Histoire coloniale et postcoloniale

Débat à propos
de l’exposition Abd el-Kader
au Mucem à Marseille

publié le 27 juillet 2022 (modifié le 7 août 2022)

Abd el-Kader au Mucem : une vision coloniale de l’Émir

par Pierre Daum, publié dans son blog personnel sur Mediapart le 2 juillet 2022.
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La grande exposition de l’été du Mucem est consacrée à Abd el-Kader, grand résistant algérien à l’invasion coloniale. On pourrait y voir le signe d’une avancée dans la reconnaissance du caractère illégitime de l’entreprise coloniale. Il n’en est rien. Derrière une beauté formelle se dissimule la même vision coloniale du « bon » rebelle Algérien, à l’opposé des « mauvais fellaghas » de 1954.

Pour sa grande exposition de l’été, le musée des civilisations de l’Europe et de la Méditerranée (Mucem) de Marseille a choisi de présenter la vie de l’Émir Abd el-Kader (1808-1883), grand personnage historique algérien. Cette exposition, ouverte en avril, a reçu un éloge unanime de la presse et de divers commentateurs.

Construite selon un parcourt chronologique efficace, dotée de tableaux, de sabres et de manuscrits originaux très bien mis en valeur, l’exposition ne souffre d’aucune imperfection formelle. De même, on ne peut que louer l’intention du Mucem de mettre en valeur un personnage algérien aussi important mais peu connu des Français, et considéré par les autorités algériennes comme un des premiers héros de la résistance à la colonisation française.

Réapparition du récit construit par le colonisateur

Cependant, à y regarder de plus près, on est effaré de constater que derrière la magnificence de la présentation réapparait, sans aucun recul critique, ce même récit du « farouche combattant qui finit par se rendre et par aimer la France » construit par le colonisateur dès la « pacification » de l’Algérie.

Petit rappel historique : Né dans une famille de l’aristocratie maraboutique de l’ouest du pays, près de Mascara, Abd el-Kader unit en 1832 plusieurs tribus sous son commandement, et mène une guerre de résistance pendant quinze ans aux envahisseurs français. Il rend finalement les armes en 1847 contre la promesse de pouvoir s’exiler librement en Orient avec sa famille.

Quelques semaines plus tard, les autorités françaises se parjurent, et l’emprisonnent avec les siens (une centaine de personnes) d’abord à Pau, puis dans le château d’Amboise. Il y restera quatre années, dans des conditions très rudes (froid, humidité, malnutrition), avant d’être relâché à l’automne 1852 par le président Louis-Napoléon Bonaparte, deux mois avant qu’il ne s’autoproclame empereur des Français.

L’Emir Abd el-Kader s’exile alors en Turquie, puis en Syrie, où il passera 28 ans (de 1855 à 1883), avant d’y décéder, à l’âge de 74 ans. En 1966, le président Boumediene fera rapatrier ses cendres pour une inhumation en grande pompe dans le « carré des martyrs » du cimetière El Alia à Alger.

L’inhumation d’Abd el-Kader à Alger, en 1966, dans le « carré des martyrs »
du cimetière El Alia

L’exposition du Mucem n’édulcore en rien la violence de l’armée française, évoquant même les massacres de civils algériens partisans d’Abd el-Kader lors des « enfumades » pratiquées selon la « doctrine Bugeaud » par les généraux Cavaignac et Pélissier en 1844 et 1845.

Le parjure français est largement documenté, comme les conditions de vie à Amboise : une archive nous apprend que sur les 94 personnes composant la cour de l’Emir, 25 y trouvèrent la mort, dont l’une de ses femmes et deux de ses enfants. Arrive ensuite la libération du malheureux prisonnier, après une courte visite de Louis Bonaparte à Amboise.

