Histoire coloniale et postcoloniale

Non, les anciens de l’OAS ne regrettent rien (4 émissions de « Là-bas si j’y suis », juin 2013)..

publié le 17 juin 2013 (modifié le 12 mai 2019)

Premier volet – mercredi 12 juin

Aujourd’hui, rencontre avec des papys bien tranquilles, soixante-quinze ans, quatre-vingts ans et plus. On est sur la côte. Le soleil, le pastis. On bavarde, on rigole. Sauf que ces braves papys ont du sang sur les mains. Attentats, hold-up, coups tordus. Si on tend l’oreille, ils en parlent et ils se marrent. Ils se racontent leurs faits d’armes comme des anciens combattants. Ils la ramènent, ils élèvent la voix. Ils savent très bien ce que vous pensez d’eux : vous pensez que ce sont des assassins, des terroristes. Et eux se voient, figurez-vous, comme des résistants, des héros d’un rêve perdu et d’une cause perdue : l’Algérie française ! Ce sont des anciens de l’OAS. Bien sûr, ces anciens ne parlent pas tous. Le temps passe et éclaircit les rangs. Certains se sont exilés. Certains se taisent. Certains se sont fait oublier. Mais il y a ceux-là, ces anciens de l’OAS, qui se défendent, qui racontent l’histoire à leur manière et qui, non, rien de rien, ne regrettent rien. C’est eux qu’on rencontre aujourd’hui.

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Deuxième volet – jeudi 13 juin

Comme tous les 13 mai, ils rendent hommage à « l’œuvre civilisatrice des Français d’outre-mer ». Il fait bon, les voix sont chaudes qui lancent à tue-tête C’est nous les Africains, ce chant de ralliement qu’ils scandent depuis la guerre d’Algérie.

Au pied de Notre-Dame d’Afrique, l’Association de défense des intérêts moraux des anciens détenus (Adimad) devient Mémoire de la résistance de l’Algérie française (MRAF). « Ce qui veut dire qu’aujourd’hui le MRAP a un sérieux concurrent... » On rigole sur les hauteurs de Théoule-sur-Mer. On le revendique haut et fort : « Il y en a marre de la repentance permanente ! » Décidément, non, rien de rien, non les anciens de l’OAS ne regrettent rien…

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Troisième volet – vendredi 14 juin

« Toujours avec la même haine, le ton méprisant, on nous taxe de nostalgiques de l’Algérie française. Est-ce que la Shoah ou le wagon des Milles sont de la nostalgie ? Est-ce que le génocide d’un million et demi de nos amis Arméniens, c’est de la nostalgie ? » Après Marignane, Perpignan, Béziers, c’est au tour d’Aix-en-Provence de voir inaugurer une stèle en l’honneur des « martyrs de l’Algérie française ». C’était la semaine dernière.

Une nouvelle guerre des mémoires où le nom de l’OAS n’est jamais prononcé, mais dont ses membres sont pourtant omniprésents lors de ces cérémonies.

Une bataille des stèles qui se retrouve devant les tribunaux administratifs pour « apologie publique ». Comme à Marignane où, après trois années d’une bataille acharnée, le tribunal administratif de Marseille a ordonné le démantèlement de la stèle car « susceptible de manquer de respect aux familles des victimes d’activistes de l’OAS et de heurter certains usagers du cimetière. »

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Quatrième et dernier volet – lundi 17 juin


Fin 1962, ça commence sérieusement à sentir le roussi pour nos gentils papys. Les commandos Delta s’exfiltrent en Espagne. Un mouvement massif de pieds-noirs leur embraye le pas : on parle de 50 000 personnes formant cette « nouvelle Algérie en terre d’Espagne ». Les exilés de l’OAS se divisent en faction rivales. Ils mettent sur pieds des camps d’entraînement. La France veut neutraliser les activistes et le 29 janvier 1963, le ministre de l’Intérieur Roger Frey signe un accord avec son homologue franquiste Camilo Alonso Vega, lui garantissant une contribution active à la « répression des complots activistes ». Une fois « isolés » les éléments les plus dangereux, la France lance un vaste mouvement de réconciliation auprès des militants de base de l’OAS, sous le coup d’une procédure judiciaire. 250 personnes, dont plusieurs criminels de sang, se voient doter d’attestations destinées aux autorités franquistes ainsi que des passeports valables en Espagne et hors d’Europe. L’enclenchement de la loi d’amnistie votée le 24 juillet 1968.

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