Histoire coloniale et postcoloniale

Rattacher la tragédie des harkis
à l’histoire de la colonisation

publié le 20 octobre 2022 (modifié le 21 octobre 2022)

Rattacher la tragédie des harkis à l’histoire de la colonisation


par Amar Assas et Abd El Kader Mokhtari, publié par Libération le 20 octobre 2022.
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Soixante ans après la fin de la guerre d’Algérie, que savons-nous réellement de cette histoire franco-algérienne qui débuta en 1830 et se termina en 1962, comme elle avait commencé, dans une lutte armée d’une violence inouïe, entrainant la mort de centaines de milliers de personnes, en très grande majorité des civils ?

La guerre d’Algérie est l’aboutissement de plus d’un siècle d’injustices et de violences physiques et morales dont le grand public n’a qu’une connaissance très partielle due, notamment, à un enseignement très insuffisant du fait colonial.

Les puissances coloniales ont du mal à regarder en face un passé qui a mis à mal leurs valeurs fondatrices et les droits fondamentaux inhérents aux individus qui sont les nôtres. Comment la France, pays des droits de l’Homme qui a affirmé, au prix du sang, après 1789 que les hommes naissent et demeurent libres et égaux en droits, a pu coloniser tant de pays et mettre en œuvre une suprématie absolue basée sur une prétendue supériorité de la civilisation européenne et la hiérarchisation des populations, en fonction de leur origine ethnique et religieuse, comme ce fut le cas en Algérie, vantant indécemment l’œuvre civilisatrice de la France dans ce pays ?

La conquête militaire initiée en 1830 et prélude à un système colonial d’une rare brutalité, a été le théâtre de crimes de masse que l’on pourrait qualifier de crimes contre l’humanité comme l’a fait Emmanuel Macron en 2017. La ségrégation raciale et sociale, la confiscation-spoliation des terres les plus fertiles redistribuées aux Européens d’Algérie, la destruction des fondements de la société traditionnelle algérienne, de la personnalité même des individus par la domination et les humiliations permanentes ont entrainé des traumatismes psychiques pour tous ces « indigènes musulmans », hommes, femmes, pères, mères ou enfants, de génération en génération, qui persistent encore, à ce jour.

L’enrôlement des Harkis

L’histoire des Harkis, terme générique désignant les supplétifs musulmans enrôlés au côté de l’armée française durant la guerre d’indépendance, prend ses racines dans l’histoire même de la colonisation.

Les Harkis autant que leurs ancêtres furent, comme tous les autres autochtones, des victimes de ce système colonial arbitraire, injuste et d’une violence extrême. Ceux qui ont pris les armes au côté de la France ont été enrôlés massivement parce qu’il existait une stratégie pensée, mise en œuvre par les autorités françaises pour contrecarrer la guerre révolutionnaire du FLN. Cet enrôlement « sans consentement libre et éclairé », facilité par la terreur que certains éléments du FLN ont fait subir à des civils, s’est fait de manière cynique par le pouvoir militaire et politique français créant une guerre fratricide tout en sachant ce qu’il allait advenir de ces « indigènes musulmans » après le cynique désarmement et le lâche abandon.

La grande majorité des supplétifs musulmans n’ont jamais été des mercenaires, ni des collabos, encore moins des traîtres. Ils ne sont pas non plus des héros ou de valeureux combattants comme l’affirment certains. Ils étaient tout simplement des hommes de devoir pour leurs familles, pris dans la tourmente de la guerre face à des situations qui les ont dépassés. Dans une telle situation, où chaque homme est placé face à son destin guidé par le code de l’honneur, la vengeance, mais aussi par le fatalisme, la tragédie annoncée a mis en mouvement tous ces acteurs...

Devoir de vérité, d’Histoire et de mémoire

Le Président Macron a déclaré vouloir rompre avec le déni et l’amnésie. Nous prenons acte de sa volonté de faire toute la lumière sur le fait colonial en Algérie. Son discours prononcé le 20 septembre 2021 à l’Élysée en présence de Harkis et leurs descendants, semblait s’inscrire dans cette même démarche de vérité. Ce jour-là, il a demandé pardon aux combattants abandonnés en France et en Algérie, à leurs familles qui ont subi la violence, la prison, les camps, l’oubli. Mais que signifie cette demande de pardon si l’on n’est pas capable d’aller jusqu’au bout de la démarche ?

Cette exigence de Vérité qui s’impose à tous, doit nous permettre de dire clairement toutes les fautes commises par l’État français et l’État algérien à l’égard de toutes ces victimes.

Des visions parfois très divergentes existent sur ces questions mémorielles. Il s’agit donc d’écrire ensemble une histoire commune. Ce sera le rôle de la commission mixte d’historiens voulue par le Chef de l’État français et son homologue algérien. Ce travail d’historiens devra entendre également les témoignages des différents acteurs de cette histoire, des deux côtés de la Méditerranée. C’est tout l’enjeu de l’apaisement des mémoires pour la réconciliation tant attendue.