Apparait alors dans l’exposition un grand tableau de François-Théophile-Etienne Gide, Les chefs arabes présentés au prince président (1852), où l’on voit Abd el-Kader s’agenouiller devant le maître de la France et lui baiser humblement la main. Un texte rédigé par les commissaires de l’exposition nous explique que l’Émir, plutôt que de partir tout de suite en Orient, aurait décidé de se rendre à Paris pour remercier le prince français de sa magnanimité. C’est tout. Sans aucune autre explication.

« Les chefs arabes présentés au prince président » de François-Théophile-Etienne Gide (1852).

Comme s’il était naturel que ce chef rebelle, trahi, emprisonné indument, qui a vu le quart de sa famille et de ses fidèles mourir de faim et de maladies dans les pièces glaciale du château d’Amboise, dont des milliers de ses partisans ont été « enfumés » sur ordre des généraux français, décide de retarder son installation hors du pays de sa prison pour venir baiser humblement la main du chef de l’État ennemi.

L’Émir a-t-il été victime d’un syndrome de Stockholm avant l’heure ? Ou bien y a-t-il eu négociation secrète entre lui et le président Bonaparte dans laquelle, en échange de sa liberté (et d’une pension annuelle de 100 000 francs, nous apprend un fac-similé du Journal illustré de 1852), il s’engageait à aider ce dernier à se construire une image de pouvoir et de bonté utile à son coup d’État institutionnel organisé deux mois plus tard – et aux cérémonies duquel, retardant encore plus son départ, Abd el-Kader va participer ?

L’exposition ne pose aucune question, reprenant implicitement à son compte l’idée de l’époque que tous les Algériens, surtout s’ils étaient sages et intelligents comme l’Émir, ne pouvaient que reconnaître non seulement la force militaire de la France, mais surtout la puissance de ses valeurs de modernité et d’humanisme.

Dès lors, c’est sur ce fil conducteur-là que se poursuit l’exposition.

Retour de la propagande des années 1930 qui évacuait sa contestation de l’ordre colonial

On y voit un Abd el-Kader échangeant une correspondance avec plusieurs grands esprits français, dans laquelle il exprime son admiration pour la France, son peuple et son esprit de modernité. Il effectue plusieurs voyages à Paris pour participer, comme invité de marque, aux expositions universelles.

Une pièce entière est consacrée à son soutien sans faille au projet de percement du canal de Suez par le diplomate et entrepreneur français Ferdinand de Lesseps, un projet éminemment colonial, destiné à transporter à moindre coût les matières premières de l’Indochine et des Indes vers l’Europe – mais de cela, l’exposition n’en dit mot, préférant rapporter la glose de l’Émir vantant un canal « reliant les peuples de l’Orient à ceux de l’Occident ».

Et surtout, le Mucem nous montre un Abd el-Kader certes musulman, voire très pieux et très pratiquant, mais soufi – ce qui signifie, dans l’imaginaire occidental, un gentil musulman pas du tout agressif. Et en plus vaguement franc-maçon, preuve évidente de sa « tolérance » !

Avec comme point d’orgue les fameuses émeutes anti-chrétiennes de juillet 1860 à Damas, où Abd el-Kader se serait interposé au péril de sa vie pour les sauver. Un épisode répété ad nauseam dès qu’il s’agit de L’Émir Abd el-Kader (l’exposition en fait même un « précurseur des droits de l’homme »), comme s’il était a priori étonnant qu’un musulman veuille sauver des chrétiens. Par contre, rien ne mentionne la religion des assaillants, laissant supposer qu’ils étaient musulmans – alors qu’ils étaient druzes, une ethnie dont les croyances ismaéliennes sont très éloignées de l’islam.

Presque un siècle plus tard, en 1949, quatre ans après le soulèvement de Sétif et de Guelma et les massacres d’Algériens qui s’ensuivirent, le gouverneur général français d’Algérie fit ériger près de Mascara une grande stèle à la mémoire d’Abd el-Kader.

