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une plaque en hommage aux fusillés de l’OAS fait scandale à Béziers

mercredi 8 octobre 2008

Un conseiller régional s’insurge contre la présence dans le cimetière municipal d’un monument rendant hommage à des criminels qui ont voulu renverser la République [1].

Cette stèle présente, comme celles de Marignane et de Perpignan, « une dimension polémique susceptible de heurter les usagers » du cimetière de Béziers.
Faudra-t-il comme à Marignane qu’une décision de justice ordonne à la commune de la démonter pour qu’elle disparaisse de l’espace public ? [2]

Dimanche 5 octobre 2008, Jean-Louis Bousquet, conseiller municipal d’opposition et président du Groupe communiste et citoyen du Conseil régional Languedoc-Roussillon s’insurge dans un communiqué publié par Midi Libre.

« Une honte pour le cimetière »

dimanche 5 octobre 2008

Je viens de découvrir, au centre du cimetière neuf de Béziers, une stèle valorisée par son emplacement et sa dimension. Sur cette stèle figurent les photos de quatre tueurs de l’OAS qui ont été condamnés à mort par les tribunaux français et fusillés, suivies de la phrase "N’oubliez jamais leur sacrifice". Il s’agit de Bastien Thiry qui organisa en 1962 l’attentat du Petit Clamart dans le but d’assassiner le général de Gaulle ; Degueldre, créateur des commandos Delta de l’OAS, Docevar, putschiste sous les ordres de Degueldre dans les commandos Delta, il participe à l’assassinat du commissaire central d’Alger Roger Gavoury (mai 1961) ; Piegts, qui participe à l’assassinat du même commissaire central.

Figurent aussi sur cette stèle deux références aux drames dont l’OAS porte la responsabilité essentielle en ayant organisé le 26 mars et le 5 juillet 1962 des manifestations et des provocations devant déclencher des réactions sanglantes et ce, dans le but de tenter de remettre en cause le cessez-le-feu qui avait mis fin à la guerre d’Algérie.
Renseignements pris, cette stèle a été érigée à l’origine à la mémoire des morts civils et militaires laissés en Outre-Mer. Peu à peu, elle a été transformée en un hommage à l’action de l’OAS.

Cette stèle est municipale, dans un cimetière municipal, sur un terrain municipal, et régulièrement elle sert de lieu de rassemblement ayant pour but l’apologie du colonialisme. Il est incroyable que des honneurs soient rendus sur l’espace public à ceux qui ont voulu renverser la République et, en particulier, à ceux qui ont été condamnés à mort par leurs crimes.

Jean-Louis Bousquet
Photo Olivier Got.

Bras de fer autour d’une stèle au cimetière à la gloire des fusillés de l’OAS

Midi Libre, le 6 octobre 2008

La réaction du sénateur-maire de Béziers ne s’est pas fait attendre : « Diffamez, diffamez, il en restera toujours quelque chose. C’est la règle que semble s’être donnée Jean-Louis Bousquet, peut-être pour faire oublier que le PC, dont il est l’un des responsables, a facilité les attentats du FLN pendant la guerre d’Algérie. »

La réponse de Raymond Couderc sur le fond : « Il prétend que la stèle du cimetière neuf serait municipale. Il y a bien une stèle municipale en souvenir des Français restés sur le sol d’Afrique du Nord [...] mais elle est située à proximité du carré militaire. L’autre stèle, édifiée dans les années soixante est privée. Chaque famille ou association a le droit, au cimetière, de rendre hommage aux défunts qui leur sont chers et la mairie n’a pas à faire enlever des plaques, des photos ou des fleurs. Le PC est décidément resté maître dans l’art de la désinformation. »

Les faire enlever ? L’option commence pourtant à être envisagée, dans les rangs de certains anciens combattants. Le bureau départemental de l’Association républicaine des anciens combattants pour l’amitié et la solidarité, l’antifascisme et la paix (Arac) exprime son « indignation », jugeant « inadmissible que l’on veuille réécrire l’histoire en voulant transformer en héros ou martyr » des membres de l’OAS. L’Arac « demande aux pouvoirs publics de prendre toute disposition pour que cette offense à la République soit réparée dans une ville qui fut aussi celle de Jean Moulin ».

