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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

A la Une du quotidien Pagina/12 du 6 juillet 2012.
Tortures et dictatures en Amérique latine

le général Videla : des milliers de disparitions, des vols de bébés …

Dans une longue interview video donnée en avril 2012, l’ancien chef de la junte militaire argentine, Jorge Videla, au pouvoir de 1976 à 1983, a avoué pour la première fois, le meurtre des desaparecidos. « Nous avons tué entre 7 000 et 8 000 personnes, et fait disparaître leurs corps », dit-il. Pour justifier ces crimes il assure « qu’il n’y avait pas d’autres solutions pour gagner la guerre contre la subversion, […] on ne pouvait ni les enfermer ni les tuer au grand jour ». Les Mères de la Place de Mai, qui depuis plus de trente ans luttent pour savoir la vérité, évoquent le nombre de 30 000 disparus. Aujourd’hui âgé de 86 ans, Videla purge déjà deux peines de prison à perpétuité pour crime contre l’humanité.

Les méthodes utilisées dans les années 1960 et 1970 par les militaires argentins, brésiliens et chiliens chargés de la lutte contre la « subversion » leur avaient été enseignées par d’anciens officiers français de la guerre d’Algérie – voir cet article 1.

A l’issue d’un nouveau procès, Jorge Videla a été condamné le 6 juillet 2012 à une peine de 50 ans de prison pour le vol de bébés nés durant la captivité de leurs parents – lire le témoignage de Victoria Donda, députée argentine, fille de desaparecidos, née en captivité et donnée en adoption à des militaires proches de la Junte.

[Mis en ligne le 30 avril 2012, mis à jour le 10 juillet]

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les disparus d’Algérie, par Raphaëlle Branche

Le 5 juillet, l’Algérie a fêté le cinquantième anniversaire de son indépendance. La dure lutte qu’il a fallu mener pour arracher cette liberté à la puissance coloniale française, présente pendant plus de cent trente ans sur le sol algérien, a été commémorée dans toutes les communes d’Algérie, devant les monuments aux martyrs.

Dans cette tribune publiée dans Le Monde daté du 8 juillet 2012, l’historienne Raphaëlle Branche, spécialiste de la guerre d’Algérie et des questions de violence en situation coloniale, lance un appel pour qu’un hommage soit rendu à tous les anonymes qui y ont perdu la vie d’un côté ou de l’autre2.

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Chômeurs, familles de disparus, militants des droits de l’homme... Ils sont descendus dans la rue le 5 juillet 2012, et pour beaucoup, ont été arrêtés.
Algérie : les affrontements des années 1990

à la suite des protestations qui ont suivi son incarcération, Mohamed Smaïn est remis en liberté

Des ONG et des intellectuels se sont mobilisés en Algérie pour dénoncer l’incarcération du militant des droits de l’homme algérien Mohamed Smaïn incarcéré à Relizane. Les autorités algériennes ont ainsi empêché sa venue en France, alors qu’il est partie civile dans un procès contre deux anciens miliciens algériens poursuivis pour torture.

Une pétition a été lancée dont les signataires rappellent que Mohamed Smaïn, ancien vice-président de la ligue algérienne de défense des droits de l’homme est une « figure nationale dans la lutte pour la vérité sur le sort des disparitions forcées » pendant la décennie noire. Cela lui a valu d’être condamné à deux mois de prison pour dénonciation de « crimes imaginaires », condamnation confirmée par la cour suprême d’Alger en octobre 2011 après dix années de harcèlement judiciaire, la cour ayant refusé le pourvoi en cassation. La plainte avait été déposée par Mohamed Fergane, l’ancien maire de sa ville Relizane, qui dans les années 1990 dirigeait la milice responsable d’actes de tortures, d’assassinats et de disparitions forcées.

La pétition rappelle que 210 citoyens enlevés à Relizane ont disparu et que des charniers où gisent des disparus ont été localisés et des restes humains exhumés et identifiés. Mohamed Smaïn, âgé de 70 ans, a été arrêté le 19 juin dernier à Relizane pour l’exécution de sa peine, au mépris du recours en grâce qui avait été déposé en raison de son état de santé – il a subi un triple pontage coronarien et souffre d’un cancer de la prostate.

