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Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

Démantèlement d'un campement rom à Villeneuve d'Ascq. (Luc Moleux)
A-la France et les Roms “européens”

Roms : le Gisti interpelle la Commission européenne

Le 31 juillet 2008, plusieurs associations de défense des étrangers et des droits de l’homme – CCFD, LDH, FASTI, MRAP, Hors la Rue, Collectif Romeurope, GISTI et Cimade – avaient saisi la Commission Européenne d’une plainte mettant en cause la France pour de multiples violations du droit communautaire régissant le séjour en France des citoyens de l’Union et leurs familles.

Les associations dénonçaient notamment les discriminations dont étaient victimes les Roms de nationalité roumaine ou bulgare.
Il ressortait des témoignages présentés qu’en maniant la carotte (de 150 à 300 euros versés par l’ANAEM – devenu l’OFII – comme aide prétendue « humanitaire » pour un retour prétendu « volontaire »), et le bâton (reconduites à la frontière, obligations de quitter le territoire, menaces d’emprisonnement), les autorités ont expulsé des Roumains et des Bulgares par centaines. Il apparaissait également que, bien souvent, policiers, agents des préfectures ou de l’ANAEM, agissaient sur la foi de « déclarations » des intéressés qui étaient en fait pré-rédigées et identiques pour l’ensemble des occupants du campement évacué, sans prendre le temps d’examiner les situations individuelles1.

Aujourd’hui, face au comportement des autorités françaises à l’égard des Roms, et alors que la France multiplie ses violations, le Gisti adresse un courrier à Madame Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne en charge de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, pour attirer son attention sur le fait que cette plainte n’a toujours pas connu de suite.

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Marc Ferro : «pour les populations colonisées, la présence coloniale a été négative»

Marc Ferro est historien. Né en 1924 à Paris, il fait sa scolarité au lycée Carnot à Paris puis se tourne vers l’histoire qu’il étudie à l’université de Grenoble. Il participe à la Résistance dans le maquis du Vercors. Directeur de recherche à l’École des hautes études en sciences sociales, Marc Ferro s’est spécialisé dans l’étude de la révolution russe et de l’URSS.

On sait moins qu’il a enseigné l’histoire à Oran de 1948 à 1956. Nous reprenons ci-dessous la première partie d’un long entretien exclusif réalisé par Omar Merzoug et publié dans La Quinzaine littéraire où il évoque son parcours dans l’Algérie des années 1948-58. L’entretien intitulé « La colonisation au crible de l’Histoire » est accessible dans son intégralité sur Le blog de la Quinzaine Littéraire.2

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Un camp près de Lyon - AFP
A-la France et les Roms “européens”

expulsions de Roms : pourquoi se targuer aujourd’hui de ce que l’on cherchait à cacher hier ?

Jeudi 19 août, Eric Besson annonçait que 86 Roms roumains avaient quitté la France, «61 partis de Lyon par un vol spécifique affrété par l’Office français de l’immigration et de l’intégration, et 10 plus 15 sur deux avions différents partis de Roissy sur des vols commerciaux». Et le ministre précisait : «en gros, ce seront en août à peu près 850 personnes dites roms entre guillemets qui auront été reconduites dans leurs pays d’origine», ajoutant qu’il s’agissait d’une «accélération d’un processus qui est de toute façon à l’oeuvre puisque les vols de ce matin étaient le 25e, puis le 26e et le 27e de l’année»3.

Le ministre de l’Immigration poursuivait en annonçant pour le lendemain un avion transportant 124 Roms à destination de Timisoara et un premier groupe de treize Roms bulgares reconduits à Sofia – toutes ces expulsions reposant «sur une base dite de retour volontaire» –, et que 160 autres Roms quitteront la France le 26 août à partir de Paris ou de Lyon.

Au cours de l’année 2009, près de 11 000 Roms ont été reconduits en Roumanie ou en Bulgarie. Rien de véritablement nouveau donc. A part le fait que jusqu’à présent cela se faisait dans la discrétion. Pourquoi ce changement dans la gestion de ces événements ? Pour le New York Times du 5 août, les choses sont claires : après l’échec de sa campagne sur le thème de l’identité nationale, Nicolas Sarkozy va encore plus loin dans sa tentative pour s’attirer les faveurs de l’électorat d’extrême droite en vue de l’élection présidentielle de 2012. Par électoralisme cynique, il encourage sciemment la montée en France de la xénophobie et du racisme.

