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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

Séverine Labat : « l’imaginaire français n’a pas achevé de se décoloniser »

Après certains responsables du football français, c’est au tour d’un élu de droite de s’en prendre aux binationaux, c’est-à-dire aux ressortissants français qui possèdent la double nationalité.

Claude Goasguen, député de Paris (UMP) et ancien membre du mouvement d’extrême droite Occident, a ainsi avancé l’idée d’une limitation «des droits politiques» des binationaux, jugeant «gênant qu’une personne puisse voter en France et dans un autre Etat». Celui qui est aussi maire du 16° arrondissement a également évoqué la création d’un «registre des binationaux ». Des propos qui ont provoqué la colère de nombreux élus de gauche et qui ont même créé le trouble au sein de la majorité. Retour sur cette affaire avec Séverine Labat, politologue et chercheuse au CNRS.

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Mémoire et histoire en Algérie

Mohammed Harbi : «les archives de la guerre de Libération sont explosives»

Dans un long entretien publié dans l’édition du 26 mai 2011 du journal El Watan, l’historien Mohammed Harbi aborde de très nombreux problèmes. Il revient sur les récentes controverses suscitées par des déclarations polémiques d’anciens acteurs de la guerre de libération algérienne. Il s’exprime sur les tabous, liés aux juifs d’Algérie, aux harkis et aux pieds-noirs : le fait de ne pas avoir traité ces problèmes a « fait le lit de l’islamisme». Il évalue le nombre de harkis et goumiers à environ 100 000 hommes et il estime à quelque 50 000, les victimes algériennes des bavures du FLN/ALN, dont nombre de militants nationalistes authentiques. Préconisant une déconstruction de la pensée nationaliste, il estime que la question identitaire et celle de l’autoritarisme sont deux problèmes majeurs qu’il est impératif de dépasser pour aller vers une Algérie nouvelle et apaisée…

Les propos de Mohammed Harbi ont été recueillis par Mustapha Benfodil et publiés dans l’édition du 26 mai 2011 d’El Watan1. A la suite, vous trouverez une mise au point de Mohammed Harbi, publiée dans l’édition du 28 mai, une brève biographie de Mohammed Harbi et enfin un glossaire repris de l’édition du 26 mai.

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le déni de l’histoire du passé colonial et ses conséquences, par Martine Timsit-Berthier

A l’occasion de la journée de commémoration de “l’autre 8 mai”, organisée le 8 mai 2011 par l’Espace Franco-algérien à Marseille, Martine Timsit-Berthier avait présenté une intervention centrée sur les conséquences en France du déni de l’histoire du passé colonial. Nous publions ci-dessous le texte de cet exposé, relu et corrigé par son auteure.

Martine Timsit-Berthier, Neuro-Psychiatre et Docteur ès Sciences. Après avoir effectué ses études de Médecine et de Sciences à Paris et à Marseille (1954-1961), elle est retournée en Algérie en 1962, où elle a participé avec son mari le docteur Meyer Timsit, à la relance du service de Psychiatrie de l’hôpital Mustapha et à l’enseignement de la Physiologie du Système Nerveux à la Faculté de Médecine d’Alger (1962-1966).

A la suite du coup d’État du 19 Juin 1965, elle s’est exilée en Belgique où elle a travaillé à la Faculté de Médecine de Liège jusqu’en 1997. Installée dans la région toulonnaise, depuis sa retraite, elle participe à des consultations psychiatriques données dans le cadre d’une association donnant des soins à des populations en situation de précarité et aux demandeurs d’asile (Siloé-Toulon).2

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Prise d’assaut de Zaatcha par le colonel Canrobert, le 26 novembre 1849, par Jean-Adolphe Beaucé (1818-1875)
Les crânes d'Algériens au Musée de l'homme

les restes mortuaires de résistants algériens à la colonisation retrouvés dans un musée parisien (2011)

Les restes mortuaires de dizaines d’Algériens qui ont résisté à la colonisation française au xixe siècle ont été retrouvés au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, a révélé un chercheur en histoire, l’Algérien Ali Farid Belkadi, dans une déclaration diffusée par l’APS, samedi 7 mai 2011.

On y trouve notamment des restes de Chérif Boubaghla3
et de Cheikh Bouziane des Zaâtchas, le chef des révoltés qui ont tenu l’armée française en échec pendant deux mois en 1849, dans l’oasis des Zaâtchas, où il devait trouver la mort.


