Histoire coloniale et postcoloniale

En Kanaky/Nouvelle-Calédonie, les résultats du « référendum tronqué »
du 12 décembre 2021
montrent que l’idée d’indépendance progresse

publié le 17 décembre 2021 (modifié le 19 décembre 2021)

Référendum 2021 : Le « non » a perdu 5 783 voix

par Aisdpk Kanaky, publié sur le blog de cette association sur Mediapart le 13 décembre 2021.
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L’Aisdpk – Association Information et Soutien aux Droits du Peuple Kanak – défend la liberté de ce peuple colonisé à s’autodéterminer.

Les résultats officiels sont désormais publiés sur le site du haut-commissariat à Nouméa. Nous pouvons donc commencer à voir ce que nous disent les chiffres.

On nous annoncé hier une victoire écrasante du « non ». En fait, l’importance du vote « non » est en perte très nette perte de vitesse.

Les chiffres du « non »
dans la Province Sud et le Grand Nouméa

Cela explique en partie la précipitation à tenir ce scrutin, envers et contre tous. Avec presqu’un an de plus, la dégringolade du « non » aurait été encore plus forte et le « oui » l’aurait emporté. De plus, il faut mettre les 75 720 voix pour le non d’hier face aux 2 747 suffrages pour le « oui » et aux 103 483 abstentions de 2021, soit 106 230 électeurs qui ne sont pas prononcés pour le « non ». En 2020, pour mémoire, les mêmes chiffres étaient de 81 503 non, 71 533 oui et 25 881 abstentions.

À quoi sert aujourd’hui, avec l’appel à non-participation de l’ensemble des indépendantistes, de vouloir comparer ex abrupto les « non » et « oui » entre 2020 et 2021 ? Cela n’a aucun sens, à part celui de faire plaisir aux Loyalistes et à Macron.

Les chiffres du « non » 2021 dans les Provinces Nord et les Iles Loyauté

C’est cela la conception de la démocratie de la république française, tout fait pour que la consultation ne puisse pas se dérouler comme il se devait et comme s’y était engagé, rappelons-le, le Premier ministre, Édouard Philippe :

« L’accord de Nouméa prévoit que, en cas de non au deuxième référendum, il est possible de tenir un troisième référendum dans les deux ans qui suivent le deuxième. Nous avons exclu que cette troisième consultation puisse être organisée entre le milieu du mois de septembre 2021 et la fin du mois d’août 2022. Il nous est collectivement apparu qu’il était préférable de bien distinguer les échéances électorales nationales et celles propres à l’avenir de la Nouvelle-Calédonie. Le choix du calendrier après la deuxième consultation constituera donc un enjeu majeur. Le Gouvernement et les forces politiques de Nouvelle-Calédonie ont à cet égard évoqué la nécessité de poursuivre le dialogue tout au long de ce processus. »

Déclaration du Premier ministre Édouard Philippe,
le 10 octobre 2019 à l’issu du 19e comité des signataires de l’accord de Nouméa


La seule chose réellement comparable est le nombre de « non ».

Le « non » régresse dans toutes les communes du territoire

Il n’est pas une commune, même celles du Grand Nouméa, qui voit le « non » décliner en nombre de suffrages exprimés. 75720 non rapportés aux inscrits, cela ne donne au final que 41,07 % des électeurs appelés à voter le 12 décembre 2021. Y a-t-il là matière à crier victoire comme l’ont fait hier responsables politiques loyalistes, président de la république et la quasi-totalité de la presse ? Je ne le pense pas. Il demeure que 58,93 % de ce corps électoral concerné n’a pas voté non, c’est-à-dire le maintien au sein de la France. Les déclarations de Macron sont donc bien excessives et si paternalistes :

« Ce soir, la France est plus belle car la Nouvelle-Calédonie a décidé d’y rester ! »

« La France est fière d’être votre patrie. Elle renouvelle pour vous ce soir son engagement à vous protéger »…


