Histoire coloniale et postcoloniale

Hollande, Valls et les Roms

publié le 26 septembre 2013
Roms en voie d’expulsion à Marseille et Aix-en-Provence ... et après ?

Suite à des décisions de justice, les habitants des campements du Plateau de l’Arbois et de Château-Gombert vivent depuis le 23 juillet 2012 sous la menace d’une expulsion.

Par une lettre, rendue publique le 17 juillet, 49 prêtres et diacres de Marseille ont interpellé le maire, Jean-Claude Gaudin, dénonçant des «  expulsions [qui] ne sont pas suivies de solutions de résidences convenables et durables. Cela ne fait que déplacer les problèmes … et les personnes ».

« La situation sur le terrain n’a pas varié d’une virgule depuis l’arrivée de la gauche en mai » , insiste Philippe Rodier, responsable de missions pour Médecin du monde. « Des camps de Roms vont encore être délogés tandis que des expulsions sont planifiées sur le plateau de l’Arbois, près d’Aix-en-Provence » , confie Christophe Lenfant, délégué du Secours catholique à Marseille.
Évaluant à 1 500 le nombre de Roms présents sur Marseille, il se prononce en faveur d’un moratoire concernant les expulsions « pour se donner le temps d’aborder la question des migrants au niveau européen et de répondre aux situations d’urgence » [1].

 
Aix-en-Provence : le camp rom de l’Arbois n’est plus

Après l’expulsion du bidonville du plateau de l’Arbois, la Fédération des Bouches du Rhône de la Ligue des droits de l’Homme réagit [2] : pourquoi ce qui est possible ailleurs ne le serait-il pas à Marseille et à Aix-en-Provence ?

 
François Hollande : “on ne peut pas continuer à accepter que des familles soient chassées d’un endroit sans solution”

Le 30 juillet 2010, dans un discours sécuritaire musclé prononcé à Grenoble, Nicolas Sarkozy stigmatisait les comportements de « certains parmi les gens du voyage et les Roms ».

Au cours de la campagne électorale du printemps 2012, le candidat socialiste, François Hollande, a promis qu’il n’y aurait pas d’expulsion sans solutions de relogement [3].

Que faut-il alors penser de la déclaration récente du nouveau ministre de l’Intérieur Manuel Valls : « les camps de Roms continueront à être démantelés chaque fois qu’une décision de justice le permettra » ?

Pour rappeler que les promesses de campagne doivent devenir des réalités, le Collectif national droits de l’Homme Romeurope dont la LDH est membre et la Fédération nationale des associations d’accueil et de réinsertion sociale – la Fnars – publient un communiqué commun. Nous reprenons également la lettre ouverte qu’Alain Fourest, de Rencontres tsiganes, adresse à Manuel Valls.

 
Malik Salemkour demande une application stricte de la loi visant à protéger les personnes en précarité

Vice-président de la Ligue des droits de l’Homme et animateur du Collectif national droits de l’Homme Romeurope, Malik Salemkour attend de Manuel Valls qu’il dise aux préfets : « Il y a des décisions de justice, mais il faut aussi respecter le droit. Il faut penser au logement, à l’accompagnement social, notamment des mineurs. » [4]

 
à l’attention de Manuel Valls

Il y a seize ans, au matin du vendredi 23 août 1996, des gendarmes mobiles
ouvraient à coups de hache la porte de l’église parisienne Saint-Bernard et
en évacuaient de force 300 personnes “sans papiers”, des femmes, des hommes et des enfants. En réaction, de 10 à 20 000 manifestants – parmi lesquels François Hollande et Martine Aubry – ont défilé le jour même, de la République à la Nation, pour dénoncer la politique du gouvernement d’alors et ses lois Pasqua.

Au printemps dernier, la majorité des électeurs a sanctionné la politique sécuritaire de Nicolas Sarkozy et de ses gouvernements, ainsi que la reprise des discours qui étaient jusqu’alors l’apanage de l’extrême droite raciste et xénophobe.

