Histoire coloniale et postcoloniale

Rwanda

publié le 2 décembre 2015
Génocide au Rwanda en 1994 : l’impardonnable retard des poursuites judiciaires

« Avant de parler de “repentance ”, il s’agit tout simplement de reconnaître des faits, de réfléchir sans langue de bois, d’accepter les questions et les enquêtes transparentes, au lieu de répéter, la main sur le cœur, qu’on avait fait le meilleur choix possible, celui d’une politique préventive qui aurait échoué face à une barbarie africaine et que, si c’était à refaire, on recommencerait. »

Jean- Pierre Chrétien & Jean-François Dupaquier

[Mise en ligne le 6 avril 07, mise à jour le
28 mars 2008]

 
Généalogie du génocide rwandais

Les Tutsis et les Hutus vivaient sur le même territoire, parlaient la même langue, pratiquaient une même religion et partageaient la même culture. Être hutu ou tutsi était un fait purement social. Il ne s’agissait donc pas de deux groupes ethniques. Et pourtant les Européens, en quelques dizaines d’années de colonisation, sont parvenus à imposer une vision ethnique de la société rwandaise — apportant leur soutien aux Hutus à partir des années 60, après avoir favorisé les Tutsis. Une racialisation à l’origine des conflits politiques qui ont engendré le génocide de 1994.

C’est ce que nous montre Etienne Smith [ES] dans la présentation qu’il a faite en septembre 2004 de l’ouvrage de Dominique Franche, Généalogie du génocide rwandais, Paris, Tribord, 2004.

 
Décès d’Alison Des Forges, historienne et militante

Alison Des Forges est décédée le 12 février 2009 dans le crash d’un avion à Buffalo. Un coup très dur pour la cause des droits de l’Homme dans la région des Grands Lacs, en particulier au Burundi et au Rwanda.

« Triste fin de journée. C’était la militante rigoureuse et déterminée que tout le monde connaît. Elle n’a jamais mégoté sur la réalité du génocide de 1994, tout en étant toujours soucieuse de cerner la vérité. Elle est le contraire d’une idéologue. [...]
« J’ajouterai surtout que c’est une grande historienne du Rwanda. Il faudrait éditer sa thèse sur Musinga en hommage à ce travail remarquable. Elle a sacrifié son travail de recherche pour la défense des droits humains. Qui le regrettera ? »

Jean-Pierre Chrétien
 
France-Rwanda : beaucoup de questions, peu de réponses

Après les déclarations de Nicolas Sarkozy, à Kigali le 25 février dernier, la commémoration du génocide du Rwanda se déroule cette année dans un contexte particulier. La visite du président de la République a en effet donné lieu à un début de reconnaissance des responsabilités françaises dans ces événements.

Le communiqué de la Ligue des droits de l’Homme et la pétition que nous reprenons ci-dessous insistent notamment sur deux points :

  • il faut que la lumière soit faite sur le rôle joué par la France avant, pendant et après le génocide [1] ;
  • la justice française doit juger les présumés génocidaires présents sur le territoire français [2].
 
Jean-Pierre Chrétien : « Le génocide du Rwanda : un négationnisme structurel »

L’historien Jean-Pierre Chrétien, directeur de recherche émérite, après une carrière universitaire d’enseignant-chercheur, est un spécialiste de l’Afrique orientale, en particulier la région des Grands Lacs. Parmi ses nombreuses publications – voir la bibliographie – citons le livre L’Afrique des Grands Lacs. Deux mille ans d’histoire (éditions Aubier/Flammarion). Il a édité des ouvrages collectifs sur l’ethnicité, les religions, les rapports entre mémoire et histoire en Afrique, et il publie régulièrement des articles sur les problèmes de l’Afrique contemporaine dans les revues Esprit et Politique africaine. Il été témoin-expert à Arusha auprès du parquet du Tribunal pénal international pour le Rwanda dans le « procès des médias » en 2002.

