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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

Hiver 1960, non loin de Ben S'Rour (©Albert Devaud)
Albert Camus et l'Algérie

Albert Camus et les ambiguïtés

Du fait de ses positions libérales et de sa critique de la politique coloniale française – voir notamment l’épisode de la “trêve civile” –, pendant la guerre d’Algérie Albert Camus était considéré par la droite comme un traître. On peut mesurer par là l’ambiguïté du véritable culte dont il est l’objet de nos jours de la part de très nombreux Pieds-noirs.

On a pu – Mouloud Feraoun le premier – reprocher à Albert Camus d’avoir relégué les Algériens à des rôles de figurants dans leur propre pays. Agnès Spiquel a montré que ce grief était assez largement infondé, mais il a alimenté une critique récurrente de la part d’Algériens qui reprochent à Camus de ne pas avoir perçu la montée du nationalisme algérien. Albert Camus était sans doute prisonnier de stéréotypes coloniaux, car ses reportages en Kabylie, en 1939 et en 1945, dénoncent la misère, sans mentionner la revendication du droit à l’existence, à la souveraineté, d’une partie importante de la population musulmane. Son point de vue est marqué d’une sorte de cécité : sa méconnaissance de la langue arabe et de l’islam, ses préventions grandissantes à l’égard du panarabisme de Nasser, puis sa haine du FLN ont fait que, malgré ses liens avec des amis arabes, il n’a pas saisi l’acuité de ce qui se passait en Algérie.

Albert Camus avait le 23 août 1944 fait l’éloge des Français qui s’étaient levés contre l’occupant allemand : «Un peuple qui veut vivre n’attend pas qu’on lui apporte sa liberté. Il la prend» 1. Mais il s’est toujours refusé à mettre le nationalisme algérien sur un pied d’égalité avec le patriotisme de la Résistance française. Mouloud Feraoun, qui comprenait Albert Camus sans partager ses positions, a écrit dans son Journal le 18 février 1957 : «Camus se refuse à admettre que l’Algérie soit indépendante et qu’il soit obligé d’y rentrer chaque fois avec un passeport d’étranger, lui qui est Algérien et rien d’autre. »

La lecture d’un article repris ci-dessous, et deux petites vidéos dans lesquelles deux écrivains algériens, Mouloud Feraoun et Mouloud Mammeri, évoquent Albert Camus, permettent de mesurer l’ambiguïté du rôle que certains font parfois jouer à Albert Camus.

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En finir avec les contrôles “au faciès”

Des associations fustigent le “reniement du gouvernement”, au lendemain de l’annonce par le Premier ministre de l’abandon du projet de récépissé envisagé pour éviter les contrôles d’identité abusifs.

Dans un communiqué publié le 28 septembre, les associations, qui voyaient dans cette procédure respectueuse des citoyens un moyen de lutter contre le délit de faciès, déplorent que le premier ministre se soit aligné sur la position exprimée par Manuel Valls le 19 septembre.

Selon une étude réalisée en 2009 dans cinq lieux parisiens par l’Open Society Justice Initiative, émanation de la Fondation Soros, un Noir ou un Arabe ont respectivement 6 et 7,8 fois plus de chances d’être contrôlés qu’un Blanc. Plus récemment, l’ONG Human Rights Watch avait épinglé la France à propos de ces contrôles.

Documents téléchargeables :

[Mis en ligne le 29 septembre 2012, mis à jour le 6 octobre]

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“50 ans après la libération de l’Algérie”, rencontre-débat à Perpignan

La Ligue des droits de l’Homme de Perpignan2
a organisé, samedi 29 septembre 2012 de 15h à 19h, une rencontre-débat, dans le hall Guy Malé du Conseil Général, sur le thème :

1830-1962 : analyse du système colonial français en Algérie : de sa mise en place jusqu’à l’accession à l’indépendance du peuple algérien

avec la participation de :

  • Gilles Manceron – historien – Ligue des Droits de l’Homme
  • Fatima Besnaci-Lancou – Association Harkis et Droits de l’Homme
  • Mireille Fanon-Mendes-France – Fondation Frantz Fanon
  • Amar Meniker – Association des Harkis pour le Mémorial de Rivesaltes

Les intervenants se sont interrogés sur notre passé commun et sur l’“héritage” pour les relations franco-algériennes futures. Ci-dessous, quelques échos de ce colloque à plusieurs voix dans une ville dont les édiles entretiennent la nostalgie de la période coloniale.

