Histoire coloniale et postcoloniale

Les crimes de l’organisation terroriste
de l’OAS ne doivent pas devenir un territoire perdu de la conscience nationale

publié le 9 octobre 2022


Allocution de Jean-Philippe Ould Aoudia,
pour l’association Les Amis de Max Marchand, de Mouloud Feraoun et de leurs compagnons,
au cimetière du Père-Lachaise, le 6 octobre 2022



Le 28 juin 2022 le doyen de l’Assemblée nationale, José Gonzalez, député du « Rassemblement national », a prononcé le discours d’ouverture de la séance inaugurale de la 16è législature. Ses propos larmoyants sur son Oranie perdue à cause de l’indépendance de l’Algérie ont été applaudis.

Questionné sur les crimes commis par l’OAS, pouvant expliquer le départ des Européens, José Gonzalez a répondu : « Je ne suis pas là pour juger si l’OAS a commis des crimes ou pas. L’OAS, je ne sais même pas bien ce que c’était. »

Gonzalez serait-il le seul Oranais à ignorer qu’à Oran, le 14 juin 1962, trois mois après la signature des Accords d’Évian, le général Philippe Ginestet, commandant le corps d’armée de la ville fut grièvement blessé (il devait mourir peu après) au côté du médecin colonel Hubert Mabille mortellement touché par un tueur de l’OAS ? Crime d’autant plus odieux qu’ils étaient venus se recueillir devant la dépouille du colonel Mariot chef de corps du 5e régiment d’infanterie assassiné la veille par l’OAS.

Le député Gonzalez ne sait même pas bien ce que c’était l’OAS et il n’est pas à l’Assemblée nationale pour juger si l’OAS a commis des crimes ou pas. Un général et deux colonels assassinés ne sont pas des crimes pour un député du Rassemblement National.

Malheureusement, même après avoir lu les 157 pages du rapport qu’un de nos amis historiens a remis au Président de la République, Gonzalez n’a pas dû apprendre suffisamment sur les terroristes français pour lui permettre de juger si l’OAS a commis des crimes ou pas, d’autant que certains des commandos de la mort de cette Organisation étaient extrémistes et d’autres, par conséquent, ne l’étaient pas.

Il faut surtout relativiser l’ignorance du doyen de l’Assemblée nationale car les membres du Conseil d’État eux-mêmes ne le savent même pas bien non plus.

L’honorable institution le démontre dans son avis rendu le jeudi 13 février 2007, en assemblée générale tenue sous la présidence d’un parent du commandant en second du 1er REP, composée de 50% d’anciens de la Wehrmacht et qui fut le fer de lance du putsch du 21 avril 1961. D’anciens nazis ont participé au coup de force pour renverser la République française.

Le Conseil d’État avait été saisi par Hamlaoui Mekachera, Secrétaire d’État aux Anciens combattants, de la question de savoir si des personnes victimes d’attentats commis par l’OAS durant la guerre d’Algérie, mais n’ayant pas la qualité de combattant, pouvaient se voir attribuer la mention « Mort pour la France ». Les Sages du Palais Royal ont estimé, en assemblée générale, que :

« …la mention “Mort pour la France” peut être attribuée… à des personnes civiles victimes de la guerre d’Algérie… si elles sont décédées à la suite d’actes de violence… dont l’auteur est l’un des belligérants engagés dans cette guerre, ce qui exclut l’Organisation de l’armée secrète (OAS). »


L’OAS n’aurait pas été un belligérant ?

Le 20 mars 1962, l’OAS a diffusé un tract s’adressant aux CRS, gendarmes mobiles, soldats du quadrillage : « Passé ce délai, vous serez considérés comme des troupes servant un pays étranger ».


Le 21 mars, des militaires de la Gendarmerie mobile tombent dans un guet-apens tendu par des « non-belligérants » extrémistes qui tuent 18 gendarmes mobiles. Le 23 mars, un commando « non belligérant » et extrémiste arrête un camion de soldats du contingent égaré dans Bab el Oued. Les jeunes hommes refusent de remettre leurs armes. Six appelés sont abattus à bout portant. Ces messieurs du Conseil d’État ignorent que l’OAS fut un belligérant à part entière à l’origine de 2 546 attentats individuels, 510 attentats collectifs et 13 000 explosions de charges de plastic, qui ont fait environ 2 700 morts.

Les crimes commis par l’OAS doivent-ils devenir un territoire perdu de la conscience nationale ?

Pas moins de 13 officiers – du lieutenant au général quatre étoiles- ont été assassinés par un « non belligérant » extrémiste engagé dans la guerre d’Algérie.

Cet avis du Conseil d’État relativise l’ignorance feinte d’un vieux compagnon de route de Jean-Marie Le Pen, ancien lieutenant du 1er REP, doyen de l’Assemblée nationale.

L’épisode de guerre civile provoqué par l’OAS en 1961 et 1962 deviendra bientôt un territoire perdu de la conscience nationale…

Ma conviction reste qu’Emmanuel Macron souhaite apparaître, au regard de l’Histoire de France, comme le Président qui aura fait le plus pour apaiser les mémoires blessées de la guerre d’Algérie. À ce jour, presque toutes les mémoires blessées ont été honorées mais il en manque une : celle de toutes les victimes de l’OAS.

Certes, hommage a été rendu aux six dirigeants des Centres sociaux éducatifs assassinés par l’OAS trois jours avant la signature des Accords d’Evian qui ont mis fin à la guerre de la France avec le FLN, tant en Algérie le 15 mars 2022 par l’ambassadeur de France, qu’au Palais de l’Elysée le 19 mars dernier par le Président de la République lui-même.

Mais le chantier visant à la réconciliation de toutes les mémoires de la guerre d’Algérie n’est pas terminé. Aujourd’hui débarrassé de tout calcul électoral, j’ai l’intime conviction qu’il y aura un ultime geste du Chef de l’État pour rendre hommage à toutes les victimes de l’OAS, en Algérie et en France, civils, militaires, élus, magistrats, fonctionnaires défenseurs des institutions et des valeurs de la République.