Histoire coloniale et postcoloniale

Des historiens algériens
demandent l’ouverture des archives en Algérie

publié le 28 mars 2021 (modifié le 29 mars 2021)

Les historiens algériens réclament l’ouverture des archives dans leur pays

Ils dénoncent des dépassements par la direction des archives nationales de ses prérogatives


par Amel Blidi, publié par El Watan le 25 mars 2021 Source
Plusieurs chercheurs et historiens algériens ont adressé une lettre au président de la République pour réclamer l’ouverture des fonds d’archives et mettre fin à une situation qu’ils jugent « ubuesque », selon les mots de l’initiateur de la lettre, l’éminent historien Mohamed El Korso.

Mohamed El Korso affirme que les historiens algériens en sont réduits à faire les « scribes », du fait qu’il leur est interdit d’introduire un téléphone, un ordinateur ou tout autre appareil.

Le bâtiment des Archives nationales à Alger

« Malgré nos nombreux appels et protestations à travers les médias nationaux, nous n’arrivons toujours pas à accéder aux fonds d’archives, pourtant légalement communicables, particulièrement ceux portant sur le mouvement national et la Révolution algérienne », écrivent-ils, en réclamant l’application de la loi régissant les Archives nationales, à savoir la loi 88-09 du 26 janvier 1988, « sans qu’interfèrent des interprétations personnelles qui vont à l’encontre de l’esprit même des archives qui sont un patrimoine de la nation, de mettre fin à toutes les entraves bureaucratiques qui viennent à bout des chercheurs les plus opiniâtres ».

Ils revendiquent le droit d’accéder au contenu des dossiers communicables en lieu et place des feuillets communiqués un à un aux chercheurs ainsi que « le droit de reproduire les fonds communicables sous quelque forme que ce soit, comme cela a cours dans les différents centres d’archives à travers le monde ».

Mohamed El Korso

Mohamed El Korso affirme, à ce propos, que les historiens algériens en sont réduits à faire les « scribes », du fait qu’il leur est interdit d’introduire un téléphone, un ordinateur ou tout autre appareil. « Nous sommes contraints de prendre des notes au stylo, exactement comme nous le faisions à Aix-en-Provence dans les années 1978 et 1979 », commente El Korso.

Pour lui, « il est inconcevable de demander l’ouverture des archives en France, et de ne pouvoir les consulter convenablement en Algérie ». « Il y a pourtant, dit-il, une loi qui réglemente la communication d’archives en Algérie. » « La direction des Archives nationales s’abrite derrière la protection des secrets de l’Etat. De quels secrets de l’Etat s’agit-il, sachant que les faits remontent à plus de 60 ans ? Il y a là des documents qui se rapportent à notre histoire, au GPRA, à la Fédération de France, etc. », soutient-il, en évoquant la récente déclassification de quelques archives liées à la Guerre de Libération nationale décidée par le président français.

El Korso se dit doublement gêné du fait qu’il fait partie du Conseil scientifique. « En tant que membre, je peux affirmer que je n’ai été convoqué à aucune réunion », glisse-t-il néanmoins. Les chercheurs, qui se disent aujourd’hui « privés de leurs archives », craignent de se voir distanciés par leurs homologues français dans l’écriture de leur propre histoire.

« Nous serons contraints à réécrire ce que les historiens français auront découvert bien avant nous, car ils auront eu la primeur des documents, regrette El Korso. Nous serons ainsi mis, de fait, dans une situation de ‘‘suivistes’’. »

Un service public est transformé en forteresse

L’application de la loi 88-09 du 26 janvier 1988 permettrait, selon les signataires de la lettre, de rendre le Centre national des archives et les services d’archives de wilaya, attractifs aussi bien pour les chercheurs nationaux qu’étrangers, de domicilier la recherche historique en Algérie et non pas à l’étranger, de hisser la recherche et les études historiques ainsi que dans les domaines des sciences humaines et sociales à un rang académique mondial.