Ce travail historique et mémoriel devra s’accompagner d’une juste réparation. Il est donc impératif que l’ensemble des fautes et des préjudices causés soit clairement énoncé et reconnu dans le cadre d’une commission d’évaluation et d’indemnisation des préjudices subis.

Sur la question mémorielle, nous proposons la création d’un monument rappelant l’exil des familles de Harkis autorisés à venir en France dans les ports où elles ont débarqué. Une flamme du « harki inconnu » pourrait être allumée au camp de Rivesaltes en hommage aux enfants qui y ont été enterrés anonymement et aux victimes d’exécutions sommaires sans procès préliminaire en Algérie. La préservation des camps laissés à l’abandon renforcerait ce devoir de mémoire. Des plaques frappées des noms des familles installées dans chacun des camps et des hameaux de forestage rappelleraient que des êtres humains ont vécu et souffert dans ces lieux d’enfermement. C’est à ce prix que les générations futures pourraient connaître l’apaisement.

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Abd El Kader Mokhtari, originaire de Messelmoun (Cherchell), a transité par la Citadelle de Doullens et la Cité de la Briqueterie à Amiens, membre du Rassemblement Harki et du Collectif Justice pour les Harkis et leurs familles, et Amar Assas, originaire de Chir (Willaya de Batna – Aurès), passé par le camp de forestage de Rosans (05150), auteur de Le trèfle à cinq feuilles, Ed. Baudelaire, à paraitre.

Avec le soutien de : Françoise Dumont, François Gèze, Gilles Manceron, Tramor Quemeneur et Alain Ruscio.

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Premiers signataires :

Safia Adda, dont les parents sont originaires de Zakkor (Tiaret), habite à Lyon (69)

Khemis Arabi, a transité par le camp des Saint-Maurice l’Ardoise (30), habite à Avignon (84)

Messaouda Arabi, a transité par le camp des Saint-Maurice l’Ardoise (30), habite à Avignon (84)

Cherifa Assas, originaire de Teniet El Abed (Willaya de Batna – Aurès), passé par les camps de forestage de La-Londe-les-Maures et Pertuis Var (83) habite à Pertuis (84)

Fatiha Assas, originaire de Teniet El Abed (Willaya de Batna – Aurès), passé par les camps de forestage de La-Londe-les-Maures et Pertuis Var (83), vit à Marseille (13)

Salah Azri, Nantes (54)

Bakha Bendjebel épouse Guetari, originaire de Douar Ain Turc en Algérie, a séjourné à Bourg-Saint-Maurice (73), demeurant à Incarville (27)

Chantal Benfiala, originaire de la wilaya de Batna, a transité par les camps de Saint Maurice l’Ardoise (30), Rivesaltes (66), Mouans-Sartoux (06370), Cucuron (84160), habite à Pertuis (84)

Biba Benssaci, originaire de Constantine, a transité par le camp St Maurice l’Ardoise (30), habite Avignon (84)

Sonia Bouaïta, originaire d’Annaba, a transité pat le camp de St Maurice l’Ardoise (30), habite Avignon (84)

Zora Bouara, originaire de Bourara (Annaba), habite Aix-en-Provence (13)

Myriam Bouchemel, originaire de Azzaba à Guelma, a transité St Maurice l’Ardoise (30), habite à Avignon (84)

Sabah Bouchemel épouse D’Hulster, de Guelma, passage par le camp de St Maurice l’Ardoise (30), habite à Sorgues (84)

Yamina Boucif, originaire de Boumerdès, a transité par le camp de Rivesaltes (66), vit actuellement à Nivelle (59)

Yamina Bouras, originaire de Constantine, a transité par le camp de St Maurice l’Ardoise (30), habite à Avignon (84)

Nadia Chebili, originaires de Tocqueville (Sétif), père emprisonné à Lambèse Tazoult, camp de St Maurice L’Ardoise et Laudun (30) et camp de Bourg Lastic (63), membre du Collectif Justice pour les Harkis et leurs familles

Ouarda Chebli, idem Nadia Chebili

Rebiha Chebili, idem Nadia Chebili

Zoubida Chebili, idem Nadia Chebili

Djamel Cheikh, originaires de Constantine, passage à St Maurice L’Ardoise (30), habite Avignon (84)

Louisa Elisabeth, originaires de Constantine, a transité par le camp St Maurice l’Ardoise (30), habite Avignon (84)

Fathia Gueriche, originaires de Skikda, passage par un camp dans le Var (83), habite Le Pontet (84)

