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Édition du 1er au 15 février 2026

jsylvestre

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La conquête (1830-1871)

Jean-Louis Marçot, “comment est née l’Algérie française”

Sans doute fallait-il être pied-noir et avoir souffert dans sa chair la séparation avec l’Algérie pour entreprendre ce travail d’historien exceptionnel qui interroge les causes de la violence de la décolonisation algérienne.

Jean-Louis Marçot, pour ce faire, remonte au « pourquoi » et au « comment » la France a colonisé l’Algérie. Il reconstitue le contexte dans lequel le projet colonial s’inscrit, sa généalogie, ainsi que le débat politique et idéologique de l’époque. Il s’attache à comprendre les racines du choix qui ont fait de l’Algérie une colonie de peuplement et comment celles-ci plongent dans la question sociale dont la Révolution française a été la première tribune et qu’ont pensée dans des directions divergentes les fondateurs du socialisme moderne : Saint-Simon, Fourier, Owen et Buonarroti.

Il étudie aussi les raisons qui ont poussé le socialisme à s’impliquer dans le projet colonial alors qu’en héritier des Lumières, il n’était pas destiné à le cautionner. L’analyse des deux écoles qui se sont le plus intéressées à l’Algérie – la saint-simonienne et la fouriériste – est, de ce point de vue, éclairante de même que l’engagement singulier de quelques socialistes notoires, Lamennais, Cabet, Proudhon et Cavaignac, à l’exception d’Auguste Comte.

Il nous retrace enfin l’histoire de la conquête et de la colonisation d’un territoire que le colonisateur a nommé Algérie avant de montrer comment les socialistes sont devenus les prosélytes de la colonisation peuplante et ont élaboré cette utopie de l’Algérie française, qui apparaissait dans l’immédiat comme un remède à la crise de l’emploi et à long terme comme le tremplin d’un nouveau modèle social.

Cet essai ébranle les catégories qui établissent que colonialisme et anticolonialisme sont l’apanage, pour le premier, de la droite et de l’extrême droite et, pour le second, du socialisme. La question est douloureuse et la simplification a toujours pour but d’instrumentaliser les faits. L’auteur, résolument de gauche, ne prétend pas disqualifier le socialisme mais montrer qu’à faire fi des contradictions intrinsèques à une question – quelle qu’elle soit – on bascule très vite dans l’aveuglement.1

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El Watan, le 3 novembre 2012
1962, la fin de la guerre d'Algérie

le bras d’honneur de Gérard Longuet

L’ex-ministre français de la Défense avait fait ce geste à la télévision après une dépêche AFP mentionnant la demande du ministre algérien des Moudjahidine, Mohamed Cherif Abbas, d’une «reconnaissance franche des crimes perpétrés» par le colonialisme français2.

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Le mémorial en hommage aux Roms et Sintis déportés par les nazis, à Berlin (AP/Markus Schreiber)
A-le génocide des tsiganes

inauguration à Berlin d’un mémorial aux Tziganes victimes du nazisme

Un mémorial dédié aux Sintis et Roms tués pendant la période nazie a été inauguré par la chancelière allemande le 24 octobre 2012 à Berlin, après plus de 20 ans de discussions.

Considérés comme « racialement inférieurs », ils ont été envoyés par les nazis dans les camps de travail forcé, contraints à la stérilisation et condamnés à être exterminés dans les camps de la mort – d’après les chiffres officiels, autour de 500 000 d’entre eux ont été ainsi assassinés. Longtemps oublié, le génocide n’a été reconnu par l’Allemagne qu’en 1982.

Cet hommage intervient alors que les Tziganes continuent à être victimes de racisme et de discrimination dans de nombreux pays d’Europe. Ils sont actuellement onze millions sur le continent européen, dont sept millions dans l’UE, la plupart en Europe centrale et du sud-est. La plus grande minorité ethnique d’Europe est aussi la plus pauvre et la plus discriminée – en Roumanie, Bulgarie, Hongrie, Slovaquie, mais aussi en France et en Italie.

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Zyed et Bouna
Zyed & Bouna

Il se serait donc passé quelque chose à Clichy-sous-Bois en 2005

La chambre criminelle de la Cour de cassation vient de rendre, le 31 octobre 2012, un arrêt important dans une affaire qui hante les mémoires du département de Seine-Saint-Denis.

Le 27 octobre 2005, deux jeunes mouraient électrocutés dans un transformateur EDF de Clichy-sous-Bois, un troisième était grièvement brûlé.
La police, présente à proximité des lieux était accusée par les familles de ne pas avoir fait le nécessaire pour porter secours à ces enfants. Cet événement déclencha les émeutes qui embrasèrent les banlieues à l’automne 2005.

Nous reprenons le commentaire de l’arrêt de la chambre criminelle de la Cour de cassation, publié le 1er novembre par Jean-Luc Rongé sur le blog de Jean-Pierre Rosenczveig, président du tribunal pour enfants de Bobigny3.