Pour Me Patrick Baudouin : “L’omerta est totale en Algérie sur les crimes de la décennie noire3

Mise à jour

  • Mohamed Smaïn a été libéré le 6 juillet4
  • Le 5 juillet gâché à Alger : arrestation de militants et interdiction de manifester5.
[Mis en ligne le 1er juillet 2012, mis à jour le 9]

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colloque d’El Watan : après l’histoire, le présent

Comme Omar Belhouchet, directeur d’El Watan, l’a déclaré le premier jour, l’un des deux axes du colloque organisé par El Watan était le bilan des cinquante années d’indépendance : « Ce 50e anniversaire de l’indépendance nous incite à la réflexion critique».
«Qu’a-t-on fait de l’indépendance ? Qu’est-ce qui a été fait depuis 1962 ? Et pourquoi en sommes-nous là ? Qu’est-ce qui n’a pas marché ? En quoi avons-nous failli ?» La troisième journée du colloque organisé par ce quotidien, intitulé « Cinquante ans après l’indépendance : quel destin pour quelle Algérie ? », a dressé un bilan sévère, que résume le titre de Une son édition du 5 juillet : « 1962-2012 : Un passé glorieux, une liberté confisquée ».

Nous reprenons les comptes-rendus par Mustapha Benfodil, parus dans El Watan du 8 juillet 2012, des interventions :

  • du juriste Madjid Benchikh, ancien doyen de la faculté de droit d’Alger, qui analyse l’évolution des droits de l’Homme en Algérie
  • du politologue Mohammed Hachemaoui, enseignant-chercheur, Université Paris 8/IREMAM (CNRS), qui passe au crible les effets dévastateurs de « la corruption politique, dernière ligne de défense du régime autoritaire ».

[Ajouté le 23 août 2012] – A la suite, vous trouverez des enregistrements vidéo de ces deux interventions.

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Malika Rahal
1962, la fin de la guerre d'Algérie

colloque d´El Watan à Alger : nouveaux regards sur l’histoire

Le colloque organisé du 5 au 7 juillet 2012 par le quotidien algérien El Watan, salle Cosmos de Riadh El Feth à Alger, a permis lors des deux premières journées à des historiens d’ouvrir de nouveaux horizons. Parmi les nombreux chercheurs venus d’Algérie, de France et des Etats-Unis dont ce journal a résumé les interventions, retenons notamment les interventions de :

Nous reprenons ci-dessous le compte-rendu publié le 7 juillet dans El Watan de la communication de Malika Rahal, chercheuse à l’Institut d’histoire du temps présent, (IHTP), sur « Le militantisme nationaliste : une expérience politique pour l’indépendance ? », consacrée à un courant politique resté trop méconnu, celui de l’Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA). Et celui de l’intervention de Gilles Manceron qui a traité de la gêne éprouvée par la société française pour reconnaître ce que fut la colonisation et la guerre d’Algérie et dénoncé le fait que ce sont les lobbies nostalgiques de « l’Algérie française » qui dictent leur loi aux politiques, comme ils l’ont longtemps fait au temps des colonies. Pour terminer, nous reproduisons l’entretien avec Gilles Manceron sur la question des harkis que ce quotidien a publié dans son édition du 5 juillet.

[Ajouté le 23 août 2012] – A la suite de ces deux articles, vous pourrez voir les enregistrements vidéos de ces deux interventions.

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1962, la fin de la guerre d'Algérie

“guerre d’Algérie, guerre d’indépendance, paroles d’humanité”, par la 4acg

A l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance de l’Algérie, l’association Anciens appelés en Algérie et leurs amis contre la guerre – plus connue sous le nom de 4acg – publie un ouvrage qui rassemble des récits divers de combattants algériens et français, harkis, pieds-noirs, réfractaires, médecins, infirmières, membres de leur famille, tous mêlés d’une façon ou d’une autre à la guerre.

Ce dont témoignent tous ces acteurs, c’est qu’aujourd’hui l’heure est venue de parler et d’écouter, de donner et de recevoir, des deux côtés de la Méditerranée. C’est le sens de ce livre : faire entendre la multiplicité des voix et contribuer à une mémoire chorale de la guerre.

Les préfaces de Raphaëlle Branche et de Ouanassa Siari Tengour encadrent la liste des témoins qui ont contribué à cette œuvre collective.

