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Édition du 15 février au 1er mars 2026

2021

Autres colonialismes

Reconnaissant avoir commis un génocide
en Namibie il y a plus d’un siècle,
l’Allemagne demande pardon
aux descendants des victimes

Le 28 mai 2021, soit un peu plus d’un siècle après les faits, l’Allemagne a pour la première fois qualifié de « génocide » les massacres de 65 000 Hétéros et de 10 000 Namas, entre 1904 et 1908, dans son ancienne colonie du Sud-Ouest africain allemand, dont le territoire correspond à l’actuelle Namibie. « A la lumière de la responsabilité historique et morale de l’Allemagne, nous allons demander pardon à la Namibie et aux descendants des victimes », a déclaré le ministre allemand des affaires étrangères, Heiko Maas. Un traité de réconciliation entre les deux pays devrait être ratifié par le Bundestag avant les élections législatives du 26 septembre 2021. Dans son « contrat de coalition », le gouvernement de Angela Merkel s’était engagé en 2018 à « travailler sur le passé colonial du pays ».

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1881-1944

Un livre de Christian Phéline
souligne l’importance de
de la journée du 2 août 1936 à Alger

Le livre de Christian Phéline, La Terre, l’Etoile, le Couteau, publié en Algérie par les éditions Chihab et en France par les éditions du Croquant, a le mérite de montrer l’importance de la journée du 2 août 1936 à Alger marquée notamment par le retour en Algérie du leader du mouvement indépendantiste, l’Etoile Nord-Africaine, Messali Hadj. C’est la journée où le Congrès musulman algérien, dont l’Etoile ne fait pas partie, organise un grand rassemblement au stade municipal à Belcourt, où Messali se rend cependant et parvient à recueillir un vif succès populaire sur une orientation en faveur de l’indépendance s’opposant à celle du « rattachement à la France » prônée par les organisateurs. Ci-dessous deux entretiens parus dans des médias algériens. Mais reste à souligner et à approfondir la manière dont le mouvement indépendantiste algérien, qui s’est construit dans l’émigration en France de 1923 à 1936, a conduit à ce moment essentiel.

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Algérie

Octobre 1956 : un acte de piratage aérien
commis par la France
au mépris du droit international

L’interception d’un avion de la compagnie Ryanair, le 23 mai 2021, par la Biélorussie alors qu’il se dirigeait vers la Lituanie en survolant son territoire, afin d’arrêter le journaliste et opposant Roman Protassevitch qui se trouvait à son bord, a provoqué une large condamnation internationale. Mais on a oublié que cette pratique avait été employée en octobre 1956, lors de la guerre d’Algérie, par l’armée française et les militaires jusqu’au-boutistes de la guerre coloniale. Ci-dessous un article de Chloé Leprince publié sur le site de France culture qui le rappelle opportunément. Nous y ajoutons quelques précisions, fondées notamment sur le témoignage d’Hocine Aït-Ahmed, qui a relaté comment l’arraisonnement de cet avion dont le vol ne pénétrait pas dans l’espace aérien français avait été rendu possible.

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La reconnaissance de l'esclavage

Le passé esclavagiste de Bordeaux
mis en lumière,
une étape dans le long combat pour
la mémoire de l’esclavage

Avec un important retard sur la ville de Nantes, cente-cinquante-trois ans après l’abolition de l’esclavage, Bordeaux cherche un moyen de renouer avec sa mémoire. Des chercheurs ont mis en ligne une base de données recensant les noms d’anciens esclavagistes et les indemnités, parfois considérables, auxquelles ils ont eu droit lors de l’abolition. On y retrouve les noms de familles bordelaises connues, comme Gradis, Balguerie ou Journu. L’équipe du maire envisage de créer un lieu de mémoire dont l’emplacement n’est pas encore défini, qui implique un long travail avec des historiens, des archivistes et des associations, et qui devrait voir le jour avant la fin de son mandat.

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Maroc

Un livre important sur la médecine
coloniale au Maroc

La médecine moderne aurait été introduite au Maroc par le colonisateur français et serait une conséquence positive de la colonisation. Dans un livre récemment publié par la maison d’édition marocaine En toutes lettres, Médecine et colonialisme au Maroc sous protectorat français, le médecin Reda Sadiki revient sur ce postulat bien ancré pour interroger les liens entre médecine et colonialisme. Il démontre, historiographie à l’appui, que la médecine a en fait été un instrument consubstantiel de la politique coloniale et qu’il y a eu non pas un apport à sens unique, mais un ensemble d’interactions et d’échanges qui ont nourri la médecine mondiale.

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Les nostalgiques de la colonisation

Le groupe néomaccarthyste
intitulé « Observatoire du décolonialisme »
dispense une haine tous azimuts
déguisée en défense de la liberté

Le groupe intitulé « Observatoire du décolonialisme et des idéologies identitaires » prétend « lutter contre la promotion de l’antisémitisme, du sexisme et du racisme par la pseudo-science et pour défendre les principes qui dépendent de l’Université : la langue, l’école et la laïcité ». En réalité, il s’agit d’un groupe néomaccarthyste, défenseur du colonialisme et du racisme, qui détourne en s’en prévalant les notions de liberté, de laïcité, d’éducation et de rigueur scientifique. Allié au « Printemps républicain », « Vigilance université » et autre « Vigilance collèges et lycées », il s’en prend à la liberté de la recherche et tout particulièrement à certains chercheurs qui ont travaillé sur l’antisémitisme et qui combattent aussi l’islamophobie et toutes les formes de racisme et de sexisme. Comme le sénateur McCarthy, ils choisissent des cibles qu’ils diffament et dénigrent. C’est la cas en particulier du politiste Alain Policar et du sociologue Michel Wieviorka.

