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Édition du 15 mars au 1er avril 2026

jsylvestre

La conquête du Tonkin. Gloire à la Marine et à l'Armée !
La reconnaissance des crimes coloniaux 1830-1962

Marc Ferro : “la République a trahi ses valeurs”

Le 20 novembre prochain une cérémonie officielle se déroulera au Mémorial des guerres en Indochine à Fréjus pour l’inauguration d’une stèle qui recevra les cendres du général Bigeard, acteur des deux grandes guerres coloniales, au Viêt-Nam de 1947 à 1954, et en Algérie de 1954 à 1962.

L’ex-président de la République Valéry Giscard d’Estaing prononcera un discours. Saura-t-il éviter les affirmations conventionnelles auxquelles il avait eu recours lors des cérémonies en l’honneur du soldat inconnu d’Indochine ? Il avait alors évoqué «la contribution que la France a apportée au progrès de [ces] peuples» qu’elle a «aimés»1. On aimerait un discours moins lyrique mais plus proche des réalités de la colonisation, ainsi qu’une condamnation de la torture qui, avant d’être généralisée en Algérie, avait été pratiquée en Indochine – comme en a témoigné Andrée Viollis en 19352.

Nous saisissons l’occasion de revenir sur le passé colonial de la France en reprenant un entretien de Marc Ferro3
publié dans la revue L’Histoire. L’historien fait un bilan de l’entreprise d’exploitation qu’a été le “temps des colonies”4.

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Israël-Gaza : condamnations de l’escalade de la violence

La Ligue des droits de l’Homme et Une Autre Voix Juive condamnent l’escalade de la violence entre Israël et la bande de Gaza, et réaffirment leur soutien aux forces de paix en Israël et en Palestine.

Des manifestations en ce sens sont prévues un peu partout en France, et notamment à Paris : place de l’Opéra, samedi 17 novembre à 15h.

À Toulon, à l’appel de l’association Varois pour la paix et la justice en Méditerranée, rassemblement sur le parvis des droits de l’Homme, mercredi 21 novembre 2012 à 18h : : GAZA STOP !

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Bigeard aux Invalides ?

Bigeard, Giscard et l’Indochine

La cérémonie officielle de transfert des cendres du général Marcel Bigeard au Mémorial des guerres en Indochine de Fréjus (Var) se déroulera le 20 novembre 2012, anniversaire de l’opération Castor ; le 20 novembre 1953 en effet le commandant Bigeard, parmi tant d’autres, était parachuté sur le village de Dien Bien Phu (Nord-Viêt Nam).

Valéry Giscard d’Estaing prononcera un discours pour honorer son ancien secrétaire d’État à la Défense. L’ex-Président de la République, dont la famille s’est notoirement enrichie, à l’époque de la colonisation de l’Indochine, évoquera sans doute – à sa façon – cette période5.

On sait que l’opération de Dien Bien Phu se termina très mal pour l’armée française. Bigeard, comme des milliers de combattants de l’Union française, fut fait prisonnier le 7 mai 1954 lors de la chute du camp, et il subit une dure détention. Cette défaite a profondément marqué les esprits. Comme l’historien Alain Ruscio le rappelle ci-dessous, elle fut comprise par les peuples colonisés, et notamment les Algériens, comme le signe marquant le début de la fin de l’Empire colonial français.

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L’histoire à l’école : l’offensive du Figaro

La dernière rentrée scolaire a été l’occasion pour l’extrême droite de relancer son offensive sur l’enseignement de l’Histoire à l’école : le groupe du Figaro a critiqué l’ouverture sur le monde des programmes et fait la promotion d’une histoire d’Épinal centrée sur les grands Hommes.

Le numéro d’octobre-novembre 2012 du Figaro Histoire a été plus loin en tentant d’opérer simultanément une réhabilitation de Jacques Bainville6 et un détournement de certains des écrits de Marc Bloch. Dans un appel qu’elle vient de rendre public et que de nombreux historiens et intellectuels ont tenu à signer, Suzette Bloch proteste contre cette falsification de la pensée de son grand-père7.

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Jean-Julien Chapelant (1891-1914)
L'arbitraire de l'armée : les fusillés de 14-18

Jean-Julien Chapelant, fusillé pour l’exemple en 1914, réhabilité en 2012

En octobre 1914, dans la confusion des combats près de Roye (Somme), le sous-lieutenant Jean-Julien-Marie Chapelant du 98e régiment d’infanterie est grièvement blessé à la jambe. Le commandement, convaincu qu’il avait capitulé devant l’ennemi, le fera condamner à mort pour « capitulation en rase campagne ». Il sera fusillé pour l’exemple, attaché sur un brancard.