Monument à la mémoire d’Abd el-Kader érigé en 1949 par le gouverneur général français de l’Algérie près de Mascara

Sur la face principale du monument est inscrite une phrase attribuée à l’émir : « Si les Musulmans et les Chrétiens me prêtaient l’oreille, je ferais cesser leurs divergences et ils deviendraient frères à l’intérieur et à l’extérieur. »

Magnifique travail de propagande, qui vide tout sens politique à la contestation de l’ordre colonial inaugurée à Sétif, et qui, au lieu de dénoncer les crimes perpétrés depuis un siècle par la France sur le peuple algérien, propose « l’apaisement des communautés ». Cette stèle n’apparait nulle part dans le Mucem. Et pourtant, on le comprend, elle y aurait été bienvenue, tant sa citation reflète l’état d’esprit macronien à l’origine de l’exposition.

Une exposition révélatrice de l’état d’esprit macronien

Le Mucem est en effet un musée national, inauguré par le président François Hollande en 2013. La nomination de son directeur se fait en conseil des ministres, et le choix de ses grandes expositions requiert l’aval du ministre de la culture.

Après avoir inauguré l’érection d’une stèle en hommage à Abd el-Kader à Amboise, le 5 février 2022, l’Élysée a nommément cité, dans un communiqué daté du 18 mars suivant, l’exposition du Mucem comme faisant partie de la « démarche de vérité [du président Emmanuel Macron] visant à construire une mémoire commune et apaisée ». L’étape suivante sera d’ailleurs la création d’un « musée de l’Histoire de France et de l’Algérie », qui devrait ouvrir ses portes à Montpellier, nous précise le communiqué.

Un comité scientifique est déjà mis en place, piloté par Florence Hudowicz, conservatrice au musée Fabre de Montpellier, et… co-commissaire de l’exposition Abd el-Kader du Mucem. Dès 2003, un premier projet de « musée de la France en Algérie » avait vu le jour à Montpellier, porté par Georges Frêche, ancien édile sulfureux de la ville.

Selon les mots du maire, ce musée était destiné à « rendre hommage à ce que les Français ont fait là-bas ». Après une première démission du comité scientifique, choqué de se faire insulter par Mr Frêche (« Rien à foutre des commentaires d’universitaires trous du cul, on les sifflera quand on les sollicitera ! »), l’édile avait sollicité Florence Hudowicz pour tenter de relancer le projet. Puis il était mort, son successeur avait repris la flamme, et un nouveau comité scientifique avait été constitué, toujours sous la direction de Mme Hudowicz.

En 2014, changement de maire, et abandon brutal du projet. Il réapparait aujourd’hui au cœur de la politique mémorielle d’Emmanuel Macron, soi-disant dans un esprit radicalement différent, selon les quelques éléments recueillis ici ou là. En parcourant attentivement l’exposition du Mucem, on a toutes les raisons d’en douter.

Ouverte le 6 avril dernier, l’exposition se poursuit jusqu’au 22 août 2022. Elle est accompagnée d’un catalogue très intéressant, publié aux éditions Actes Sud, comportant des textes plus critiques que l’exposition elle-même.



Réaction

Un bel éclairage sur la réalité de cette importante personnalité
que fut l’émir Abd el-Kader

par Jacques Vénuleth, membre de la Commission nationale du Mrap [1] pour un Musée national du colonialisme.

J’ai lu l’article de Pierre Daum en revenant de l’exposition du Mucem, et je me demande si nous avons vu la même exposition. Il y a vu, comme le dit le titre de son article, « une vision coloniale de l’émir », orchestrée par la politique mémorielle d’Emmanuel Macron. Désolé, je n’ai d’abord à aucun moment pensé au président Macron. Ensuite, je venais découvrir le personnage de l’émir Abd el-Kader dont je ne connaissais guère que la légende, et je n’ai pas été déçu.

