4 000 articles et documents

Édition du 15 février au 1er mars 2026

2021

Rwanda

Les constats et les manques du rapport Duclert sur la France et le génocide au Rwanda

Le groupe de personnalités présidé par Vincent Duclert qui a été chargé il y a plus de deux ans par le président de la République, Emmanuel Macron, de rendre un rapport sur « la France, le Rwanda et génocide des Tutsi » a remis son rapport le 26 mars 2021. Il souligne la responsabilité accablante de la France présidée alors par François Mitterrand dans le soutien aux auteurs du génocide des Tutsi en 1994. Mais la commission Duclert n’a pas pu accéder à certaines archives comme celles de la mission parlementaire présidée en 1998 par Paul Quillès, que la présidence de l’Assemblée nationale a refusé de lui communiquer, ou à celles de Jean-Christophe Mitterrand, chargé alors des affaires africaines. Et, tout en pointant des faits gravissimes, ce rapport s’est lancé dans une étrange définition de la notion de « complicité » afin de ne pas l’appliquer à la politique française avant, pendant et après ce génocide.

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Racisme de couleur et islamophobie

Nombreuses réactions à l’offensive maccarthyste anti-républicaine contre l’Unef,
sous l’accusation fallacieuse de racisme

Après avoir vu le thème de la laïcité annexé par des courants d’extrême droite dans une visée islamophobe, on assiste à l’utilisation du thème de l’antiracisme pour combattre les organisations qui cherchent précisément à combattre le racisme. Ainsi, le polémiste Pascal Bruckner, l’un des premiers auteurs à s’en être pris au travail nécessaire sur l’héritage colonial, écrit dans un nouvel essai : « Nous avons affaire à un antiracisme scélérat qui reproduit ce qu’il est censé combattre. » Ces adversaires de l’antiracisme cherchent à faire oublier les violences du Ku Klux Klan et de tous les racistes en se déguisant en… adversaires du racisme. Ils s’en prennent notamment à l’Unef qu’ils accusent de promouvoir ce que précisément elle combat en réfléchissant à créer les conditions pour que les victimes des racismes s’expriment sur ce qu’elles vivent. De nombreuses voix entreprennent de les démasquer.

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La reconnaissance de l'esclavage

L’extension de la traite française
sous Napoléon et sous la Restauration

En dépit d’une annonce démagogique de Napoléon en 1815, durant les Cent-jours, qu’il n’avait pas les moyens d’appliquer, et d’une proclamation, peu après, du Congrès de Vienne, condamnation morale sans effets immédiats, les traites négrières européennes se sont développées. Elles ont atteint leur sommet en 1829 avec plus de 110 000 captifs transportés sur les navires négriers en une seule année. Dans son « Répertoire des expéditions françaises aux côtes d’Afrique sous la Première République et le Premier Empire », paru dans la revue Outre-Mers, l’historien Eric Saugera montre que la relance de la traite française s’est produite dès les « préliminaires de Londres » du 1er octobre 1801 qui préparaient le traité d’Amiens (mars 1802) et s’est accrue sous l’Empire. La seconde partie de ce travail qui documente utilement la continuité de cette traite dans les premières décennies du XIXème siècle paraîtra dans un prochain numéro de cette revue.

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Algérie post 1962

Des historiens algériens
demandent l’ouverture des archives en Algérie

Plusieurs chercheurs et historiens d’Algérie ont adressé une lettre au président de la République, Abdelmadjid Tebboune, pour réclamer l’ouverture des fonds d’archives conservées aux archives nationales de leur pays. Ils mettent en cause une situation qu’ils jugent « ubuesque », selon les mots de l’un des signataires de cette lettre, l’historien Mohamed El Korso. Le directeur des Archives nationales, Abdelmadjid Chikhi, est directement visé par cette lettre. Contacté par El Watan, il a répondu ne pas avoir pris connaissance de celle-ci et a refusé de la commenter. Ce haut fonctionnaire, conseiller du président Tebboune comme de son prédécesseur, a été chargé par lui de remettre un rapport sur l’histoire et la mémoire de la France et de l’Algérie qu’il n’a toujours pas rendu. Nous reproduisons cette lettre ainsi que l’entretien où l’archiviste et historien Fouad Soufi a mis en cause son arbitraire dans l’exercice de ses fonctions.

