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Édition du 1er au 15 avril 2025

Soutien au CVUH, poursuivi en justice

Le Comité de vigilance face aux usages publics de l’histoire (CVUH) a été fondé en 2005 au lendemain de l’adoption d’une loi du 23 février 2005 incitant les enseignants à montrer « les aspects positifs de la colonisation ». La riposte à cette loi a été aussi l’occasion pour notre site – qui s’appelait alors ldh-toulon.net – de jouer un rôle important dans la campagne nationale et internationale pour le retrait de l’alinéa le plus choquant de cette loi ; ce qui a été obtenu au prix d’un fait unique dans notre histoire : le retrait, via le recours au Conseil constitutionnel, d’un alinéa d’une loi adoptée par le Parlement, signée par le président de la République et publiée au Journal officiel.

Le CVUH, avec lequel notre site avait combattu contre cette loi – et qui va commémorer prochainement sont vingtième anniversaire – a été cité à comparaître devant le Tribunal judiciaire de Bobigny statuant en matière correctionnelle par deux des trois auteurs du livre Histoire d’une falsification. Vichy et la Shoah dans l’Histoire officielle et le discours commémoratif (Paris, L’Artilleur, 2023), Jean-Marc Berlière et René Fiévet, livre dans lequel les propos d’Eric Zemmour, « Vichy a protégé les juifs français et donné les juifs étrangers » (Europe  1, le 26 septembre 2021), sont donnés comme la « proposition la plus irréfutable » (p. 195).

La première audience de fixation est prévue le 20 mars 2025 à 13h devant la 14ème chambre du tribunal de Bobigny. L’objet de cette procédure pénale est un article publié sur le site du CVUH (ci-dessous) vantant les qualités argumentatives d’un texte de Laurent Joly paru dans la Revue d’histoire moderne et contemporaine (numéro  70-3, 2023/3, p. 151-171), lequel mettait en cause la véracité des allégations contenues dans l’ouvrage des accusateurs.

Natacha Coquery, en tant que présidente du CVUH, et Michèle Riot-Sarcey, en tant qu’auteure de l’article publié par le CVUH, sont accusées de diffamation pour la phrase suivante : « Du point de vue de ces historiens révisionnistes, l’autre est l’ennemi, notamment le juif, étranger par définition selon le point de vue des véritables falsificateurs. »


Le CVUH ouvre une cagnotte en appelant à une solidarité sous toutes ses formes, lettres de soutien et accompagnement au procès.


Le texte du CVUH qui fait l’objet de poursuites judiciaires

A propos du livre « Histoire d’une falsification. Vichy et la Shoah dans l’Histoire officielle et le discours commémoratif », de J.-M. Berlière, E. de Chambost et R. Fiévet

par Michèle Riot-Sarcey, publié par le CVUH le 12 novembre 2024.

Source

À propos de Jean-Marc Berlière, Emmanuel de Chambost, René Fiévet, Histoire d’une falsification. Vichy et la Shoah dans l’Histoire officielle et le discours commémoratif (Paris, L’Artilleur, 2023, 325 p.), le CVUH vous recommande tout particulièrement un article de Laurent Joly,« Anatomie d’une falsification historique. Lecture d’un récent pamphlet sur Vichy et la Shoah », Revue d’histoire moderne et contemporaine, no 70-3, 2023/3, p. 151-171).

La manière de lire le passé a toujours pris des formes multiples et nous le savons, l’instrumentalisation de l’histoire sert les causes les plus diverses, y compris les plus abjectes. Le retour vers le conservatisme, la nécessité d’un souverainisme voire le passage par le populisme sont toujours le signe d’un malaise qu’exprime la part de la population attachée à ses privilèges, que d’aucuns aiment à nommer nationaux.

La cause du roman national a toujours trouvé ses serviteurs, Jean-Marc Berlière est de ceux-là, comme en son temps Jean Paul Brunet le fut, ayant bénéficié d’un accès privilégié aux archives de police pour interpréter à sa mesure les massacres (dits « les événements » par euphémisme) d’octobre 1961. Du point de vue de ces historiens révisionnistes, l’autre est l’ennemi, notamment le juif, étranger par définition selon le point de vue des véritables falsificateurs. Les auteurs de l’ouvrage affirment, en effet, que les juifs étrangers furent les seules victimes de l’accord passé le 2 juillet 1942, entre l’occupant allemand et le représentant français de la collaboration René Bousquet, en préparation de la rafle du Vel d’hiv. Les juifs français auraient été protégés de la shoah par le trio Bousquet, Laval, Pétain, comme l’ont affirmé, encore récemment, certains représentants de l’extrême droite française. Avec une mauvaise foi confondante, les trois comparses cherchent, dans cet ouvrage, à minimiser les responsabilités initiales dans la catastrophe du gouvernement de Vichy.

Jean-Marc Berlière et ses co-auteurs, habitués à interpréter les archives de police au service de la cause nationale, prennent le prétexte d’un discours d’Emmanuel Macron – mettant en cause l’antisémitisme du gouvernement de Vichy –, pour réécrire l’histoire à l’aune de leur volonté d’ôter toute responsabilité au gouvernement de la France de Vichy dans la déportation des juifs.

Faisant preuve d’une rigueur sans faille, Laurent Joly réfute chacun de leurs arguments, citant pour chaque événement contesté les historiens dont la quête et l’excellent usage des sources est largement reconnu, de Paxton à Klarsfeld, mis en cause par les auteurs falsificateurs. Il parvient ainsi à démonter l’énormité de leurs acceptions. Joly n’omet aucune référence nécessaire à sa démonstration, y compris juridique. Il pratique ainsi à un retour salutaire sur une factualité rarement située avec une telle précision. En reliant, par exemple, à juste titre, la loi du 4 octobre 1940 à celle de l’été 1942, il redonne à l’idéologie antisémite, qui préside aux décisions des représentants de Vichy, toute sa dimension ; ne serait-ce qu’en soulignant la mauvaise foi propagandiste des serviteurs de Vichy, dont aujourd’hui Éric Zemmour se fait le propagandiste, par la rafle de près de 40 000 enfants juifs, français de par la loi, sous prétexte qu’ils étaient enfants d’étrangers.

Merci à Laurent Joly. Plus que jamais aujourd’hui nous avons besoin de clarté et de lire l’histoire, sans rien omettre, y compris ce qui gêne les contemporains.

Michèle Riot-Sarcey


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