Histoire coloniale et postcoloniale

la Polynésie française veut sa réinscription comme territoire à décoloniser

publié le 27 août 2011 (modifié le 2 août 2019)

La Polynésie française veut sa réinscription comme territoire à décoloniser

[PAPEETE, 19 août 2011, AFP] – L’Assemblée de la Polynésie française a voté, jeudi à Papeete, pour la réinscription de la collectivité sur la liste des territoires non autonomes à décoloniser, a constaté un journaliste de l’AFP.

Par 30 voix sur 57, l’Assemblée soumet cette requête au secrétaire général des Nations Unies et « appelle le président de la République à bien vouloir faciliter cette réinscription ».

Les autonomistes considèrent la réinscription comme « un premier pas vers l’indépendance », tandis que la majorité, essentiellement composée d’indépendantistes, juge qu’elle permettrait « des relations assainies avec l’Etat », grâce « au regard extérieur de l’ONU », sans pour autant accession rapide à l’indépendance.

Dans son discours, le président indépendantiste Oscar Temaru s’est inspiré du processus « à la calédonienne », tout en ayant à coeur « d’éviter un bain de sang », en référence aux événements d’Ouvéa en 1988.

M. Temaru a regretté que Nicolas Sarkozy se soit opposé à toute perspective de « processus de décolonisation ».
Dans un entretien à la Dépêche de Tahiti en juillet, le chef de l’Etat avait affirmé : « tant que je serai président de la République, je protègerai les Polynésiens contre cette démagogie ».
« Monsieur le président de la République, quand il va en Palestine, reconnaît le droit du peuple palestinien à son autodétermination, à sa patrie », a déclaré Oscar Temaru à l’AFP. « Il faut être cohérent, la France (…) a soutenu tous les pays qui ont accédé à l’indépendance. Et pourquoi pas notre pays ? ».

L’opposition autonomiste a regretté que le gouvernement de Papeete se concentre « sur des calculs politiques, idéologiques ou électoralistes » plutôt que sur la grave crise économique polynésienne.

Le sénateur (DVD, ex-UMP) autonomiste Gaston Flosse s’est inquiété d’une « dictature » qui pourrait découler de l’indépendance, référence à la confusion qui a entouré le vote, une partie de l’opposition n’ayant pu s’exprimer en séance.

La ministre de l’Outre-mer, Marie-Luce Penchard, a rappelé, dans un communiqué, que le territoire bénéficiait d’une « très large autonomie » dont l’Etat est le garant et que « rien ne permet(tait), à ce stade, de considérer que les populations aient remis en cause de façon démocratique leur volonté d’appartenance » à la France.
Mme Penchard estime que le gouvernement local devrait « prioritairement » s’atteler aux « réformes nécessaires au redressement de ses finances publiques et celles indispensables au retour d’une reprise économique ».

Gaston Flosse a appelé à l’organisation d’un référendum sur l’indépendance. Oscar Temaru ne s’y est pas opposé, à condition de réserver le vote à ceux qui « ont au moins dix années de résidence » en Polynésie.

La demande de réinscription sera présentée par M. Temaru au forum des îles du Pacifique en septembre à Auckland.

Elaborée en 1946, cette liste compte 16 territoires : la Nouvelle-Calédonie (France), Tokelau (Nouvelle-Zélande), Sahara occidental (Maroc et République arabe sahraouie démocratique, autoproclamée), Samoa américaines, Guam, îles Vierges américaines (USA), îles Pitcairn, Anguilla, Bermudes, îles Vierges britanniques, Caïmans, Malouines, Gibraltar, Montserrat, Sainte-Hélène, Turques-et-Caïques (Royaume-Uni).
La Polynésie figurait sur la liste élaborée en 1946, mais en fut retirée l’année suivante.