Interrogé par Midi Libre, le président de l’Arac précise sa pensée : « Nous allons consulter les autres associations d’anciens combattants sur le sujet et saisir le préfet. Ce que nous voulons, c’est qu’on enlève ces noms et ces plaques. » Le conseiller régional Bousquet est sur la même longueur d’onde. « Ce n’est pas une opinion, c’est un délit. La justice s’est déjà prononcée dans des cas similaires. »

Notamment à Marignane, où le tribunal administratif de Marseille avait ordonné, le 7 juillet dernier, l’enlèvement d’une stèle du même type. « Pour ça, il faudra d’abord me passer sur le corps », réagit Maurice Villard, le président du Cercle algérianiste, l’une des associations du Grand Biterrois, qui fleurit chaque année cette stèle.

« C’est notre propriété, je ne vois pas de quoi ils se mêlent, fustige André Troise, ex élu FN et ancien membre de l’OAS, qui remet en cause l’argumentation historique de l’élu communiste et de l’Arac sur le sujet, si quelqu’un y touche, je lui coupe la tête ! Ce genre de chose réveille en moi le combattant que j’étais. »

Une stèle longtemps fleurie par les maires de Béziers

Midi Libre, le 6 octobre 2008

Le tournant 2004 Cette stèle aujourd’hui contestée, qui a vu son ornement et ses inscriptions évoluer au fil des ans, a été très longtemps fleurie par les maires de Béziers. « Jusqu’en 2004, où j’ai décidé de faire ériger la stèle municipale, à la suite d’une altercation » sur place confirme Raymond Couderc.

Etait-ce vraiment la seule raison ? Le nouveau monument allait, en tout cas, sortir de terre juste après l’inauguration par des associations, le 6 décembre 2003, de la plaque commémorative et des photos rendant hommage aux quatre membres de l’OAS.

L’affaire de la stèle provoque de vives réactions

Midi Libre, le 7 octobre 2008

Jean-Louis Bousquet (PCF) a remis en cause la présence d’une plaque en souvenir d’ex-membres de l’OAS L’affaire a fait grand bruit. Contacté, hier, par Midi Libre, Yves Kodderitzsch, le président du Haut conseil des rapatriés, avait déjà pris connaissance du débat qui agite le monde politique, mais aussi les rangs des rapatriés et des anciens combattants biterrois (Midi Libre d’hier et avant-hier). Il affiche, toutefois, la plus grande prudence : « Le Haut Conseil des rapatriés n’a pas été saisi. Il ne donnera aucune position officielle. » Tout en rappelant, tout de même, « l’amnistie » décrétée pour les épisodes historiques évoqués et le « caractère privé » de cette stèle. Qui ne manque pas de protecteurs.

Alain Algudo, président des Comités de défense des Français d’Algérie à Béziers, réagit à son tour : « Cette stèle est notre dernier refuge, Monsieur Bousquet, alors sachez qu’il faudra d’abord affronter des gens déterminés qui, arrivés à un certain âge [...], n’ont plus rien à perdre.  » Jean-Charles Taddei, le président de la Ligue des droits de l’homme de Montpellier regrette, lui, la présence de cette plaque « sans mise en perspective historique complète ». « On constate de plus en plus en plus de "mémoriel" partiel dans la région. On ne peut pas faire de reconnaissance mémorielle et occulter certaines choses. » La Ligue des droits de l’homme de l’Hérault devrait évoquer le sujet aujourd’hui avec ses instances nationales.