Aujourd’hui le ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, s’en prend aux Roms, se retranchant derrière des décisions de justice bien souvent sollicitées par des maires de gauche. Albert Jacquard l’avait rappelé il y a 16 ans, et François Hollande l’a redit récemment : en 1942 le gouvernement de Pétain, lui aussi, appliquait la loi ...

Il faut aujourd’hui que tous ceux qui ont à cœur le respect des Droits de l’Homme manifestent publiquement leur refus de cette politique répressive qui en constitue la négation. Un appel à manifester dans ce sens le 1er septembre prochain vient d’être lancé.

[Mis en ligne le 17 août 2012, mis à jour le 21]


 
Roms : la France à nouveau sous surveillance de la Commission européenne

Choquées par les récents démantèlements de camps illégaux, des organisations de défense des droits de l’homme s’inquiètent de la politique du gouvernement français envers les Roms. Jeudi 9 août, deux campements ont été évacués près
de Lille, à Hellemmes et Villeneuve-d’Ascq, à la demande de la communauté urbaine de Lille présidée par Martine Aubry. Ces expulsions ont suscité la colère des associations locales qui ont dénoncé l’absence de solutions de relogement.

Le même jour, un charter de 240 Roms bénéficiaires de l’aide au retour quittait Lyon pour Bucarest, une pratique condamnée en novembre2011 par le Comité européen des droits sociaux (CEDS). La Commission européenne suit de près la manière dont les autorités françaises procèdent au démantèlement des campements de Roms et veut s’assurer du respect des garanties contre les expulsions arbitraires et les traitements discriminatoires.

La question – naïve ? – qui se pose également est de savoir si cette politique définie et mise en œuvre par le Ministre de l’Intérieur, Manuel Valls, est bien conforme aux engagements écrits de François Hollande ou si elle ne se situe pas plutôt dans la “tradition sarkozyenne”.

 
le collectif Romeurope demande l’arrêt immédiat de l’expulsion des Roms

La Ligue des droits de l’Homme et les nombreuses associations regroupées dans le Collectif national droits de l’Homme Romeurope publient une lettre ouverte au Premier ministre. Le collectif demande l’arrêt immédiat du démantèlement des campements roms : « ces pratiques dont l’inefficacité est reconnue [...] contribuent à rendre plus difficile la recherche de solutions durables. »

Selon le collectif, le problème posé relève d’abord de la question du logement des personnes précaires et sans ressources, mais aussi de celles des affaires sociales, de l’Education nationale et de l’emploi.

 
Roms : une égalité des droits toujours imparfaite

Le gouvernement a décidé de supprimer la taxe due par les employeurs des Roms et d’élargir les métiers auxquels ils peuvent avoir accès. Dans un communiqué publié après l’annonce de ces mesures prises « pour faciliter [leur] intégration sociale », le Collectif National Droits de l’Homme Romeurope se félicite du « changement d’approche » de la part des autorités.

Mais le collectif déplore que l’« égalité des droits [soit] toujours imparfaite » et il « réaffirme avec force la nécessité d’arrêter les évacuations sans solution de relogement car elles ne font qu’aggraver ces situations de précarité ». Nombreuses sont les organisations, françaises ou non, qui estiment, avec le président du Mouvement anti-raciste européen Egam, que le gouvernement aurait pu faire bien davantage pour aider les Roms à s’intégrer.

 
délinquance roumaine : réalité ou exercice de communication politique ?

La délinquance roumaine en France aurait augmenté de plus de 69 % de 2009 à 2011 selon des chiffres de la police publiés jeudi 23 août par Le Parisien. C’est « une réalité » qu’il « ne faut surtout pas nier » commente le ministre de l’intérieur, Manuel Valls, qui avoue néanmoins ne pas être en mesure de confirmer le contenu de la note de la Direction centrale de la police judiciaire (DCPJ) à l’origine de cette “information” [5].

