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Édition du 1er au 15 février 2026

Décès de Charlye Buono (1925-2026), sœur de Maurice Audin

C’est avec tristesse que l’on vient d’apprendre le décès de Charlye Buono, née Audin. Épouse de Christian Buono, décédé en 2012, sœur aînée de Maurice Audin, elle avait participé, comme Maurice et Josette Audin et comme Christian Buono, au combat contre le système colonial et pour l’indépendance de l’Algérie. 

Elle a dédié son livre, « Les roses d’Alphonsine », à sa mère Alphonsine Fort, née en 1902 à Berbessa, au cœur de la Mitidja. « Algérienne, je l’étais par Alphonsine avant le jour de ma naissance ». Contrairement à son mari, Christian Buono, qui a obtenu la nationalité algérienne en 1963, ni elle ni leurs enfants ne l’ont eue. Christian avait connu la prison et les camps de la colonisation, mais ils ont dû quitter l’Algérie en 1966 après le coup d’état du 19 juin 1965 et s’exiler en France. Charlye s’est éteinte à Argenteuil, le 17 janvier 2025, alors qu’elle venait, en octobre 2025, de devenir centenaire.

Le livre de souvenirs de Charlye Audin, épouse Buono,

éditeur Tangerine rights, 2020.


La notice sur Christian Buono du dictionnaire Maitron par René Gallissot


Christian Buono, L’Olivier de Makouda, un Algérien de souche européenne dans la guerre d’Algérie, avant-propos de Henri Alleg, préface de Gilles Perrault, éditions Thirésias, Paris, 1991 ; Art’Kange éditions, Alger, 2007.


Un épisode au cœur de l’affaire Audin

A l’automne 1956, Maurice Audin a été chargé de l’exfiltration clandestine sur le port d’Alger du premier secrétaire du PCA, Larbi Bouhali, ce qu’il a fait en compagnie de l’instituteur Christian Buono, époux de sa sœur, Charlye, et membre lui aussi du PCA, interdit en novembre 1955, mais qui n’était lui-même pas encore entré en clandestinité. Il travaillait à l’Ecole La Montagne à Hussein-Dey, Charlye étant elle aussi institutrice. (Voir Christian Buono, L’Olivier de Makouda, un Algérien de souche européenne dans la guerre d’Algérie). Cette opération était délicate car, en avril 1956, un arrêté du ministre résidant gouverneur général de l’Algérie, Robert Lacoste, avait exigé que toute personne voulant sortir d’Algérie demande une autorisation. Son embarquement exigeait la complicité de marins communistes.

Christian Buono a relaté comment Maurice Audin avait, sur le port d’Alger, à l’automne 1956, réussi à faire embarquer le premier secrétaire du PCA. Mais revenant au bout d’une heure à la voiture, Maurice Audin lui avait dit : « Quel pot ! Des chaînes, des grilles, des flics, des mouchards partout… ». Durant les quatre mois précédents, Christian et Charlye Buono avaient hébergé à leur domicile le premier secrétaire du PCA.

Aussitôt Larbi Bouali embarqué, Maurice Audin et Christian Buono ont pris en charge un autre secrétaire clandestin du PCA, Paul Caballero, qui deviendrait le premier secrétaire du PCA en mars 1957. C’est sa présence, quelque huit mois plus tard, alors qu’il était hébergé temporairement au domicile de Josette et Maurice Audin, qui sera à l’origine de l’arrestation, le 11 juin 1957, de Maurice Audin. Caballero, malade, y avait été soigné, et les autorités coloniales en ont eu connaissance, par le médecin qui l’avait visité, le docteur Georges Hadjadj, lui-même militant du PCA mais qui avait été menacé par les militaires français de tortures sur lui-même et sur son épouse, devant lui.

Quand Maurice Audin a été arrêté le 11 juin 1957, les autorités coloniales savaient très probablement en raison notamment de ces deux épisodes qu’il s’était vu confier d’importantes tâches par le PCA. Ce qui pourrait alimenter l’hypothèse selon laquelle sa mort aurait pu être décidée en haut lieu au sein du pouvoir politico-militaire qui gouvernait Alger (Lacoste, Salan et Massu) « pour l’exemple », pour faire comprendre au PCA qu’il devait cesser de soutenir la guerre d’indépendance algérienne. Mais l’explication de la mort de Maurice Audin reste encore aujourd’hui un point non élucidé.

De son côté, Christian Buono entrera lui aussi dans la clandestinité lorsqu’il reçut en 1957 une convocation judiciaire à laquelle il a refusé de se rendre. Il sera arrêté le 20 juillet 1957, en même temps que Paul Caballero et André Moine, qui étaient hébergés dans la villa que Charlye et lui habitaient avec leurs enfants sous de fausses identités. Condamné à cinq ans de prison par la justice coloniale en août 1960, il a retrouvé la liberté à la veille des Accords d’Evian et a repris son enseignement à Alger après l’indépendance du pays, jusqu’à ce qu’il soit contraint, avec Charlye et leurs enfants, à le quitter en 1966.


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