Amar Mohand-Amer

Amar Mohand-Amer, chercheur au Centre de recherche en anthropologie sociale et culturelle (Crasc), également signataire de la lettre, considère que ce n’est pas seulement un « blocage » auquel les consultants des archives font face, mais un « scandale ».

« Les Archives nationales, dit-il, sont un service public, mais les pratiques qui y sont exercées ont fini par transformer cette institution en forteresse. Avant de demander aux Français de restituer les archives, il est essentiel de réparer ce déni. »

Plus que cela, Amar Mohand-Amer dénonce une « atteinte à l’image de l’Algérie ». « A l’indépendance, raconte-t-il, nous étions parmi les pays les plus en avance en matière de gestion des archives. Puis, les choses se sont dégradées, mais cette dernière décennie a été particulièrement catastrophique. »

Daho Djerbal

Parmi les signataires de la lettre, figurent également Daho Djerbal, directeur de la revue Naqd, ainsi que les professeurs d’histoire Ahmed Charafeddine, Ali Tablit, Mustapha Nouisser, Allal Bitour, Affaf Zekkour et Lazhar Bedida. Ils soulignent que leur démarche s’inscrit au cœur même de la « Journée nationale de la mémoire ».

Ils comptent sur le fait que le président Tebboune porte un intérêt particulier à l’Histoire nationale et plus particulièrement à l’histoire du mouvement national et la Révolution algérienne de façon particulière – dont la création de la chaîne d’histoire (Edhakira) et la nomination d’un Conseiller chargé des Archives et de la mémoire nationale sont quelques-uns des témoignages – pour trouver une oreille attentive à leurs doléances.

Directement visé par la lettre en question, le directeur des Archives nationales, Abdelmadjid Chikhi, contacté par El Watan, dit ne pas avoir pris connaissance de la lettre, se refusant ainsi de la commenter.



La pétition des historiens algériens qui demandent
l’ouverture des archives en Algérie



LETTRE OUVERTE A MONSIEUR LE PRESIDENT DE LA REPUBLIQUE POUR L’OUVERTURE DES ARCHIVES NATIONALES


Monsieur le Président de la République.

Le devoir moral et donc le devoir national, nous commandent de vous adresser la présente lettre ouverte dans l’espoir que soit résolue la problématique des dépassements par la Direction des Archives nationales de ses prérogatives. Une situation qui dure depuis deux décennies, ce qui n’a pas été sans impacter négativement les études historiques et le travail sur la mémoire nationale.

Monsieur le Président,

Malgré l’intérêt que vous portez à l’Histoire nationale et plus particulièrement à l’Histoire du Mouvement national et la Révolution algérienne de façon particulière,
Bien que vous ayez décrété le 8 mai 1945, « Journée nationale de la Mémoire » et créé une chaîne d’histoire (Edhakira),
Bien que vous ayez nommé auprès de votre personne, un Conseiller chargé des Archives et de la Mémoire nationale,
Malgré l’intérêt grandissant pour les questions de Mémoire,
Malgré nos nombreux appels et protestations à travers les médias nationaux,
Nous n’arrivons toujours pas à accéder aux fonds d’archives, pourtant légalement communicables, particulièrement ceux portant sur le Mouvement national et la Révolution algérienne.

Monsieur le Président de la République,

Nous vous sommes gré

1- d’ordonner l’application de la loi régissant les Archives nationales, à savoir la loi 88-09 du 26.1.1988, sans qu’interfèrent des interprétations personnelles qui vont à l’encontre de l’esprit même des archives qui sont un patrimoine de la Nation,

2- de mettre fin à toutes les entraves bureaucratiques qui viennent à bout des chercheurs les plus opiniâtres parmi lesquelles
• Le droit d’accéder au contenu des dossiers communicables en lieu et place des feuillets communiqués un à un aux chercheurs,
• Le droit de reproduire les fonds communicables sous quelque forme que ce soit comme cela a cours dans les différents centres d’archives à travers le monde.