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pour la fin d’une injustice frappant les anciens harkis

Dans une interview au JDD4, Kader Arif, ministre délégué aux anciens combattants, évoquant les relations entre la France et l’Algérie, juge «inacceptable […] que nos compatriotes harkis ne puissent pas se rendre dans le pays de leurs ancêtres ou, pour ceux qui le souhaitent, y être enterrés.» Il salue toutefois «une volonté d’ouverture» à ce sujet de la part de «nos amis algériens»

Cinquante ans après la fin de la guerre d’indépendance, il serait temps de permettre aux anciens harkis de retrouver leur pays d’origine et leurs familles.

Pour tenter de faire avancer les choses dans ce domaine, nous nous joignons à l’association Harkis et droits de l’Homme pour suggérer à Kader Arfi d’emmener avec lui Brahim Sadouni qui n’a pu revoir son village natal depuis près de cinquante ans. Une action symbolique qui pourrait marquer la fin d’une période douloureuse.

[Mis en ligne le 23 octobre 2012, mis à jour le 2 novembre]

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Netanyahu en France : qu’on lui rappelle les droits qu’il viole !

A l’occasion de la visite officielle en France de M. Netanyahu, premier ministre israélien, le 31 octobre 2012, le président de la LDH a adressé une lettre ouverte à François Hollande, président de la République,

Un rapport intitulé La Paix au Rabais : Comment l’Union Européenne renforce les colonies Israéliennes, établi par 22 organisations non-gouvernementales, dont le CCFD-Terre Solidaire et la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), vient d’être publié.

Comparant les données d’exportations disponibles des colonies israéliennes et des Territoires palestiniens occupés, il souligne les contradictions de la politique de l’Union européenne. L’UE a déclaré que « les colonies sont illégales au regard du droit international, elles constituent un obstacle à l’instauration de la paix et elles risquent de rendre impossible une solution à deux Etats », mais, dans le même temps, son marché est l’un des principaux débouchés pour les produits issus des colonies. La plupart des Etats membres de l’UE, dont la France, n’assurent pas un étiquetage correct de ces produits dans les magasins, laissant les consommateurs dans l’ignorance quant à leur origine, contrairement aux directives de l’UE. Pour télécharger le rapport, cliquez ici.

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Les résistances à la guerre d'Algérie

“les intellectuels et la guerre d’Algérie”

Ce très bel ouvrage, qui ouvre sur mai 1945 (massacres du Constantinois) et se clôt sur juillet 1968 (décret amnistiant les crimes commis en Algérie), rend compte de la « bataille de l’écrit » (Michel Crouzet) que fut aussi la guerre d’Algérie. S’il ne faut pas y chercher une analyse scientifique critique de l’engagement intellectuel, français comme algérien, les documents-archives de l’Institut mémoires de l’édition contemporaine, de la Bibliothèque de documentation et d’information contemporaine, ou de fonds privés (Jean Amrouche, Daniel Guérin, Dionys Mascolo), sont d’une grande richesse : lettre de Maurice Blanchot à Mascolo, qui lui suggère le titre du futur « Manifeste des 121 », la « Déclaration sur le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie » ; textes concernant les exactions du Front de libération nationale envers le Mouvement national algérien ; lettre de Mascolo à André Mandouze appelant de ses vœux l’« intelligentsia française d’Algérie » à se joindre au Comité d’action des intellectuels contre la poursuite de la guerre en Afrique du Nord, auquel Albert Camus a refusé de participer ; tapuscrit de Kateb Yacine…
(Anne Mathieu 5).

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Roger Meï fait le point sur l'accueil des Roms qui devraient rester quelques mois sur la commune. (Photo C.L.)
Hollande, Valls et les Roms

les roms à Gardanne : l’assistance plutôt que l’expulsion

Il faut saluer l’initiative de la ville de Gardanne (Bouches-du-Rhône) pour l’accueil et la mise à l’abri de familles roms sur un terrain municipal. La municipalité a décidé d’apporter son aide à onze familles roms installées sur une friche industrielle de la commune, plutôt que de les faire expulser, a annoncé son maire lors d’une conférence de presse, le 15 octobre 2012. « Notre souci, c’est de montrer qu’on peut accueillir les Roms de façon humaine, comme des citoyens à part entière », a souligné Roger Meï, maire communiste de cette commune située entre Aix-en-Provence et Marseille, en se disant inquiet de la « montée de haine et d’incompréhension » à l’égard des Roms.

Arrivées il y a environ un mois et demi sur ce terrain, ces onze familles sont composées de 62 personnes, dont une vingtaine d’enfants en âge d’être scolarisés. La mairie a fait installer des toilettes et des poubelles sur le campement et en a sécurisé l’entrée. « On envisage de mettre des mobile homes ou des tentes de l’armée, pour l’hiver », a ajouté Roger Meï, qui a débloqué environ 30 000 euros pour financer l’opération. Le maire a précisé toutefois qu’il ne s’agissait là que d’une « solution d’attente » et qu’il revenait à l’État et à l’Europe de régler la question de l’accueil des Roms sur le long terme.

