Histoire coloniale et postcoloniale

Indignation générale après la décapitation d’un professeur à Conflans-Sainte-Honorine

publié le 18 octobre 2020 (modifié le 24 octobre 2020)

Communiqué intersyndicale Education :
« Assassinat de notre collègue Samuel Paty :
deuil, recueillement et solidarité »

Un professeur d’histoire-géographie dans un collège des Yvelines a été assassiné hier vendredi après-midi. Ce meurtre fait suite à un cours de l’enseignant sur la liberté d’expression, utilisant des caricatures.

Les organisations syndicales de l’éducation expriment leur effroi face à ce crime. Elles adressent leurs sincères condoléances aux proches, aux collègues, aux élèves, à la famille de notre collègue. L’heure est au deuil, au recueillement et à la solidarité.

S’attaquer à un enseignant, c’est s’attaquer à l’école qui est un lieu de construction d’un savoir critique, de rencontre de l’autre, de la formation de futur-e-s adultes libres et éclairé-e-s. Nos organisations réaffirment leur attachement à la liberté d’expression, condition nécessaire à l’émancipation, et appellent à éviter toute instrumentalisation de ce drame.

Les organisations appellent les personnels à rejoindre massivement les initiatives prévues localement ce dimanche 18 octobre.



Rassemblement en hommage à Samuel Paty,
pour la liberté et contre la terreur

Appel commun à se rassembler dimanche 18 octobre,
à 15h, sur la place de la République, à Paris.

Ce vendredi à Conflans-Sainte-Honorine, Samuel Paty a été assassiné devant le collège où il enseignait l’histoire et la géographie.

Victime d’un attentat perpétré au nom d’une conception dévoyée de l’Islam, il était depuis plusieurs jours la cible d’une vindicte publique. Pourquoi cette vindicte ? Parce qu’il avait montré des caricatures de Mahomet dans l’une de ses classes où il étudiait avec ses élèves la liberté d’expression. Comme tout enseignant, il cherchait ainsi à préparer des jeunes à l’exercice de l’esprit critique, condition essentielle à une pleine citoyenneté.

Face à cette horreur, nous appelons les citoyennes et les citoyens à se rassembler ce dimanche 18 octobre à 15h sur la place de la République à Paris. Au-delà de ce rassemblement, nous appelons nos représentations locales à appeler à des rassemblements dans les autres villes de France.

Nous nous rassemblerons pour dire des choses simples et importantes.

Que nous pensons à Samuel Paty ainsi qu’à ses proches endeuillés.

Que les enseignants doivent être soutenus dans l’exercice de leur métier.

Que nous sommes attachés à la liberté d’expression et que nous refusons les logiques extrémistes et obscurantistes.

Que nous sommes attachés à la laïcité, qui garantit la liberté de conscience.

Que ça n’est pas par la haine que nous répondrons à la haine qui a coûté la vie à Samuel Paty mais par la promotion de la liberté, de l’égalité et de la fraternité.

Signataires : SOS Racisme, la FSU, le Sgen-CFDT, l’Unsa-Education, le SNALC, la FCPE, la FIDL – le syndicat lycéen, la Fage, l’UEJF, « Dessinez Créez Liberté », la Ligue des droits de l’Homme (LDH), le Mrap, le CIFORDOM, l’Uniopss et la Fédération Léo Lagrange.

Paris, le 17 octobre 2020.




Faire face, avec les musulmans

par Pascal Maillard, publié par Mediapart le 17 octobre 2020, sur le Blog Polared - Petit observatoire des libertés académiques. Recherche, enseignement, démocratie.

Source

L’obscurantisme et le fanatisme religieux nous mettent une fois de plus devant l’insupportable. Le soutien aux proches de l’enseignant, à la communauté éducative, à la liberté d’expression et à la laïcité ne doit pas nous conduire à une stigmatisation des musulmans. Projet de lettre à de futurs enseignants.

Que dirai-je lundi matin, à 8h, quand je retrouverai les étudiantes et les étudiants du master « Métiers de l’enseignement, de l’éducation et de la formation » (MEEF) qui préparent le Capes de Lettres ? Que dire face à l’innommable d’un enseignant décapité ? Comment faire face à cela ? Comment porter en soi cette représentation quand on se destine au métier d’enseignant ?

Je crois que je leur dirai d’abord que je pense à deux personnes. Bien sûr au collègue professeur d’histoire qui a perdu la vie pour avoir enseigné et fait vivre l’une de nos libertés fondamentales. Mais je leur dirai aussi que j’ai une pensée pour Ariane, une jeune étudiante du master Métiers du livre et de l’édition, qui a perdu la vie au Bataclan le 13 novembre 2015. Ne pas oublier Ariane et les 90 du Bataclan. Ne jamais oublier que l’obscurantisme s’en prend d’abord à l’enseignement et à la culture, au livre et au savoir.

Je crois que je leur dirai ensuite qu’il y a probablement parmi eux des croyants, et peut-être des musulmans. Je rappellerai alors que nous vivons dans une République qui garantit à chacune et chacun la liberté de conscience, la liberté de croire ou de ne pas croire, et que cette liberté implique une égalité entre les religions, et que par conséquent il ne saurait être question que l’une d’elle soit mise au ban de la République parce la folie et la barbarie de quelques sectateurs qui prétendent la défendre seraient représentatives de cette religion. Nous devons faire face avec les musulmans, pas contre les musulmans.

Contre les intrumentalisations islamophobes

Je crois que j’ajouterai aussi – usant de « l’entière liberté d’expression » et de « l’indépendance » à valeur constitutionnelle dont jouissent encore pour quelque temps les enseignants du supérieur – que toutes les instrumentalisations - en cours et à venir - de l’acte barbare de ce 16 octobre qui ont pour objet ou pour effet de stigmatiser l’ensemble des musulmans, constituent des actes politiques irresponsables, lesquels doivent être dénoncés avec fermeté. Et que, par là même, celles et ceux qui se réclament de la République et de la Loi de 1905 pour promouvoir le concept de « séparatisme », ne font qu’augmenter le péril qui guette notre société : une guerre des religions, que quelques politiciens, tout aussi fous que les plus fous des fanatiques religieux, font tout pour aviver.

Je crois que je leur dirai enfin que le métier d’enseignant est le plus beau qui soit, qu’il est certainement plus difficile de l’exercer aujourd’hui qu’hier, mais que c’est aussi pour cela que sa valeur n’en est que plus grande. Que cette valeur est étroitement liée à une liberté pédagogique qu’il faut défendre plus que jamais – y compris contre les limitations que l’État entend lui faire subir -, mais que cette liberté ne dispense pas l’enseignant d’une réflexion individuelle et collective sur les effets de nos discours et de nos pratiques, au sein et en dehors de l’École. Qu’enseigner la liberté d’expression et la laïcité est à l’image du métier d’enseignant lui-même : beau et difficile. Et que toute pédagogie authentique est vivante, qu’elle bouge, qu’elle n’est pas figée, qu’elle doit tenir compte de la diversité des élèves, et de leur culture. Et que tout ceci implique une formation des enseignants qui soit solide, renouvelée, permanente.



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