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Nicolas Sarkozy à Nîmes le 13 janvier 2009 (J.-P. Pelissier/Reuters)
Une Maison de l'histoire de France ?

“maison de l’histoire de France” ou promotion de “l’identité française” ?

Le 13 janvier 2009, Nicolas Sarkozy était à Nîmes pour présenter ses vœux aux “acteurs de la culture”. C’est ce jour-là qu’il a annoncé dans son discours du Carré d’Art4 sa décision de créer un musée permettant de « questionner l’histoire de France dans son ensemble».

On ne connaît toujours pas le lieu symbolique où se situera cette Maison de l’histoire de France. En revanche la lecture du rapport5 de Hervé Lemoine6 qui est à l’origine du projet permet d’en saisir un des objectifs. Après avoir affirmé que «la France souffre de son histoire, donc de son identité», il s’agirait de revenir «d’une histoire plurielle […] à une histoire singulière»?7

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Livres et films sur la guerre d'Algérie

Daniel Timsit : « comme notre Révolution était grande ! »

Daniel Timsit, né à Alger, en 1928, dans une modeste famille de commerçants judéo-berbères, a participé activement à la guerre d’indépendance de l’Algérie.
Dans un documentaire réalisé par Nasredine Guenifi, l’ancien militant s’exprime sur l’évolution de l’Algérie, explique ses engagements et parle de son identité algérienne : « Je n’ai jamais été un Européen » déclare-t-il.

Le film de Nasredine Guenifi, Daniel Timsit, l’Algérien, d’une durée de 1h56, est disponible en DVD. Pour le commander, contacter

Parmi les livres que Daniel Timsit nous a légués, on peut citer : Algérie, récit anachronique et Récits de la longue patience, journal de prison 1956-1962, tous deux édités chez Bouchene.

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Algérie : les affrontements des années 1990

brutalités policières à Alger contre des mères de “disparus”

Plusieurs milliers de “disparus” ont été enlevés, pour la plupart entre 1992 et 1997, le plus souvent par des services de sécurité, mais certains par des groupes armés islamistes. Leur sort reste toujours inconnu – lire l’entretien avec Yassin Temlali publié en septembre 2007. A l’occasion d’un voyage de sensibilisation de la population française, une délégation de ces mères de disparus avait été reçue en mairie de Toulon, il y a quelques années.

Aujourd’hui, les autorités algériennes semblent décidées à en finir avec les rassemblements hebdomadaires qui se tiennent chaque mercredi depuis 12 ans, devant le siège de la Commission nationale consultative de promotion et de protection des droits de l’homme (CNCPPDH). Le 4 août d’abord, puis le 11, les forces de l’ordre été particulièrement violentes à Alger.

Les autorités voudraient « tourner la page », mais les familles des disparus demandent la vérité sur le sort de leurs proches qui ont disparu. Pour pouvoir tourner la page, il faudrait d’abord qu’elle ait été écrite !

Dans un communiqué publié à Alger le 11 août 2010, Fatima Yous, présidente de SOS Disparus, appelle à un nouveau rassemblement mercredi prochain 18 août devant la CNCPPDH.

[Mise en ligne le 13 août 2010, mise à jour le 16]

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Le camp de Montreuil-Bellay vu du mirador côté Loudun (1944). Photo Jacques Sigot.
A-gens du voyage en France

Montreuil-Bellay, pied de nez à l’actualité

Les vestiges du camp de Montreuil-Bellay (Maine-et-Loire) viennent d’être inscrits au titre des monuments historiques. Il a donc été décidé de préserver ce qui subsiste du plus grand camp d’internement de tsiganes en France. Un camp administré par la préfecture et gardé par la gendarmerie française, où plusieurs milliers de tsiganes ont été internés entre le 8 novembre 1941 et 1945.

Coïncidence… l’annonce de ce classement en monument historique intervient alors que débute la vaste opération d’expulsion de 300 camps “sauvages” de Roms décidée par Nicolas Sarkozy lors de la réunion ministérielle de l’Élysée, le 28 juillet dernier8.

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Roms et gens du voyage : populations les plus discriminées

Malik Salemkour, vice-président de la Ligue des droits de l’Homme et animateur du collectif Romeurope, et Jean-Pierre Liégeois, fondateur du Centre de recherches tziganes de l’université Paris-V, rappellent que Roms et gens du voyage sont les catégories de citoyens qui subissent le plus de discriminations.

