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Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

Les fondateurs : Michel Delsaux, Rémi Serres, Armand Vernhettes et Georges Treilhou (de g. à d.).
Les résistances à la guerre d'Algérie

La 4ACG refuse la violence et la guerre comme moyens de résolution des conflits

Créée le 8 janvier 2004 à Albi par quatre anciens appelés en Algérie qui voulaient reverser leur retraite dite du «combattant» (environ 600 € par an), l’association Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre compte aujourd’hui plus de 250 membres.

Les membres de l’association ne se contentent pas de financer et d’accompagner des projets en faveur de la paix et du développement, en Algérie ou ailleurs, ils veulent aussi – et surtout – être des témoins, des «montreurs» de paix. Ils veulent dire l’absurdité de la guerre, l’inutilité des conflits, la perte d’humanité qu’ils entraînent automatiquement.

Ils se déplacent régulièrement, partout où on les sollicite : dans les écoles, les collèges, les lycées, dans les manifestations en faveur de la paix, les colloques, rencontres, conférences, associations… Pour témoigner, et également pour sensibiliser les jeunes aux dangers d’une obéissance aveugle à des ordres ou à des directives allant à l’encontre des valeurs humaines fondamentales.

Mehdi Lallaoui les a rencontrés. Il a réalisé en 2008 un documentaire visible sur le site Mediapart : En finir avec la guerre d’Algérie.

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Des policiers arrêtent un homme à l'arrivée d'un Paris-Nice, le 11 avril 2011 (Hugo Domenach/Rue89).
Contrôle au faciès

Paris-Nice : contrôles au faciès

Fin mars dernier, notre amie Isabelle nous a adressé le courrier suivant. D’autres témoignages confirment le sien ; nous en avons retenu un, du 11 avril. Aux dires de Toulonnais qui prennent quotidiennement le train pour Marseille, ces scènes sont fréquentes.

Témoigner de ce qui se passe sous nos yeux, c’est refuser de participer au lent naufrage de nos libertés.

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d’après la Cncdh, on a assisté en 2010 à une libération de la parole raciste

La commission nationale consultative des droits de l’homme a présenté le 13 avril 2011 son rapport pour l’année 2010. A l’occasion du rapport précédent consacré à l’année 2009, la Cncdh avait souligné que contrairement à des conceptions largement partagées, les préjugés racistes diminuaient. Mais l’analyse des résultats des enquêtes réalisées pour le rapport 2010 laisse craindre que ce mouvement soit interrompu. La Cncdh écrit en effet qu’il lui semble, pour la première fois depuis plusieurs années, constater une augmentation de l’intolérance.

Nous reprenons la présentation par la Cncdh des résultats de ces enquêtes, suivie de deux commentaires :

  • «Racisme : un verrou a sauté dans le discours politique admis ou admissible », par Elise Vincent (Le Monde, 12 avril 2011)
  • une interview de Pierre Fournel, directeur général de la LICRA : « L’ethnicisation des problèmes sociaux a engendré une libération de la parole raciste » (20minutes.fr, 12 avril 2011).
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QPC sur les contrôles d’identité

Une cinquantaine d’avocats vont déposer, à partir de lundi 23 mai, des questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) sur les contrôles d’identité devant les juridictions de six villes françaises. Pendant deux semaines, à Paris, Lyon, Marseille, Lille, Nanterre et Créteil, ils devraient soulever une QPC pour chaque dossier traité par la justice dans lequel il est fait état d’un contrôle d’identité reposant sur un délit de faciès.

Selon le cabinet de l’avocat William Bourdon, qui participe à cette action, « il y a déjà quelque chose d’anticonstitutionel [dans les contrôles d’identité] puisque chaque contrôle est une atteinte à la liberté et qu’il convient donc à un juge de statuer ». Ces QPC sur les contrôles d’identité visent également à attirer l’attention sur les « contrôles au faciès » qui, selon certaines études, « touchent beaucoup plus les Noirs et les Arabes ». Le cabinet dénonce le fait que « des personnes qui ont été contrôlées dans les cités et qui ne sont pas ensuite passées devant un juge, n’ont aucun moyen de démontrer qu’elles ont pu être contrôlées jusqu’à trois fois dans la même journée ».