Je n’y ai vu ni une vision coloniale du personnage, ni la simple reproduction de sa légende, mais, je crois, un bel éclairage de la réalité de cette importante personnalité. Une réalité certes complexe et parfois contradictoire, mais peut-être apparemment seulement. Et on n’est jamais déçu par la réalité ; elle invite à réfléchir, contrairement à la légende.

Si le but, comme cet article le suppute, était d’utiliser la mémoire de l’émir pour vanter, grâce à cela, les bienfaits de la soumission coloniale, c’est complètement raté, en tout cas en ce qui me concerne. Au contraire, j’en suis ressorti convaincu de la nécessité de continuer à faire connaître la réalité coloniale pour mieux la dénoncer, et pour surmonter certains problèmes mémoriels qui bloquent l’unité de notre société.

L’engagement anticolonialiste d’Abd el-Kader

Dans la première partie de l’exposition, et de la vie d’Abd el-Kader, j’ai eu la confirmation de l’analyse d’Aimé Césaire : le colonialisme est la pire des rencontres entre deux peuples, deux civilisations, deux cultures. Ce thème est très bien documenté dans l’exposition, l’article de Pierre Daum le souligne lui-même. L’analyse par une projection sur un mur entier du tableau de Horace Vernet « La prise de la smala d’Abdelkader » démontre la cruauté et la lâcheté de l’opération, commandée par ce général d’opérette que fut le duc d’Aumale, qui cédera sa place au sinistre Bugeaud. Ce « grand » général savait grâce à un indicateur qu’il attaquait un camp sans défenses, l’armée de l’émir étant à ce moment absente.

Dans la deuxième partie de l’exposition, après l’acceptation par Abd el Kader de sa défaite provisoire devant la disproportion des moyens militaires et économiques, on ne suggère nul renoncement. C’est l’attachement à l’idée de résistance à la colonisation qui est mise en valeur, notamment par cet extrait d’une lettre d’Abd el-Kader au général Bugeaud, imprimée sur un mur de l’exposition : « Nous opposer à toutes les forces que tu promènes derrière toi, ce serait folie, mais nous les fatiguerons, nous les harcèlerons, nous les détruirons en détail, le climat fera le reste… Vois-tu la vague se soulever quand l’oiseau l’effleure de son aile ? C’est l’image de ton passage en Afrique. »

A travers cette exposition, j’ai vu, du coté de l’envahisseur, le reniement de la parole donnée, de la promesse dès sa reddition de laisser Abd el-Kader rejoindre une terre d’islam. Puis la tentative de l’utilisation du personnage sous des formes multiples et variées, et les pressions exercées sur lui.

De l’autre côté, l’exposition montre au contraire chez Abd el-Kader la fidélité à sa parole donnée de renoncer, en ce qui le concerne, à toute action politique ou militaire contre la France, tout en refusant les compromissions, comme jouer les potiches à la tête d’un empire arabe voulu par Napoléon III. Sa démonstration que l’islam peut être une religion de paix, sa reconnaissance également des vertus du progrès technique s’il est mis au service de « rapports réciproques et enrichissants entre des peuples libres » - comme le dira Frantz Fanon -. Sa démonstration enfin de la sagesse et de la spiritualité de ceux qui seront bientôt uniquement décrits en « sauvages ». N’oublions pas que la conquête coloniale de l’Afrique et de l’Asie, et sa justification, commencent alors à peine.

Tout cela je l’ai découvert dans l’exposition et j’en suis donc sorti pleinement revigoré, en m’appuyant en outre sur des faits et non des légendes.

Je voudrais faire une mention particulière à ce tableau, où Pierre Daum voit le signe des intentions de cette exposition, le tableau de la soumission de l’émir, qui embrasse la main du prince président. Il se trouve que je me suis retrouvé au cours de ma visite à proximité d’un petit groupe de jeunes accompagné par un guide, et j’ai compris qu’ils étaient algériens ou d’origine algérienne. Au niveau du tableau de la soumission, et également d’un tableau semblable, où c’est la mère d’Abd el-Kader qui s’incline devant le futur empereur, le guide a souligné que ces tableaux étaient de vulgaires faux destinés à la propagande. Cela est particulièrement évident pour le tableau qui représente sa mère dont la situation ne risquait pas de lui permettre une telle initiative.