À ce titre, voyons les communiqués du Comité stratégique indépendantiste de non-participation [1] qui rassemble toute la mouvance indépendantiste de Kanaky-Nouvelle-Calédonie qui dénonce, lors d’une conférence de presse (lundi 8/11/2021), « une rupture de parole de l’État français, une consultation anxiogène, biaisée et mal préparée ». En voici quelques autres extraits :

« La population intéressée s’est prononcée à 85,69 % alors que notre pays était covid-free. Cet extraordinaire taux de participation et un Oui à 46,74 % démontrent la forte implication et l’intérêt des populations concernées, bien au-delà du seul peuple premier. »

« Nous, les partisans du oui [à l’indépendance], souhaitons que cette ultime consultation de l’accord de Nouméa se déroule dans un climat serein et apaisé […] ce ne sera pas le cas »

« [Ils] respecteront [donc pas le résultat] et […] si nécessaire, ils pointeraient devant la communauté internationale les manquements d’un État [français] qui ne tient pas parole. »


Banderolle à Ouvéa devant le marché annexe de Fayaoué, à côté de la gendarmerie
© David Omniwack de Gossanah-Ouvéa.


Le communiqué en date du 13 décembre 2021 qui revient sur les résultats de la veille remercie « l’ensemble de l’électorat en faveur de l’indépendance qui n’a pas participé à ce scrutin », il salue le calme de la journée, notamment : « Le comportement de notre jeunesse a été exemplaire, à la hauteur de l’enjeu et démontre qu’elle est digne de confiance face à la provocation. Les consignes ont été respectées même si tout a été fait pour qu’un incident se produise. »

Il note l’érosion [2] de l’électorat loyaliste pourtant seul sur le terrain médiatique, avec une campagne fade et pleine de dénigrement, voire de racisme, et leurs clips de campagne ont dû être retoqués [3].

Le CSI-NP affirme sa position de ne pas discuter actuellement avec l’État français et attendra « le renouvellement du gouvernement français pour engager de véritables discussions sur l’accession du pays à sa pleine souveraineté ». Et de conclure, comme notre billet d’humeur d’hier :

Le CSI-NP affirme sa position de ne pas discuter actuellement avec l’État français et attendra « le renouvellement du gouvernement français pour engager de véritables discussions sur l’accession du pays à sa pleine souveraineté ».



Après le « référendum tronqué* » du 12 décembre 2021
en Kanaky/Nouvelle-Calédonie
« Moi, citoyenne française anticolonialiste,
je ne suis pas fière ce soir »

* c’est le terme employé par un jeune issu d’une union mixte caldoche-kanak qui expliquait sur Nouvelle-Calédonie Première pourquoi il n’irait pas voter.

par Isabelle Leblic, publié sur le blog Aisdpk Kanaky sur Mediapart le 12 décembre 2021.
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L’allocution du président de la république française ce soir, à propos du référendum « tronqué » qui vient de se dérouler, me remplit de honte.
Le « non » l’a emporté ! quelle surprise !!! Même les sondages pour une fois ne se seraient pas trompés. Mais il n’y en a pas eus. Pas la peine, le résultat était connu…

En effet, la victoire du « non » quand seuls les partisans du « non » ont participé, quelle victoire ! Plus de 56 % d’abstention, moins de 44 % de participation dans les résultats encore provisoires… 80 938 votants se sont exprimés, 78 517 pour le non et quelques 2 755 oui.

Il n’y a vraiment pas de quoi crier victoire comme le font les Loyalistes et Macron ce soir. C’est un résultat digne d’une république bananière.
Comme si le résultat n’était pas connu d’avance. La seule inconnue était le taux de participation/abstention. Et il est de taille : 56% des électeurs n’ont pas voté (et cela notre président n’en parle pas, cela ne concorde pas avec le ton de son discours !).

Et dans ce discours d’autosatisfaction, Macron, sans honte, surfe sur le vocabulaire kanak, pas n’importe lequel, celui d’Ouvéa… Respect et humilité ! « J’accueille la réponse de la Nouvelle-Calédonie avec respect et humilité. »

Et ces termes scandent son discours… Un véritable mépris pour les Kanak.
Il se fout de nous ! Il se fout des Kanak… Il est « fier de ce cheminement inédit et pacificateur » avec « trois fois non à l’indépendance » ? C’est faire fi du fait que les indépendantistes n’ont pas participé et que plus de la moitié des électeurs n’ont pas voté et une petite minorité est quand même allée voter « oui ».

