Le Pen et la torture

publié le 27 janvier 2015
Le Pen et la torture pendant la guerre d’Algérie

La Justice valide l’enquête du « Monde » sur Le Pen et la torture en Algérie.

 
Il faut que les Français sachent qui est Le Pen, cet homme qui a la prétention de diriger notre pays

Si le séjour de Jean-Marie Le Pen dans l’Algérie en guerre a été bref – de janvier à fin mars 1957 –, le lieutenant du 1er régiment étranger de parachutistes (REP), attaché à la division Massu, a laissé dans l’ex-colonie française de terribles souvenirs. Elu député poujadiste à l’âge de 28 ans, ayant voté l’envoi du contingent en Algérie décidé par le gouvernement de Guy Mollet, Jean-Marie Le Pen s’engage en 1956 pour six mois. Il débarque en pleine bataille d’Alger. Basé à la Villa des Roses (aujourd’hui remplacée par un jardin public sur les hauteurs d’El-Biar), il fait officiellement du renseignement.

Les Algériens qui ont eu à faire à lui, dans le cadre des opérations de « maintien de l’ordre », suivant la terminologie employée par les autorités françaises à l’époque, et qui acceptent de témoigner, gardent l’image d’un homme « extrêmement violent » et, par-dessus tout, d’un « tortionnaire » [1]. Le cas de Abdenour Yahiaoui est particulièrement éclairant.

 
“Jean-Marie Le Pen, un tortionnaire”, par Roland Rappaport

Jean-Marie Le Pen n’a cessé de justifier l’utilisation de la torture et il a déclaré à plusieurs reprises y avoir eu personnellement recours [2]. Depuis une dizaine d’années, la justice donne raison à ceux qui ont dénoncé les actes de torture commis par Jean-Marie Le Pen, en les relaxant de poursuites en diffamation. La plus haute juridiction française, la Cour de cassation, a ainsi confirmé, en novembre 2000, un arrêt de la Cour d’appel de Rouen en faveur de Michel Rocard. La Cour a d’ailleurs estimé qu’en accusant à la télévision Jean-Marie Le Pen d’avoir torturé, l’ancien premier ministre « avait poursuivi un but légitime en portant cette information à la connaissance des téléspectateurs » [3].

Quelques mois plus tard, en juin 2001, la Cour de cassation confirmait un arrêt de la Cour d’appel de Paris en faveur de Pierre Vidal-Naquet.
Nous reprenons ci-dessous le témoignage de Me Roland Rappaport, conseil de Pierre Vidal-Naquet, publié en Une du Monde, le 26 juin 2001 [4].

[Mis en ligne le 28 novembre 2012, mis à jour le 6 octobre 2014]


 
La question : Jean-Marie Le Pen et la torture

Dans une interview publiée par le quotidien Combat le 9 novembre 1962, Jean-Marie Le Pen avait reconnu : « Je le sais, je n’ai rien à cacher. J’ai torturé parce qu’il fallait le faire ». Mais, dès le lendemain, il avait tenu à préciser que le terme de « torture » ne pouvait s’appliquer aux « méthodes de contraintes » qu’il avait utilisées en Algérie quand il servait comme sous-lieutenant [5].

Quelques décennies plus tard, la Cour de cassation, en les relaxant de poursuites en diffamation, a donné raison à Michel Rocard et Pierre Vidal-Naquet qui avaient dénoncé les actes de torture commis par Jean-Marie Le Pen.

Nous versons au dossier une vidéo, réalisée en 2007, comportant de nombreux témoignages, ainsi que le compte-rendu paru dans Le Canard enchaîné du 5 décembre 2012 du livre Le Pen, une histoire française (Robert Laffont) de Philippe Cohen et Pierre Péan – un ouvrage qui a pu être qualifié de « réhabilitation » du leader d’extrême-droite [6].

 
Le poignard de Le Pen, égaré en mars 1957

Jean-Marie Le Pen a toujours nié avoir commis des actes de torture pendant la période de janvier à mars 1957 où il était en Algérie, engagé volontaire dans le 1er Régiment étranger parachutiste. Et pourtant, il a bien déclaré au quotidien Combat, le 9 novembre 1962 : « Je n’ai rien à cacher. J’ai torturé parce qu’il fallait le faire. [7] »
S’estimant diffamé par des déclarations affirmant qu’il avait participé à la torture pendant la guerre d’Algérie, il a perdu en justice : dans une décision confirmée en appel le 6 octobre 2004 [8], la justice a débouté Le Pen de toutes ses plaintes et a reconnu la « crédibilité certaine » des témoignages recueillis sur sa participation à la torture pendant la guerre d’Algérie.
Un élément matériel peut aujourd’hui être invoqué : le poignard qu’il avait égaré dans la nuit du 2 au 3 mars 1957, lors d’une de ses « virées » dans la casbah d’Alger.

 
ACAT : non, Mme Le Pen, la torture ne sert à rien

Réagissant à la publication mardi 9 décembre du rapport du Sénat américain sur les tortures perpétrées par la CIA, Marine Le Pen, présidente du Front national, a estimé mercredi que la torture pouvait être « utile » pour lutte contre le terrorisme. L’ACAT – Action des chrétiens pour l’abolition de la torture – rappelle que toute apologie de la torture doit être condamnée.

 
La famille Le Pen et l’apartheid

La famille Le Pen paraît divisée sur le sujet de l’apartheid. L’ancêtre, Jean-Marie, semble avoir un faible pour une telle organisation de la société : ne vient-il pas de déclarer y voir « au départ une volonté de promotion des deux communautés ».

Sa petite fille, Marion Maréchal Le Pen, ne semble pas partager son avis. Interrogée lundi 16 décembre 2013 à BFM TV sur l’héritage politique de Nelson Mandela, la députée Front national du Vaucluse avait déclaré : « Dans nos colonies, nous n’avons jamais appliqué l’Apartheid. On peut en faire une fierté ».
Une affirmation qui laisse perplexe et qui ouvre des abysses sans fond à la réflexion.

Quant à Marine Le Pen, elle a surtout fait preuve d’une capacité étonnante à mentir.