Cet article est la version développée d’un texte qui paraîtra fin septembre 2010 dans le n° 151 de Hommes & Libertés, revue trimestrielle de la Ligue des droits de l’Homme (ce numéro comportera notamment un dossier sur la santé). [3]

 
France-Rwanda : justice et respect des droits de l’homme

A l’occasion de la visite en France de Paul Kagamé, président de la République du Rwanda, la Fédération internationale des ligues de droits de l’Homme (Fidh) et la Ligue des droits de l’Homme (Ldh) expriment certaines de leurs préoccupations communes.

Elles commencent en évoquant l’état des poursuites engagées en France contre des présumés génocidaires [4].

Les deux organisations dénoncent également l’autoritarisme du régime rwandais et les violations des droits de l’Homme dont il se rend coupable. Les violations ont culminé lors de la dernière campagne électorale pour l’élection présidentielle de 2010, avec notamment la fermeture de certains journaux d’opposition et de radios, et les arrestations et mises en résidence surveillée d’opposants. Parmi ces derniers, Victoire Ingabiré est jugée en ce moment pour complicité de terrorisme et atteinte à la sûreté de l’Etat ; sans prendre parti ici sur le contenu de ses positions politiques, celle-ci a droit à une justice équitable.

Les succès économiques et sociaux du Rwanda sont indéniables – Jean-François Dupaquier les met en évidence dans une série d’articles [5] – mais ils ne sauraient faire oublier les aspects policiers et autoritaires du régime, son dirigisme culturel, ni le harcèlement et la répression dont les défenseurs des droits de l’Homme sont l’objet.

 
Une victoire pour la liberté d’expression des chercheurs : confirmation de la relaxe de J.-P. Chrétien et J.-F. Dupaquier

Deux spécialistes reconnus de l’histoire rwandaise, l’historien Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupaquier, journaliste et écrivain, témoins-experts auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda en 2002, étaient poursuivis pour diffamation par un ancien ambassadeur du Rwanda en France de 1990 à 1994, qui leur reprochait d’avoir critiqué, dans un courrier privé, ses propos et écrits sur le génocide des Tutsi en 1994, en particulier sa thèse d’un « double génocide ». La Cour d’appel de Rouen a confirmé le 2 mai 2013 la relaxe prononcée en février 2012 par le tribunal correctionnel.

Plusieurs associations dont la Ligue des droits de l’Homme avaient dénoncé ce qu’elles considèrent comme une tentative d’intimidation et apporté leur soutien aux deux chercheurs. Cette victoire est celle de la vérité, de la justice et de la liberté.

Vous trouverez sur ce site :

[Première mise en ligne le 25 octobre 2011, mise à jour le 30 mai 2013]


 
“La guerre civile au Rwanda : enjeux politiques et imaginaires ethniques”, par Jean-Pierre Chrétien

L’historien Jean-Pierre Chrétien et Jean-François Dupaquier, journaliste et écrivain, auteurs de Rwanda. Les médias du génocide et témoins-experts auprès du Tribunal pénal international pour le Rwanda en 2002, sont l’objet de poursuite pour diffamation de la part d’un ancien ambassadeur du Rwanda en France.
La lecture du texte de la conférence donnée par Jean-Pierre Chrétien le 10 janvier 2006 à la Bibliothèque nationale de France, dans un cycle consacré aux « Guerres civiles », permettra de mesurer la distance qui sépare le travail des historiens des calculs politiciens et d’apprécier à sa juste valeur cette “tentative d’intimidation”.

 
Rwanda : de nouveaux résultats dans une enquête judiciaire enfin sans entrave

Après dix-sept années d’une enquête conçue pour justifier des conclusions définies a priori, le rapport d’expertise balistique demandé par les juges Poux et Trevidic confirme que l’enquête menée de Paris par le juge Bruguière n’était destinée qu’à justifier la politique de la France dans ce pays...

Ci-dessous, un communiqué LDH/FIDH, suivi d’un coup de gueule d’Albert Herszkowicz : Enfin la vérité éclate !

 
Plainte contre Paul Barril pour complicité de génocide

La Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme (FIDH), la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et Survie ont déposé, lundi 24 juin, une plainte contre l’ex-patron du GIGN Paul Barril, pour complicité de génocide au Rwanda.