3- L’application de la loi 88.09 du 26.1.1988, permettrait
• de rendre le Centre national des archives et les services d’archives de Wilaya, attractifsaussi bien pour les chercheurs nationaux qu’étrangers,
• de domicilier la recherche historique en Algérie et non pas à l’étranger,
• de hisser la recherche et les études historiques ainsi que dans les domaines des Sciences Humaines et Sociales, à un rang académique mondial.

Monsieur le Président de la République,

Notre démarche s’inscrit au cœur même de la « Journée nationale de la Mémoire ». Aussi sommes-nous convaincus d’être entendus.

Croyez Monsieur le Président de la République en notre profond respect.

Liste des signataires

Mohamed El Korso, Professeur, Alger3, département d’histoire, retraité, ex. Président de l’association « 8 mai 1945 » ;
Daho Djerbal, Professeur, Alger3, département d’histoire, Directeur de la revue « Naqd » ;
Ahmed Charafeddine, Professeur, Alger3, département d’histoire, retraité, chercheur ;
Ali Tablit, Professeur, Alger2, historien, retraité, chercheur ;
Amar Mohand-Amer, Chercheur, Directeur de la Division « Histoire et mémoire », CRASC ;
Mustapha Nouisser, Professeur, Alger3, département d’histoire, chercheur ;
Lazhar Bedida, Professeur, Alger3, département d’histoire ;
Affaf Zekkour, Maître de conférences, Université Hassiba Ben Bouali, Chlef, département d’histoire ;
Allal Bitour, Maître de conférences, Alger3, département d’histoire.



رسالة مفتوحة إلى السيد رئيس الجمهورية للمطالبة بفتح الأرشيف الوطني

السيد رئيس الجمهورية المح ،

يقتضي منّا الواجب الأخلاقي ببعده الوطني، أن نرفع إلى سيادتكم هذه الرسالة المفتوحة ، راجين منكم التدخل لحسم إشكال تجاوز مديرية الأرشيف الوطني لصلاحياتها منذ عقدين من الزمن ، مما ينعكس سلبا على الدراسات التاريخية والذاكرة الوطنية.

السيد رئيس الجمهورية ،

رغم العناية التي تولونها للتاريخ الوطني بشكل عام وتاريخ الحركة الوطنية والثورة التحريرية على وجه الخصوص،
رغم ترسيمكم 8 ماي 1945 « يوما وطنيا للذاكرة » وفـتحكم قناة تعنى بالتاريخ الوطني (قناة الذاكرة) ،
رغم استحـداثكم منصب مستشار لدى سيادتكم مكلفا « بالأرشيـف والذاكـرة الوطنيـة »،
رغم الاهتمام المتزايد بمسألة الذاكرة الوطنية ،
رغم نداءاتنا واحتجاجاتنا المتكررة عبر وسائل الاعلام الوطنية ...
إلا أننا لم نتمكن من الولوج إلى مصادر التوثيق الأرشيفية خاصة أرشيف الحركة الوطنية والثورة التحريرية المسموح قانونا الاطلاع عليها.
السيد رئيس الجمهورية ،

نرجو منكم

1- إسداء الأوامر بغية تطبيق قانون 88-09 المؤرخ في 26-1-1988 المنظم والمسير لقطاع الأرشيف بعيدا عن التأويلات الذاتية التي تتنافى مع روح الأرشيف باعتباره تراث الأمة ،

2- رفع كافة العراقيل الإدارية التي تؤرّق الباحثين والتي تتنافى مع الأدوات التي تسمح للباحثين بالوصول إلى المعلومة المؤرشفة منها على سبيل المثال لا الحصر :

حق الاطلاع على العلب التي استوفت شروط الفتح القانوني بدل استلام الوثائق ورقة بورقة ،
حق نسخ الوثائق الأرشيفية المسموح الاطلاع عليها باستخدام كافة الوسائل المتاحة كما هو الحال في مراكز أرشيف العالم.
3- يسمح بعث وتفعيل قانون 88-09 المؤرخ في 26-1-1988