[Première mise en ligne le 17 septembre 2012, mis à jour le 5 octobre]

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Marseille : des riverains chassent des Roms

Plusieurs habitants et riverains de la cité des Créneaux (Marseille, 15e) ont contraint à la fuite, jeudi soir 27 septembre, des familles roms installées à proximité et incendié les restes de leur campement, sans violences physiques, a-t-on appris vendredi de source proche de l’enquête.

Les policiers sont arrivés sur place vers 19h afin de séparer une trentaine d’habitants mécontents et les familles roms, qui ont reflué avec caravanes et véhicules, laissant quelques affaires qui ont été incendiées dans la soirée, selon la même source, qui a précisé qu’aucune interpellation n’avait été effectuée en l’absence d’agression physique.

Pour Caroline Godard, de l’association Rencontres Tsiganes, « ce n’est pas étonnant qu’on en arrive là: il y a un climat de tension qu’on attise. On en arrive à la guerre entre pauvres ».
Pour le président de la Ligue des droits de l’Homme des Bouches-du-Rhône, Bernard Eynaud, « On a franchi un cap de plus. Il n’y a pas eu de blessé, mais on peut craindre le pire pour la suite ».3

[Mis en ligne le 28 septembre 2012, mis à jour le 3 octobre]

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Exposition Camus à Aix-en-Provence : est-il encore temps ?

Il est encore temps de faire en sorte qu’une exposition digne de ce nom consacrée à Albert Camus se tienne à Aix-en-Provence pendant l’événement culturel Marseille-Provence 2013 (MP2013). Une pétition vient d’être lancée le 30 septembre 2012, appelant les organisateurs à reprendre contact avec Benjamin Stora dans cette perspective. Encore faudrait-il que les responsabilités soient clairement définies !

Rappelons brièvement les faits. Benjamin Stora a été recruté en 2009 par l’association MP2013 avec laquelle il avait signé un contrat – et non par la mairie d’Aix-en-Provence dont il n’a jamais rencontré la maire – et c’est Jean-François Chougnet, directeur général de MP2013, qui a annulé l’exposition par un courrier daté du 12 mai 2012 ne comportant aucune explication5.

Par la suite, c’est à l’issue d’une rencontre le 31 juillet, avec la maire d’Aix-en-Provence et un membre de l’équipe MP2013 – était-ce Jean-François Chougnet ? – que Michel Onfray a accepté d’être nommé commissaire de l’exposition6, avant de démissionner avec fracas.

Peut-on redemander s’il y a un pilote : qui tient les commandes de cette exposition ?

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A-Israël

Schlomo Sand, historien israélien anti-sioniste

Professeur à l’université de Tel-Aviv, Shlomo Sand s’est engagé dans une déconstruction des mythes de l’historiographie israélienne. Avec Comment le peuple juif fut inventé (Fayard, 2008), il s’était attaqué à la thèse selon laquelle les juifs formeraient un peuple au sens ethnique du terme. Il poursuit sa recherche en questionnant leur lien avec “Eretz Israël” dans Comment la Terre d’Israël fut inventée (Flammarion, 2012). Comme le précédent, ce second livre a suscité un vaste débat en Israël même : il en ira sans doute de même en France… Voir la note de lecture de Pierre Stambul sur cet ouvrage.

Ci-dessous un compte-rendu de la rencontre avec Shlomo Sand animée par Dominique Vidal, qui a été organisée le 28 septembre 2012 (12h30-14h) à l’Institut d’études et de recherches sur la Méditerranée et le Moyen Orient.