Les précédents ministres de l’Intérieur avaient mis en avant des évaluations du même ordre de grandeur et reposant sur des bases tout aussi fragiles pour justifier les mesures anti-Roms. Ainsi Manuel Valls après avoir repris, pour l’essentiel, les méthodes de ses prédécesseurs pour la gestion du “problème” des Roms, fait appel à leurs arguments pour se justifier...

Il faut relire les commentaires du sociologue Laurent Mucchielli que nous reprenons ci-dessous : ils restent d’une actualité aveuglante.

[Mis en ligne le 24 août 2012, mis à jour le 26]


 
Roms : les promesses n’engagent que ceux qui y croient

Au petit matin du lundi 27 août, un camp situé sur la commune d’Evry, où habitaient plus de 70 Roms, a été démantelé, par application d’un arrêté du socialiste Francis Chouat, successeur de Manuel Valls à la mairie d’Evry. Le démantèlement, réalisé avant toute décision de justice, a d’autant plus choqué que, dès le lendemain, le tribunal d’Evry rejetait le référé d’expulsion. Mais M. Chouat a renvoyé à la ligne définie par le premier ministre : les expulsions sont légitimes, a dit M. Ayrault, « dès lors qu’elles interviennent en application d’une décision de justice ou pour mettre fin à une situation de danger ou de risque sanitaire ».

Contraire à un engagements de François Hollande lors de la campagne pour l’élection présidentielle – pas d’expulsion sans solution de relogement
–, cette politique a été confirmée par la circulaire du 28 août reprise ci-dessous. Une politique critiquée par de nombreuses organisations comme le Syndicat de la Magistrature. Sur le plan international, des experts de l’ONU rappellent qu’en droit international, les expulsions collectives sont interdites, et demandent au gouvernement français de s’assurer que le démantèlement des camps de Roms respecte les normes européennes et internationales des droits de l’homme relatives à la non-discrimination.

[Mis en ligne le 3 septembre 2012, mis à jour le 5]


 
pas d’enfant rom sans école à la rentrée !

Le Collectif pour le droit des enfants roms à l’éducation et Romeurope rappellent dans un communiqué commun que le droit à l’éducation des enfants roms n’est pas négociable : ayant ratifié la Convention internationale des droits de l’Enfant, la France a le devoir de scolariser tous les enfants vivant sur son sol, sans distinction d’origine et quel que soit leur lieu de vie.

5 000 à 7 000 enfants roms sont concernés par des difficultés d’accès à l’école.
Pour Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne en charge de la justice, des droits fondamentaux et de la citoyenneté, il est de la responsabilité de notre génération d’éduquer ces enfants pour éviter que les mêmes problèmes se reposent dans dix ans.

Ajout du 14 septembre : les trois circulaires adressées le 12 septembre 2012 par la ministre déléguée à la Réussite éducative aux recteurs d’académie pour favoriser la scolarisation des enfants roms et itinérants (voir ci-dessous).

[Mis en ligne le 5 septembre 2012, mis à jour 14]


 
Roms : la commune humanité bafouée

Alors que Manuel Valls se rend en Roumanie, Mediapart publie cet appel – à signer en ligne – concernant la politique menée à l’égard des Roms. Cette pétition initiée par un collectif de 105 personnalités, parmi lesquelles Étienne Balibar, Luc Boltanski, Cécile Canut, Éric Fassin, Danièle Lochak, Ariane Mnouchkine, Jean-Luc Nancy, Pap Ndiaye et Gérard Noiriel, dénonce la « banalisation de la xénophobie et du racisme par l’État français » poursuivie par le gouvernement actuel.

 
Marseille : des riverains chassent des Roms

Plusieurs habitants et riverains de la cité des Créneaux (Marseille, 15e) ont contraint à la fuite, jeudi soir 27 septembre, des familles roms installées à proximité et incendié les restes de leur campement, sans violences physiques, a-t-on appris vendredi de source proche de l’enquête.

Les policiers sont arrivés sur place vers 19h afin de séparer une trentaine d’habitants mécontents et les familles roms, qui ont reflué avec caravanes et véhicules, laissant quelques affaires qui ont été incendiées dans la soirée, selon la même source, qui a précisé qu’aucune interpellation n’avait été effectuée en l’absence d’agression physique.