بتحويل المركز الوطني للأرشيف ومصالح الأرشيف الولائية إلى مراكز استقطاب للباحثين والدارسين وطلبة الدراسات العليا من داخل وخارج الوطن،
بتوطين البحث التاريخي داخل الجزائر وليس خارجهــا ،
بالارتقاء بالبحوث والدراسات التاريخية وأيضا في العلوم الانسانية والاجتماعية إلى مصاف الأعمال الأكاديمية العالمية.
السيد الرئيس الجمهورية ،

يندرج مسعانا في صميم « اليوم الوطني للذاكرة ». هذا ما يجعلنا نعتقد أنه سيصغى لمسعانا.

مع خالص احترامنا وتقديرنا.

قائمة الموقعين

محمد القورصو ، أستاذ التعليم العالي جامعة الجزائر 3، متقاعد ، قسم التاريخ ، رئيس جمعية 8 ماي 1945 سابقا ؛
جربال دحو ، أستاذ التعليم العالي جامعة الجزائر 3، قسم التاريخ ، مدير مجلة « نقــد » ؛
أحمد شرف الدين ، أستاذ التعليم العالي جامعة الجزائر 3، قسم التاريخ ، متقاعد ، باحث ؛
علي تابليت ، أستاذ التعليم العالي جامعة الجزائر 2، مؤرخ ، متقاعد ، باحث ؛
عمار محند عامر، باحث ومدير قسم التاريخ والذاكرة بمركز الأبحاث والدراسات الاجتماعية والأنثروبولوجية،
مصطفى نويصر ، أستاذ التعليم العالي جامعة الجزائر 3، قسم التاريخ ، باحث ؛
لزهر بديدة ، أستاذ التعليم العالي ، محاضر ، قسم التاريخ ، جامعة الجزائر 3 ؛
عفاف زقور ، أستاذة محاضرة ، قسم التاريخ ، جامعة حسيبة بن بة علي ، شلف ؛
علال بيطور ، أستاذ محاضر ، قسم التاريخ ، جامعة الجزائر 3 .



Fouad Soufi dresse un sévère réquisitoire
contre le DG des Archives nationales :

« Chikhi interdit l’accès à des documents sur la Guerre de libération »


par Mohamed Badaoui, publié dans le quotidien algérien La Nation, le 2 mars 2021.
Source

Aujourd’hui à la retraite, Fouad Soufi, ancien inspecteur du patrimoine, ancien sous-directeur des normes à la direction générale des Archives nationales et directeur des Archives de la wilaya d’Oran, dit ne plus pouvoir garder le silence. Il dénonce publiquement la gestion des Archives nationales à l’ère de Abdelmadjid Chikhi.

Fouad Soufi

L’historien Fouad Soufi s’en est pris violemment, dans une diatribe publiée sur sa page Facebook, au patron des Archives nationales, Abdelmadjid Chikhi, qu’il accuse de bloquer l’accès à des documents diplomatiques sur la Guerre de libération, rédigés entre 1954 et 1962. La consultation de ce fonds, remis officiellement le 23 juin 2020, par l’ambassadeur de France à Alger, serait ainsi interdite aux chercheurs et aux journalistes sous le prétexte de l’élaboration en cours d’instruments de recherche qui permettent leur exploitation.

Chikhi, l’alter ego de l’historien français Benjamin Stora sur le débat mémoriel qui oppose l’Algérie et la France autour de la colonisation, bloque l’accès à ce gisement et décourage, selon l’auteur du réquisitoire, tous ceux qui veulent en prendre connaissance.

Aujourd’hui à la retraite, Fouad Soufi dit ne plus pouvoir garder le silence. « On ne peut continuer à se taire au risque d’entendre nos pères nous dire : “Tu n’as pas été un homme, mon fils !” », en paraphrasant, mais en l’inversant, le poème de Rudyard Kipling qu’il cite abondamment dans son texte.

