Histoire coloniale et postcoloniale

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sous la direction de chercheurs travaillant dans ce territoire


un ouvrage qui met en débat
la décolonisation de la
Nouvelle-Calédonie

mardi 12 février 2019

Un ouvrage collectif sous la direction de chercheurs travaillant en Nouvelle-Calédonie, Hamid Mokaddem, Scott Robertson et Ingrid Sykes, tout en mettant en débat leurs disciplines, savoirs et pratiques, s’interroge sur les nouvelles données du contexte néo-calédonien. Il se demande si ce territoire pourrait constituer un modèle pour construire de nouvelles théories sur le nationalisme, le développement économique, politique, esthétique et émotionnel. Un large collectif d’auteurs et d’éditeurs du Pacifique y contribue. Selon Alain Ruscio dont nous publions la note de lecture, il s’adresse bien au-delà des spécialistes de l’Océanie.



La Nouvelle-Calédonie et l’imagination intellectuelle. Repenser et reformuler les disciplines, savoirs et pratiques

sous la direction de Hamid Mokaddem, Scott Robertson et Ingrid Sykes

Présentation de l’éditeur :

Comment les chercheurs travaillant en Nouvelle-Calédonie se perçoivent-ils eux-mêmes et perçoivent, du même coup, leurs disciplines ? Quelle direction le contexte néo-calédonien fait-il prendre à leurs recherches ? Comment ce territoire constitue-t-il un modèle pour construire de nouvelles théories sur le nationalisme, le développement économique, politique, esthétique et émotionnel ? Un large collectif d’auteurs et d’éditeurs du Pacifique se proposent de répondre à ces questions.

Ont contribué à ce travail collectif : Luc Enoka Camoui, Paul Fizin, Nicolas Kurtovitch, Hamid Mokaddem, Adrian Muckle, Pierre-Christophe Pantz, Catherine Ris, Scott Robertson, Christophe Sand, Angélique Stastny, Ingrid Sykes, Georges Waiwen Wayewol.

L’Harmattan, décembre 2018, 198 pages. 20,50 euros. Source



Table des matières :

Avant-propos - Hamid Mokaddem, Scott Robertson et Ingrid Sykes.

PREMIÈRE PARTIE : La Nouvelle-Calédonie et les disciplines académiques

• L’archéologie en Océanie : quels objectifs, quelles méthodologies de terrain, quels rendus en pays calédonien ? - Christophe Sand

• La formation au coeur des politiques de réduction des inégalités en Nouvelle-Calédonie - Catherine Ris

• Géopolitique kanak, vers une décolonisation par les territoires - Pierre Christophe Pantz

• Un imaginaire décolonisé ? Évolution des programmes d’histoire calédoniens avant et après le transfert des compétences au territoire - Angelique Stastny

• Nouvelle-Calédonie : Histoire et témoignages - Ingrid Sykes

• Imaginer de nouvelles frontières de la citoyenneté dans la décolonisation de la Nouvelle-Calédonie - Scott Robertson

DEUXIÈME PARTIE : Pensées

• Écrire : Héritage ou Choix de Vie - Luc Camoui

• La jeunesse kanak en Nouvelle-Calédonie à la veille du referendum en 2018 : freins, atouts et perspectives - Paul Fizin

• Une pratique économique imaginée - Georges Waiwen Wayewol

• Les « Spectres of violence » en Nouvelle-Calédonie - Adrian Muckle
Et si la Crise avait caché un désir d’Amitié ? - Nicolas Kurtovitch

TROISIÈME PARTIE : Nouvelle-Calédonie et l’imagination intellectuelle

• Logique de l’imaginaire clivé entre Kanaky et Nouvelle-Calédonie - Hamid Mokaddem

Annexes
Index
Bibliographie


Note de lecture par Alain Ruscio

La Nouvelle-Calédonie, archipel d’Océanie, île d’histoire (Epeli Hau’ofa ; Marshall Sahlins) fait partie de l’Océan invisible (Jean-Marc Le Clezio). L’image médiatisée de carte postale occulte les enjeux excentrés de souveraineté, de nation, de revendication d’indépendance. Les recherches scientifiques et littéraires remises en cause obligent les chercheur-e-s à renouveler leurs pratiques disciplinaires. L’imagination intellectuelle, mise en œuvre dans ce livre par des scientifiques investis dans la région « Océanie », explore les différentes méthodes et découpes d’objets propres aux sciences sociales et humaines. L’archéologie devient militante et met en perspective le temps long des durées et enracinements des groupes migratoires en vue de comprendre comment construire une nation multiethnique et multiculturelle qui prend en compte les imaginaires divergents des civilisations et des sociétés en présence. Une politiste déconstruit les programmes scolaires et démontre qu’ils s’apparentent à une recolonisation.

Un historien met en parallèle les guerres kanak de 1917, contemporaines de la Première Guerre mondiale, avec la révolution nationaliste du peuple kanak (1984-1988), désigné par l’euphémisme d’événements, au mieux de guerre civile ou coloniale. Le spectre kanak hante les mémoires collectives. Une économiste étudie les inégalités structurelles qui pénalisent la communauté kanak et fait persister les malédictions des pays dotés de ressources naturelles privés d’une gestion rationnelle du fait que les populations autochtones soient marginalisées des systèmes d’enseignement. Un géographe étudie les cartographies inégalitaires des répartitions des populations et montre la montée en puissance des présences kanak dans l’espace public. Un consultant kanak revient sur l’exclusion et la marginalisation de la « jeunesse kanak ». Un autre politiste revient sur les dialectiques retorses entre citoyenneté et nationalité contextualisées dans le moment post-colonial. Un philosophe et anthropologue décrit et analyse comment l’imaginaire est clivé entre d’une part, une forme de souveraineté imaginée par le peuple kanak nommée par lui « Kanaky », et d’autre part l’image d’une Nouvelle-Calédonie française, dont le fantasme est d’inclure ou de diluer le peuple kanak et de le transformer en une « communauté ethnique » parmi les autres. Le livre comprend aussi trois contributions d’écrivains kanak et calédoniens qui s’engagent à penser le devenir de leur propre pays. Deux écrivains militants pour la cause de Kanaky-Nouvelle-Calédonie. Le premier préconise une ouverture vers l’autre et s’exerce à l’essentialité, néologisme forgé pour expliciter l’implicite. Le second fait part d’une pratique économique imaginée en tribu kanak (nom des réserves coutumières). L’écrivain calédonien revient sur le désir d’amitié entre les communautés et le texte vibrant fait retour sur la poignée de main entre Tjibaou et Lafleur et du désir d’amitié et de paix.

Ce travail collectif a pour mérite de recentrer les recherches décentrées sur le devenir de la Nouvelle-Calédonie dans la région Océanie. Les scientifiques australiens questionnent le rapport historique avec le peuple aborigène en miroir de celui entre peuple kanak et les autres communautés de Nouvelle-Calédonie. Les intellectuel(le)s australien(ne)s, néo-zélandais, kanak, calédonien(ne)s et néo-calédonien(ne)s, prennent conscience des nécessaires changements des perspectives. Ainsi ces contributions ont des airs de famille avec ce qui se joue dans d’autres régions du monde. Ce livre devrait pouvoir être lu par les non spécialistes de l’Océanie.

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