Pour Caroline Godard, de l’association Rencontres Tsiganes, « ce n’est pas étonnant qu’on en arrive là : il y a un climat de tension qu’on attise. On en arrive à la guerre entre pauvres ».
Pour le président de la Ligue des droits de l’Homme des Bouches-du-Rhône, Bernard Eynaud, « On a franchi un cap de plus. Il n’y a pas eu de blessé, mais on peut craindre le pire pour la suite ». [6]

[Mis en ligne le 28 septembre 2012, mis à jour le 3 octobre]


 
l’heure des ténèbres

Alors qu’une nouvelle expulsion de Roms est en cours, ce mardi matin 2 octobre 2012, et après les événements dramatiques de ces derniers jours, un témoignage d’humanité nous arrive des quartiers Nord de Marseille [7].

 
les roms à Gardanne : l’assistance plutôt que l’expulsion

Il faut saluer l’initiative de la ville de Gardanne (Bouches-du-Rhône) pour l’accueil et la mise à l’abri de familles roms sur un terrain municipal. La municipalité a décidé d’apporter son aide à onze familles roms installées sur une friche industrielle de la commune, plutôt que de les faire expulser, a annoncé son maire lors d’une conférence de presse, le 15 octobre 2012. « Notre souci, c’est de montrer qu’on peut accueillir les Roms de façon humaine, comme des citoyens à part entière », a souligné Roger Meï, maire communiste de cette commune située entre Aix-en-Provence et Marseille, en se disant inquiet de la « montée de haine et d’incompréhension » à l’égard des Roms.

Arrivées il y a environ un mois et demi sur ce terrain, ces onze familles sont composées de 62 personnes, dont une vingtaine d’enfants en âge d’être scolarisés. La mairie a fait installer des toilettes et des poubelles sur le campement et en a sécurisé l’entrée. « On envisage de mettre des mobile homes ou des tentes de l’armée, pour l’hiver », a ajouté Roger Meï, qui a débloqué environ 30 000 euros pour financer l’opération. Le maire a précisé toutefois qu’il ne s’agissait là que d’une « solution d’attente » et qu’il revenait à l’État et à l’Europe de régler la question de l’accueil des Roms sur le long terme.

En contrepartie de cette assistance et de l’absence de demande d’expulsion, la mairie demande aux familles d’envoyer leurs enfants à l’école. « On ne parviendra pas à intégrer cette population si on ne la stabilise pas un minimum, ce qui permet la scolarisation des enfants et le suivi médical », a souligné Cendrine Labaume, coordinatrice générale de Médecins du monde à Marseille, qui se félicite de l’attitude de la mairie de Gardanne.

 
évacuations forcées de Roms migrants : bilan 2012

L’observatoire des évacuations forcées de lieux de vie occupés par des Roms étrangers en France, établit un bilan chiffré de l’année 2012. « Le nouveau gouvernement a exercé une pression sans précédent : 66% du total des personnes évacuées, le furent sous son autorité durant les 6 derniers mois », écrit Philippe Goossens, auteur de l’étude. Il constate également la faible application de la circulaire du 26 août dernier, ordonnant un relogement des personnes évacuées de force : des relogements n’ont été proposés que dans 15 des 63 évacuations forcées réalisées lors du dernier semestre.

 
Manuel Valls va poursuivre les démantèlements de camps de Roms

Après la polémique provoquée par les démantèlements de campements roms décidé au cours de l’été 2010, on avait accueilli avec soulagement la déclaration du candidat François Hollande, dans sa lettre du 27 mars 2012 à Romeurope : « on ne peut pas continuer à accepter que des familles soient chassées d’un endroit sans solution [8] ». La circulaire interministérielle du 26 août 2012 prévoyant de proposer une solution d’hébergement lors des expulsions semblait aller dans le même sens d’une prise en compte de l’aspect humain des problèmes.