Une telle déformation et instrumentalisation rentrait bien dans le plan général des autorités coloniales de l’époque. Le guide ne l’aurait-il dit que pour faire plaisir aux visiteurs composant son groupe ? Cela est-il suffisamment souligné dans le texte d’accompagnement de l’exposition et dans le catalogue ? Les questions méritent d’être posées. Mais l’interprétation qu’en donne Pierre Daum ne coïncide ni avec ma vision de l’exposition, ni avec les explications du guide-conférencier ou médiateur que j’ai entendues.

J’en conclus que je suis heureux que cette exposition existe, que je conseille à tous de s’y frotter et d’enrichir ses propres connaissances et son propre argumentaire à partir d’elle, en en soulignant autant les acquis que les limites.

Pour un musée national de l’histoire du colonialisme

J’en viens aux raisons de mon intérêt général pour cette question mémorielle. Au Mrap, nous sommes engagés au niveau national dans une action de demande de création d’un musée national de l’histoire du colonialisme. Pierre Daum a bien voulu rejoindre notre collectif informel de réflexion, et y a exprimé soutien et réserves.

Cette demande, que de nombreuses autres structures et personnalités ont déjà formulée, est loin être acceptée, encore moins aujourd’hui avec l’évolution de la situation politique. On comprend aussi qu’au vu de la réalité de la politique mémorielle déjà mise en œuvre par Emmanuel Macron on puisse avoir craintes et réserves. Mais, malgré tout, face à cela, que faut-il faire, à condition bien sûr d’être convaincu qu’un musée est nécessaire pour contribuer à l’éducation populaire et à l’éducation de la jeunesse ? Abandonner pour ne courir aucun risque de récupération ? Balayer d’un revers de main comme négligeable ce qui a commencé à se faire à partir du rapport de Benjamin Stora ? Pour notre part, au Mrap, nous ne le pensons pas.

En ce qui concerne la politique mémorielle d’Emmanuel Macron, nous avons acté ses avancées et souligné ses limites. Pour faire avancer ce projet de musée du colonialisme, pour convaincre et rassembler, nous avons décidé de nous atteler à un moment nécessaire, une étape intermédiaire, avec notre proposition d’exposition itinérante et provisoire : « Le musée national de l’histoire du colonialisme dont la France a besoin ». Nous invitons largement chacun et chacune à dire à cette adresse ce qu’il voudrait trouver dans cette exposition provisoire. J’espère que nous pourrons continuer à profiter de la participation et de l’avis de tous.

J’en viens pour finir au futur musée de Montpellier, dit - aux dernières nouvelles -, « de la France et de l’Algérie », qui aurait vocation, d’après ce qu’on entend, à devenir un musée national. Projet qui, d’après la presse et à partir de la nomination d’une montpelliéraine au « secrétariat des anciens combattants et de la mémoire » serait en bonne voie et aurait déjà une adresse.

Concurrence avec notre projet ? Non, car, si la période algérienne est incontestablement le cœur de la réflexion française sur le colonialisme, il est inconcevable de s’arrêter à elle et de s’y limiter. Risque, là aussi, de récupération ? Bien évidemment, il existe. Mais rester en dehors à partir de ce risque ? Non, au contraire, intervenir fortement pour peser sur son contenu.

Bienvenue à tous ceux qui voudront se joindre à notre projet.




