Histoire coloniale et postcoloniale

quand Estrosi se fait balader par un Français d’Algérie

publié le 12 février 2012 (modifié le 1er septembre 2019)

Mercredi 8 février 2012 à 19h50, un courriel est adressé à Christian Estrosi :

Objet : Indignation des Français d’Algérie [1]

Monsieur le Maire,

Permettez moi de vous faire part de notre émoi provoqué par l’annonce d’un Colloque organisé par la LDH les 10 et 11 Février 2012 à la Salle Clairvallon à Nice, et qu’apparemment vous avez autorisé.

Après nous avoir imposé la statue du général de Gaulle, à Nice, la Mairie accueille dans les locaux de Clairvallon, 26 Avenue Scudéri, la Ligue des Droits de l’Homme(LDH) qui se livrera, comme à l’accoutumée, à leurs élucubrations habituelles visant notre communauté, orpheline de l’Algérie.

Vous comprendrez que cette exhibition est inadmissible et nous attendons de vous, dans les plus brefs délais, un geste qui ne peut être que la ferme interdiction de la tenue de cette manifestation à caractère provocateur et collaboratrice avec le FLN et ses porteurs de valise, qui furent les ennemis sanguinaires de la France, à une époque dramatique de l’histoire.

Vous devez également comprendre par ailleurs, Monsieur le Maire, que notre Communauté est exaspérée, car subissant depuis 50 ans toutes sortes de mépris, car n’ayant jamais eu d’échos à ses revendications justifiées.

Toutes ces manifestations organisées à l’occasion du Cinquantenaire de notre Exode qui a suivi la fin de la Guerre d’Algérie, sont censées réveiller des cicatrices, raviver des plaies, et conduiront inexorablement la majorité de nos compatriotes,à réfléchir sérieusement quant à leurs choix électoraux prochains.

Nous sommes persuadés que vous voudrez bien vous pencher sur notre demande avec la plus grande attention, et par avance, vous en remercions

Dans l’attente d’une réponse qui se veut urgente vu la date du Colloque,

Nous vous prions de croire Monsieur le Maire, en l’expression de nos sentiments respectueux

Jean Paul SELLES
Union Nationale des Français d’Afrique du Nord (UNFAN)
370 avenue Edouard VII
83700 SAINT RAPHAEL

PS : Si cette autorisation n’était pas de votre ressort, vous voudrez bien nous rassurer, dans cette affaire, sur votre état d’âme. Merci.

Le 19-20 du vendredi 10 février de France 3 donne des précisions : une lettre a bien été adressée par le maire de Nice pour demander à la LDH d’annuler son colloque :

Le communiqué de presse publié par Christian Estrosi demandant à la LDH de surseoir à la tenue de son colloque est repris dans cette autre page, où vous trouverez les réactions de la LDH : l’association ayant refusé cette forme de censure, le colloque a donc bien eu lieu.

Voici comment le quotidien Nice Matin a évoqué, dans son édition du dimanche 12 février 2012, le déroulement du début de la matinée :

Rapatriés : colloque sous tension à Cimiez


De vifs échanges ont opposé les militants de la LDH aux anciens partisans de l’Algérie française. Des historiens, invités par la Ligue des droits de l’Homme, ont été apostrophés par des nostalgiques de l’Algérie française

On ne pourra plus prétendre que les nostalgiques de l’Algérie française manquent d’humour. Hier matin, dans la salle du Claj [2] où la Ligue des droits de l’Homme (LDH) organisait un colloque sur la fin de la guerre en 1962, ils s’étaient tous regroupés… à l’extrême gauche.

Dans le coin opposé, à portée d’invectives, des dizaines de militants de la LDH, du Mrap [3], des élus communistes et des délégués syndicaux parés à la joute verbale.

Un cocktail détonant - garant d’un débat sous tension.

Et tension il y a eu !

Denise Vanel, présidente de la section niçoise de la Ligue des droits de l’Homme, n’a que le temps de remercier les« associations » et les « historiens présents ». Déjà, une silhouette se dresse et éructe :« Et l’association des égorgeurs ? Historiens de mes couilles ! »La présidente s’étrangle. « Vous pourrez vous exprimer plus tard. Pour l’instant, je vous demande de vous taire ! »

« Les fachos, dehors ! »

Un premier intervenant, Gilles Manceron, tente d’expliquer « pourquoi une issue pacifique comme en Afrique du Sud n’a pas été possible. » Il met en cause « l’attitude de l’OAS. » Ses propos suscitent un tollé.

« Vous racontez n’importe quoi,s’indigne un retraité au regard noir. L’agresseur, c’était le FLN. Ses membres n’étaient pas des enfants de chœur ! »

«  Comparer avec l’Afrique du Sud, c’est n’importe quoi, vocifère un autre. En Algérie, c’était une guerre de religion ! »

Dans la salle, des voix exigent le silence. Une dame s’exclame : « Les fachos, dehors ! » Un homme s’étonne : « Pourquoi fachos ? On est des fachos parce qu’on n’est pas d’accord avec vous ? » L’arrivée d’Abdelmadjid Merdaci, maître de conférence à l’université de Constantine, est saluée par des sarcasmes. « Manquait plus que les fellaghas, grince un vieillard. Pensez à nos parents qui ont été égorgés par le FLN… » Réplique du tac-au-tac de l’universitaire algérien : « Le monopole de la douleur n’appartient à personne ! » « Toute cette haine, un demi-siècle après, ce n’est pas croyable, soupire Denise Vanel. Et dire que le maire de Nice les soutient
 [4]. C’est pitoyable. »

Les débats se sont ensuite poursuivis, dans un climat plus apaisé, jusqu’en fin d’après-midi [5].

[1Source : http://notrejournal.info/IMG/articl... Copyright © Notre Journal

[2Club de loisirs et d’action de la jeunesse de Cimiez.

[3Mrap : mouvement contre le racisme et pour l’amitié des peuples.

[4Christian Estrosi a demandé à la LDH « de surseoir, dans un esprit [...] d’apaisement, à la tenue de ce colloque. » La LDH a répondu qu’elle ne reculerait pas « devant une telle intimidation ».