Le bilan pour l’année 2012 montrant que près de 12 000 Roms avaient été évacués de campements illégaux, dont les deux tiers au second semestre, aurait dû nous alerter. D’autant plus que sur les 63 évacuations de sites réalisées entre juillet et fin décembre, seules 15 ont été accompagnées d’une solution partielle de relogement.

Aujourd’hui les mots nous manquent : nous apprenons en effet que le ministre de l’Intérieur Manuel Valls a annoncé jeudi 14 mars la poursuite des démantèlements de camps de Roms : « Plus que jamais les démantèlements sont nécessaires et se poursuivront, il en va du respect de la loi et de la sécurité de leurs résidents », a-t-il déclaré dans une interview publiée jeudi 14 mars par Le Parisien/Aujourd’hui en France, ajoutant : « nous procéderons avec humanité » sans oublier, « quand c’est possible, l’accès à un logement ...  ».

Et comment le ministre justifie-t-il cette politique ? par le fait que, selon lui, «  les occupants des campements ne souhaitent pas s’intégrer dans notre pays pour des raisons culturelles ou parce qu’ils sont entre les mains de réseaux versés dans la mendicité ou la prostitution [9] » ...

[Mis en ligne le 15 mars 2013, mis à jour le 16]


 
expulsions de Roms : pas en notre nom

Communiqué de la LDH de Toulon

Après avoir établi en 2012 des records de reconduites à la frontière, le ministre de l’Intérieur annonce son intention de démanteler les campements de Roms et d’en expulser les occupants. Selon des bruits qui circulent, une telle opération serait prévue à Toulon pour le début de cette semaine. Ne pouvant rester silencieux, nous reprenons la déclaration de Mgr Le Gall, archevêque de Toulouse, en août 2010 :

« Nous ne pouvons nous résoudre à voir les Roms et Gens du voyage victimes de préjugés et d’amalgames, boucs-émissaires désignés des difficultés de notre société, alors qu’ils en sont souvent les premières victimes. Nous sommes convaincus que le remède à la peur et à l’insécurité ne se trouve pas dans une surenchère sécuritaire mais passe par une action de longue haleine nourrie de respect et de connaissance réciproques. [10] »
Toulon, le 17 mars 2013


 
expulser ... est-ce là le seul recours des pouvoirs publics ?

Mardi 19 mars, le préfet du Var a utilisé la force publique pour faire évacuer un bâtiment désaffecté cédé par la Défense à France Domaine, situé boulevard Commandant Nicolas à Toulon. Une quarantaine de personnes d’origine roumaine, que la préfecture a qualifiées à tort de “nomades”, l’occupaient [11], des familles que le Secours Catholique et l’Union diaconale du Var accompagnent depuis plusieurs années.

Parmi elles, sept enfants scolarisés. Où dorment-ils depuis ? Ont-ils pu retrouver leurs classes jeudi ? ... Des questions qui ne semblent pas arrêter les pouvoirs publics qui, en l’occurrence, suivent sans état d’âme les incitations venues du ministère de l’Intérieur.

Vous trouverez ci-dessous la lettre ouverte adressée au ministre de l’Intérieur et au préfet du Var par le collectif varois de soutien aux Roms et gens du voyage qui dénonce ces faits [1]. A la suite : signée par plusieurs associations nationales – notamment le collectif Romeurope, dont la Ligue des droits de l’Homme est membre –, une lettre ouverte adressée au Premier ministre Jean-Marc Ayrault, en réaction aux propos de Manuel Valls.

[Mis en ligne le 19 mars 2013, mis à jour le 22]


 
collectif varois : “expulsions de Roms, pas en notre nom”

Dans une lettre ouverte adressée au Premier ministre, le Collectif varois de soutien aux Roms et Gens du voyage déclare ne pouvoir se résoudre à voir ces derniers désignés comme boucs-émissaires des difficultés de notre société, alors qu’ils en sont souvent les premières victimes.

 
le rapport 2012 de la CNCDH : une inquiétante montée de l’intolérance

Le 21 mars 2013, la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme – CNCDH – a rendu public son dernier rapport sur le racisme, l’antisémitisme et la xénophobie [12].