[Ajouté le 29 mai 2011] – Une pétition appelant le président Abdelaziz Bouteflika et le gouvernement algérien à entreprendre «auprès de l’État français, les démarches nécessaires au rapatriement en Algérie des restes mortuaires de résistants algériens conservés dans les musées français» a été lancée par Ali Farid Belkadi : http://www.petitionenligne.fr/petition/pour-le-rapatriement-des-restes-mortuaires-algeriens-conserves-dans-les-musees-francais/1233

[Mis en ligne le 7 mai 2011, mis à jour le 29]

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Côte d’Ivoire : des associations appellent à la fin des exactions

Cinq organisations (ACAT France, CCFD-Terre Solidaire, Defap (service protestant de mission), LDH, CGT) ont appelé mercredi « à l’arrêt des exactions » en Côte d’Ivoire. « Bien que la situation sécuritaire se soit nettement améliorée en Côte d’Ivoire, des civils continuent d’être victimes d’exactions commises par des hommes en armes dans plusieurs régions du pays », dénoncent ces organisations dans un communiqué commun.

« Nombre de ces exactions sont perpétrées par des hommes se réclamant des Forces Républicaines de Côte d`Ivoire (FRCI) » d`Alassane Ouattara, affirment-elles. « Ces exactions doivent cesser, la sécurité doit à nouveau être assurée pour tous (…) sans distinction », insistent-elles, demandant à ce que la lumière soit « faite sur ces exactions ».

Elles demandent que les autorités ivoiriennes permettent « à la Cour pénale internationale (CPI) d`enquêter sur les exactions commises depuis septembre 2002 », et mènent « des enquêtes judiciaires indépendantes, exhaustives et impartiales sur toutes les allégations d`atteintes aux droits de l`homme recensées depuis le début de la crise ivoirienne ».

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Les fondateurs : Michel Delsaux, Rémi Serres, Armand Vernhettes et Georges Treilhou (de g. à d.).
Les résistances à la guerre d'Algérie

La 4ACG refuse la violence et la guerre comme moyens de résolution des conflits

Créée le 8 janvier 2004 à Albi par quatre anciens appelés en Algérie qui voulaient reverser leur retraite dite du «combattant» (environ 600 € par an), l’association Anciens Appelés en Algérie et leurs Amis Contre la Guerre compte aujourd’hui plus de 250 membres.

Les membres de l’association ne se contentent pas de financer et d’accompagner des projets en faveur de la paix et du développement, en Algérie ou ailleurs, ils veulent aussi – et surtout – être des témoins, des «montreurs» de paix. Ils veulent dire l’absurdité de la guerre, l’inutilité des conflits, la perte d’humanité qu’ils entraînent automatiquement.

Ils se déplacent régulièrement, partout où on les sollicite : dans les écoles, les collèges, les lycées, dans les manifestations en faveur de la paix, les colloques, rencontres, conférences, associations… Pour témoigner, et également pour sensibiliser les jeunes aux dangers d’une obéissance aveugle à des ordres ou à des directives allant à l’encontre des valeurs humaines fondamentales.

Mehdi Lallaoui les a rencontrés. Il a réalisé en 2008 un documentaire visible sur le site Mediapart : En finir avec la guerre d’Algérie.

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Des policiers arrêtent un homme à l'arrivée d'un Paris-Nice, le 11 avril 2011 (Hugo Domenach/Rue89).
Contrôle au faciès

Paris-Nice : contrôles au faciès

Fin mars dernier, notre amie Isabelle nous a adressé le courrier suivant. D’autres témoignages confirment le sien ; nous en avons retenu un, du 11 avril. Aux dires de Toulonnais qui prennent quotidiennement le train pour Marseille, ces scènes sont fréquentes.

Témoigner de ce qui se passe sous nos yeux, c’est refuser de participer au lent naufrage de nos libertés.

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d’après la Cncdh, on a assisté en 2010 à une libération de la parole raciste

La commission nationale consultative des droits de l’homme a présenté le 13 avril 2011 son rapport pour l’année 2010. A l’occasion du rapport précédent consacré à l’année 2009, la Cncdh avait souligné que contrairement à des conceptions largement partagées, les préjugés racistes diminuaient. Mais l’analyse des résultats des enquêtes réalisées pour le rapport 2010 laisse craindre que ce mouvement soit interrompu. La Cncdh écrit en effet qu’il lui semble, pour la première fois depuis plusieurs années, constater une augmentation de l’intolérance.

Nous reprenons la présentation par la Cncdh des résultats de ces enquêtes, suivie de deux commentaires :

  • «Racisme : un verrou a sauté dans le discours politique admis ou admissible », par Elise Vincent (Le Monde, 12 avril 2011)
  • une interview de Pierre Fournel, directeur général de la LICRA : « L’ethnicisation des problèmes sociaux a engendré une libération de la parole raciste » (20minutes.fr, 12 avril 2011).
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QPC sur les contrôles d’identité

Une cinquantaine d’avocats vont déposer, à partir de lundi 23 mai, des questions prioritaires de constitutionnalité (QPC) sur les contrôles d’identité devant les juridictions de six villes françaises. Pendant deux semaines, à Paris, Lyon, Marseille, Lille, Nanterre et Créteil, ils devraient soulever une QPC pour chaque dossier traité par la justice dans lequel il est fait état d’un contrôle d’identité reposant sur un délit de faciès.