En contrepartie de cette assistance et de l’absence de demande d’expulsion, la mairie demande aux familles d’envoyer leurs enfants à l’école. « On ne parviendra pas à intégrer cette population si on ne la stabilise pas un minimum, ce qui permet la scolarisation des enfants et le suivi médical », a souligné Cendrine Labaume, coordinatrice générale de Médecins du monde à Marseille, qui se félicite de l’attitude de la mairie de Gardanne.

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le Sénat reconnaît la répression du 17 octobre 1961

Après François Hollande, le Sénat a voté le 23 octobre une résolution reconnaissant officiellement la « répression sanglante » par les forces de l’ordre de la manifestation d’Algériens du 17 octobre 1961.

Déposée par Nicole Borvo Cohen-Seat, ancienne sénatrice de Paris et présidente du groupe communiste, républicain, citoyen (CRC), et plusieurs de ses collègues, la résolution a été adoptée par 174 voix pour, et 168 contre
6.

« C’est un acte important, tant attendu, auquel il nous revient aujourd’hui de donner toute sa portée par un vote solennel de notre assemblée », a jugé Pierre Laurent, secrétaire général du Parti communiste français. Un « premier pas » qui doit être « suivi des actes nécessaires à l’établissement définitif de la vérité et à la reconnaissance des crimes coloniaux, dont le 17 octobre 1961 constitue, avec d’autres, un épisode tragique ». Le secrétaire général du PCF a saisi l’occasion pour demander l’ouverture de toutes les archives concernant les guerres coloniales. « Ne serait-il pas souhaitable à ce sujet que les archives de l’Etat soient soumises à des règles communes en matière d’archives conformes au fonctionnement d’un Etat démocratique ? », a-t-il interrogé7.
Une demande qui rejoint celle des historiens d’un « plus large » accès aux archives.

[Mis en ligne le 24 octobre 2012, mis à jour le 30]

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Bigeard : paix à ses cendres, non à un hommage

Communiqué de la section LDH de Toulon

En novembre 2011, le ministre de la Défense, Gérard Longuet, avait fait connaître son intention de transférer les restes du général Marcel Bigeard aux Invalides. De multiples protestations, dont une pétition qui a recueilli près de 10 000 signatures, ont empêché ce projet de se réaliser.

Le nouveau gouvernement a décidé d’abandonner ce projet et de transférer les cendres de Bigeard au mémorial des guerres en Indochine de Fréjus (Var) 8. Cette décision, qui associe Bigeard à l’Indochine en laissant de côté sa participation à la guerre d’Algérie, n’appellerait aucun commentaire, si le site du ministère de la Défense n’avait accompagné son annonce d’un panégyrique de celui qu’il qualifie de « meneur d’hommes […] vers qui les regards se tournent naturellement dans les moments les plus difficiles »
9.

Un tel hommage passe sous silence le rôle funeste joué par le général Bigeard en Algérie – à propos duquel, contrairement au général Massu, il n’a exprimé aucun regret. Si le ministre de la Défense s’exprimait dans le même sens le 20 novembre, cela reviendrait à élever la torture au rang de haut fait d’armes méritant les honneurs de la Nation10. Cela en contradiction avec
l’article 5 de la déclaration universelle des droits de l’homme : « Nul ne sera soumis à la torture ni à des peines ou traitements cruels, inhumains ou dégradants.»

Si la République veut célébrer l’un de ses généraux, qu’elle oublie Marcel Bigeard et qu’elle cite en exemple Jacques Pâris de Bollardière qui a défendu les valeurs des droits de l’homme.

Toulon, le 22 octobre 2012

[Page mise en ligne le 22 octobre 2012, mise à jour le 26]

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Le maire de Nice commémore la fin de la guerre d’Algérie à sa façon.
1962, la fin de la guerre d'Algérie

Nice, capitale de l’Algérie française

«Et qui dira la fraternité réelle, le compagnonnage des êtres de toutes conditions, la compréhension réciproque et les centres d’intérêts partagés, le respect mutuel entre les communautés, les affinités, les enthousiasmes communs ? 11»

C’est un hymne à l’Algérie française qu’a prononcé Christian Estrosi, le 30 juin 2012, en inaugurant un monument d’hommage aux «Français de l’autre rive». Le maire de Nice sait que les nostalgériques constituent une fraction importante de son électorat…

Il est difficile de ne pas déraper et de ne pas finir dans le burlesque, quand on tient un double langage … C’est ce qu’il est advenu au maire de Nice, le 20 octobre, quand il s’est écrié “Vive l’Algérie française !”.

[Mis en ligne le 4 juillet 2012, mis à jour le 24 octobre]

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