 
Rwanda, racisme et génocide, l’idéologie hamitique, par J.-P. Chrétien et M. Kabanda

Le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994 est emblématique de la catastrophe qui a frappé toute l’Afrique des Grands Lacs depuis une vingtaine d’années. Il n’a été le fruit ni d’une fureur conjoncturelle, ni d’une fatalité ethnographique ou biologique, mais il est le produit très moderne d’une option extrémiste, jouant du racisme comme arme de contrôle du pouvoir. En effet, cette mise en condition de tout un pays aurait été impossible sans l’inscription durable dans la culture de cette région d’Afrique d’une idéologie racialiste, discriminant, sous les étiquettes hutu et tutsi, des autochtones et des envahisseurs, le « vrai peuple » rwandais majoritaire et une « race de féodaux ».

Ce livre décrypte la construction de cette idéologie, trop méconnue, qui oppose les « vrais Africains » à des « faux nègres », ceux qu’on a appelés les Hamites depuis les années 1860 dans la littérature africaniste. Cette maturation se situe à la fois en Europe, dans l’histoire de l’anthropologie, et en Afrique, dans la logique des politiques coloniales, et elle se joue sur deux siècles, donc bien en amont de la crise des années 1990, et jusqu’à aujourd’hui. Le schéma racial dit « hamitique » est né de la même matrice intellectuelle que celui opposant Aryens et Sémites, qui a embrasé l’Europe dans les années 1930-1940 [6].

[Mis en ligne le 2 octobre 2013, mis à jour le 12 février 2014]


 
Rwanda : premier procès en France d’un accusé de complicité de génocide

Le 4 février 2014 s’est ouvert devant la Cour d’assises de Paris le premier procès jamais organisé en France d’un ressortissant rwandais accusé de complicité de génocide. Mis en accusation devant la Cour d’assises pour complicité de génocide et de crimes contre l’humanité, Pascal Simbikangwa devra répondre de ses actes devant un jury populaire. 20 ans après le génocide, et alors que de nombreux ressortissants rwandais se sont installés en France, dont certains étaient mis en cause pour avoir participé au génocide, et que la France a été condamnée par la Cour européenne des droits de l’Homme en 2004 pour la lenteur des procédures judiciaires à leur encontre, nos organisations qui sont parties civiles attendent de ce procès – le premier d’une longue série – que la justice soit enfin rendue en France.

Ci-dessous, le dossier mis en ligne le 29 janvier 2014 sur le site de la Fédération internationale des ligues des droits de l’Homme [7].

 
Pascal Simbikangwa condamné pour génocide et complicité de crimes contre l’humanité

Une grande victoire pour les victimes du génocide et pour la justice universelle
A l’issue de 6 semaines d’audience, la Cour d’assises de Paris vient de rendre un verdict historique en condamnant Pascal Simbikangwa à 25 ans de réclusion criminelle pour crime de génocide et complicité de crimes contre l’humanité commis entre avril et juillet 1994 dans le cadre du génocide au Rwanda.

« Après tant d’années de combat pour que ce procès puisse avoir lieu, ce verdict historique est une grande victoire pour les victimes rwandaises qui attendaient depuis si longtemps que la France respecte enfin son obligation de juger les suspects de génocide qui se trouvent sur son territoire » a déclaré Karim Lahidji, président de la FIDH.

Pour Michel Tubiana, avocat et président d’honneur de la LDH, « les débats qui se sont déroulés pendant 6 semaines, avec l’audition de près de 40 témoins et témoins experts, ont permis la tenue d’un procès équitable, dans lequel les droits de la défense ont été respectés. C’était notre souhait en tant que parties civiles et nous sommes aujourd’hui satisfaits ».

Nous reprenons ci-dessous deux articles où Colette Braeckman commente et montre l’importance du procès et de son verdict.
Voir également le dossier de la FIDH sur ce procès.

 
Il y a 20 ans, débutait le génocide du Rwanda

Il y a 20 ans, le génocide de près d’un million de Tutsis et le massacre de Hutus modérés par le régime du président Habyarimana commençait dans les rues de Kigali avant de se généraliser dans tout le pays.