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Audin la disparition

«L’affaire Maurice Audin», qui remonte à plus de cinquante ans, est aujourd’hui presque inconnue – elle appartient à une période de notre histoire couverte par l’amnistie et l’amnésie.

Maurice Audin, mathématicien et militant contre la guerre d’Algérie, arrêté par des militaires français alors qu’il n’avait que 25 ans, a disparu à Alger en 1957. Après plus de cinquante ans d’enquête, la justice française a refermé ce dossier sans condamner les coupables ni reconnaître les faits : la torture et l’assassinat. Alger en revanche a commémoré cette année encore la disparition de Maurice Audin.

Une enquête inédite, intitulée Audin la disparition, comportant des témoignages de sa veuve Josette Audin, de l’historien Pierre Vidal-Naquet, de l’ancien ministre Robert Badinter et du journaliste Henri Alleg, a été diffusée en juillet 2010 sur la chaîne Public Sénat. Le documentaire est maintenant disponible en DVD.

[Première mise en ligne le 26 juillet 2010, mise à jour le 5 août]

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oscar, fichez ces Roms afin qu’ils ne reviennent

Indésirables dans leur pays d’origine, où ils sont fréquemment victimes de discriminations, les Roms le sont également en France. De nationalité roumaine pour 85 % d’entre eux, les Roms ont représenté un tiers des 29 288 reconduites à la frontière en 2009. Sur les 9 875 mesures d’éloignement les concernant l’année dernière, 7 966 étaient des “retours aidés” – l’«aide au retour humanitaire» organisée par l’OFII consiste en un pécule de 300 euros par adulte et 100 euros par enfant, en plus du billet d’avion9 – et 1 909 des “retours forcés”.

Dans la réalité, beaucoup de bénéficiaires d’une aide au retour reviennent en France après avoir touché leur prime. Ils présentent donc pour le ministère de l’Immigration “l’intérêt” d’alimenter les objectifs chiffrés de reconduite à la frontière qui lui sont assignés – mais, devant la détermination présidentielle affichée, le ministre de l’Immigration vient de déclarer qu’il «espère» que ce «tourniquet» s’interrompra en septembre10.

Un fichier dénommé OSCAR a été créé en octobre 2009 afin d’enregistrer les bénéficiaires de ces aides, mais … il ne semble pas être opérationnel. En septembre prochain, un fichier européen des bénéficiaires devrait voir le jour.

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pourquoi tant de si belles voitures, alors qu’il y a si peu de gens qui travaillent ?

Une réunion extraordinaire sur les gens du voyage et les Roms s’est tenue mercredi 28 juillet au palais de l’Elysée. Une réunion décidée la semaine dernière par Nicolas Sarkozy après les violences qui se sont déroulées à Saint-Aignan. Le chef de l’État avait annoncé vouloir « se pencher sur les problèmes que pose le comportement de certains parmi les Roms et parmi les gens du voyage ». Il a donc convoqué plusieurs ministres, des responsables de la police et de la gendarmerie – mais aucun représentant des gens du voyage n’était convié. A l’issue de la réunion, le ministre de l’Intérieur a annoncé une série de mesures, presque toutes répressives.

Brice Hortefeux a notamment déclaré : «nous allons affecter dix inspecteurs du fisc afin de contrôler la situation des occupants de ces camps illicites et illégaux». Le ministre feint-il d’ignorer – ou ignore-t-il vraiment ? – que, comme nous le rappelons ci-dessous, cette mesure figure dans la loi d’orientation et de programmation pour la sécurité intérieure (Lopsi) que Nicolas Sarkozy, alors ministre de l’Intérieur, a fait adopter dans l’urgence en juillet 2002 ? En fait, la suite des propos du ministre – «beaucoup de nos compatriotes sont à juste titre surpris en observant la cylindrée de certains véhicules» – rappelle que, si certains clichés ont la vie dure, leur exploitation est une ficelle inusable.

Terminons par deux questions :

  • qui a dit : « Je ne tolèrerai jamais que des propos racistes ou discriminants soient tenus dans notre pays […] Ces comportements sont indignes des valeurs de la République » ? 11
  • qui a dit qu’il convient de traiter les gens du voyage « sur un pied d’égalité avec le reste de la population française» et que «l’ensemble des gens du voyage ne sont pas responsables des actions criminelles commises par certains d’entre eux »? 12
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