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Zineb Ali Benali (Photo : Riad)
1962, la fin de la guerre d'Algérie

libération de l’histoire au colloque d’Alger (1er–3 juillet 2012)

Ainsi que l’avait souhaité Benamar Mediene, certaines des interventions au colloque “Algérie 50 ans après : libérer l’Histoire” organisé à Alger par La Tribune et le CNRPAH du 1er au 3 juillet 2012, à la veille du cinquantenaire de l’indépendance, ont permis de sortir de « la vision sacralisante de l’histoire »6.
Au yeux de l’universitaire, la « sacralité » et l’« instrumentalisation » entravent la libération de l’histoire, en raison de la notion même de « génération de novembre » qui, selon ses propres dires, n’a pas lieu d’exister, car, « au déclenchement de la guerre de libération, il y avait des hommes et non une génération entière ».

Les interventions au colloque de deux universitaires illustrent cette évolution : Zineb Ali Benali a évoqué les femmes violées par l’ALN, et Dalila Aït-El-Djoudi a traité des prisonniers français de l’ALN. Ci-dessous les entretiens qu’elles ont accordés à La Tribune et qui ont été recueillis par Badiâa Amarni.

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A-la France et les Roms “européens”

il n’y aura bientôt plus un seul Rom à Aix-en-Provence

Après le camp des Trois Sautets et celui de Luynes, c’est le camp Vasarely qui a été évacué et détruit par la force publique le 26 juin 2012. Il ne reste plus sur le territoire de la commune d’Aix-en-Provence que le bidonville de l’Arbois où vivent plus de 300 Roms – provisoirement, la justice ayant ordonné, le 19 juin, son expulsion qui devrait être effective autour du 23 juillet. Dans cette décision, le tribunal reconnaît l’injustice faite à ces populations, mais estime que le trouble à l’ordre public l’emporte sur toute autre considération : «L’urgence n’est pas une condition nécessaire de l’appréciation du trouble manifestement illicite. Les références aux dispositions sur le droit au logement garanti par la constitution, aux conventions internationales ratifiées par la France, à la considération de l’atteinte à l’intérêt supérieur de l’enfant, à la discrimination envers les minorités, fondent une crainte légitime que l’expulsion du campement aggrave une situation de précarité qui relève de la responsabilité générale de l’Etat, mais ne remet pas en cause le droit à faire cesser le trouble manifestement illicite.»

En l’occurrence, le “trouble à l’ordre public” est bien discutable (l’Arbois est situé à 15 km du centre ville et à 2 km des premières habitations …), mais il s’agit de la mise en œuvre d’une décision de Maryse Joissains : «Je ne veux plus un seul Rom sur ma commune», a-t-elle déclaré.

Les familles ont dû rassembler leurs affaires et quitter le site, comme la justice l’avait ordonné, sans qu’aucun lieu n’ait été prévu pour les accueillir.
Le Collectif Aixois pour les Droits et la Dignité des Roms, des Immigrés et des Sans-Papiers (CADDRIS) refuse d’accepter la logique de répression dans laquelle s’enferment les pouvoirs locaux7.

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1962, la fin de la guerre d'Algérie

colloques d’historiens en Algérie

A l’occasion du cinquantenaire de l’indépendance, plusieurs colloques vont se tenir en Algérie. Le premier, axé sur le problème de la reconnaissance par l’État français des crimes de la colonisation, se déroulera à Alger du 1er au 3 juillet 2012.Un article de ce site lui est consacré.

Quelques jours plus tard, un colloque organisé par El Watan se déroulera à Alger du 5 au 7 juillet. Puis une rencontre-débat se tiendra les 12 et 13 juillet 2012 à Ouzellaguen, lieu du Congrès de la Soummam en août 1956 ; elle sera consacrée à cet “acte fondateur” de l’État algérien.

Ci-dessous des informations sur ces trois événements.

[Mis en ligne le 26 juin 2012, mis à jour le 30]

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Fernand Iveton
L'affaire Audin

« Toi qui entres à la BNF François Mitterrand, n’oublie pas Fernand Iveton », par Jean-Luc Einaudi

La cérémonie de remise du prix Audin de mathématiques s’est déroulée le 22 juin à 14 h dans le petit auditorium de la BNF en présence de 140 personnes. Le Président du jury, Wendelin Werner, a remis leurs prix aux lauréats. A l’occasion du cinquantenaire de la signature des Accords d’Evian et de l’indépendance de l’Algérie, Gérard Tronel a remis, au nom de l’association Maurice Audin, un prix exceptionnel à Hacène Belbachir et à Tahar Boulemezaoud pour leurs contributions à la coopération franco-algérienne.