La LDH et la FIDH souhaitent en ce 20ème anniversaire du génocide, honorer la mémoire des victimes et des survivants de ce drame et appeler les autorités rwandaises et la communauté internationale à poursuivre la lutte contre l’impunité des responsables du génocide et œuvrer pour qu’une telle folie ne se reproduise plus, notamment par le soutien à la démocratie et au respect des droits de l’Homme.

 
France-Rwanda : ouvrir les archives pour établir la vérité

La France et le Rwanda restent séparés par l’un des pires drames du XXe siècle : le massacre de plus de 800 000 personnes, en très grande majorité des Tutsis mais également des Hutus modérés, par leurs voisins Hutus. Le 5 avril dernier, le président rwandais, Paul Kagamé, a formulé des accusations très graves : dans une interview à l’hebdomadaire Jeune Afrique, il a dénoncé un rôle direct de la France « dans la préparation politique du génocide » et dans « son exécution ».

La France doit se montrer capable d’affronter cette page sombre de son histoire. Depuis vingt ans, un effort de vérité a déjà été réalisé mais il reste insuffisant. Il faut permettre aux chercheurs d’éclairer les zones d’ombre et à la justice de poursuivre d’éventuels coupables. C’est au nom des droits de l’Homme et de la vision qu’elle a d’elle-même que la France doit participer à cette œuvre de réconciliation.

À la suite de l’éditorial du Monde de ce jour, nous reprenons deux documents de l’époque.

 
Le Rwanda : un enjeu français

La veille des commémorations du génocide rwandais, le chef de l’Etat, Paul Kagamé, a reproché une nouvelle fois à la France son rôle « dans la préparation politique du génocide » et sa « participation à son exécution même ». Dans son Carnet, la journaliste Colette Braeckman met en cause la responsabilité de la France. La presse publie des témoignages de militaires français qui ont participé à l’opération Turquoise ...

 
Rwanda : la commémoration doit se prolonger dans un travail de vérité

À la suite de son intervention, lors de la commémoration à l’UNESCO du 20e anniversaire du génocide des Tutsi du Rwanda (Paris, 7 avril 2014), nous reprenons un entretien avec Jean-Pierre Chrétien au cours duquel l’historien évoque le livre qu’il vient de publier avec Marcel Kabanda, Rwanda, Racisme et Génocide, l’idéologie hamitique.

 
Rwanda : Valls et le déni

« Je n’accepte pas les accusations injustes et indignes qui pourraient laisser penser que la France ait pu être complice d’un génocide au Rwanda, alors que son honneur, c’est toujours de séparer les belligérants ! », c’est ainsi que Manuel Valls s’est exprimé au sujet du Rwanda, lors de la déclaration de politique générale du Gouvernement, à la tribune de l’Assemblée nationale, mardi 8 avril 2014 [8].

 
Génocide des Tutsi : levons le secret défense sur le rôle de la France

Un appel cosigné par l’association Survie, le CPCR (Collectif des Parties Civiles pour le Rwanda), la FIDH (Fédération Internationale des ligues des Droits de l’Homme), la LICRA (Ligue Contre le Racisme et l’Antisémitisme) et la LDH (Ligue française des droits de l’Homme).5 644

 
Rwanda, cette histoire qu’on ne veut pas voir

Dans une tribune publiée dans Libération le 27 juillet dernier, un collectif d’historiens, dont les travaux sur les grandes crises du XXe siècle sont internationalement reconnus, stigmatise la persistance d’une « véritable entreprise de dissimulation des faits » concernant le génocide des Tutsi du Rwanda en 1994. « Tout se passe comme si, en haut lieu, certains s’acharnaient à cautionner et à prolonger les erreurs politiques et militaires de 1994, en relativisant la nature du génocide », contredisant le nécessaire « travail de vérité sur la logique qui a produit ces tueries de masse. » Ils déplorent à la fois l’absence de fait de la France lors des commémorations du 20e anniversaire et le manque de respect à l’égard de la recherche scientifique en ce domaine.

 
Opération Turquoise : les parties civiles demandent des mises en examen

Rwanda : une enquête révèle que la hiérarchie militaire française disposait d’informations crédibles et suffisantes dès l’après-midi du 27 juin 1994.