La commission constate que « au sein de la société française la tolérance recule et que les sentiments xénophobes se diffusent ». Les musulmans, les Roms, les gens du voyage, sont de plus en plus souvent stigmatisés, y compris
dans les discours des politiques.

A la suite du graphique illustrant le fait que les Roms migrants et les gens du voyage constituent les groupes les plus perçus comme étant “à part”, nous reprenons ci-dessous un article de Mediapart qui met l’accent sur l’analyse par la CNCDH des « nouvelles figures de la xénophobie ».

 
plus de 4000 Roms déplacés depuis le début 2013

Selon une étude publiée par l’Association européenne pour la défense des droits de l’Homme (AEDH), un cinquième des Roms vivant en France ont dû quitter leur lieu de vie au cours du premier trimestre 2013. L’auteur de cette étude, Philippe Goossens, membre du bureau de l’AEDH, chiffre ce total à 4 152 personnes en forte hausse par rapport au trimestre précédent (1 582) ; elles se répartissent en 2 873 personnes évacuées de force par les autorités, 272 rapatriées et 1 007 forcées de quitter les lieux à la suite d’un incendie ou d’une agression.

Malgré la circulaire interministérielle du 26 août 2012, les évacuations forcées ont continué à un rythme élevé sans aucune « humanité », sans proposition crédible d’accompagnement social ou de relogement. Dans la réalité conclut cette étude, « les autorités françaises continuent à violer impunément les lois européennes et plusieurs traités internationaux, notamment la Charte européenne révisée des droits sociaux » — ce qui «  attise des réactions d’intolérance » de la part des riverains et contribue à radicaliser le rejet des populations roms. [13]

 
Amnesty demande des poursuites contre les États qui discriminent les Roms

À la suite de la circulaire du 5 août 2010 émanant du ministère de l’Intérieur donnant pour instructions aux préfets de démanteler systématiquement les campements des Roms et de les expulser du territoire, la Commission européenne avait envisagé l’ouverture d’une procédure d’infraction contre la France pour violation des droits des Roms ; mais ayant obtenu des garanties de l’État français, elle n’avait pas donné suite à son intention initiale.

Après les déclarations au Parisien le 14 mars 2013 du ministre français de l’Intérieur, Manuel Valls, annonçant la poursuite des démantèlements des campements, Amnesty lui a adressé un courrier pour contester ses propos et a lancé une pétition demandant au Premier ministre de mettre fin aux expulsions forcées de Roms.

Dans une campagne à l’échelle européenne, Amnesty international dénonce la persistance de pratiques discriminatoires envers les Roms et demande à la Commission européenne de poursuivre les États membres dont les politiques sont en infraction avec le droit communautaire.

 
lettre ouverte de DEI-France à Manuel Valls

A la suite de déclarations de Manuel Valls rapportées dans Le Parisien le 14 mars dernier – voir cette page –, l’association Défense des enfants international-France [14] lui a adressé une lettre ouverte. L’association insiste sur les conséquences pour les enfants de la politique menée par le ministre de l’Intérieur envers les Roms.

 
déplacer les bidonvilles ne règle rien !

Le Premier ministre a reçu le 14 mai le collectif des associations unies pour une nouvelle politique publique du logement des personnes sans abri et mal logées, ainsi que le collectif Romeurope. Accompagné de Cécile Duflot, Manuel Valls et Marie-Arlette Carlotti, Jean-Marc Ayrault a fait le point sur la situation des mal-logés à la sortie de l’hiver, ainsi que sur le dossier des bidonvilles.