Il parle d’une période de transition qui « s’ouvre qui est libérée de l’alternative binaire entre le oui et le non », comme si c’en était fini de la revendication d‘indépendance… Il va consulter pour une « organisation politique conforme aux résultats des trois consultations »…« mais les discussions à venir ne pourront se limiter aux institutions ». Et donc ?
« les Calédoniennes et Calédoniens ont décidé de rester français, ils l’ont choisi librement », mais pas 56% de l’électorat…qui s’est volontairement abstenu en très grande majorité.
« ce soir, la France est plus belle car la Nouvelle-Calédonie a décidé d’y rester ! »
« La France est fière d’être votre patrie. Elle renouvelle pour vous ce soir son engagement à vous protéger »…

Et le peuple premier, les Kanak, sont-ils fiers ce soir ? Et tous les indépendantistes, quelle que soit leur origine, sont-ils fiers ?
Ils ont fait preuve d’un calme sans commune mesure durant le déroulement de ce scrutin honteux, malgré le non-respect du deuil en maintenant ce jour de vote.

Moi, je me sens bafouée, niée. J’ai honte d’appartenir à cette république qui nous ramène tant de temps en arrière, au bon temps du docteur Pons et de son référendum de l’époque. Et il nous parle de cheminement inédit et pacificateur ? Mais tout est en Kanaky/Nouvelle-Calédonie un éternel recommencement.

Il n’y a que la météo qui semble tenir compte de l’état d’esprit qui doit régner dans plus de 50% de l’électorat : « Avis de dépression demain, ça ne s’invente pas » me disait par mail un de mes interlocuteurs indépendantiste en Kanaky/Nouvelle-Calédonie.

Salutations anticoloniales.

Isabelle Leblic.




Charles Wea, du FLNKS :
« Nous ne négocierons plus avec ce gouvernement »

par Joseph Confavreux, publié par Mediapart le 12 décembre 2021.
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Pour Charles Wea, envoyé du FLNKS à l’ONU, le troisième référendum est « bidon ». Il annonce que les indépendantistes rompent les négociations avec le gouvernement actuel et attendent celui qui sortira des urnes en avril prochain.

Charles Wea est membre de la cellule des relations extérieures du Front de libération nationale kanak et socialiste (FLNKS). Il était l’un des envoyés à l’Organisation des Nations unies (ONU) pour plaider contre le maintien de la date du 12 décembre pour le troisième référendum sur l’indépendance de la Nouvelle-Calédonie et mobiliser la communauté internationale sur l’avenir du pays. Mediapart l’a rencontré ce dimanche, lors de son escale à Paris, alors que les résultats venaient d’être publiés.


Avec plus de 96 % pour le « non » lors de cet ultime référendum sur l’indépendance, ne vous trouvez-vous pas face à un échec ou une impasse, en dépit d’une très faible participation qui montre que l’appel des indépendantistes à ne pas participer au scrutin a été bien suivi ?

Charles Wea : Nous ne reconnaissons pas le résultat de ce référendum, qui est un référendum bidon. Nous sommes satisfaits de voir que la participation dépasse à peine les 40 %, ce qui montre que le mot d’ordre du FNLKS de ne pas participer à ce scrutin a été très bien suivi.

Mais cette satisfaction s’accompagne du fait que, lors de ce scrutin, le peuple kanak a été humilié par l’État français, qui a maintenu cette date du 12 décembre, en dépit des demandes de le repousser à septembre 2022. Une décision allant à l’encontre de la promesse initiale de tenir ce référendum avant septembre 2021 ou après juillet 2022, pour ne pas interférer avec la campagne présidentielle, et incompatible avec la situation sanitaire en Nouvelle-Calédonie, qui est toujours confinée.

