Histoire coloniale et postcoloniale

Malika, la veuve d’Ali Boumendjel,
assassiné à Alger en 1957,
vient de mourir, sans un mot du président de la République sur le sort de son mari

publié le 13 septembre 2020

Ce que l’affaire Boumendjel et l’affaire Audin ont en commun

L’avocat Ali Boumendjel, juriste de talent, élève du professeur René Capitant à la Faculté de droit de Paris, connu en Algérie pour son rôle au sein de l’Union démocratique du Manifeste algérien (UDMA) présidée par Ferhat Abbas, membre du Mouvement mondial de la Paix et journaliste, a été arrêté le 9 février 1957 par les parachutistes français. Il a été détenu par eux et torturé durant 43 jours, puis finalement jeté, le 23 mars 1957, du haut de l’immeuble où il était détenu à El-Biar, près d’Alger, celui où Maurice Audin a ensuite été torturé et tué trois mois plus tard.

L’affaire Boumendjel et l’affaire Audin ont en commun la mobilisation de leurs proches auprès des universitaires. Mais, si, grâce à l’opiniâtreté de Josette Audin, la jeune femme de Maurice Audin, la disparition d’Audin est devenue assez vite une affaire qui a défrayé les médias et scandalisé une partie croissante de l’opinion française, cela n’a pas été le cas du sort d’Ali Boumendjel, bien que René Capitant, grand résistant et ministre du général de Gaulle, son professeur à la Faculté de droit de Paris, ait écrit aussitôt au ministre de l’Education nationale :

« Tant que de telles pratiques — auxquelles, même en pleine guerre, nous n’avons jamais soumis les prisonniers allemands — seront prescrites ou tolérées contre les Algériens par le gouvernement de mon pays, je ne me sentirai pas capable d’enseigner dans une faculté de droit française. J’interromprai donc mon cours.

Révoquez-moi, si vous le voulez, si vous le pouvez. J’accueillerai avec satisfaction tout ce qui contribuera à rendre publique ma protestation contre des faits susceptibles de déshonorer la France, si elle restait passive devant eux. »

René Capitant, Le Monde, 26 mars 1957.


René Capitant a été éloigné à Tokyo par une nomination à la Maison franco-japonaise de 1957 à 1960 et la mort d’Ali Boumendjel n’a pas été perçue en France comme un scandale à la mesure de celle de Maurice Audin trois mois plus tard.

Sa veuve, Malika, n’a cessé de demander aux autorités françaises la vérité sur la mort de son mari, comme en témoignent ses propos à publiés dans Le Monde en mai 2001, que nous reproduisons ci-dessous. Elle s’est éteinte le 11 août 2020 à l’âge de 101 ans, sans jamais avoir reçu une parole de réconfort et de vérité de la part des autorités françaises.


L’affaire Ali Boumendjel

par Malika Rahal, historienne, chargée de recherches à l’Institut d’histoire du temps présent (IHTP-CNRS).
Extrait de Ali Boumendjel. Une affaire française. Une histoire algérienne. Biographie, Les Belles Lettres, 2010.

L’affaire Audin s’inscrit dans une série d’affaires qui mérite d’être examinée d’un peu plus près afin de saisir certaines des dynamiques qui sont à l’œuvre durant la grande répression d’Alger, dite « Bataille d’Alger ». En effet, dans les semaines qui précèdent l’arrestation de Maurice Audin, le 11 juin 1957, on voit se modifier la nature de la répression contre la population algérienne d’Alger.

Cette évolution se fait dans un double contexte : côté français, c’est l’arrivée à Alger des parachutistes commandés par le général Massu le 7 janvier 1957. Les pouvoirs civils sur la ville leur sont alors remis, leur donnant une autorité considérable et des compétences inhabituelles pour des forces militaires. Côté algérien, la grève des huit jours, lancée le 28 janvier 1957 par le Front de Libération nationale (FLN), a pour but de montrer l’assise populaire très large du mouvement en encourageant tous les travailleurs à un geste public signifiant leur ralliement, leur adhésion ou tout simplement leur soutien. Mais, ce faisant, elle les désigne à une répression plus aisée de la part des militaires français, et les arrestations se multiplient. La stratégie des parachutistes consiste à faire feu de tout bois, et à utiliser chaque renseignement collecté tout en profitant de l’immobilité provoquée par la grève pour traquer les militants.