Concernant la question de l’accompagnement des familles vivant dans des bidonvilles et campements illicites, le Premier ministre a rappelé la « ligne politique équilibrée du Gouvernement : premièrement, un partenariat étroit avec le Gouvernement roumain, pour l’amélioration des conditions de vie et de retour des Roms dans leur pays d’origine ; deuxièmement, la nécessité de procéder à l’évacuation des campements illicites, notamment quand la situation sanitaire ou de sécurité l’exige ; enfin, le respect de la circulaire du mois d’août dernier sur l’anticipation de ces évacuations, associée à une volonté de mener une véritable politique d’intégration pour les familles qui ont vocation à rester en France, en rompant définitivement avec la stigmatisation d’une population en proie à la misère. » [15]

Vous trouverez ci-dessous l’appel, publié le 17 mai, adressé au premier ministre et au gouvernement par les présidents de plusieurs associations, à changer de regard, de discours et de pratiques vis-à-vis des personnes les plus fragiles, suivi d’un point sur l’hébergement des Roms.

 
Roms : quand l’État ne respecte pas ses propres circulaires

L’été dernier, ils croyaient au changement. La circulaire interministérielle du 26 août 2012 encadrait enfin les évacuations des campements illicites des populations roms. Toute expulsion devait s’accompagner « d’un diagnostic et de la recherche de solutions d’accompagnement » pour, entre autres, reloger les familles et permettre la scolarisation des enfants. Les associations, le collectif Romeurope en tête, étaient optimistes. « Nous avions un espoir avec cette circulaire que nous appelions de nos vœux », résumait mercredi Pascale Quivy, membre du collectif, lors de la présentation du rapport annuel.
Dix mois plus tard, le constat est abrupt. Rien n’a changé. « La circulaire n’est pas appliquée par les préfets, assure Laurent El Ghozi, membre fondateur du collectif. Il y a toujours autant d’expulsions, les diagnostics quand ils sont faits, sont bâclés en trois jours et on entend toujours des discours très stigmatisants envers les populations roms au plus haut sommet de l’Etat. » Bref, conclut-il, « la politique menée aujourd’hui est absurde, vaine, destructurante. » [16]

Un constat sévère détaillé dans le rapport annuel de Romeurope et confirmé par le bilan de l’application de cette circulaire établi par le Défenseur des droits.

 
Roms : les “recommandations” de la CNCDH au gouvernement

Le 26 août 2012 une circulaire « relative à l’anticipation et à l’accompagnement des opérations d’évacuation des campements illicites » était signée par sept ministres. Cette circulaire interministérielle avait été saluée par les associations de défense des droits de l’homme dans la mesure où elle marquait un changement de discours de la part des autorités et témoignait de leur volonté d’apporter une réponse individualisée et territorialisée aux situations de grande précarité vécues par des citoyens européens.

Presqu’un an plus tard, la Commission Nationale Consultative des Droits de l’Homme – CNCDH – publie le 2 août 2013 ses recommandations au gouvernement sur sa mise en œuvre et sur l’accès aux droits des populations dites « Roms ».
La CNCDH constate l’inégalité dans l’application de la circulaire. Face à la situation de grande précarité dans laquelle se trouvent les 20 000 personnes Roms vivant en squats ou en bidonvilles actuellement, la CNCDH formule des recommandations qui lui semblent devoir être mises en oeuvre le plus rapidement possible, afin que soient respectés les droits fondamentaux de ces citoyens européens vivant sur le territoire français : droit à l’hébergement, respect de la scolarisation des enfants, droit à la santé et accès au travail. Ses recommandations s’appuient sur les travaux menés sur le terrain par ses associations membres, sur les interventions du Défenseur des droits en la matière et elles reprennent pour une grande part des recommandations déjà formulées par la CNCDH dans un avis de mars 2012.

A cette occasion, la CNCDH fait part de sa grande inquiétude face au climat alarmant de tension qui règne autour de la question, envenimé ces dernières semaines par d’intolérables propos de haine véhiculés par des élus ou des responsables politiques.

Faut-il y voir une réponse du gouvernement ? ... Le 2 août, plusieurs dizaines de familles de Roms qui avaient trouvé refuge dans une ancienne caserne de gendarmerie, boulevard de Plombières à Marseille, en ont été expulsées ... aucune mesure de relogement n’état prévue, elles se sont rassemblées dans un square municipal.

