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Édition du 15 avril au 1er mai 2026

Rencontre de HCO : le Front Populaire, la gauche et la question coloniale. En visio le jeudi 30 avril de 18h30 à 20h.

Quel a été le rapport de la gauche française au pouvoir en 1936 avec la question coloniale ? Inscrivez vous à la Rencontre HCO avec Ludivine Bantigny et Gilles Candar.

Ludivine Bantigny, historienne et autrice notamment du livre La Bourse ou la vie. Le Front populaire, histoire pour aujourd’hui (2026) – voir ici – , débattra avec Gilles Candar, historien spécialiste du socialisme et de l’histoire des gauches, sur le rapport de la gauche française avec la question coloniale du XIXème siècle jusqu’à aujourd’hui, et particulièrement pendant le Front populaire, dont on commémore cette année le 90e anniversaire.


Inscrivez vous ici pour assister à la rencontre et pour échanger avec les intervenants


Une question à débattre : la gauche française et les colonies

par Gilles Manceron

C’est la Première République qui a mis fin lors de la Révolution à l’empire colonial construit sous l’Ancien régime. Et c’est le Consulat, l’Empire et les régimes monarchiques qui ont suivi qui ont relancé la France dans la pratique de la traite négrière, de l’esclavage et des conquêtes coloniales. L’esclavage s’est développé de nouveau après le Congrès de Vienne de 1815 qui était censé avoir aboli la traite négrière, en particulier à partir de Nantes et d’autres ports de l’Atlantique. Les mots « esclave » et « esclavage » ont été employés dans les premières publications socialistes, mais c’était – comme dans le poème d’Eugène Pottier dont le texte a donné les paroles de l’Internationale : « foule esclave, debout, debout !… » – c’était au titre d’allégorie pour dénoncer surtout implicitement la condition intolérable du prolétariat d’Europe. Ceux qui se sont opposés à la traite et à l’esclavage des personnes enlevées en Afrique et soumises à la domination de l’économie de plantation ou à l’esclavage domestique dans les possessions coloniales françaises appartenaient rarement aux associations socialistes qui précédaient la fondation de la Première internationale (1864). Ils faisaient partie, pour la plupart, de sociétés de pensée humanistes ou religieuses, comme, sous la Monarchie de Juillet (1830-1848), la « Société de la morale chrétienne », d’inspiration protestante.

Par ailleurs, sous la Deuxième République, le rattachement de l’Algérie au territoire de la France sous la forme de trois département dotés de lois particulières a représenté une relance de ce processus. Et la colonisation française s’est poursuivi sous le Second Empire, du Mexique à la Cochinchine, en passant par les îles du Pacifique, sans que les publications socialistes lui consacrent, ni une part importante ni une condamnation toujours explicite. La « liberté des peuples » proclamée dans toute l’Europe en 1848 avait tendance à signifier la « liberté des peuples… européens ».

Quand la Troisième République a été ensuite proclamée, les républicains se sont interrogés sur l’opportunité de poursuivre ces conquêtes. L’année 1885 a été l’occasion de deux importants débats parlementaires à propos des crédits demandés par le gouvernement pour les interventions au Tonkin et à Madagascar, défendus en particulier par Jules Ferry. Une partie importante des républicains et de la gauche n’y était pas favorable, même si, lors des votes, ce sont sont les partisans de l’expansion coloniale et de l’œuvre civilisatrice de la colonisation qui l’ont emporté.

Lors de la guerre entre la Russie et le Japon de 1904 et 1905, les socialistes d’Europe se sont divisés : mais l’enjeu de cette guerre, à savoir la domination coloniale sur la Corée, n’était pas leur préoccupation principale.

Après la Grande guerre européenne, le courant communiste en France autour du PCF, suivant l’exemple de l’Union soviétique, a dénoncé l’impérialisme européen, en particulier lors de la Guerre du Rif (1925). Mais a-t-il suscité sur ce point, en France, l’adhésion de l’opinion populaire, vers laquelle il se développait il est vrai une importante propagande favorable à l’œuvre coloniale ? Lors de la grande exposition coloniale de 1931 à Paris, les critiques à l’égard de la colonisation ont émané surtout de milieux artistiques ou d’intellectuels qui n’étaient pas tous communistes. Et, à partir de 1935, l’URSS a mis en veilleuse sa dénonciation des empires coloniaux.

Cette page coloniale de notre histoire et la dénonciation du colonialisme qui n’a pas toujours été présente dans les milieux du socialisme français pendant son premier siècle d’histoire pèsent sur les positions de la gauche française quant à la politique coloniale du Front populaire.

Comment se fait-il que l’Etoile Nord-Africaine, fondée en 1926 et qui portait les premières revendications à l’indépendance, et qui a rallié le Rassemblement populaire formé en France « pour la paix, la pain et la liberté » à l’origine du gouvernement de Front populaire, a été ensuite dissoute en janvier 1937 par un décret du ministère de l’Intérieur de ce même gouvernement ?

Le problème doit être posé. En faisant retour sur le Front populaire dont c’est, en 2026, le 90ème anniversaire, les participants à ce débat s’interrogeront sur cette difficulté de la gauche française et de l’essentiel des courants issus du socialisme et du mouvement ouvrier depuis son origine à faire preuve d’un réel universalisme dans la dénonciation des politiques coloniales. Ludivine Bantigny et Gilles Candar seront interrogés par Gilles Manceron, auteur de Marianne et les colonies (La Découverte, 2003) et de « la gauche et la colonisation » in Jean-Jacques Becker et Gilles Candar, Histoire des gauches en France (La Découverte, 2005). L’historien Alain Ruscio, spécialiste du fait colonial et du mouvement communiste, interviendra également.


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