Charles Wea à Paris,
le 12 décembre 2021. © JC

Nous n’avons pas été pris en considération dans le cadre du processus du décolonisation mis en œuvre par l’État français et il est insensé d’avoir tenu un tel référendum sans le peuple colonisé. L’avenir de la Nouvelle-Calédonie ne peut pas se faire sans les Kanak. Même si aujourd’hui la droite calédonienne dit que c’est fini, que le troisième référendum règle la question, et que le président de la République embraye sur la droite locale en disant « la Nouvelle-Calédonie restera française », c’est faux.

Comment expliquez-vous ce changement de pied de l’État, qui semblait, depuis les accords de Nouméa, sensible à marcher du même pas avec les indépendantistes ?

Nous avons senti un changement de méthode avec l’arrivée du nouveau premier ministre Jean Castex, et surtout celle de Monsieur Lecornu au ministère des outre-mer. Le comité des signataires, qui se réunissait régulièrement pour accompagner la mise en œuvre des accords de Nouméa, a été mis en sommeil. On a senti chez lui une stratégie consistant à tourner la page de l’indépendance avant l’élection présidentielle française. Et cela en dépit du précédent de 1988, où Jacques Chirac avait voulu instrumentaliser le dossier de la Nouvelle-Calédonie dans le cadre de l’élection présidentielle, ce qui avait mené au drame d’Ouvéa.

Plus structurellement, la France est en train de changer de cap et de reconstruire sa diplomatie pour maintenir sa présence dans le cadre indo-pacifique, surtout après l’affaire des sous-marins et le conflit avec l’Australie. Maintenir la Nouvelle-Calédonie dans l’orbite de la France est, dans ce cadre, essentiel. Nous sommes captifs d’une géopolitique globale et d’une restructuration diplomatique plus générale.

Que peut-il se passer maintenant qu’on sort des cadres prévus par l’accord de Nouméa ?

Le FLNKS a décidé de ne plus rien négocier plus avec ce gouvernement et le ministre Lecornu. On attend le nouveau gouvernement qui sortira des élections présidentielles en avril prochain. Nous engagerons alors de nouvelles discussions sur les bases prévues par les accords de Matignon et de Nouméa, à savoir l’accession à la pleine souveraineté. Ce sont les bases de la future discussion. Même si nous garderons, bien sûr, des relations privilégiées avec la France.

Charles Washetine au Congrès du FLNKS salle de l’Anse Vata.
Photo Thierry Perron

Vous faisiez partie de la délégation indépendantiste qui vient de se rendre à l’ONU pour plaider votre cause. Quelle utilité cela peut-il avoir ?

À partir du moment où nous rompons avec l’État français, nous allons intensifier notre offensive diplomatique internationale pour obtenir davantage de soutien d’autres pays. Nous avons été bien reçus, et je rappelle que l’ONU continue de placer la Nouvelle-Calédonie sur la liste des pays à décoloniser. Nous avons rencontré beaucoup de diplomates, d’ambassadeurs, et nous sommes convaincus que la pression internationale peut infléchir la position de l’État français, qui est intenable.

Pouvez-vous continuer les discussions avec vos adversaires politiques sur place ?

Il se peut que nous engagions des discussions bilatérales avec l’État français, quand le gouvernement aura changé, parce que c’est lui qui est responsable de la situation et que l’accession à la pleine souveraineté est une affaire qui se joue entre le peuple premier et l’État français. Mais le FLNKS a toujours associé les autres communautés pour construire la souveraineté de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie, et nous n’allons pas changer d’avis, en dépit de l’illégitimité de ce référendum.

Le FLNKS refusait la date du 12 décembre au nom de l’impossibilité de faire campagne au vu de la situation sanitaire et de l’importance et de la longueur de la coutume kanak en cas de décès, qui se chiffrent aujourd’hui à 280 sur l’archipel. Que répondez-vous à celles et ceux qui disent que cette insistance marque le poids croissant des « coutumiers » sur les « politiques » parmi les indépendantistes ?