Les renseignements sont extorqués par tous les moyens : la torture est utilisée à grande échelle. Les personnes arrêtées ne sont remises ni à la justice, ni même à la police, mais gardées entre les mains des militaires, qui peuvent ainsi utiliser leurs méthodes « d’interrogatoire » sans limite de temps. Il est dès lors impossible pour la justice de fournir une quelconque protection aux détenus. Très rapidement, le nombre de détenus est tel qu’ils doivent être rassemblés dans des camps.

L’assassinat d’Ali Boumendjel

L’une des premières causes célèbres de 1957, c’est celle de l’avocat Ali Boumendjel, arrêté le 9 février 1957 par les parachutistes, détenu durant 43 jours et finalement jeté du haut de l’immeuble où il était détenu à El-Biar, tout près d’Alger. La version officielle évoquant un suicide. Les mémoires du général Aussaresses en 2001 confirment qu’il s’agissait simplement par là de camoufler un assassinat [1].

Avec l’arrestation de Boumendjel, c’est à une modification des cibles de la répression et de la torture qu’on assiste. Boumendjel est en effet connu pour être un militant nationaliste d’abord, membre de l’Union démocratique du Manifeste algérien de Ferhat Abbas, et ensuite pour avoir été l’un des membres du Collectif des avocats du FLN, qui ont défendu devant les tribunaux des militants et combattants arrêtés. S’il est parmi les premiers avocats arrêtés avec son collègue Mahieddine Djender, il n’est pas le seul : dans les jours et les semaines qui suivent, tous les avocats du collectif seront également arrêtés, à l’exception de ceux qui se trouvaient alors en déplacement.

Et dans le même temps, on assiste également à des séries d’arrestations parmi des militants qui n’étaient pas engagés dans une activité combattante, mais dont le soutien était à la révolution algérienne plus strictement politique. Certains parmi les avocats considèrent qu’ils doivent leur vie au scandale qui a suivi la mort de Boumendjel et qui a obligé les parachutistes à les remettre plus rapidement la justice, prévenant ainsi leur disparition et leur assassinat.

Des prises de position dans la presse

Car ce qui est sans doute un peu inattendu pour les militaires c’est que la mort de Boumendjel, le 23 mars 1957, provoque une forte mobilisation contre les méthodes de l’armée : militant politique, membre du Mouvement mondial de la Paix, journaliste, Boumendjel a de nombreuses connaissances dans les milieux intellectuels, militants et journalistiques en France et dans le monde. Dès son arrestation, son frère aîné Ahmed Boumendjel se charge de faire connaître son cas à ses amis.

Le déclencheur de l’affaire, c’est d’ailleurs un geste, celui de René Capitant, ancien professeur de droit de Boumendjel à Alger : gaulliste, résistant et ancien ministre du Gouvernement provisoire de la République française, il annonce dans une lettre ouverte à son ministre de tutelle la suspension de son cours de droit. « Tant que de telles pratiques – auxquelles, même en pleine guerre, nous n’avons jamais soumis les prisonniers allemands – sont prescrites ou tolérées contre les Algériens par le gouvernement de mon pays, je ne me sentirai pas capable d’enseigner dans une faculté de droit française. J’interromprai donc mon cours. »

Dans les jours qui suivent, les Français qui avaient connu l’avocat algérien prennent position dans la presse : les camarades militants du Mouvement de la Paix (Albert-Paul Lentin, Michel Bruguier), les journalistes (Jean Daniel, qui avait été au lycée avec Boumendjel à Blida) expriment leur chagrin et leurs doutes concernant les circonstances de sa mort. Les collègues avocats (le bâtonnier René-William Thorp ou Maurice Garçon) interrogent publiquement la légalité des actions menées en Algérie. Dans les lycées, le spectaculaire geste de Capitant cristallise une opposition jusque-là diffuse à la guerre, autour de personnalités comme Madeleine Rebérioux. L’écrivain Vercors renvoie sa légion d’honneur en protestation.