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La reconnaissance de l'esclavage

Le rétablissement de l’esclavage
par Napoléon Bonaparte
et sa relance d’un projet colonial

En ce bicentenaire de la mort de Napoléon (le 5 mai 1821), les couvertures des magasines qui s’affichent dans les kiosques célèbrent ce personnage historique. Or, après la Révolution française qui a aboli l’esclavage et rejeté brièvement l’idée de conquêtes outre-mers, Bonaparte a renoué en Egypte avec l’expansion coloniale pratiquée sous la monarchie. Et, après son échec, il a refusé l’indépendance de la principale colonie française, Saint-Domingue, où une révolte émancipatrice, en 1793, avait aboli l’esclavage. Il l’a rétabli par la force en Guadeloupe et confirmé sa pratique dans toutes les colonies françaises où il a rétabli les lois de l’Ancien régime. Ci-dessous, Alain Ruscio et Marcel Dorigny reviennent sur ces faits qu’une certaine légende impériale, devenue un élément du « roman national » construit aux XIXè et XXè siècles et qui a encore ses défenseurs en haut lieu, a tendance à passer sous silence.

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1945-1962

Aux origines du
Front de libération nationale algérien :
une nouvelle édition revue et augmentée
du livre de référence de Mohammed Harbi

Mohammed Harbi, acteur de la guerre d’indépendance algérienne et historien, a publié en 1975 aux éditions Christian Bourgois son livre Aux origines du Front de Libération Nationale : la scission du PPA-MTLD. Contribution à l’histoire du populisme révolutionnaire en Algérie, livrant pour la première fois des documents et des analyses qui manquaient cruellement au discours sur l’histoire tenu par le pouvoir algérien. Il avait quitté l’Algérie après avoir été emprisonné à la suite de son opposition au coup d’Etat de Boumédienne de juin 1965. Ce livre, jamais publié en Algérie, a été réédité fin 2020 par Abderrahmane Bouchène avec l’accord de l’auteur, dans une édition revue et augmentée qui a été préparée par l’historienne et chercheuse Ouarda Siari Tengour. Une édition nécessaire que Nadjia Bouzeghrane qualifie dans El Watan de « travail contre l’oubli ».

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La reconnaissance de l'esclavage

Jean-Marc Ayrault :
La mémoire de l’esclavage et de la colonisation :
une nécessité

Alors qu’une offensive très organisée et bien relayée par certains médias se déploie en prenant pour cible une supposée hydre décoloniale qui menacerait la démocratie et gangrènerait l’université, cette tribune de Jean-Marc Ayrault est bienvenue. Publiée dans Le Monde du 16 mars 2021, ce texte du président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage (FME) explique avec force que construire et diffuser une mémoire documentée de l’esclavage et de la colonisation n’est pas un danger pour la République mais est pour elle une nécessité. Alors qu’un panégyrique de Napoléon envahit les couverture des magazines à l’approche du bicentenaire de sa mort, la FME a publié une mise au point opportune sur son rôle dans le rétablissement de l’esclavage aboli sous la Révolution française. Ci-dessous la présentation de cette Fondation et de ses ressources abondantes ainsi que son film manifeste.

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L'accès aux archives coloniales

De nombreuses demandes
en faveur du respect strict de la loi
donnant accès aux archives de la guerre d’Algérie

Le communiqué présidentiel du 9 mars annonçant l’ouverture des archives françaises de la guerre d’Algérie n’a pas satisfait les trois associations qui ont fait appel au Conseil d’Etat pour qu’il assure un accès effectif à ces archives conformément à la loi. Comme Pierre Audin sur Franceinfo, elles ont estimé que le communiqué présidentiel du 9 mars ne réalisait pas l’ouverture réelle de ces archives. Depuis, les réactions dans le même sens se sont multipliées dans les médias français et algériens. Ci-dessous les points de vue de Thomas Vaisset et Malika Rahal recueillis par Mediapart et AJ+, de Patrick Cohen et Anaïs Kien sur France 5 et France culture, ainsi que des articles des quotidiens algériens El Watan et L’Expression. Tous attirent l’attention sur le fait que ce communiqué présidentiel ne règle rien, et que sa mention d’un travail législatif avant l’été 2021 laisse craindre une fermeture accrue par rapport aux dispositions de la loi en vigueur.

