historien que son rôle pouvait – devait – être de rappeler que tout phénomène de société a des racines dans le passé. C’est le cas pour les drames en cascade en cours.

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La société française au temps des colonies

« Combattre, punir, photographier »,
par Daniel Foliard

Bien avant la Grande Guerre, la photographie a représenté la colonie et la violence coloniale. Dans Combattre, punir, photographier. Empires coloniaux, 1890-1914, l’historien Daniel Foliard analyse brillamment le vaste corpus qui en témoigne, des albums privés des soldats coloniaux aux fonds des premières agences d’images. Il reproduit un certain nombre de ces images en nous invitant, comme l’indique l’éditeur, « à lire l’image-choc pour la désarmer plutôt que la subir. […] Au-delà d’une histoire des photographies des corps brutalisés et des violences armées, cet ouvrage, loin d’une pornographie du désastre, est aussi une proposition. Comment présenter des photographies montrant les atrocités indicibles pour les penser et en faire l’histoire ? ». Nous publions ici la recension de cet ouvrage par Raphaël Gallien, celles d’André Loez et de Sylvain Venayre, ainsi que les liens vers deux podcasts d’entretiens avec l’auteur, sur le site de France culture et sur celui de Paroles d’histoire.

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