Parmi les 280 morts, plus de 70 % de Kanak. Et nous avons tous perdu des membres de notre famille. À notre échelle, le chiffre est important et la coutume essentielle. Mais surtout, on a bien vu avec le progrès des votes pour le « oui » entre la première consultation et la deuxième, avec plus de 46 % de votes pour l’indépendance, qu’il fallait que nous puissions aller voir les gens un à un, pour les convaincre du bien-fondé de notre projet. Mais le Sénat coutumier n’a pas interféré dans la campagne, il est resté dans son rôle en rappelant l’importance de l’identité kanak auprès des institutions et, en l’occurrence, l’importance de respecter nos traditions en cas de décès. En ces temps de deuil, les conditions pour mener une telle campagne n’étaient donc pas réunies. Le problème est qu’en face, les leaders loyalistes n’ont pas la mémoire des événements des années 1980 et sont pétris d’une idéologie néocoloniale en décalage total avec la réalité du pays.

Craignez-vous malgré tout des violences post-scrutin ?

Non, pas du tout. Nous avons demandé à tous nos jeunes de garder le calme, pendant le déroulement du scrutin et après, en dépit de la militarisation de l’archipel par l’État français, qui a fait venir 3 000 militaires pour sécuriser le scrutin, avec du matériel lourd, qui ne contribue pas au besoin d’apaisement dont a besoin la Nouvelle-Calédonie.

Mais il est malheureux d’en arriver là. On ne va pas lâcher l’affaire. Nous allons adapter notre stratégie en fonction de la situation. Et nous serons très durs vis-à-vis de l’État français qui nous a trahis.



Déclaration des poètes considérant la Kanaky

par Patrick Chamoiseau, dans l’Humanité du 16 décembre 2021
Source

1 - Il existe des inaliénables qu’un référendum, ou qu’une mécanique électorale, ne saurait annuler.

2 - Aucun acte démocratique ne saurait, sans sortir de la Démocratie, légitimer l’annulation des droits fondamentaux concernant les peuples, les individus, ou toutes les formes connues et inconnues du vivant.

3 - Le droit de vote des femmes, le droit à l’avortement ou l’abolition de la peine de mort en France, et bien d’autres fondamentaux, ont été décidés par ordonnances et lois. Autrement, ces avancées majeures auraient été rejetées. Le Droit éclaire la voie par ce qui s’impose à lui.

4 - Dans les pays où ces droits sont encore offusqués démocratiquement, ils n’ont rien perdu de leur légitimité. Ils hurlent toujours.

5 - Un référendum ou une mécanique électorale, encore plus quand ils sont frappés d’aberrations, ne sauraient donc annuler le droit des Peuples premiers à disposer de leurs terres.

6 - La démocratie est fondée sur le respect de ces droits fondamentaux. Elle ne saurait ruiner ces fondations sans se ruiner elle-même. Ils s’imposent à elle comme chant inaugural, vertébrale de maintien.

7 - Les droits fondamentaux forment une Constitution grandiose, valable pour tous. A chacun d’en prendre soin dans ses élévations, sans universel généralisant.

8 - Une situation anthropologique inextricable s’est constituée en terre calédonienne en raison des frappes de la colonisation. Elle s’impose aux droits fondamentaux du Peuple premier mais elle ne saurait lui ordonner. Tout doit s’accorder autour de lui. Et par lui-même.

9 – Alors que le capitalisme n’a plus besoin de ces dominations brutales et archaïques pour asservir les peuples, le gouvernement français n’a pas réussi à dépasser son atavisme colonial. Il a enlaidi la France.

10 – Mais le peuple de France garde sa pleine capacité à regarder le monde, et à laisser le monde vivre en lui. A exister en haute mondialité selon sa plus belle tradition.

11 - La Kanaky est encore à venir.

Que nos salutations l’acclament et que nos vœux l’escortent.




Nouvelle-Calédonie : un avenir encore à construire

Communiqué des Ligues des droits de l’Homme de France
et de Nouvelle-Calédonie

Source

A Paris et Nouméa, le 14 décembre 2021.


Le processus engagé par l’Accord de Nouméa signé en 1998 est arrivé à son terme avec la troisième et dernière consultation référendaire sur l’accession ou non de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté et à l’indépendance qui s’est tenue le 12 décembre 2021.