Abd El-Kader, Héros des deux rives
Exposition itinérante
diffusée par l’Association Ancrages
à Marseille et ailleurs
avec le soutien de histoirecoloniale.net


Le séjour d’Abd el-Kader à Toulon, sa quarantaine à l’hôpital maritime du Lazaret, puis et sa détention au Fort Lamalgue, sont insuffisamment connues et méritent d’être situées à leur juste place dans l’évolution intellectuelle de l’émir.
L’émir est vaincu, à la merci de la France qui a trahi sa parole. Mais Abd el-Kader est sorti grandi de cette épreuve durant ses quatre mois passés à Toulon.



Michel Tubiana et François Nadiras lors de l’inauguration de l’exposition
à Toulon
à l’origine de la version itinérante

« Abd el-Kader, Héros des deux rives » est une exposition réalisée en 2004, à l’initiative de la LDH de Toulon et en particulier M. François Nadiras, et de Mme. Andrée Bensoussan, avec l’aide l’association Histoire et Patrimoine seynois. Elle a été soutenue par le président de la Ligue des droits de l’Homme, Michel Tubiana, qui a pris la parole à son inauguration.

En 2022, l’association Ancrages – a souhaité la rééditer et la diffuser à Marseille, dans le contexte de célébration du soixantenaire de l’indépendance de l’Algérie, le portrait de l’Emir Abd el-Kader permet de revenir sur les conditions de la conquête coloniale et sur la figure de résistance d’un homme au parcours emblématique.

Opposant au général Bugeaud et ses pratiques cruelles en direction des populations civiles, l’émir Abd el-Kader est principalement présenté comme chef militaire. Il naît près de la ville de Mascara en 1808 (Ouest algérien), d’une famille de l’aristocratie religieuse descendante de la tribu berbères des Beni-Ifferen et affiliée à la confrérie soufie Qadiriyya. Il se retrouve de façon inattendue à mener une campagne militaire au cœur des conflits méditerranéens et coloniaux.

Il s’engage contre la conquête française qui passe alors par de nouvelles stratégies sous les ordres de Bugeaud. Des « enfumades » de populations civiles en font partie. Les razzias, ou politique de la terre brûlée, consistent à brûler les terres, le bétail et les maisons des populations locales, suivie de la confiscation des terres leur appartenant pour les octroyer aux colons.

Autour de ce portrait multiple de l’Emir Abd el-Kader (1808-1883), l’enjeu de l’exposition est de :
• sensibiliser à la résistance civile et populaire à la conquête coloniale de l’empire français,
• favoriser la compréhension du contexte historique, des motivations des puissances coloniales,
• permettre de comprendre les héritages contemporains du système colonial en termes de discriminations (code de l’indigénat, statut de « sujet de l’empire », de représentations « raciales » et d’empreintes patrimoniales, statuaires, odonymiques, urbanistiques… et plus largement, la façon dont la colonisation s’oppose aux valeurs républicaines issues de la Révolution française.

Cette exposition est diffusée en partenariat avec la Ligue des Droits de l’Homme (LDH) Toulon-La Seyne et l’historien Gilles Manceron, représentant du site histoirecoloniale.net.

Les organismes prêteurs des sources ont été la Marine nationale, le service historique de la marine de Toulon, le Musée du Vieux-Toulon, les Archives municipales de Toulon, Les Archives Départementales du Var, les Archives Nationales d’Outre-Mer d’Aix-en-Provence (ANOM), le Musée Balaguier, la DRAC du Var. La bibliothèque municipale a mis à disposition le fonds Philibert, fonds sur l’histoire et les civilisations du Maghreb.

Nombre des panneaux : 12.

Type : panneaux auto-portés.

Mise en place et démontage : A la charge exclusive de l’association Ancrages.

Pour tout public, des ateliers de médiation culturelle ludiques sont proposés aux plus jeunes.


Informations et réservations :

Pour accueillir cette exposition dans vos locaux, s’adresser à :

Khadija ROUL,
Chargée de médiation culturelle
mediation@ancrages.org
07 67 98 82 09 / 09 50 74 04 67

[1Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples.