Histoire coloniale et postcoloniale

La guerre de Libye (2011)

publié le 3 septembre 2014
Libye : les crimes ne resteront pas impunis

La Fédération internationale des ligues de droits de l’Homme (Fidh) et Amnesty International ont demandé, les 24 et 25 février 2011, au Conseil de sécurité de l’ONU de saisir la Cour pénale internationale (CPI) de la situation en Libye et de décréter un embargo sur les armes.

« Le colonel Mouammar Kadhafi et ses responsables hiérarchiques doivent comprendre qu’ils devront répondre de leurs actes, a déclaré Salil Shetty, secrétaire général d’Amnesty International. « Cela devrait résonner comme un signal d’alarme pour ceux qui donnent les ordres et ceux qui les exécutent : leurs crimes ne resteront pas impunis » [1].

De son côté, l’Association nationale d’assistance aux frontières pour les étrangers (Anafé) demande aux autorités françaises de suspendre les renvois de personnes vers ce pays.

 
Tzvetan Todorov : “il n’existe pas de guerre propre ni de guerre juste”

S’attaquant à l’unanimisme des partis politiques et des commentateurs en faveur de l’intervention militaire en Libye, Tzvetan Todorov rappelle que « l’ordre international incarné par le Conseil de sécurité consacre le règne de la force, non du droit » et que son approbation demeure de ce fait un gage de légitimité discutable.

Tzvetan Todorov, historien et essayiste, a notamment publié en 2008 la Peur des barbares. Au-delà du choc des civilisations (Robert Laffont)

 
Rony Brauman : “on ne peut installer la démocratie avec des bombardiers”

Rony Brauman, ancien président de l’association Médecins sans Frontières (de 1982 à 1994), est professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris. Il réfléchit depuis des années aux effets des interventions humanitaires.
Il détaille les leçons à tirer des interventions et guerres précédentes, s’étonnant que ces expériences soient aussi peu prises en compte : « comment a-t-on pu oublier l’Irak et l’Afghanistan ? » [2].

Dès le troisième jour de l’intervention internationale engagée par Sarkozy, il déclarait dans une interview sur France-Inter (vidéo ci-dessous) :
« Ce qui me gêne dans cette opération, c’est qu’on prétend installer la démocratie et un Etat de droit avec des bombardiers […]  ; à chaque fois qu’on a essayé de le faire, non seulement on a échoué mais le remède qu’on prétendait apporter était pire que le mal ».

 
Rony Brauman : “de quel droit demander à Kadhafi de partir ?”

Dans une déclaration commune publiée vendredi 15 avril 2011, un mois après le début des frappes aériennes contre l’armée libyenne, Barack Obama, David Cameron et Nicolas Sarkozy affirment que l’avenir de la Libye ne peut être envisagé avec Kadhafi. Cette prise de position révolte l’ancien président de Médecins sans frontières – actuellement professeur à Sciences-Po Paris et à l’université de Manchester.

Pourfendeur de l’ingérence dite humanitaire, Rony Brauman se demande « de quel droit » les dirigeants des trois puissances occidentales peuvent appeler au renversement d’un régime. Invité de L’Info.com, une émission commune de France Info et de Rue89, animée par Mireille Lemaresquier, il a vivement critiqué l’action de l’Otan pourtant autorisée par le conseil de sécurité de l’ONU :

« Le conseil de sécurité étant la source de la loi internationale, cette guerre est légale. Je ne la trouve pas légitime pour autant, je ne la trouve pas utile pour autant et je ne la trouve pas gagnable pour autant. »

 
pour quoi faisons-nous la guerre en Libye ?

« Le 19 mars 2011 à 17h45, seul dans son rôle de commandant en chef, Nicolas Sarkozy a été le premier à ordonner à l’aviation militaire d’ouvrir le feu sur les blindés libyens. » (« L’homme qui voulait ressembler à Napoléon », Panorama, le 31 mars 2011.)

Couverture de l’édition du 31 mars de l’hebdomadaire italien Panorama

En un mois, le conflit a déjà fait quelque 10 000 morts et 55 000 blessés, a affirmé mardi à Rome le ministre italien des Affaires étrangères Franco Frattini, citant le chef du Conseil national de transition (CNT) libyen. Aujourd’hui, la France, qui a déclaré exclure tout déploiement de forces au sol, a annoncé l’envoi d’un petit nombre d’officiers français auprès du CNT.

Mais pourquoi et pour quoi faisons-nous la guerre en Lybie ? pour la démocratie ? pour renverser Kadhafi ? pour montrer les performances de nos Rafale ? pour faire diversion aux difficultés de politique intérieure ? pour préparer les élections présidentielles ? ...
Ci-dessous, le point de vue d’Omar Benderra, consultant, ancien PDG d’une banque publique algérienne.

 
“la France, puissance coloniale”, par Yvon Quiniou

Tribune publiée le 10 août 2011 sur le site internet LeMonde.fr [3].

Yvon Quiniou, philosophe, est membre du conseil de rédaction de La Pensée, soutien du Front de gauche et l’auteur de L’ambition morale de la politique. Changer l’homme ? (L’Harmattan, 2010).

 
Rony Brauman : « la Libye est une dangereuse “revanche sur l’Irak” »

Rony Brauman, ancien président de l’association Médecins sans frontières (de 1982 à 1994), est professeur associé à l’Institut d’études politiques de Paris. Il a été l’un des premiers intellectuels à critiquer la guerre en Libye décidée par Sarkozy. Au lendemain de la mort de Kadhafi, il s’inquiète de ce nouveau « modèle » de guerre qui s’est déroulé en Libye.

Les propos de Rony Brauman, recueillis par Joseph Confavreux, ont été initialement publiés le 21 octobre sur le site de Médiapart [4], et repris sur différents sites internet.

 
Rony Brauman : “c’est parce que la guerre est mauvaise en soi qu’il ne faut pas la faire”

Rony Brauman, ancien président de Médecins sans frontières (MSF) France, humanitaire convaincu mais critique, a alerté à de nombreuses reprises sur le danger que représente le « devoir d’ingérence » qui a été invoqué pour justifier la guerre en Libye. Les opérations militaires et humanitaires qu’il a suscitées ont souvent été plus destructrices que favorables à la diffusion de la démocratie.

Nous reprenons des extraits de ses déclarations publiées dans l’édition du 25 novembre du Monde. Elles ont été prononcées à l’occasion d’un débat organisé par Nicolas Truong (NT) entre Bernard-Henri Lévy (BHL) et Rony Brauman (RB). Bien que la situation en Syrie soit profondément différente de celle qui prévalait en Libye, les bruits de bottes qui se font entendre de façon croissante au Moyen-Orient incitent à lire avec attention les réflexions de Rony Brauman sur la guerre de Libye. [5]

 
guerre de Libye : et si les commanditaires étaient sanctionnés…

La Libye nouvelle sombre dans le chaos en se disloquant. Les milices ont succédé à la dictature féroce de Mouammar Kadhafi que nombre de nombreux Libyens disent maintenant regretter ...

Dans son éditorial du 30 juillet 2014, le journal Le Monde écrit : « Impossible de ne pas poser la question de la pertinence de l’intervention des Etats-Unis, de la France et de la Grande-Bretagne à l’appui de la rébellion de 2011 ». Et il poursuit en posant la question « Washington, Paris et Londres ont-ils eu raison de mener cette campagne de bombardements aériens qui a permis aux rebelles de l’emporter sur Kadhafi ? » [6]

Dans un entretien donné à la BBC, Rony Brauman va plus loin en demandant s’il ne faudrait pas envisager de « sanctionne[r] du moins politiquement » « ceux qui ont été à l’origine de la guerre en Libye. » [7]. C’est ce qu’expose ci-dessous le journal en ligne malien MaliActu [8].

 
Rony Brauman : “qui a décidé que notre rôle est de renverser les dictateurs??”

Dans un entretien donné au quotidien La Croix, l’ancien président de Médecin sans frontière, Rony Brauman, déclare que les guerres en Irak et en Libye n’étaient pas justifiées. Elles sont le produit d’une « bêtise idéologique » qui a conduit ces pays à la catastrophe.

Une déclaration qui confirme ses prises de position antérieures – voir par exemple : “on ne peut installer la démocratie avec des bombardiers”