Cette dernière consultation a été marquée par le suivi massif des consignes de non-participation données par les responsables des partis, groupements et collectifs favorables à l’accession de la Nouvelle-Calédonie à la pleine souveraineté et à l’indépendance. Le résultat, 96,8 % de « non » confirmant le rattachement à la France, ainsi qu’une participation de seulement 43,9 % des électeurs de la liste spéciale, exprime une grande division de la population calédonienne. Il appelle la poursuite d’un travail d’unité et de décolonisation pour construire l’avenir de la Nouvelle-Calédonie avec le peuple kanak, avec tous les Océaniens, avec les Calédoniens et les Calédoniennes, quelle que soit leur origine, avec les institutions locales ou nationales, et ce par un dialogue déterminé et enrichi de toutes les composantes de la population.

L’Accord de Nouméa a produit des progrès notables que nul ne saurait nier, en matière d’insertion des Kanak dans le monde économique, en matière de formation pour de nombreux cadres, majoritairement kanak ou issus de descendants des « victimes de l’histoire », selon la formulation acceptée par les représentants du peuple kanak présents à Nainville-les-Roches en 1983. Des progrès ont également vu le jour en matière d’affirmation et d’expression de la culture kanak, en termes aussi de fonctionnement démocratique, avec une relative solidité des institutions. Par contre, la Ligue des droits de l’Homme (LDH) et la LDH de Nouvelle-Calédonie déplorent l’insuffisance de progrès sur la voie de l’égalité sociale : le rééquilibrage doit rester la priorité des mesures à imaginer et à prendre, la reconnaissance et le partage de la culture kanak devant fonder le socle du vivre ensemble dans une communauté de destin qui reste à créer.

Plus que jamais, la nouvelle page qui s’ouvre doit être fondée sur la justice et l’égalité dans un dialogue démocratique responsable et apaisé qui implique l’engagement de tous : citoyennes et citoyens en premier lieu, Etat, représentants politiques, élus, mouvements associatifs, université notamment, et ce dans un esprit de réconciliation et de meilleure compréhension mutuelle. Elle oblige les autorités locales et le gouvernement français à redéfinir leurs relations en renforçant les acquis et en mobilisant les moyens nécessaires aux réponses attendues face à l’inéquité sociale et fiscale, face aux discriminations qui frappent la jeunesse et les familles kanak, comme face aux enjeux économiques, éducatifs et environnementaux, et ce au bénéfice de toutes les Calédoniennes et de tous les Calédoniens. Enfin, la France qui est venue au dix-neuvième siècle coloniser la Nouvelle-Calédonie conserve l’impérieux devoir de développer, en s’appuyant sur le travail des historiens, sociologues, anthropologues dont les connaissances et la compétence scientifiques sont pertinentes, un examen attentif, sincère et serein, de la vérité des événements traumatisants dans lesquels elle fut impliquée ou qu’elle a laissé se produire. La réconciliation en profondeur du peuple kanak avec la République et l’élaboration d’un projet d’avenir concerté et partagé restent deux nécessités imbriquées.

Malik Salemkour, président de la Ligue des droits de l’Homme (LDH)

Gérard Sarda, président de la Ligue des droits de l’Homme et du Citoyen de Nouvelle-Calédonie (LDH-NC)

[1En sont membres : le Front de Libération national kanak et socialiste (FLNKS), le Parti travailliste (PT), les nationalistes du MNSK, la Dynamique unitaire sud (DUS), l’Union syndicale des travailleurs kanak et exploités (USTKE), la Confédération nationale des travailleurs du Pacifique (CNTP), le Front de luttes sociales (FLS).

[2Il ne faut pas négliger que, sans doute, certains, même dans le camp du non, ne sont pas allés voter, en respect du deuil kanak.

[3Car, comme le note sur son blog Jean-Michel Guiart, « le choix du non à l’indépendance de la Kanaky-Nouvelle-Calédonie, consiste à réaffirmer un ordre social préétabli, comme empreinte coloniale ».