Saisie par le père de cet officier, la Ligue des droits de l’Homme, après une enquête approfondie, a conclu qu’il était innocent. Mais il n’a été réhabilité que récemment : le 9 novembre 2012, le ministre des Anciens combattants, Kader Arif, a annoncé sa décision de lui attribuer la mention “Mort pour la France”.

Durant le seul mois d’octobre 1914, plusieurs dizaines de soldats ont été victimes d’exécutions sommaires ou fusillés après condamnation par des conseils de guerre pour accusations de mutilation volontaire, refus d’obéissance, abandon de poste, etc. Le travail de
réhabilitation a commencé pendant la guerre et s’est poursuivi depuis lors. La réhabilitation en 1926 des sous-lieutenants Herduin et Millant a d’ailleurs permis d’établir que certaines pièces de leurs dossiers avaient disparu. Concernant Chapelant, nous reprenons ci-dessous le texte de Henri Guernut, publié en 1924 dans une brochure de la LDH, dont il fut secrétaire général de 1912 à 1932.

La LDH continue à se battre pour une vraie réhabilitation : elle demande que la lumière soit faite sur le plus grand nombre possible de ces faits.

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Benjamin Stora à Constantine (septembre 2012)
1962, la fin de la guerre d'Algérie

Benjamin Stora et Jean-Charles Jauffret à Toulon

Les historiens Benjamin Stora et Jean-Charles Jauffret débattront au Théâtre Liberté de Toulon, le 22 novembre 2012 à 20h, sur le thème “Résurgence des mémoires et devoir d’historiens”8.

Benjamin Stora, enfant de Constantine, est devenu au fil de ses recherches et de ses ouvrages, un historien de référence de l’Algérie et du Maghreb et un témoin engagé qui combat l’amnésie qui entoure le destin de sa terre natale9.

Jean-Charles Jauffret évoquera la mémoire des appelés. Spécialiste de l’histoire militaire française, il a dirigé l’ouvrage Soldats en Algérie, 1954-196210, et il est l’auteur de Ces officiers qui ont dit non à la torture présenté ci-dessous.

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L'arbitraire de l'armée : les fusillés de 14-18

les fusillés pour l’exemple de 14-18 : la LDH pour une vraie réhabilitation

Depuis le discours de Lionel Jospin à Craonne en 1998, la question d’une réhabilitation des fusillés de la Grande Guerre est revenue dans l’actualité.

A l’approche du centenaire du début de cette guerre, la Ligue des droits de l’Homme rappelle que cette question a constitué son second grand combat historique après celui pour la réhabilitation de Dreyfus. Elle continue à demander la réhabilitation véritable des nombreuses victimes des conseils de guerre et autres fusillés pour l’exemple du fait de l’arbitraire militaire durant cette guerre.

Une journée d’étude a été organisée par l’Association Soissonnais 14-1811 au château de Vic-sur-Aisne, le 3 novembre 2012, afin de faire un état des lieux, avec la participation notamment du général André Bach, de Dominique Guirimand, conseillère à la cour de Cassation, des historiens Gilles Manceron et Nicolas Offenstadt…

Comme chaque année, la Libre Pensée du Var organise un rassemblement le 11 novembre prochain, devant le monument aux morts pacifiste de Mazaugues.

[Mis en ligne le 27 septembre 2012, mis à jour le 6 novembre]

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La conquête (1830-1871)

Jean-Louis Marçot, “comment est née l’Algérie française”

Sans doute fallait-il être pied-noir et avoir souffert dans sa chair la séparation avec l’Algérie pour entreprendre ce travail d’historien exceptionnel qui interroge les causes de la violence de la décolonisation algérienne.

Jean-Louis Marçot, pour ce faire, remonte au « pourquoi » et au « comment » la France a colonisé l’Algérie. Il reconstitue le contexte dans lequel le projet colonial s’inscrit, sa généalogie, ainsi que le débat politique et idéologique de l’époque. Il s’attache à comprendre les racines du choix qui ont fait de l’Algérie une colonie de peuplement et comment celles-ci plongent dans la question sociale dont la Révolution française a été la première tribune et qu’ont pensée dans des directions divergentes les fondateurs du socialisme moderne : Saint-Simon, Fourier, Owen et Buonarroti.

Il étudie aussi les raisons qui ont poussé le socialisme à s’impliquer dans le projet colonial alors qu’en héritier des Lumières, il n’était pas destiné à le cautionner. L’analyse des deux écoles qui se sont le plus intéressées à l’Algérie – la saint-simonienne et la fouriériste – est, de ce point de vue, éclairante de même que l’engagement singulier de quelques socialistes notoires, Lamennais, Cabet, Proudhon et Cavaignac, à l’exception d’Auguste Comte.