Avec une forte émotion, il accuse le directeur général des Archives nationales d’empêcher les Algériens de connaître « la trace, le fruit, les combats et les espérances des générations d’hier et celle d’aujourd’hui ». Il soupçonne que derrière cette fin de non-recevoir se cache une mauvaise intention. « Rien n’interdit, dès lors, écrit-il, de penser qu’il y a là une sorte de message, une sorte d’avertissement sans frais à toutes celles et ceux qui voudraient consulter ces archives ».

Un alibi qui ne tient pas la route

L’alibi de la mise en place d’instruments d’exploitation ne tient pas la route, selon lui. « Attendre donc que l’instrument de recherche soit réalisé est, de façon formelle, un excellent argument pour une cause qui n’est pas forcément honorable » s’insurge-t-il. « Il est bon de lire l’intérêt de M. Chikhi pour la rédaction des instruments de recherche : c’est-à-dire ces inventaires et ces répertoires qui facilitent la recherche de l’information dans les fonds d’archives », écrit-il avec une pointe d’ironie. « Par contre, il est impossible d’imaginer un seul instant que les Archives diplomatiques du ministère français des Affaires étrangères, créées en 1680 et ouvertes depuis 1830, n’aient pas réalisé cet instrument de recherche pour, qu’aujourd’hui, cette tâche soit confiée à nos archivistes ! Que vont-ils pouvoir faire de plus que ce qui a déjà été fait avant eux par leurs collègues français ! »

Soufi rapporte aussi que le DG des Archives aurait également avancé l’idée que le rapatriement de ces copies (qui ne sont pas des originaux) n’entrait pas dans le cadre d’une « « restitution d’archives ». Il s’agirait, selon Chikhi, de « documents appartenant au Quai d’Orsay, c’est-à-dire appartenant au patrimoine culturel français ». Soufi lui rappelle, en mettant à témoin l’opinion, « mais alors, que devient l’accord signé le 9 mars 2009 à Paris ? Secret lui aussi ? Ou alors faut-il en demander une copie à l’ambassadeur de France ? Est-il désormais caduc ? »

Cette rafale de critiques acerbes est également ponctuée par une sentence sans appel contre Abdelmadjid Chikhi. En quatorze ans de direction des Archives, celui-ci préfèrerait, peut-on lire dans le pamphlet de l’historien, « consacrer son temps, son énergie » et celle de ses collaborateurs « au montage d’expositions de documents téléchargés sur internet ! »

La déception des historiens

Soufi rapporte aussi « la déception des historiens ces dernières années » avant de s’interroger s’il faudra « attendre 250 ans » pour accéder aux archives « ou simplement appliquer et faire appliquer les dispositions de la loi de 1988 relative aux archives nationales ? »

Pour enfoncer le clou, il raconte « la mésaventure d’un historien algérien qui, après avoir attendu en vain l’autorisation de consulter les traités signés entre le Dey d’Alger et l’Autriche au XVIIe siècle, a eu le toupet de s’adresser aux Archives nationales d’Autriche ! Lesquelles se sont fait un plaisir de lui donner des copies. Il a été accusé d’avoir publié des secrets d’Etat ! Rien que cela ! »

Il regrette par ailleurs que la direction générale des Archives nationales « se résume aujourd’hui à un seul personnage. Plus de directeurs, plus de sous-directeurs ! Tous poussés à prendre leur retraite (…) Nombre d’archivistes et administrateurs du centre des Archives nationales se sont empressés de prendre une retraite ou essaient de le faire ou ont été poussés à la prendre ! »

L’ancien sous-directeur des normes aux Archives nationales et directeur des Archives de la wilaya d’Oran met en garde contre « l’agonie, sur la mort lente que l’on finit par croire programmée, de la direction générale des archives nationales. Cette agonie est certes terrible à vivre, mais elle peut être vaincue ».