L’effet de cette affaire est de modifier l’image des hommes qui soutiennent la cause de l’indépendance. Boumendjel est loin de ce qu’on imagine être le fellagha (le brigand) du Front de libération nationale. On le compare à Brossolette (mort un 22 mars alors que Boumendjel est mort le 23), attribuant au FLN l’aura d’une résistance légitime. Il est la première figure avec laquelle en France il est possible de s’identifier. Les lettres de condoléances adressées à sa famille par des anonymes émus sont révélatrices : on se présente comme instituteur, militant communiste, résistant, et on associe, avec effroi, l’armée française au nazisme. Parce que l’on s’attaque désormais à des hommes identifiés comme des intellectuels et des politiques (bien plus qu’un Larbi Ben M’hidi, dont l’assassinat lui aussi camouflé en suicide est annoncé le 14 mars mais qui apparaît au public français encore comme un chef de guerre), l’identification et la mobilisation est plus aisée. La mort d’un inconnu devient tout à coup un événement intime comme le montrent les troublantes signatures parmi lesquelles celles d’anciens déportés, notamment celui-ci, qui signe simplement de son numéro de déportation : « Sachsenhausen 84541 ».

C’est cela que l’affaire Boumendjel et l’affaire Audin ont en commun : pour des raisons différentes - l’un pour son engagement intellectuel et militant, l’autre parce qu’il est à la fois français et communiste – ils ressortent tous les deux de la foule des anonymes qui sont pris dans les rets de la répression durant la grande répression d’Alger. En France, on s’identifie à eux ; dans la géographie de la répression d’Alger, on les reconnaît, on dit les avoir vus ici, ou là, ou encore là. Il est donc plus aisé pour les historiens de retracer leur parcours, d’avoir des certitudes sur leur devenir que pour tant d’autres anonymes qui sont passés par les mêmes lieux de détention et les mêmes salles de tortures.

En s’élargissant à de nouvelles couches sociales et en visant des militants de nouveaux courants politiques jusque-là (très) relativement épargnés, la répression ouvre aussi à des formes nouvelles d’identification aux victimes, de mobilisation et de lutte contre les méthodes de l’armée en France même. Plus tard, avec l’arrestation de Djamila Bouhired qui donne lieu à des écrits (ceux de Jacques Vergès et Arnaud [2]) et un film (Gamila al-Gaza’iriyya de Youcef Chahine, immense succès dans les pays du Tiers-Monde), l’identification aux victimes change encore : être une femme devient le point sur lequel des stratégies de résistance s’appuient. Djamila Boupacha deviendra une autre de ces causes célèbres, avec la création d’un comité à Paris et le texte de Simone de Beauvoir, Pour Djamila Boupacha [3].



Les documents concernant Ali Boumendjel sur le site 1000autres.org

Voir sur le site




Malika Boumendjel, veuve de l’avocat Ali Boumendjel : « Mon mari ne s’est pas suicidé, il a été torturé puis assassiné »

Propos recueillis par Florence Beaugé, publié dans Le Monde, le 2 mai 2001.

Je ne connais pas les circonstances exactes de la mort de mon mari. Je n’ai même pas eu le droit de voir son corps. Seuls, deux médecins de la famille l’ont aperçu, car ils avaient été appelés pour l’identifier à la morgue d’Alger. J’ai su par la suite que l’un d’eux avait dit à ma famille : « Ne la laissez pas voir le corps, elle ne s’en remettrait pas. »

Ma vie de femme s’est arrêtée le 23 mars 1957. C’était un dimanche. Mon plus jeune frère est arrivé en criant : « Ali s’est suicidé ! » Il tenait un journal à la main. Je me suis sentie comme anéantie et, en même temps, je n’arrivais pas à y croire. Quelques jours auparavant, on nous avait prétendu qu’Ali, arrêté par l’armée quarante-trois jours plus tôt, avait fait une tentative de suicide. Il avait prétendument essayé de se couper les veines avec ses lunettes. Plus tard, j’ai appris qu’il souffrait en réalité de multiples blessures au poignard faites au cours de ses interrogatoires. C’était l’une des méthodes favorites du sinistre lieutenant Charbonnier.

