Histoire coloniale et postcoloniale

La source – mémoires d’un massacre : Oudjehane, 11 mai 1956, par Claire Mauss-Copeaux

publié le 12 septembre 2013 (modifié le 3 avril 2019)

Claire Mauss-Copeaux, La source. Mémoires d’un massacre : Oudjehane, 11 mai 1956, éd. Payot, 224 pages, 11 septembre 2013, 22 euros



Bonne Feuille : le Prologue © Payot




Nour :
« Ce matin de mai, comme les autres matins, la jeune fille débouchait du sentier qui menait à la source. D’un buisson, un soldat a surgi, il a couru vers elle. Elle a posé sa cruche a ses côtés et lui a fait face. Elle était très belle.
Le soldat l’a renversée.
Elle a hurlé. Depuis sa maison, son père l’a entendue et s’est précipité à son secours. Il s’est jeté sur le soldat, l’immobilisant à terre. D’autres soldats sont arrivés, ils ont essayé de dégager leur camarade, mais le père le maintenait avec la force du désespoir. Un soldat a tiré un coup de fusil, c’était un coup à bout portant. Il a tué le père, mais la balle l’a traversé pour finir sa course dans le corps du soldat. Il est mort lui aussi.
C’est comme cela que le massacre des habitants de la mechta a commencé… »

René, agriculteur, appelé au 4e BCP, 1re compagnie, 3e section :
« On est monté à Oudjehane. Le capitaine Rouleau a dit : “Vous ramenez tous les hommes”. On venait pour ramasser les hommes, pour parler avec eux… On venait pour donner du chocolat aux petits bougnoules et on s’est fait tirer dessus. Le capitaine Rouleau a dit alors : “Tuez tous les gars”. »

La Dépêche de Constantine du 12 et 13 mai 1956 :
« Brillant succès des forces de Pacification
Alors qu’elle effectuait une opération de contrôle dans une mechta du douar d’El Ancer, une section de parachutistes a été attaquée par une bande rebelle appuyée par la population. Le combat a été très violent, allant jusqu’au corps à corps. Les militaires ont eu un tué et un blessé, 79 rebelles ont été abattus. »

André, professeur, appelé au 4e BCP, 3e compagnie, responsable de l’ordinaire :
« Les copains sont rentrés d’opération. Ils n’ont rien dit. Quand j’ai lu La Dépêche de Constantine le surlendemain, quand j’ai vu qu’aucune arme n’avait été récupérée, j’ai tout de suite pensé à un massacre. Depuis j’ai cherché à savoir… »