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Femme portant un jilbeb.
Foulard et voile

Refus de mariage à La Seyne : le couple veut un débat sur la laïcité

Après le rejet de sa demande par le tribunal de Toulon, le couple que la mairie de La Seyne avait refusé de marier – la femme s’étant présentée partiellement voilée – veut obtenir un débat sur la laïcité devant la cour d’appel d’Aix-en-Provence.
Le président du TGI de Toulon ne s’est-il d’ailleurs pas défaussé sur la cour d’appel en invoquant un doute sur l’identité, évitant ainsi d’aborder la sur-interprétation de la loi sur la laïcité ?

Ce genre d’événement rappelle la question de Pierre Bourdieu : la France est-elle décidée à accepter ses immigrés d’origine coloniale ?

Ci-dessous un dossier d’Éric Marmottans sur le problème du mariage “voilé” de La Seyne, publié dans l’édition du 22 septembre 2012 de Var-matin.

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Femme portant un jilbeb
Foulard et voile

Le tribunal de Toulon rejette la plainte d’un couple dont le mariage n’avait pu être célébré, la mariée étant voilée

Le préfet du Var avait été assigné, mardi 18 septembre 2012, par un couple, devant le tribunal de grande instance de Toulon, à la suite du refus d’une adjointe du maire de La Seyne-sur-Mer (Var) de célébrer le mariage parce que la future mariée portait un voile.

Le jugement a été rendu le 21 septembre : la demande des futurs époux a été rejetée, le juge estimant que l’identité n’est pas certaine avec le foulard. Les demandeurs ont décidé de faire appel.

[Mis en ligne le 18 septembre 2012 – mis à jour le 21]

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“la révolution et après ?”, par Rabâa Ben Achour-Abdelkéfi

Deux chroniques venues d’outre-Méditerranée7.

Rabâa Abdelkéfi est née en 1948 à La Marsa (Tunisie). Agrégée et docteur en Lettres et Civilisation françaises, elle a enseigné à l’université de Tunis. Auteur de nombreux articles sur les littératures maghrébines à l’époque coloniale, elle a publié par ailleurs un essai, Appropriation culturelle et création littéraire (Sud Éditions – Maisonneuve et Larose, 2005) et un roman, Bordj Louzir, un temps à deux voix (Sud Éditions, 2010), Prix Comar spécial du jury. Aux éditions elyzad, est parue sa nouvelle « La fille du Cadi », in Enfances tunisiennes (2010).

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Contrôle d’identité à Paris - Photo Jean-Michel Sicot
Contrôle au faciès

Délit de faciès : Manuel Valls refuse une mesure “bureaucratique”

Une nouvelle provocation de Manuel Valls : alors que Jean-Marc Ayrault réaffirmait, mercredi 19 septembre sur RTL, la volonté présidentielle de mettre fin aux contrôles d’identité “au faciès”, le ministre de l’intérieur chargé de mettre en place cette politique a annoncé dans Libération qu’il abandonnait l’idée d’un récépissé remis par les fonctionnaires de police après chaque contrôle d’identité.
Le ministre a estimé la mesure «beaucoup trop bureaucratique et lourde à gérer» et a évoqué des «difficultés juridiques».

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“Albert Camus parle des Arabes”, par Agnès Spiquel

Professeur de littérature à Valenciennes et présidente de la Société des études camusiennes, Agnès Spiquel a collaboré à l’édition des oeuvres complètes de Camus dans “La Pléiade” (Gallimard) et elle codirige actuellement, avec Raymond Gay-Crosier, un Cahier de l’Herne consacré à l’écrivain, à paraître courant 2013.

Elle a récemment participé à un ouvrage collectif, Les Ecrivains français et le monde arabe, Ralph Heyndels éd., publié sous la direction de Madeleine Bertaud par l’ADIREL – Association pour la diffusion de la recherche littéraire (éd. Droz, 2010, ISBN : 978-2-9518403-8-6).

Nous remercions Agnès Spiquel et les éditeurs de cet ouvrage de nous avoir autorisés à reprendre sa contribution où elle répond de manière nuancée à l’affirmation rebattue selon laquelle les Arabes seraient “absents de l’oeuvre de Camus”.

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