Ce dimanche 23 mars, je me suis précipitée à l’hôpital militaire Maillot, puis au tribunal militaire. J’ai expliqué mon histoire à un jeune du contingent. Il est allé s’informer auprès de ses chefs, et, quand il est revenu, il avait l’air troublé et a bredouillé : « Je ne peux rien vous dire, allez voir au commissariat central. » C’est ce que j’ai fait. Là, le commissaire Pujol m’a reçue et il m’a dit tout de suite : « Vous ne le saviez pas ? » C’est comme cela que j’ai appris la mort d’Ali. J’ai eu l’impression de plonger dans des ténèbres absolues.

Je suis rentrée chez moi dans un état second. Les militaires nous ont annoncé que les obsèques n’auraient lieu que le mercredi suivant, mais le corps ne m’a pas été rendu. Le jour de l’enterrement a été pire que tout. Je suis allée à la morgue. J’y ai aperçu Massu, en train de rendre les honneurs à un militaire tombé au combat. Pendant ce temps-là, on faisait passer en vitesse un cercueil plombé, celui de mon mari, qu’on a chargé à bord d’une fourgonnette, avant de prendre la direction du cimetière, sous escorte policière. Tout a été expédié en un quart d’heure. Ali a été enterré comme cela, sans cérémonie, sans rien. Il avait trente-huit ans.

Je me suis retrouvée seule avec mes quatre enfants âgés de sept ans à vingt mois : Nadir, Sami, Farid et la petite Dalila. J’ai appris peu à peu les activités politiques de mon mari. L’un de ses anciens camarades m’a appris qu’il avait été le conseiller politique d’Abane Ramdane l’« idéologue » de la « révolution algérienne ». C’était un avocat engagé, un humaniste et un pacifiste. Bien avant l’insurrection, il était choqué par ce qui se passait en Algérie, en particulier dans les commissariats. La torture y était déjà largement pratiquée, et cela nous scandalisait. Au début, Ali ne souhaitait pas l’indépendance de l’Algérie. Il ne s’y est résolu qu’après avoir compris qu’il n’y avait pas d’autre alternative.

Il était très réservé et ne se décontractait qu’avec moi. On s’adorait. Il me disait : « Tu es un autre moi-même. » On s’était connus à l’âge de quatorze ans et, des années après, nous avons fait ce qu’on appelle un vrai, un grand mariage d’amour. Toute cette année 1957 a été un cauchemar. En février, mon frère Dédé avait été arrêté, et on ne l’a jamais revu. Une « corvée de bois ». Mon père a fait des recherches désespérées pour le retrouver. Un jour, il s’est rendu à la mairie avec toutes ses décorations d’ancien combattant de la guerre de 14-18, du Chemin des Dames, à Verdun, où il avait perdu ses deux bras. Eh bien, cet homme de soixante-quatorze ans s’est fait jeter par les parachutistes. Ils lui ont lancé ses décorations à la figure et l’ont mis dehors en l’insultant. En mai de cette année-là, il a été arrêté à son tour, et lui aussi a disparu au cours d’une « corvée de bois ».

Ce que je souhaite aujourd’hui avec mes quatre enfants, c’est que la lumière soit faite. Nous l’attendons depuis quarante-quatre ans. Nous avons repris espoir l’année dernière, avec l’affaire Louisette Ighilahriz, mais le choc, ç’a été les aveux d’Aussaresses. Un peu plus tard, le 12 décembre, Libération a publié un papier désignant nommément Aussaresses comme l’assassin de mon mari et de Ben M’hidi. Depuis, on n’a plus de doutes là-dessus, mais nous voulons que la vérité soit dite : Ali ne s’est pas suicidé. Il a été torturé puis assassiné. Surtout, qu’on ne nous parle plus de suicide, c’est primordial pour nous ! Nous ne disons pas cela dans un esprit de vengeance, nous estimons seulement avoir droit à la vérité. C’est indispensable pour l’Histoire encore plus que pour nous.