Il note aussi que les Archives nationales (direction générale et centre des Archives nationales) « ont reculé dans tous les domaines tant au niveau national qu’au niveau international. Tous les acquis, toutes les places conquises, tant dans le pays (archives des collectivités locales et des administrations centrales) que dans les instances archivistiques internationales – Conseil international des archives (ICA), et sa branche arabe, l’Arabica – ont été abandonnés l’un après l’autre. »



Dernière minute


Un article publié le 28 mars par le quotidien algérien L’Est Républicain annonce que près de 300 historiens, universitaires et chercheurs sur l’histoire de la révolution algérienne se sont joints à la demande au chef de l’État d’un accès libre aux documents historiques conservés aux Archives nationales « que Abdelmadjid Chikhi a cadenassé depuis des décennies ».

Commençons par nos archives !

par Imane B., chronique publiée le 28 mars 2021 dans l’Est Républicain Source

Coup de théâtre et retour de flamme. En plein débat vif à propos du rapport de Benjamin Stora et ses préconisations sur l’ouverture des archives de la guerre d’Algérie aux historiens à laquelle le président Macron a donné une suite favorable, des chercheurs et historiens algériens viennent de faire la même demande au président Abdelmadjid Tebboune d’ordonner l’ouverture des archives nationales.

Le fait est assez important et inédit pour ne pas être souligné. C’est la première fois que des chercheurs sur l’histoire de la révolution algérienne s’adressent directement au chef de l’État pour réclamer qu’il veuille bien leur permettre l’accès libre à ces documents historiques que Abdelmadjid Chikhi a cadenassé depuis des décennies dans « son » « Centre des Archives Nationales » ! Près de 300 historiens, chercheurs et universitaires viennent en effet d’adresser au Président une lettre ouverte accompagnée d’une pétition, réclamant l’ouverture des archives datant du mouvement national et de la guerre d’indépendance. Comme quoi le blocage de l’accès à ces millions de précieux documents n’est pas uniquement le fait de la France ! Il est en effet pour le moins bizarre que Abdelmadjid Chikhi s’époumone à chaque occasion - du bout des lèvres il est vrai - sur le devoir de la France de restituer les archives de la guerre d’Algérie, alors même qu’il interdit lui même aux chercheurs de son pays de consulter nos propres archives ! Il y a un peu plus d’un mois, il avait révélé que l’ouverture de certaines archives nationales à la consultation libre n’était pas recommandable en ce qu’elles pouvaient provoquer des « soucis à certaines familles ». Chikhi suggérait que les aïeuls de ces familles décrétés « héros » dans le récit officiel, avaient en réalité un passif plutôt contre révolutionnaire. Comprendre, que ces documents vont révéler une autre histoire de la guerre de libération que celle enseignée dans les écoles à nos enfants. Plus grave encore, que des personnalités et des familles entières qui auront largement profité des privilèges de la famille dite « révolutionnaire » n’étaient en réalité que des collaborateurs de l’armée française. Voilà un aveu qui jette un sérieux discrédit sur l’histoire officielle et qui remet à la surface le scandale des faux Moudjahidine.

Il faut donc se féliciter de ce que des universitaires réclament l’accès à ces archives que Chikhi couvre du secret d’Etat. On ne peut pas construire une nation sur le déni, et plus grave encore, sur la base d’une histoire rafistolée et arrangée. S’il est légitime de demander à la France de restituer les archives de la guerre d’Algérie, la levée du secret d’État sur nos propres archives qui sommeillent dans les coffres forts du Centre national des Archives de Chikhi, l’est encore plus. En l’occurrence, il est plus qu’urgent de réécrire la vraie histoire de la guerre de libération nationale quitte à en éjecter des personnes et des familles ayant indignement confisqué la victoire et les fruits du sacrifice des enfants de cette Algérie profonde. Tôt ou tard, il arrivera le jour où la vérité sera séparée des faux semblants.