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Leonie Duquet et Alice Domon, religieuses françaises militantes du mouvement des Mères de la place de Mai, disparues en 1977 pendant la dictature argentine.AFP/ARCHIVES
Tortures et dictatures en Amérique latine

des tortionnaires de la dictature militaire devant la justice argentine

Selon les organisations de défense des droits de l’homme, près de 30 000 personnes ont disparu en Argentine entre 1976 et 1983, pendant la dictature militaire. Beaucoup d’entre elles avaient été détenues et torturées à l’École supérieure de mécanique de la Marine (ESMA). Dix-neuf anciens officiers de l’ESMA, dont le capitaine Alfredo Astiz, sont en cours de jugement en Argentine pour violations des droits de l’homme, notamment pour l’assassinat de deux religieuses françaises, Léonie Duquet et Alice Domon. Alfredo Astiz avait déjà été poursuivi en 1985 pour ces crimes, mais des lois d’amnistie, abrogées depuis, avaient interrompu la procédure.

Comme Marie-Monique Robin l’a montré, les « méthodes » mises en oeuvre par les militaires argentins leur avaient été enseignées par des militaires français – notamment le général Aussaresses – qui les avaient expérimentées sur le terrain en Indochine et en Algérie. Voir ci-dessous la vidéo de Marie-Monique Robin.

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La nouvelle stèle de Marignane.
Soulèvement et répression du Nord-Constantinois (août 1955)

Algérie 1955 : une photo et sa légende

La nouvelle stèle de Marignane.
La nouvelle stèle de Marignane.
La date du 20 août 1955 est toujours mise en avant par les activistes de la mémoire de l’Algérie française, le dernier exemple étant la nouvelle stèle de Marignane qui ne retient que quatre dates.

Ce jour-là, une insurrection a secoué l’ensemble du Constantinois. A midi, les militants du FLN et la population algérienne ont attaqué des gendarmeries, des commissariats de police, des casernes ainsi que des structures économiques.

Au cours de cette insurrection, deux massacres d’Européens ont été perpétrés par des émeutiers : l’un à El Alia, petite agglomération minière où 35 personnes ont été tuées, l’autre au sein d’une famille d’Aïn Abid où 7 personnes ont été tuées – parmi elles des enfants1. L’estimation globale du gouvernement général est de 123 tués, victimes de l’insurrection : 31 militaires, 71 civils européens et 21 Algériens2.

Les représailles qui se sont abattues sur la population algérienne de la région, à partir du 20 août, ont été terribles. La violence, extrême et générale, a duré des semaines ; le nombre de victimes algériennes, hommes, femmes et enfants, n’est pas connu avec précision mais dépasserait 7 500.

Mais, aujourd’hui pour de nombreux Français, les seuls massacres qui ont eu lieu lors de la guerre d’Algérie ont été commis par “les Algériens”.

Un exemple illustre cette situation. Parue pour la première fois dans L’Humanité, une photographie prise dans les jours qui ont suivi l’insurrection d’août 1955 accompagnait un article de Robert Lambotte, avec pour légende « Les cadavres d’Algériens jonchent le terrain du Stade municipal de Philippeville ».

Les archives photographiques de L’Humanité ont été confiées à une agence privée chargée de leur diffusion. Dans ce cadre, une nouvelle légende a été affectée à cette photo : «20 août 1955, stade de Philippeville : cent vingt-trois Européens – dont soixante et onze civils français – furent exécutés par l’armée de libération nationale algérienne».

Récemment, L’Humanité a republié ce document avec cette nouvelle légende. L’ensemble est censé illustrer le compte-rendu du dernier ouvrage de Claire Mauss-Copeaux. Mais la critique d’Alain Ruscio, le livre de Claire Mauss-Copeaux comme l’article de Robert Lambotte démentent formellement les allégations du nouveau commentaire.

[Mis en ligne le 17 mai 2011 à 9h, mis à jour à 18h]

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Numéro spécial de L'Humanité du 24 août 1955, qui sera également saisi.
Soulèvement et répression du Nord-Constantinois (août 1955)

Août 1955, la répression dans le Nord-Constantinois

Voici le témoignage de Robert Lambotte, envoyé spécial de L’Humanité à Constantine, sur la terrible répression qui a suivi l’insurrection du 20 août 1955 dans la région de Philippeville. Cet article a été publié dans L’Humanité du 24 août 1955. En fait ce numéro a été immédiatement saisi, et un numéro spécial de protestation a été ensuite imprimé et diffusé un court temps de façon militante avant d’être également saisi.