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La société française au temps des colonies

L’Exposition coloniale de 1931
apogée du discours colonial,
par Alain Ruscio

Il y a 90 ans, en mai 1931, s’est ouverte l’Exposition coloniale internationale de Paris qui a connu, jusqu’en novembre, un nombre exceptionnel de visiteurs. Plus de 33 millions de billets ont été vendus et on estime qu’il y eut quelque 8 millions de visiteurs. Le délégué général de l’Exposition, Marcel Olivier, en a tiré un bilan enthousiaste : « En six mois, l’idée coloniale a gagné plus de terrain qu’elle n’en avait gagné en cinquante ans » et le ministre des Colonies, Paul Reynaud, a déclaré : « L’opinion publique d’après l’Exposition coloniale ne sera pas l’opinion publique d’avant ». Les quelques contestations venant de colonisés, des « Anamites », ont été étouffées et celles émanant des communistes et des surréalistes sont restées marginales par rapport au grand succès populaire de cette œuvre efficace de propagande coloniale.

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Sénégal

Le parcours du militant sénégalais
Omar Diop Blondin
et la demande de vérité sur sa mort

Omar Blondin Diop, jeune philosophe sénégalais de gauche, participant actif du mouvement de Mai 68 à Paris et à l’université de Nanterre, était devenu à son retour au Sénégal un opposant au régime du président Léopold Sédar Senghor. Il a été arrêté et incarcéré dans une prison de l’île de Gorée où il a été retrouvé mort en détention le 11 mai 1973. Depuis près d’un demi-siècle, de nombreuses voix au Sénégal contestent la version officielle de son suicide et dénoncent son assassinat. Ci-dessous un article de Florian Bobin qui restitue son parcours de militant dans cette période marquée par de nombreux mouvements révolutionnaires dans le monde. Et la tribune qu’à la veille du 48ème anniversaire de sa mort, le même auteur a publiée dans le quotidien Le Monde, qui appelle à la réouverture du « dossier Omar Blondin Diop ».

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La reconnaissance des crimes coloniaux 1830-1962

L’Autre 8 mai 1945,
journée nationale de la mémoire en Algérie
et épisode dont la reconnaissance officielle
est demandée aux autorités françaises

Les autorités algériennes, en faisant du 8 mai 1945 une journée nationale de la mémoire, ont souligné l’importance de cet épisode dans la prise de conscience des Algériens de la nécessité de l’indépendance du pays. Même si, comme en ont témoigné les présidents successifs de la Fondation du 8 mai 45, tels Bachir Boumaza, Mohamed El Korso et aujourd’hui Abdelhamid Salakdji, le régime instauré après 1962 a longtemps négligé les victimes de ce massacre comme tout ce qui a précédé la fondation du FLN en 1954. Ci-dessous, deux articles du quotidien El Watan et les échos des demandes en France de la reconnaissance de ce massacre par les autorités du pays. En particulier, en ce 8 mai 2021, une plaque commémorant « l’Autre 8 mai 1945 » a été inaugurée à Saint-Denis par le maire de cette ville et un rassemblement a eu lieu à Nanterre en présence de plusieurs élus.

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La société française au temps des colonies

Napoléon et l’esclavage
une rencontre en ligne le 8 mai 2021

Huit associations ou structures se sont regroupées pour mutualiser leurs actions en faveur de la connaissance de l’histoire de la traite, de l’esclavage et de leurs abolitions. Napoléon, dont on a commémoré le 5 mai 2021 le bicentenaire de la mort, a laissé une empreinte profonde dans l’histoire de France et du monde. Mais son rôle dans le rétablissement de la traite négrière et de l’esclavage dans les colonies françaises reste trop méconnu. Trois tables-rondes en ligne apportent un éclairage sur les raisons et les circonstances qui l’ont conduit à ce choix. Cette rencontre prend la forme d’un webinaire, avec la participation de dix-huit historiens français et d’autres pays, et est ouverte à tous les publics.

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La société française au temps des colonies

Napoléon et le rétablissement
de l’esclavage
par Marcel Dorigny

L’esclavage, aboli pendant la Révolution par un décret de la Convention nationale en février 1794, a été rétabli par Bonaparte qui a fait revenir les colonies restées françaises à la situation d’avant 1789 et a réussi à vaincre la résistance de Louis Delgrès et des Guadeloupéens combattant pour la liberté. Il a rejeté l’unité de l’espèce humaine défendue par les Lumières au profit du rétablissement de l’ordre colonial en vigueur sous l’Ancien régime. Mais il a été vaincu par les anciens esclaves révoltés de Saint-Domingue. Sous l’Empire, la traite a connu un vif regain. Marcel Dorigny relate ce moment rétrograde de notre histoire et le correspondant du Monde à Fort-de-France rend compte de l’incompréhension des Antillais face à l’hommage rendu à Napoléon à l’occasion des deux cents ans de sa mort.

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La société française au temps des colonies

Napoléon et sa relation très originale à l’islam
par Faruk Bilici

« Les Français sont aussi de vrais musulmans », affirme Bonaparte en juillet 1798 quand il débarque à Alexandrie pour conquérir l’Égypte, à la tête d’une armée de plus de 50 000 hommes. Et un mois plus tard, il se fait appeler « Ali Bonaparte » à la mosquée Al-Azhar. A l’heure du deux centième anniversaire de la mort de l’empereur, cet article de l’historien Faruk Bilici, spécialiste de l’Empire ottoman, éclaire notamment cet aspect méconnu – qui résonne étrangement aujourd’hui – d’une expédition également marquée par une débauche de violences que l’on retrouvera plus tard dans d’autres conquêtes coloniales françaises, plus durables.

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