4 000 articles et documents

Édition du 1er au 15 avril 2026

France Culture : « la France coloniale, puissance musulmane ? »

Au début du 20ᵉ siècle, lorsque la France cherche à coloniser le continent africain, des militaires et des hommes politiques français n’hésitent pas à affirmer que la France doit être une puissance musulmane. Ils cherchent à instrumentaliser cette religion.

Avec Camille Lefebvre, historienne, directrice de recherche au CNRS, directrice d’études à l’EHESS, PI de l’ERC Langarchiv et membre de l’Institut des mondes africains.

À cette époque, des partisans de la colonisation, comme Jules Cambon , le gouverneur de l’Algérie, défendent l’idée qu’il faut faire de la France une puissance musulmane. Ils veulent à tout prix prouver que la France est le pays qui traite le mieux les musulmans parce qu’ils pensent que cela favorisera la colonisation.

Écouter le podcast

Al-Hajj Lamin ou Amédée-François Lamy, officier de l’armée française

En juillet 1899, une importante caravane traverse le désert avec à sa tête, al-Hajj Lamin. Lorsqu’elle arrive dans la ville d’Agadez au Niger, al-Hajj Lamin est invité par le sultan à prier avec lui dans la grande mosquée où il se prosterne et dit « Allâhu akbar ».

Ce dévot musulman, récitant la Fatiha, la première sourate du Coran, jeûnant pour le ramadan et égrenant son chapelet de la confrérie de la Tidjaniya, est en réalité un officier de l’armée française. Son nom est Amédée-François Lamy, formé à Saint-Cyr. Il a participé, depuis son entrée au 1ᵉʳ régiment de tirailleurs algériens en 1881, à toutes les campagnes d’occupation coloniale. C’est donc un officier de la Troisième République qui se fait passer pour un musulman, afin de convaincre les sultans de la région qu’il faut se soumettre à la France.

Il n’est pas le seul à utiliser l’islam de cette manière.

L’islam, instrument politique des colonisateurs

À la fin du XIXᵉ siècle, lorsque les troupes françaises arrivent en Afrique de l’Ouest, au début de l’occupation coloniale, les militaires sont très peu nombreux et ils cherchent des alliés. Ils écrivent alors des lettres en arabe aux différents souverains de la région en disant, par exemple : « Au nom d’Allah clément et miséricordieux, nous, colonel Péroz représentant le roi des Français, écrivons au sultan d’Agadez pour lui demander d’être notre allié ou de se soumettre à nous ». Ces officiers n’hésitent pas à parler du roi des Français en 1900, ni à parler au nom d’Allah. Ils se font même fabriquer des sceaux pour authentifier leur lettre qui indique « Allah est le protecteur de notre glorieuse République. Elle ne cessera grâce à lui de gouverner le monde sur terre et sur mer ».

Pour coloniser le continent africain, la France fait le choix de surinvestir l’islam, en s’alliant avec les souverains et les lettrés musulmans et en favorisant cette religion. C’est d’ailleurs au cours de la période coloniale que l’islam s’est plus largement diffusé au sein des sociétés d’Afrique de l’Ouest, aujourd’hui francophones.

Bibliographie :

  • Camille Lefebvre, Des pays au crépuscule, ed. Fayard, 2021.
Facebook
Email

Abonnez-vous à la newsletter

Envoyer un mail à l’adresse
, sans objet, ni texte.
Vous recevrez sur votre mail une demande de confirmation qu’il faudra valider.

Ou alors, remplissez ce formulaire :