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vols commerciaux, bombardiers d’eau, location d’avions privés... tout est bon pour expulser des « sans-papiers »

vendredi 20 juillet 2007

Interrogé sur les problèmes que posent les expulsions sur les vols Air France, Brice Hortefeux a déclaré mercredi 11 juillet que « plus de 60% des accompagnements se font sans escorte » policière et qu’il n’y a « de difficultés que dans 4,6% des cas », ce qui est « extraordinairement minoritaire ».

Selon le cabinet du ministre de l’Immigration, de l’Intégration, de l’Identité nationale et du Codéveloppement « 6.000 éloignements » ont été enregistrés en 2006, dont « 2.223 avec escorte » [1].

[Première mise en ligne le 11 mai 2006, complétée le 20 juillet 2007]

La police aux frontières loue un avion privé pour assurer des expulsions d’étrangers en situation irrégulière

par Laetitia Van Eeckhout, Le Monde du 19 juillet 2007

On n’est jamais mieux servi que par soi-même : depuis octobre 2006, la police aux frontières (PAF), en charge de l’éloignement des étrangers en situation irrégulière, s’est dotée d’un Beech 1900, un bimoteur de 19 places, qu’elle loue à une compagnie privée.

Piloté par des agents de la PAF, cet avion permet d’acheminer les étrangers en instance d’éloignement, du centre de rétention vers l’aéroport de départ, mais également de reconduire des personnes jusqu’en Europe centrale et dans les Balkans.

De janvier à mai, ce Beech 1900, qui est aussi utilisé par d’autres directions opérationnelles de la police nationale, a déjà effectué une quarantaine de vols pour la PAF et permis de reconduire dans leur pays d’origine une cinquantaine d’étrangers, notamment des Roumains.

Alors que le transport d’étrangers en situation irrégulière fait l’objet d’une polémique grandissante de la part des syndicats d’Air-France-KLM [2], Jean-Yves Topin, directeur adjoint de la PAF, le reconnaît : " Le Beech offre plus de souplesse et assure à la PAF une plus grande indépendance qu’une compagnie régulière. " Compte tenu de l’utilisation intensive de ce Beech 1900, le ministère de l’intérieur envisage même de se doter d’un second appareil du même type.

BOMBARDIER D’EAU RECONVERTI

L’essentiel des éloignements, et notamment tous ceux vers l’Afrique et l’Asie, se fait cependant sur les lignes commerciales aériennes régulières, voire sur les lignes maritimes au départ des grands ports. " Et sans encombre, souligne M. Topin. Sur les 6 000 reconduites réalisées par voie aérienne au cours des cinq premiers mois de l’année, 2 200 l’ont été avec escorte, les autres étant repartis seuls, précise-t-il. M. Topin ajoute que sur la même période, " il n’y a eu que 280 refus d’embarquement, soit moins de 5 % - 4,6 % - ".

Air Azur, Air Algérie, Air austral, Air Lanka, Afrique Airways, Gulf Air... toutes les compagnies peuvent être sollicitées. " C’est un problème de routing - itinéraire - et de places dans l’avion, c’est tout ", relève M. Topin. Pour gérer la logistique de ses éloignements, la PAF passe par un voyagiste privé, Carlson Wagon-Lit, qui se charge de lui trouver des places sur des vols commerciaux en privilégiant les routings les plus logiques et les plus directs. Ancienne compagnie nationale, mais également héritière d’UTA et d’Air Afrique, Air France assure néanmoins les deux tiers des éloignements individuels.

Lorsqu’il procède à des vols groupés, le ministère de l’intérieur loue des charters avec équipage. Et pour plus de facilités encore, il réquisitionne des appareils de la sécurité civile.

Reconverti en avion de transport de 69 places, le bombardier d’eau Dash 8 sert ainsi à reconduire des étrangers en situation irrégulière vers leur pays d’origine. " Cette solution n’est valable qu’en période hivernale ", note M. Topin. Si en 2007, le Dash n’a encore effectué qu’un seul vol groupé, le 1er avril, cet appareil a cependant servi à plusieurs reprises en 2006, notamment pour reconduire des Bulgares et des Roumains.

Laetitia Van Eeckhout

Expulsion en bombardier d’eau

Michel HENRY, Libération le 06 mai 2006

Critiqué par les pilotes pour ses performances décevantes en vol anti-incendie, le bombardier d’eau Dash 8 de la Sécurité civile a trouvé son utilité pendant la saison sans feu. Reconfiguré en avion de transport, il sert à reconduire des étrangers en situation irrégulière vers leur pays d’origine. Selon nos informations, cinq voyages ont été effectués vers la Bulgarie et la Roumanie depuis neuf mois, comme le confirme Yann Dyèvre, sous-directeur des services opérationnels à la Sécurité civile : « Ce sont des vols très limités, du marginal par rapport aux reconduites à la frontière, qui, habituellement, s’effectuent plutôt sur un axe nord-sud que ouest-est. »

Selon Yann Dyèvre, il y avait « 15 à 20 personnes par vol » au départ de Marignane (Bouches-du-Rhône), de Bordeaux (Gironde) ou de la région parisienne. Cette utilisation inattendue est possible car « le Dash 8 est également avion de transport du ministère de l’Intérieur, certifié transport public », indique-t-il. A la différence des Fokker, qu’il remplace, et qui ne disposaient pas de cette certification : voilà donc un avantage.

Le Dash 8 a été utilisé « en fonction de la disponibilité d’entraînement des équipages » pour « assurer des facilités à la police de l’air et des frontières », car « s’organiser avec des vols commerciaux est plus difficile », explique encore Yann Dyèvre.

A partir de début juin, l’avion devrait revenir à sa vocation première : la lutte anti-incendie. [...] Après quoi, Nicolas Sarkozy décidera, en octobre, de son intégration définitive dans la flotte. Ou pas... Au pire, les Dash 8 pourront peut-être toujours servir à larguer des Roumains et des Bulgares.

Comment les choses se passent-elles avec des vols commerciaux ? Vous en trouverez un exemple sur le blog de Maître Eolas, dont voici un extrait [3] :

Trois heures avant le décollage de l’avion, sans rien lui dire ni lui demander, les policiers lui ont menotté les mains dans le dos, lui ont ligoté les chevilles et l’ont soulevé et porté à bord de l’appareil.

Une fois à bord, sous les yeux du personnel de cabine impuissant, ils l’ont enfermé dans les toilettes de l’appareil, sans le détacher.

Une demi heure avant le décollage, alors que les passagers allaient commencer à arriver, les policiers ont rouvert la porte. Pour le libérer ?

Non.

Pour lui scotcher la bouche avec du ruban adhésif extra-large, afin qu’il ne puisse crier. Il ne faudrait pas troubler la quiétude des passagers, vous comprenez.

Et Maître Eolas de conclure : « Voilà ce que fait chaque jour la République, en notre nom. »


Le graphisme a été fait d’après un photomontage d’Alexandre Rodchenko (1891-1956) datant de 1923 : http://laboiteaimages.hautetfort.co....


[1Source : NOUVELOBS.COM, le| 13 juillet 2007.

[3Il faut lire en entier la page de Maître Eolas intitulée Air Chiotte.