Lettre ouverte de Malika Boumendjel au président Chirac et au premier ministre Jospin

publiée dans Le Monde du 11 mai 2001.

M. Chirac, M. Jospin, parlez !

Mon mari, Me Ali Boumendjel, a été arrêté le 9 février 1957 à Alger par des parachutistes. Le 23 mars suivant, il était mort : après quarante-trois jours de détention, il se serait suicidé. Je n’ai jamais cru à cette thèse officielle. Quarante-quatre ans après, avec les aveux du général Aussaresses, j’ai maintenant la certitude qu’il a été torturé et assassiné tout comme mon frère, et mon père, ancien combattant blessé et mutilé au Chemin des Dames, décoré de la médaille militaire, croix de guerre avec palme pour la libération de la France, porté disparu le 28 mai 1957 pendant la bataille d’Alger.

Devant ces énormités revendiquées, j’ai considéré, avec mon conseil Me Antoine Comte, comme très aléatoire l’utilité de saisir la justice. Trop d’obstacles et trop d’années pour les surmonter. D’abord, les crimes contre l’humanité n’ont été définis en droit français qu’en 1994 et nous savons que les lois ne sont pas rétroactives. Si autrefois cette notion existait en droit français, elle était toutefois limitée aux seuls crimes de cette nature commis par les nazis en Europe, comme l’a rappelé maintes fois la Cour de cassation.

De plus, pas moins de cinq lois d’amnistie concernent les événements d’Algérie, entre autres celle de juillet 1968 qui a été votée peu après le déplacement subit du général de Gaulle à Baden-Baden pendant les événements de mai et celle de 1982, reconstituant les carrières des officiers factieux, voulue par le président Mitterrand malgré les critiques indignées des milieux démocratiques.

Et puis, appartient-il vraiment à la justice de dire l’Histoire, d’établir les responsabilités de toute une hiérarchie militaire et de tous les dirigeants politiques de l’époque qui savaient, laissaient faire, voire encourageaient ces atrocités ?

Monsieur le président de la République, monsieur le premier ministre, je voudrais que mon mari soit réhabilité et que la vérité soit dite par ceux-là mêmes qui représentent la France aujourd’hui et qui n’ont eu aucune responsabilité directe dans la guerre d’Algérie. Car enfin, comment penser que le général Aussaresses ait agi en franc-tireur pendant la bataille d’Alger ? Ne dépendait-il donc d’aucune hiérarchie ? Ce serait une thèse grotesque que certains acteurs de l’époque - je pense à MM. Teitgen, Paris de Bollardière, René Capitant, André Philip - et les historiens depuis ont balayée.

Comme l’a récemment reconnu le général Massu, la torture et les exécutions sommaires ont été massives pendant la guerre d’Algérie : dans ma seule famille, trois hommes ont été torturés et assassinés, mon mari, mon père, mon frère Dédé ; deux autres de mes frères arrêtés, internés puis relâchés.

Le moment est venu, pour réhabiliter tous ces suppliciés, de regarder l’Histoire en face des deux côtés de la Méditerranée. Car je n’oublie pas que la grande figure du nationalisme algérien dont mon mari était le fidèle soutien, Abane Ramdane, a été tué par les siens dans l’année qui a suivi la mort d’Ali. Un demi-siècle après cette guerre qui a tant marqué nos deux peuples, n’est-il pas possible de dire toutes les vérités ? Dans l’espoir d’être entendue, je vous prie de croire, monsieur le président de la République, monsieur le premier ministre, à l’assurance de ma haute considération.

[1Paul Aussaresses, Services spéciaux Algérie 1955-1957   : Mon témoignage sur la torture, Paris, Perrin, 2001, 196 p.

[2Jacques Vergès et Georges Arnaud, Pour Djamila Bouhired, Paris, Minuit, 1957, 112 p.

[3Simone de Beauvoir et Gisèle Halimi, Djamila Boupacha, Paris, Gallimard, 1962, 282 p.