Robert Lambotte a été expulsé d’Algérie, manu militari, le 25 août 1955. Le 28 août, il a publié dans L’Humanité-Dimanche un article intitulé « Voici pourquoi j’ai été expulsé d’Algérie » où il écrit :

« Ce qu’il ne faut pas voir et ne pas dire, ce sont les longues colonnes d’Algériens ramassés samedi, dimanche et lundi dans les quartiers arabes de Philippeville et systématiquement mis à mort sur le stade ou dans les campagnes environnantes. »

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Banyuls-sur-Mer : n’est-ce pas une provocation que de donner à un carrefour le nom du général Bigeard ?

Après celui d’Aix-en-Provence, c’est maintenant au tour du conseil municipal de Banyuls-sur-Mer (Pyrénées-orientales) de voter l’attribution du nom du général Marcel Bigeard à un rond-point de la ville. Mais le maire ne peut ignorer que ce nom reste lié à la torture en Algérie : même s’il a nié que les troupes sous son commandement s’y soient livrées, le général a déclaré en 2000 que l’usage de la torture pendant la guerre d’Algérie avait été « un mal nécessaire ». Faut-il rappeler que l’expression « crevettes Bigeard » désignait alors les personnes qui auraient été exécutées en étant jetées depuis un hélicoptère en mer Méditerranée, les pieds coulés dans une bassine de ciment ?3

L’intention du maire derrière ce choix partisan est apparue clairement lors de l’inauguration.

S’il tenait à rendre hommage à un militaire, le maire aurait pu le choisir parmi les victimes des engagements militaires de notre pays – depuis décembre 2001, 56 militaires français ont perdu la vie en Afghanistan.

[Mis en ligne le 30 avril 2011, mis à jour le 15 mai]

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la base de Blida pendant le putsch des généraux, par Jacques Lambour

Le comportement des appelés du contingent pendant le putsch des généraux est connu : dans une grande partie des régiments, ils ont manifesté leur soutien aux autorités légales de façon active ou passive, et ont refusé de suivre ceux de leurs chefs qui ont voulu s’engager dans la tentative de coup d’État. Ce fut l’une des causes principales de l’échec du putsch.

Nous reprenons ci-dessous un témoignage que nous a adressé Jacques Lambour, membre de l’Association des anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre d’Algérie, qui a vécu cet épisode sur la base de Blida4. Ce texte peut être rapproché d’autres témoignages, ceux notamment de René Collinot et d’Alain Amsellem.

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La section de Toulon de la LDH était présente ( de gauche à droite : Martine, Soraya, François, Mounir et Hakim)
Les massacres de mai-juin 1945 en Algérie (Constantinois)

troisième commémoration à Marseille de l’“autre 8 mai”

Pour la troisième année consécutive, l’Espace Franco-Algérien PACA a commémoré, avec ses amis, les massacres du 8 mai 1945 en Algérie.

Répondant à l’appel de l’association, une petite centaine de personnes se sont rassemblées aux Mobiles (en haut de la Canebière) pour déposer une gerbe en mémoire des milliers de victimes de Sétif, Guelma et Kherrata, en mai 1945. Plusieurs membres de la section de Toulon de la LDH étaient venus participer à cette cérémonie d’hommage ainsi qu’aux tables-rondes qui l’ont suivie au cours de l’après-midi.

Chaque année des cérémonies officielles commémorent la victoire sur l’Allemagne nazi. Souhaitons que, les années prochaines, les commémorations y associent le souvenir des massacres commis par la France dans le Constantinois en mai 1945.

[Mis en ligne le 6 mai 2011, mis à jour le 11]

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La psychiatrie coloniale au service des théories raciales : un texte d’Antoine Porot

Médecin-chef du Centre neurologique de la 197e Région militaire à partir de 1916 et professeur agrégé de neuropsychiatrie à la faculté de médecine, Antoine Porot est le fondateur de l’école psychiatrique d’Alger.

Pendant un demi-siècle, les psychiatres de l’école d’Alger ont défendu la théorie du « primitivisme », plaçant « l’indigène nord-africain » à mi-chemin entre l’homme primitif et l’occidental évolué. Leur thèse était que l’indigène, étant privé de lobe préfrontal, est dépourvu de morale, d’intelligence abstraite et de personnalité.

Nous reprenons ci-dessous un texte d’Antoine Porot publié en 1918 dans les Annales Médico-Psychologiques où ce qu’il présente comme une série d’observations cliniques permet de reconstituer le regard du psychiatre colonisateur sur son patient colonisé5.
On ne manquera pas de rapprocher ce texte de la découverte récente dans un musée parisien de restes mortuaires d’Algériens ayant résisté à la colonisation française.

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