Histoire coloniale et postcoloniale

Souvenir et actualité du 14 juillet 1953 :
une projection débat avec Benjamin Stora
et un hommage place de la Nation

publié le 9 juillet 2021 (modifié le 10 juillet 2021)


14 juillet 1953 – 13 juillet 2021

Mémoire et histoire, passé et présent


Le 14 juillet 1953, à l’arrivée, place de la Nation, du défilé traditionnel de la gauche politique et syndicale qui avait lieu chaque 14 juillet depuis la Libération, la police parisienne a chargé le cortège des indépendantistes algériens pour leur arracher banderoles, drapeaux, pancartes et portraits de leur leader, à l’époque Messali Hadj. Affrontements, heurts, bousculades, les policiers tirent. On a relevé 7 morts : 6 Algériens et un syndicaliste français venu s’interposer, et de nombreux blessés dont 50 par balle. Cette répression qui a précipité le début de la guerre d’Algérie a disparu de notre mémoire.

Pour que cet événement parisien, comme tous les drames qui ont marqué la colonisation et la guerre d’Algérie, ne reste pas dans le silence et dans l’oubli, le réalisateur Daniel Kupferstein, à partir de son enquête pour reconstituer l’événement, lui a consacré un film documentaire, Les balles du 14 juillet 1953, qui a fait suite à un livre éponyme paru en 2017 aux éditions Le Découverte.

Le 6 juillet 2017, la mairie de Paris a apposé une plaque commémorative, et, à deux reprises, en 2018 et en 2019, la Ligue des droits de l’homme et d’autres associations ont organisé, place de la Nation, la veille du 14 juillet, un « bal de la solidarité », qui était l’occasion de débats autour de la mémoire des répressions coloniales. Et aussi de la défense aujourd’hui du droit de manifester, du refus des violences policières et du soutien au mouvement démocratique du Hirak en Algérie.

En 2021, une projection de ce film a lieu au cinéma Mk2 Nation, suivie d’un débat avec Benjamin Stora, à qui le président de la République a demandé un rapport sur la mémoire de la colonisation et de la guerre d’Algérie.

Ensuite, place de la Nation, la maire de l’arrondissement prendra la parole et déposera une gerbe à la mémoire des victimes. D’autres interventions de la part de militantes de la Ligue des droits de l’homme expliqueront la bataille d’aujourd’hui pour le droit de manifester et contre les pratiques policières qui le remettent en cause. Et aussi pour le droit des citoyens à l’accès aux archives, qui est une condition de la reconnaissance de ces faits et de la fin de leur déni. Guy Lurot, fils du responsable syndical CGT de la métallurgie qui a été abattu alors qu’il défendait ses syndiqués algériens victimes de l’intervention policière, s’exprimera sur ses efforts, par la suite, pour obtenir que l’Humanité cesse de faire le silence sur l’assassinat de son père.

Avec l’espoir que, la crise sanitaire s’achevant, les bals du souvenir et de la défense des droits qui ont eu lieu en 2018 et 2019 et qui ont été l’occasion également de riches débats sur l’importance du mouvement démocratique du Hirak aujourd’hui en Algérie, pourront reprendre. Afin de marquer la volonté de tous les citoyens de France et d’Algérie de fêter les libertés et d’affirmer leur volonté de ne plus tolérer les atteintes, quelles qu’elles soient, au droit de manifester.


La bande annonce du film





Parution d’une nouvelle édition du premier livre sur cet événement,
augmentée d’une préface de Ludivine Bantigny

1953, un 14 juillet sanglant de Maurice Rajsfus
Nouvelle édition, 2021, éditions du Détour
Préface de Ludivine Bantigny. Postface de Jean-Luc Einaudi
256 pages, 18,90 €

Présentation de l’éditeur

Le 14 juillet 1953, lors d’une manifestation syndicale, la police assassine froidement six travailleurs algériens et un syndicaliste français, place de la Nation, à Paris. Alors que résonne pour la première fois le slogan « nous voulons l’indépendance ! ». Ce livre constitue la première enquête sur ce crime d’État. Il s’efforce de reconstituer minutieusement le déroulement des événements qui ont abouti à la mort par balles de six jeunes ouvriers algériens et d’un métallurgiste français, syndicaliste CGT, à l’issue du traditionnel défilé populaire du 14 juillet.

Maurice Rajsfus s’appuie sur un vaste corpus de sources, qui comprend les récits de témoins, de journalistes, d’hommes politiques ou d’interventions au Parlement. Sur fond de racisme d’État, il pointe aussi la responsabilité d’un des acteurs de cette funeste journée qui deviendra, quelques années plus tard, le donneur d’ordre principal des massacres du 17 octobre 1961 et du 8 février 1962, au métro Charonne : Maurice Papon, alors secrétaire général de la Préfecture de police.

La première édition de ce livre est parue en 2003

Rescapé de la rafle du Vél’ d’Hiv à quatorze ans, historien de la répression policière et militant antiautoritaire, Maurice Rajsfus (1928-2020) fut l’auteur de plus de 60 ouvrages, dont, aux éditions du Détour, La Police de Vichy, La Rafle du Vél’ d’Hiv et Des Juifs dans la Collaboration. Ludivine Bantigny est historienne, maîtresse de conférences à l’université de Rouen. Elle travaille sur l’histoire des mouvements sociaux et des engagements politiques. Elle est notamment l’autrice de 1968. De grands soirs en petits matins (Le Seuil, 1918). Jean-Luc Einaudi (1951-2014), historien et militant, fut celui par qui le massacre des Algériens par la police française du 17  octobre 1961 fut porté à la connaissance du grand public.