Histoire coloniale et postcoloniale

Les débuts de la guerre : la responsabilité des politiques

publié le 11 janvier 2014 (modifié le 6 mars 2017)

Déposition du du général Allard (extrait) [1]
ancien chef du corps d’armée d’Alger


J’ai personnellement assisté à un certain nombre de visites faites dans les différents états-majors des secteurs par MM. Bourgès-Maunoury, Lacoste, Max Lejeune, etc., et, chaque fois, ces autorités donnaient des instructions de poursuivre la lutte à outrance. Je me souviens en particulier d’une visite au P.C. du colonel Bigeard où celui-ci, présentant une statistique des résultats obtenus et d’après laquelle il avait détruit à peu près les trois quarts de l’organisation
rebelle, il lui fut donné par l’un des ministres présents des félicitations et des encouragements pour terminer l’œuvre entreprise. Je ne me souviens plus quel était ce ministre. Je pense qu’il s’agissait de M. Max Lejeune, sans pouvoir être affirmatif. Je vois encore le colonel Bigeard lui répondant : « Monsieur le ministre, vous pensez bien qu’on n’arrive pas à de tels résultats avec des procédés d’enfant de choeur. » Ce à quoi il lui fut répondu de veiller seulement à ce qu’il n’y ait pas de bavures.

4 octobre 1960



Comme l’a écrit récemment la Ligue des droits de l’Homme, « durant cette guerre, des autorités civiles et militaires françaises ont poussé des soldats à commettre en Algérie des actes qui ont été définis par des textes internationaux au lendemain de la Deuxième Guerre mondiale comme des violations graves des droits de l’homme. » [2]

Il est plus que temps que les plus hautes autorités de la République, et les différentes institutions de la société, reconnaissent les responsabilités qui leur reviennent, afin de contribuer à la réconciliation.

François Nadiras


État d’urgence démocratique


Sophocle faisait dire à Antigone : « Les défenses de l’Etat ne sauraient permettre de passer outre aux lois non écrites. ». Nous savons, depuis la fondation même des démocraties, qu’un pouvoir est légitime dans la mesure où il n’entre pas en contradiction avec certaines lois supérieures de l’humanité. Sans doute la représentation qu’on se fait de leur origine a-t-elle évolué.

Mais leur teneur est toujours la même : ce sont le respect des vivants et des morts, l’hospitalité, l’inviolabilité de l’être humain, l’imprescriptibilité de la vérité. Elles énoncent les valeurs qui permettent à une communauté politique de dire le droit et la justice, et qu’un gouvernement ou un Etat doivent donc sauvegarder à tout prix.

De telles lois non écrites sont au-dessus de toute législation de circonstance, et généralement de toute loi positive. C’est pourquoi, dès lors que les citoyens constatent une flagrante contradiction entre les deux, ils ont pour devoir de porter le conflit sur la place publique, en proclamant leur obéissance aux lois non écrites, serait-ce au détriment de l’obéissance aux lois positives.

Le 19 février 1997


[1Pierre Vidal-Naquet, La Raison d’État, p. 272-274.