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uni(e)s contre une immigration jetable

vendredi 10 février 2006

« Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils sont nos frères comme tant d’autres.  »

Jules Saliège [1]

Uni(e)s contre une immigration jetable [pétition]

Nous refusons le projet de loi CESEDA que prépare le gouvernement sur l’immigration !

La nouvelle réforme du Code de l’entrée et du séjour des étrangers et du droit d’asile (CESEDA) conduit à une négation radicale des droits fondamentaux de la personne. Elle restreint encore plus radicalement le droit au séjour pour les familles, les conjoints, les enfants, de toutes celles et ceux qui construisent leur vie en France. Elle entérine la quasi-disparition de cet outil d’« intégration » qu’était la carte de résident. Elle s’attaque au séjour des malades étrangers.

Si ce projet est adopté, il ne fera pas bon s’aimer entre Français-e-s et étranger-e-s, vouloir vivre avec sa famille ou avoir des enfants. Pour ceux-là, la multiplication sans fin des conditions rendra l’espoir de la régularisation bien vain.

Le projet s’inscrit délibérément dans une perspective utilitariste. Le gouvernement affiche sa volonté d’aller piller les capacités et talents dans le monde. Ne sera « acceptable » que l’étranger perçu comme rentable pour l’économie française. Quant aux autres, ni leur situation personnelle, ni leur situation familiale ne leur conféreront désormais des droits, au point que les régularisations deviendront quasiment impossibles. Ce projet crée une nouvelle catégorie de travailleurs étrangers dont la durée du séjour est limitée au bon vouloir de leur patron. De plus, la suppression du droit à la délivrance d’un titre de séjour, pour les étrangers présents depuis au moins dix ans en France, les condamne à l’irrégularité perpétuelle [2].. Le projet sélectionnera également beaucoup plus l’entrée des étudiants étrangers.

Quant aux étrangers en situation régulière, le droit de vivre en famille devient un exploit : le gouvernement prévoit de durcir les conditions du regroupement familial (ressources, logement, avis du maire sur l’« intégration » de la famille) [3]. Il jette la suspicion sur les pères étrangers d’enfants français, qui devront justifier de leur paternité.

A lire le nouveau projet gouvernemental sur l’immigration, pour espérer obtenir et conserver leur titre de séjour les étrangers devront cumulativement être « bien intégrés », bien vus par le maire de leur commune, en bonne entente avec leur conjoint, appréciés par leur patron, disposant d’un bon salaire et d’un grand logement.

Sachant qu’une réforme du droit d’asile devrait largement réduire les conditions d’octroi du statut de réfugié, c’est l’ensemble des droits des étrangers qui est en danger. Il est de la responsabilité de chacun d’entre nous de réagir. En stigmatisant les étrangers, le gouvernement tente de nous opposer les uns aux autres et il brade les libertés fondamentales.

Nous appelons donc à nous mobiliser contre la réforme CESEDA qui, si elle était adoptée, ferait des étrangers en France, réguliers ou irréguliers, une population de seconde zone, privée de droits, précarisée et livrée pieds et poings liés à l’arbitraire du patronat, de l’administration et du pouvoir.

Paris, le 31 janvier 2006.

Plus de 400 organisations sont signataires de cette pétiton, parmi lesquelles : Act Up, CGT, Cimade, Comede, Fasti, FSU, Gisti, LDH, MRAP, SAF, Syndicat de la Magistrature, 9ème Collectif des sans-papiers, etc.

Pour signer la pétition : http://www.contreimmigrationjetable....

Deux documents téléchargeables :


[1Extrait de la lettre pastorale du 23 août 1942 de Monseigneur Jules Saliège (1870-1956).

Dès le mois de mars 1941, Mgr Saliège, archevêque de Toulouse avait pris ses distances avec le gouvernement de Vichy, n’admettant ni ses principes totalitaires, ni sa législation antisémite. Il s’insurge contre le sort réservé aux Juifs dont le départ vers les camps d’extermination allemands commence le 3 août 1942 sous la direction de la Police de Vichy.

Le 23 août 1942, il ordonne la lecture publique dans son diocèse d’une lettre pastorale restée célèbre. Bien qu’interdite par arrêté préfectoral, la lecture de cette lettre a quand même lieu dans la plupart des paroisses ; elle sera reprise et diffusée sur les ondes de la B.B.C. à Londres.

« Que des enfants, des femmes, des hommes, des pères et des mères soient traités comme un vil troupeau, que les membres d’une même famille soient séparés les uns des autres et embarquées pour une destination inconnue, il était réservé à notre temps de voir ce triste spectacle.

Pourquoi le droit d’asile dans nos Eglises n’existe-t-il plus ?
Pourquoi sommes-nous des vaincus ?
Seigneur, ayez pitié de nous.
Notre-Dame, priez pour la France.

Dans notre diocèse, des scènes d’épouvante ont eu lieu dans les camps de Noé et de Récébédou. Les Juifs sont des hommes, les Juives sont des femmes. Les étrangers sont des hommes, les étrangères sont des femmes. Tout n’est pas permis contre eux, contre ces hommes, contre ces femmes, contre ces pères et mères de famille. Ils sont nos frères comme tant d’autres. Un chrétien ne peut l’oublier. »

[2Voici comment Nicolas Sarkozy a justifié cette mesure devant les députés : " Dire que, pour quelqu’un qui a fraudé la loi pendant dix ans [sous-entendu : en restant sans titre sur le territoire national], la loi ne s’applique pas, c’est profondément antirépublicain". (Note de LDH-Toulon.)

[3Lors de la séance de questions au gouvernement du mercredi 18 janvier à l’Assemblée nationale, le ministre de l’Intérieur, Nicolas Sarkozy, a ajouté que sa loi "réformera le regroupement familial [ qui est] un droit pour peu que les conditions matérielles [le permettant] soient prévues et respectées". (Note de LDH-Toulon).