Il nous retrace enfin l’histoire de la conquête et de la colonisation d’un territoire que le colonisateur a nommé Algérie avant de montrer comment les socialistes sont devenus les prosélytes de la colonisation peuplante et ont élaboré cette utopie de l’Algérie française, qui apparaissait dans l’immédiat comme un remède à la crise de l’emploi et à long terme comme le tremplin d’un nouveau modèle social.

Cet essai ébranle les catégories qui établissent que colonialisme et anticolonialisme sont l’apanage, pour le premier, de la droite et de l’extrême droite et, pour le second, du socialisme. La question est douloureuse et la simplification a toujours pour but d’instrumentaliser les faits. L’auteur, résolument de gauche, ne prétend pas disqualifier le socialisme mais montrer qu’à faire fi des contradictions intrinsèques à une question – quelle qu’elle soit – on bascule très vite dans l’aveuglement.12

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El Watan, le 3 novembre 2012
1962, la fin de la guerre d'Algérie

le bras d’honneur de Gérard Longuet

L’ex-ministre français de la Défense avait fait ce geste à la télévision après une dépêche AFP mentionnant la demande du ministre algérien des Moudjahidine, Mohamed Cherif Abbas, d’une «reconnaissance franche des crimes perpétrés» par le colonialisme français13.

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Le mémorial en hommage aux Roms et Sintis déportés par les nazis, à Berlin (AP/Markus Schreiber)
A-le génocide des tsiganes

inauguration à Berlin d’un mémorial aux Tziganes victimes du nazisme

Un mémorial dédié aux Sintis et Roms tués pendant la période nazie a été inauguré par la chancelière allemande le 24 octobre 2012 à Berlin, après plus de 20 ans de discussions.

Considérés comme « racialement inférieurs », ils ont été envoyés par les nazis dans les camps de travail forcé, contraints à la stérilisation et condamnés à être exterminés dans les camps de la mort – d’après les chiffres officiels, autour de 500 000 d’entre eux ont été ainsi assassinés. Longtemps oublié, le génocide n’a été reconnu par l’Allemagne qu’en 1982.

Cet hommage intervient alors que les Tziganes continuent à être victimes de racisme et de discrimination dans de nombreux pays d’Europe. Ils sont actuellement onze millions sur le continent européen, dont sept millions dans l’UE, la plupart en Europe centrale et du sud-est. La plus grande minorité ethnique d’Europe est aussi la plus pauvre et la plus discriminée – en Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Slovaquie, mais aussi en France et en Italie.

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Zyed et Bouna
Zyed & Bouna

Il se serait donc passé quelque chose à Clichy-sous-Bois en 2005

La chambre criminelle de la Cour de cassation vient de rendre, le 31 octobre 2012, un arrêt important dans une affaire qui hante les mémoires du département de Seine-Saint-Denis.

Le 27 octobre 2005, deux jeunes mouraient électrocutés dans un transformateur EDF de Clichy-sous-Bois, un troisième était grièvement brûlé.
La police, présente à proximité des lieux était accusée par les familles de ne pas avoir fait le nécessaire pour porter secours à ces enfants. Cet événement déclencha les émeutes qui embrasèrent les banlieues à l’automne 2005.

Nous reprenons le commentaire de l’arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation, publié le 1er novembre par Jean-Luc Rongé sur le blog de Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny14.

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pour la fin d’une injustice frappant les anciens harkis

Dans une interview au JDD15, Kader Arif, ministre délégué aux anciens combattants, évoquant les relations entre la France et l’Algérie, juge «inacceptable […] que nos compatriotes harkis ne puissent pas se rendre dans le pays de leurs ancêtres ou, pour ceux qui le souhaitent, y être enterrés.» Il salue toutefois «une volonté d’ouverture» à ce sujet de la part de «nos amis algériens»

Cinquante ans après la fin de la guerre d’indépendance, il serait temps de permettre aux anciens harkis de retrouver leur pays d’origine et leurs familles.

Pour tenter de faire avancer les choses dans ce domaine, nous nous joignons à l’association Harkis et droits de l’Homme pour suggérer à Kader Arfi d’emmener avec lui Brahim Sadouni qui n’a pu revoir son village natal depuis près de cinquante ans. Une action symbolique qui pourrait marquer la fin d’une période douloureuse.

[Mis en ligne le 23 octobre 2012, mis à jour le 2 novembre]

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