Manuel Cudel

Le dossier du cimetière divise la classe politique

Midi Libre, le 7 octobre 2008

Depuis hier matin, son téléphone n’arrête pas de sonner. Elie Aboud, le premier adjoint de Béziers , mais aussi et surtout, président de la Commission nationale des rapatriés, tente d’éteindre l’incendie : « Le sujet a fait le tour de France. J’ai reçu de très nombreuses réactions de rapatriés. » Réagissant à l’intervention du Jean-Louis Bousquet, président du groupe Communiste et citoyen du Conseil régional, qui avait fustigé la présence de photos d’anciens membres de l’OAS sur une stèle du cimetière neuf, le député (UMP) héraultais estime qu’ « il faut laisser les morts tranquilles ». « Il s’agit d’une stèle privée, elle n’est pas visitée par les membres de la municipalité », commente Elie Aboud, qui dénonce « une erreur de casting » du conseiller municipal
PCF de Béziers. « Jean-Louis Bousquet a toujours mené une opposition intelligente. Mais aujourd’hui, il se trompe. D’une part, parce que les Français ont plus que jamais besoin qu’on trouve des solutions à la crise actuelle au lieu de se tourner vers le passé. D’autre part, parce que c’est un débat délicat qui touche à une question historique, l’Algérie, au moment où le Président de la République essaie de trouver un équilibre avec, d’un côté, une ouverture vers l’Union méditerranéenne et de l’autre, des Français rapatriés qui en veulent toujours à la République et qui estiment que les réparations n’ont pas été jusqu’au bout. Enfin, je note qu’on n’a pas entendu Jean-Louis Bousquet sur la question de la statue de Lénine [3]
 » Même angle d’attaque pour la conseillère régionale et municipale (UMP) Monique Valaize : « Je m’interroge, en tant que Pied-Noir, sur le silence de Jean-Louis Bousquet quand Frêche a décidé d’acheter une statue de Lénine avec de l’argent public. Il est indigne d’un politique de venir raviver des douleurs, des plaies qui ne sont pas cicatrisées. Laissez nos morts en paix, quels qu’ils soient. » Personne ne remet donc en cause, au sein de la majorité municipale, la présence de cette stèle et des inscriptions qui y figurent, au sein du cimetière.

Jean-Michel Du Plaa s’en étonne. Le conseiller général socialiste, principale figure de l’opposition municipale, estime leur présence sur place « inappropriée ». « C’est une concession privée, mais le cimetière est un lieu public. Et rien ne doit être de nature à troubler l’ordre public, commente l’élu, je comprends qu’il y ait des personnes pour lesquelles l’Algérie française restera l’engagement d’une vie. Mais je pense que ça n’a pas sa place dans un cimetière. Je trouve assez choquant qu’on utilise ce lieu de recueillement, à des fins de justification de telle ou telle apologie. L’attitude de la municipalité a été assez hypocrite. Raymond Couderc a préféré battre en retraite, en érigeant une autre stèle, tout en maintenant l’autre, pour éviter l’affrontement. » Alain Ricart, le chef de file du groupe FN dans l’opposition municipale, a annoncé qu’il prendrait la parole aujourd’hui sur le sujet.

M. C.

[1Cette stèle, comme celles de Marignane et de Perpignan, est le lieu de manifestations publiques au cours desquelles des propos étonnants sont tenus. C’est ainsi que, dans une allocution prononcée le 5 juillet 2007, Alain Algudo, président des C. D. F. A. / U. C. D. A. R. (Comités de Défense des Français d’Algérie, Union des Comités de Défense des Agriculteurs Rapatriés et leurs Amis), a déclaré à propos du Général de Gaulle :

« Après sa fuite à Londres le 17 juin 1940 pour se soustraire à une arrestation imminente, il fuyait à nouveau la France en mai 1968, se mettant sous la protection de Massu à Baden, en Allemagne, abandonnant une autre fois son poste et le sol Français. C’était un autre Varennes, mais, hélas, lui n’a pas été guillotiné…. Dommage. »

(Référence : http://2007.05-07-1962.info/bilan/Declaration-Beziers)

[2Lu dans Midi libre le 8 octobre 2008 :

Hier, la Ligue des droits de l’homme (LDH) de Paris a demandé, par la voix de Gilles Manceron, membre du comité central spécialiste des questions liées à l’OAS, que « cette stèle soit retirée du cimetière ». Et annoncé à Midi Libre qu’elle envisage d’adresser une demande, en ce sens, au sénateur-maire de Béziers. « La présence de ces monuments, même privés est très contestable et choquante, dans la mesure où ce ne sont pas des tombes et qu’ils tendent à glorifier, dans des cimetières communaux », d’anciens membres de l’OAS, déclare Gilles Manceron, qui était intervenu dans les principaux dossiers nationaux du même type. « Le maire a le pouvoir de les faire enlever. Mais c’est parfois la justice qui leur demande de le faire. Ça a été le cas à Marignane. » Cette position vient conforter le président du groupe communiste de la Région, Jean-Louis Bousquet, qui avait été à l’origine de cette affaire, en jugeant notamment cette plaque illégale. Raymond Couderc estime, de son côté, que « la mairie n’a pas à faire enlever des plaques ou des photos sur une stèle qui n’est pas municipale ».

[Note ajoutée le 8 octobre 2008]

[3Le 16 janvier dernier, Midi Libre avait révélé la volonté
de Georges Frêche d’installer une statue de Lénine à Montpellier.