Au cours du colloque qui a suivi, La guerre d’Algérie, cinquante ans après, Henri Alleg, Roland Rappaport, Raphaëlle Branche, Mohamed Harbi, Nathalie Funès, Jean-Luc Einaudi, Gilles Manceron et Benjamin Stora, ont rappelé les circonstances dans lesquelles était née l' »Affaire Audin » et ce qu’elle avait de symbolique dans la mesure où elle avait généré des situations de non-droit « légalisées » par des procédures du type « pouvoirs spéciaux » et articles « ad-hoc » de la constitution de 1958. Le cas Audin n’est pas le seul dans lequel les autorités militaires, couvertes par les pouvoirs civils ont arrêté, torturé et fait disparaître des citoyens français et algériens. Les intervenants ont rappelé que la colonisation était à l’origine de crimes inadmissibles au pays des Droits de l’Homme et qu’il serait temps que la République française reconnaisse ses erreurs qui sont à l’origine d’actions criminelles non encore élucidées. L' »Affaire Audin » est emblématique dans la mesure où elle repose notamment les problèmes de la torture, du mensonge au nom de la raison d’Etat, et de l’amnésie collective que les gouvernements successifs ont justifié par un arsenal législatif de lois d’amnistie. La cérémonie s’est achevée par un rappel: nous continuerons à lutter pour connaître la vérité sur la mort de Maurice Audin, il y va de l’Honneur de notre pays et de l’instauration de relations fraternelles entre les peuples algérien et français.

Jean-Luc Einaudi nous a aimablement autorisé à reprendre son intervention, prononcée à cette occasion le 22 juin 2012,à la Très Grande Bibliothèque Nationale de France François Mitterrand.

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Départ d'un bateau du port d'Alger, 1962 (Marc Riboud)
1962, la fin de la guerre d'Algérie

Yann Scioldo-Zürcher : il y a 50 ans, l’exode des pieds-noirs

Départ d'un bateau du port d'Alger, 1962 (Marc Riboud)
Départ d’un bateau du port d’Alger, 1962 (Marc Riboud)

1962 est un moment important dans l’histoire de la décolonisation : au cours des mois qui ont suivi le cessez-le-feu, la plus grande partie des Européens d’Algérie ont quitté le pays. Ce fut un moment de déchirement sans pareil pour des familles qui y vivaient parfois depuis plusieurs générations – voir cependant le livre de Pierre Daum.

La création en août 1961 du secrétariat d’État aux rapatriés confirme que le pouvoir politique s’attendait à un départ important d’Européens après l’indépendance de l’Algérie. Mais il n’avait sans doute pas prévu que plus de 800 000 d’entre eux débarqueraient à Marseille, Sète, Toulon ou Nice, entre avril et septembre 1962 …

Peu à peu cependant, les situations se sont régularisées. L’historien
Yann Scioldo-Zürcher, qui a consacré sa thèse à la politique d’intégration des Français d’Algérie rapatriés, écrit que « face au traumatisme de ce qu’ils vécurent comme un exil, les rapatriés d’Algérie bénéficièrent de nombreuses mesures facilitant leur intégration en France métropolitaine.» Il le montre dans une conférence qu’il a prononcée en janvier 2012 et dans un article de 2010.

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La base BA140 de Blida.
Affaire Kubasiak

Il ne s’est “rien” passé le 24 juin 1962

Lors du putsch du 21 avril 1961, le colonel commandant la base aérienne BA140 de Blida fut interpellé par des hommes de troupe sur sa position personnelle par rapport au putsch ; comme il tardait à répondre, ils le “destituèrent”. Compte tenu de l’indisponibilité du colonel, le commandant Joseph Kubasiak aurait pris le commandement de la base. Les parachutistes du 1er REP de Hélie Denoix de Saint Marc tentèrent de s’emparer de la base, dont les avions Noratlas leur auraient permis d’envoyer des unités vers la France. Ils en furent empêchés par les appelés du contingent … 8

Une fois les troubles apaisés et le commandement légitime ayant retrouvé sa place, le commandant Kubasiak fut mis aux arrêts de rigueur ; il purgea une peine de prison d’un mois pour prise illégale de commandement, puis il fut mis en retraite anticipée.

De retour en France, il s’installa à Aix-en-Provence et, le 24 juin 1962, alors qu’il était dans son jardin avec son beau-père, un commando de l’OAS, commandé par Gilles Buscia, vint les assassiner tous les deux, devant sa femme, tandis que ses enfants étaient enfermés dans leur chambre.

Cinquante ans plus tard, Jacques Lambour, qui était à la base de Blida en avril 1961, nous adresse ce texte d’hommage.

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