Nadia Guernou, parents originaires de Théniet-El-Had, a transité par Rivesaltes (66) puis l’Essonne avant de s’installer à Amiens (Le Pigeonnier, quartier Nord d’Amiens). Psychologue clinicienne, a réalisé un travail de recherche en Master de psychologie intitulé « Harkis et fils de Harkis : le trauma et sa transmission »

Bakha Guetari, originaire de Douar Ain Turc (Sétif), a transité par le camp de Bourg-Saint-Maurice (73)

Fatima Hamroune, originaire de Orléanville (El Asnam, aujourd’hui El Chlef), a vécu durant six ans dans un bidonville en région parisienne, à Persan (95), ancienne fonctionnaire du ministère de la Justice, présidente de l’association Genafra à Talence (33)

Djamila Herry née Bouras, de Constantine, passée par le camp de St Maurice l’Ardoise (30), habite à Avignon (84)

Dalila Kebaïli, de Azzaba, passage par le camp de St-Maurice l’Ardoise (30), habite à Avignon (84)

Bachir Kessas, originaire d’Akbou en Algérie, passé par les camps de la Rye au Vigeant (86) Montmorillon Vienne (38), Noisy-le-sec (93), vit à Montpellier (34)

Messaouda Kharoub née Medjellekh, de Guelma, passage par le camp de St-Maurice l’Ardoise (30), habite Avignon (84)

Josette Lamri, de Batna, a transité par le camp St-Maurice L’Ardoise (30), habite Avignon (84)

Fatima Madoui, de Constantine, a transité par le camp de St Maurice l’Ardoise (30), habite à Avignon (84)

Bernard Malki, originaire de Ben Azouz wilaya de Skikda passé par les camps de Rivesaltes (66) et Montmeyan, habite dans le Var (83)

Khemissa Malki, originaire de Ben Azouz wilaya de Skikda passé par les camps de Rivesaltes (66) et Montmeyan, habite dans le Var (83)

Nadia Malki, originaire de Ben Azouz wilaya de Skikda passé par les camps de Rivesaltes (66) et Montmeyan, vit dans le Var (83)

René Malki, originaire de Ben Azouz wilaya de Skikda passé par les camps de Rivesaltes (66) et Montmeyan, habite dans le Var (83)

Chemama Medjellekh, Guelma, passage par le camp de St-Maurice L’Ardoise (30) habite à Avignon (84)

Zineb Mennal, parents originaires Kheimis (Miliana), vit actuellement à Labessière Candeil (81)

Baya Moussaoui, originaire D’Affreville Algérie. A transité : par St-Maurice l’Ardoise (30), Rivesaltes (66), le camp de forestage de Cucuron (84), le camp de forestage La Londe Les Maures (83)

Doudja Moussaoui, idem Baya Moussaoui

Gilles Moussaoui, idem Baya Moussaoui

Mohamed Moussaoui, idem Baya Moussaoui

Zohra Moussaoui, idem Baya Moussaoui

Morad Ouarrag, vit à Narbonne (11)

Ahmed Ouramdane, originaire de Bouhlal (Tipaza), a transité par le camp de Rivesaltes (66), le hameau de forestage de Néoules (83), le centre d’hébergement Le Mazet de Mas-Thibert (13) et le hameau de forestage de Gonfaron (Var) ; membre du Rassemblement Harki, habite à Gonfaron (83)

Aïssa Ounissi, originaires de Meskiana département Oum el Bouaghi, passé par le camp Rivesaltes (66), Saint-Maurice l’Ardoise (30). Habite Montmeyan (83)

Akela Ounissi, idem Aïssa Ounissi

Fatima Ounissi, idem Aïssa Ounissi

Hadda Ounissi, idem Aïssa Ounissi

Laalia Ounissi, idem Aïssa Ounissi

Noëlle Ounissi, idem Aïssa Ounissi

Violette Ramous, originaire de Tizi-Ouzou, camp de forestage de Mouans-Sartoux, (06) habite à Mouans-Sartoux (06)

Fitouma Saddiki, originaire de Sétif, a transité par le Camp de St Maurice L’Ardoise, (30) puis au hameau de forestage de St Pons de Thonières (34, camp de Bias (47), habite Villeneuve-sur-Lot (47)

Ali Saidi, dont les parents sont originaires de Mostaganem, a vécu au camp du Larzac et vit actuellement à Maing (59)

Habib Saidi, idem Ali Saidi

Laid Saidi, idem Ali Saidi

Yamina Saidi, idem Ali Saidi

Belkacem Taani, Lavelanet (09)

Mostefa Telali, originaire des Aurès, a transité par le camp de Saint-Maurice l’Ardoise (30) et autres hameaux de forestage, membre du Collectif National Justice pour les harkis et leurs familles et du Rassemblement Harki

Kadidja Zendji, de Beni Indel, passage par le camp de Larzac (24), Rivesaltes (66), Brogilum (13) habite à Fuveau (13)