[Mis en ligne le 2 août 2013, mis à jour le 3]


 
le Rom, inusable bouc émissaire

La Ligue des droits de l’Homme condamne avec la plus grande fermeté la stigmatisation des Roms à laquelle l’hebdomadaire Valeurs actuelles vient de se livrer dans son numéro du 22 août 2013.

Le sociologue Nicolas Bourgoin y voit le signe de l’extrême-droitisation de la politique française : le gouvernement PS, par la voix et l’action de son ministre de l’Intérieur se rapproche dangereusement de l’UMP, pendant que cette dernière jette des ponts vers le FN.

 
Vincent Peillon contre la déscolarisation des enfants expulsés

« Il faut que tous les enfants soient accueillis scolairement et il ne doit pas y avoir de rupture scolaire. Donc quand il y a des déplacements qui peuvent être tout à fait nécessaires de camps de Roms, il faut avant qu’ils aient lieu s’assurer que les enfants ne vont pas avoir de rupture de leur scolarité », a déclaré à l’AFP le ministre de l’éducation nationale le 27 août. Il réagissait à l’expulsion d’un campement rom à Bobigny : 120 personnes jetées dehors dont des enfants parfaitement scolarisés.

 
roms et sans-papiers : vers un “pacte de dignité” ?

Les présidents de sept associations [17] ont rencontré le 13 septembre le Président de la République afin de lui faire part de leur inquiétude devant l’augmentation des attitudes de rejet et de marginalisation qui se manifestent à l’égard des étrangers.

Ils ont demandé que la réforme législative en préparation prenne en compte la nécessité et l’urgence d’une transformation en profondeur de la loi actuelle construite avant tout autour de considérations d’affichage sécuritaire et non d’accueil et d’insertion. A l’égard des familles roms, ils ont exprimé leur incompréhension devant la distorsion existant entre la ligne définie par la circulaire interministérielle d’août 2012 et sa mise en œuvre. Ils ont rappelé au Président de la République que la poursuite des évacuations de campements, parfois violentes, sans solution d’accompagnement social réel et pérenne, n’est pas conforme à ses engagements. Ils ont demandé au Président de la République de s’exprimer avec force pour rappeler que les valeurs fondamentales – de justice, de cohésion sociale, de respect de l’autre et des cultures différentes – ne permettent pas de tolérer des pratiques ou des discours discriminatoires.

Le Président de la République a tenu à placer l’ensemble des problèmes soulevés dans le devoir qu’a la France d’être à la hauteur d’un « pacte de dignité » qu’elle doit respecter à l’égard de la population française et des étrangers quel que soit leur statut [18].

La section de Toulon de la LDH ne peut qu’approuver cette démarche, à laquelle elle s’associe par un travail de “terrain”.

 
Roms : où allons-nous ?

Les déclarations récentes du maire UMP de Croix – il a laissé entendre qu’il soutiendrait quiconque « commettrait l’irréparable » contre un Rom – ont fait couler beaucoup d’encre. Le plus inquiétant est qu’elles s’insèrent dans le discours de stigmatisation des Roms tenu par des dirigeants UMP – Christian Estrosi, Nathalie Kosciusko-Morizet ... –, pendant que les démantèlements de camps illicites se poursuivent sous la férule d’un ministre socialiste.

 
Amnesty International dénonce le sort des Roms condamnés à l’errance

Dans un éditorial intitulé « Roms, la faute de Manuel Valls » [19], le quatidien Le Monde condamne les déclarations de Manuel Valls : « en désignant l’ensemble d’une population étrangère – et néanmoins européenne –, en stigmatisant une population ethniquement étiquetée, en la jugeant incapable de s’intégrer en France, le ministre de l’intérieur renonce à des principes élémentaires républicains : l’accueil, l’intégration, la solidarité. »

Une condamnation à laquelle Viviane Reding, vice-présidente de la Commission européenne, joint sa voix.
Une condamnation que confirme le nouveau rapport d’Amnesty International consacré à la situation des Roms en France, dans lequel l’organisation dénonce « une politique qui n’a pas interrompu le cycle infernal des expulsions forcées. »