Histoire coloniale et postcoloniale

restes mortuaires d’anciens résistants algériens : rien ne s’oppose à leur retour en Algérie

publié le 10 juin 2016 (modifié le 11 juin 2016)

Le Musée de l’Homme de Paris se dit « prêt » à restituer les 36 crânes de chouhada de la résistance algérienne

APS


PARIS- Le Musée de l’Homme de Paris s’est dit mardi « prêt » à examiner « favorablement » la demande de restitution des 36 crânes de chouhada, résistants algériens morts au champ d’honneur au début de la colonisation française, conservés depuis plus d’un siècle.

« Nous sommes prêts à examiner favorablement la demande de restitution des crânes des Algériens, conservés dans notre musée », a affirmé mardi dans un entretien à l’APS le directeur des collections au Muséum national d’histoire naturelle (MNHN) de Paris, Michel Guiraud, qui a souligné qu’il n’y a « aucun obstacle » juridique pour leur restitution.

Ces restes sont « nommés » (identifiés), donc « nous les considérons forcément qu’ils peuvent sortir du patrimoine et nous attendons seulement des décisions politiques », a-t-il précisé, avertissant qu’il y a cependant « un chemin à prendre » sur le plan procédural pour que la demande soit prise en considération.

« Pour leur restitution, il y a un chemin à prendre. Nous reconnaissons le droit de la famille et celui des descendants relayés par leur Etat », a-t-il dit, soulignant que les demandes « doivent passer par le canal diplomatique et non pas par une association qui n’a pas un droit particulier par rapport aux restes humains ».

Une pétition en ligne a récolté 1600 signatures (Voir ci-dessous)

Une pétition a été lancée, rappelle-t-on, en ligne pour la restitution de ces restes, dont l’objectif est de les rapatrier en Algérie pour « y recevoir une digne sépulture ».

La pétition, qui avait déjà été lancée en 2011 mais restée sans suite, a collecté, à la date du 7 juin 2016, environ 1600 signatures.

Le directeur des collections du Muséum, qui a indiqué par ailleurs que la grande majorité des restes humains conservés au musée proviennent de France, a démenti l’information faisant état d’une mal conservation des 36 crânes de résistants algériens.

« Nous rejetons en bloc l’argument que les restes sont mal conservés. Ils sont conservés dans ces boîtes neutres, qui sont d’ailleurs chères, pour éviter toute détérioration », a-t-il affirmé, soulignant que tous les restes humains sont conservés « de la même façon » et « selon les normes de conservation ».

Les 36 crânes, des dons provenant de médecins militaires à l’époque de la colonisation, sont effectivement conservés dans des boîtes de carton appropriées entreposés dans une armoire métallique fermée hermétiquement, a constaté le journaliste de l’APS sur place.

C’est dans une déclaration à l’APS, en 2011, que le chercheur en histoire, l’Algérien Ali Farid Belkadi, avait révélé, rappelle-t-on, que les restes mortuaires d’Algériens, ayant résisté à la colonisation française au XIXe siècle, avaient été retrouvés au MNHN de Paris.

Spécialiste de l’histoire antique et de l’épigraphie libyque et phénicienne, qui s’intéresse également à la période coloniale, M. Belkadi avait précisé que certains fragments de corps étaient conservés au MNHN de Paris, depuis 1880, date à laquelle ils sont entrés dans la collection « ethnique » du musée.

Seul un accord entre l’Etat algérien et l’Etat français

Les restes, des crânes secs pour la plupart, appartiennent à Mohamed Lamjad Ben Abdelmalek, dit Cherif « Boubaghla », au Cheikh Bouziane, le chef de la révolte des Zaâtchas (région de Biskra en 1849), à Moussa El-Derkaoui et à Si Mokhtar Ben Kouider Al-Titraoui.

La tête momifiée d’Aïssa El-Hamadi, qui fut le lieutenant du Cherif Boubaghla, fait partie de cette découverte, de même que le moulage intégral de la tête de Mohamed Ben-Allel Ben Embarek, lieutenant de l’Emir Abdelkader.

En 2011, le directeur des collections au MNHN, Philipe Mennecier, (parti à la retraite), avait également confié à l’APS que « rien n’empêcherait le rapatriement de ces restes mortuaires ».

« Il suffit que la partie algérienne en formule la demande », avait-il affirmé, précisant que « seul un accord entre l’Etat algérien et l’Etat français pourrait faciliter la démarche de rapatriement ».