Selon le cabinet de l’avocat William Bourdon, qui participe à cette action, « il y a déjà quelque chose d’anticonstitutionel [dans les contrôles d’identité] puisque chaque contrôle est une atteinte à la liberté et qu’il convient donc à un juge de statuer ». Ces QPC sur les contrôles d’identité visent également à attirer l’attention sur les « contrôles au faciès » qui, selon certaines études, « touchent beaucoup plus les Noirs et les Arabes ». Le cabinet dénonce le fait que « des personnes qui ont été contrôlées dans les cités et qui ne sont pas ensuite passées devant un juge, n’ont aucun moyen de démontrer qu’elles ont pu être contrôlées jusqu’à trois fois dans la même journée ».

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Leonie Duquet et Alice Domon, religieuses françaises militantes du mouvement des Mères de la place de Mai, disparues en 1977 pendant la dictature argentine.AFP/ARCHIVES
Tortures et dictatures en Amérique latine

des tortionnaires de la dictature militaire devant la justice argentine

Selon les organisations de défense des droits de l’homme, près de 30 000 personnes ont disparu en Argentine entre 1976 et 1983, pendant la dictature militaire. Beaucoup d’entre elles avaient été détenues et torturées à l’École supérieure de mécanique de la Marine (ESMA). Dix-neuf anciens officiers de l’ESMA, dont le capitaine Alfredo Astiz, sont en cours de jugement en Argentine pour violations des droits de l’homme, notamment pour l’assassinat de deux religieuses françaises, Léonie Duquet et Alice Domon. Alfredo Astiz avait déjà été poursuivi en 1985 pour ces crimes, mais des lois d’amnistie, abrogées depuis, avaient interrompu la procédure.

Comme Marie-Monique Robin l’a montré, les « méthodes » mises en oeuvre par les militaires argentins leur avaient été enseignées par des militaires français – notamment le général Aussaresses – qui les avaient expérimentées sur le terrain en Indochine et en Algérie. Voir ci-dessous la vidéo de Marie-Monique Robin.

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La nouvelle stèle de Marignane.
Soulèvement et répression du Nord-Constantinois (août 1955)

Algérie 1955 : une photo et sa légende

La nouvelle stèle de Marignane.
La nouvelle stèle de Marignane.
La date du 20 août 1955 est toujours mise en avant par les activistes de la mémoire de l’Algérie française, le dernier exemple étant la nouvelle stèle de Marignane qui ne retient que quatre dates.

Ce jour-là, une insurrection a secoué l’ensemble du Constantinois. A midi, les militants du FLN et la population algérienne ont attaqué des gendarmeries, des commissariats de police, des casernes ainsi que des structures économiques.

Au cours de cette insurrection, deux massacres d’Européens ont été perpétrés par des émeutiers : l’un à El Alia, petite agglomération minière où 35 personnes ont été tuées, l’autre au sein d’une famille d’Aïn Abid où 7 personnes ont été tuées – parmi elles des enfants4. L’estimation globale du gouvernement général est de 123 tués, victimes de l’insurrection : 31 militaires, 71 civils européens et 21 Algériens5.

Les représailles qui se sont abattues sur la population algérienne de la région, à partir du 20 août, ont été terribles. La violence, extrême et générale, a duré des semaines ; le nombre de victimes algériennes, hommes, femmes et enfants, n’est pas connu avec précision mais dépasserait 7 500.

Mais, aujourd’hui pour de nombreux Français, les seuls massacres qui ont eu lieu lors de la guerre d’Algérie ont été commis par “les Algériens”.

Un exemple illustre cette situation. Parue pour la première fois dans L’Humanité, une photographie prise dans les jours qui ont suivi l’insurrection d’août 1955 accompagnait un article de Robert Lambotte, avec pour légende « Les cadavres d’Algériens jonchent le terrain du Stade municipal de Philippeville ».

Les archives photographiques de L’Humanité ont été confiées à une agence privée chargée de leur diffusion. Dans ce cadre, une nouvelle légende a été affectée à cette photo : «20 août 1955, stade de Philippeville : cent vingt-trois Européens – dont soixante et onze civils français – furent exécutés par l’armée de libération nationale algérienne».

Récemment, L’Humanité a republié ce document avec cette nouvelle légende. L’ensemble est censé illustrer le compte-rendu du dernier ouvrage de Claire Mauss-Copeaux. Mais la critique d’Alain Ruscio, le livre de Claire Mauss-Copeaux comme l’article de Robert Lambotte démentent formellement les allégations du nouveau commentaire.

[Mis en ligne le 17 mai 2011 à 9h, mis à jour à 18h]

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