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Racisme et islamophobie

Un livre pour décortiquer
la langue française
et le langage de l’islamophobie

Le linguiste Roland Laffitte n’avait pas en écrivant ce livre le projet de réfuter les propos ineptes d’une ministre sur l’« islamogauchisme » qui déferlerait à l’université. Son étude porte sur l’étymologie de la langue française, au sein de laquelle on compte de nombreux mots venant de l’arabe, aussi bien dans la langue classique que dans le langage parlé des cités populaires et des cours d’école. Dans une phrase bien française comme « Passée la douane, la caravane de chameaux déchargea fissa son fardeau sur la moquette du magasin, sans rien laisser au hasard », pas moins de la moitié des mots est d’origine arabe. L’auteur analyse aussi le français colonial, notamment le jargon des troupes, dont le prolongement est la langue de certains plateaux de télévision qui est souvent le véhicule d’une islamophobie ouverte ou diffuse. Et propose en annexe un « Dictionnaire de l’islamophobie ».

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L'accès aux archives coloniales

Accès aux archives de la guerre d’Algérie,
un communiqué de l’Elysée
ne donne pas satisfaction aux demandes
d’un respect pur et simple de la loi

Un communiqué que nous reproduisons ci-dessous a été publié le 9 mars 2021 sur le site de l’Elysée disant que « le président a entendu les demandes de la communauté universitaire pour que soit facilité l’accès aux archives classifiées de plus de cinquante-ans ». Mais les trois associations qui ont introduit deux recours devant le Conseil d’Etat pour l’annulation des instructions interministérielles qui entravent cet accès estiment que ce n’est pas une prise en compte réelle de leur demande. En effet, la « déclassification au carton » que mentionne ce communiqué présidentiel maintient un processus de déclassification obligatoire dont elles demandent l’annulation. Ci-dessous leur communiqué, ainsi que la lettre à la ministre des Armées, qui va dans le même sens, de l’historien Robert Frank (Université Paris I) au nom du Conseil scientifique de la recherche historique de la défense, et quelques unes des nombreuses publications depuis : dans l’Humanité, Le Monde, Franceinfo, le New York Times et Ouest France.

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Les résistances à la guerre d'Algérie

Le Manifeste des 121,
Déclaration pour le droit à l’insoumission
dans la guerre d’Algérie

La publication, le 6 septembre 1960, du Manifeste pour le droit à l’insoumission dans la guerre d’Algérie a été un tournant important dans la dénonciation en France de la guerre d’Algérie. Critiquant durement le récent rapport de Benjamin Stora, un petit groupe d’historiens a déploré sa préconisation d’organiser un colloque international sur les refus de la guerre d’Algérie en prétendant opposer au Manifeste des 121, le « Manifeste des Intellectuels français pour la résistance à l’abandon », dont les signataires sont qualifiés par eux de « plus nombreux » et portant « des noms prestigieux ». Alain Ruscio, dans l’article ci-dessous pour l’Encyclopédie de la colonisation française (Les Indes savantes) compare les signataires du Manifeste des 121 à ceux de ce texte qui prétendait lui répondre. Entre Pierre Vidal-Naquet et Thierry-Maulnier, entre Jean-Paul Sartre et Jean Dutourd, la comparaison est impitoyable.

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Madagascar

L’insurrection malgache de 1947 :
un « trauma » colonial ?

Dans cet article de synthèse, Raphaël Gallien et Maxence Habran, chercheurs au Centre d’études en sciences sociales sur les mondes africains, américains et asiatiques (CESSMA) de l’Université de Paris, rappellent à quel point l’insurrection de 1947 et sa terrible répression par les troupes coloniales, au prix de dizaines de milliers de morts, constitue un épisode structurant pour la communauté nationale malgache d’aujourd’hui, même s’il est longtemps resté entouré de silence. Ils font le point sur les avancées historiographiques sur ce drame majuscule et montrent que les jeunes générations ont moins d’inhibitions que leurs aînées à évoquer 1947 comme un repère d’espérance et de fierté dans un pays qui voit le niveau de vie de ses habitants chuter sans discontinuer depuis le milieu des années 1970. Les obstacles dans la transmission des savoirs sur cette histoire restent tangibles, mais leur mémoire, un temps refoulée, s’affiche aujourd’hui au grand jour, lors de commémorations indissociables d’enjeux politiques contemporains et d’expressions culturelles (livres, films…) plus nombreuses.

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