Histoire coloniale et postcoloniale

Hommage à l’OAS au cimetière de Béziers

publié le 17 novembre 2008 (modifié le 14 septembre 2019)
Photo Olivier Got


M. Raymond Couderc
Sénateur-Maire de Béziers

Montpellier le 12 novembre 2008

Monsieur le Sénateur-Maire,

Nous effectuons cette démarche pour éviter que se perpétuent des « guerres » mémorielles, succédanées de vraies tragédies et pour que chacun puisse trouver la paix auprès de ses propres souvenirs.

Vous connaissez le débat qui agite le cimetière neuf de Béziers et au-delà, à propos d’un mémorial en rapport avec la guerre d’Algérie.

Nous reconnaissons tous les traumatismes de cette période quelles que soient les populations qui ont eu à les subir. Nous pensons même que beaucoup des protagonistes, Français d’ Algérie ou Algériens, ont été avant tout victimes d’un processus historique condamnable (la colonisation).

Il est temps de laisser les historiens travailler en toute sérénité et au-delà de tout affect, au demeurant respectable.

C’est pourquoi nous vous demandons de faire retirer de la stèle au fond du cimetière neuf de Béziers la plaque reproduisant les noms et photos de quatre membres de l’OAS avec l’intitulé « fusillés pour avoir défendu l’Algérie française ».

Nous reconnaissons par contre à tous ceux qui ont été acteurs ou victimes de ces différentes tragédies le droit de disposer de lieux de mémoire qui respectent pleinement la distinction entre sphère publique et sphère privée.

Cette lettre étant faite dans un souci d’apaisement, sera rendue publique.

Association nationale pour la protection de la mémoire des victimes de l’OAS (ANPROMEVO)
Association nationale des pieds noirs progressistes et leurs Amis (ANPNPA)
Association Républicaine des Anciens Combattants et Victimes de Guerre, et des Combattants pour l’Amitié, la Solidarité, la Mémoire, l’Antifascisme et la Paix de l’Hérault (ARAC)
Fédération de l’Hérault de la Ligue des droits de l’Homme
Section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme

De l’interdiction au tapis rouge pour Troise

par Arnaud Boucomont, Midi Libre, le 3 novembre 2008

De l’eau mais pas de vagues. Il a beaucoup plu hier lors du discours d’André Troise, délégué de la coordination nationale des Français d’Algérie, au point que l’orateur eut bien du mal à finir son discours d’hommage aux « morts en Algérie » devant la stèle OAS. Mais la mairie, de son côté, s’est bien gardée de le faire taire. La veille, elle avait même remplacé à la hâte une gerbe municipale volontairement déchiquetée lors des cérémonies officielles.

Pas de vagues. Hier à midi, à peine deux policiers municipaux très discrets et un représentant des renseignements généraux. « La consigne, c’est s’il y a un pépin, le 17 », expliquait en aparté l’un des policiers municipaux.

Le tapis rouge était donc déployé pour un André Troise qui s’attendait pourtant à être interdit de discours, et qui avait préparé deux textes : l’un « au sujet de l’arrêté municipal » interdisant toute prise de parole et toute manifestation ostentatoire dans le cimetière en ce week-end de Toussaint. L’ancien OAS considérant ces interdictions « comme une injure, une profanation, un délit et un crime ». Quelques gouttes de pluie tombèrent dès les premiers mots de l’ancien combattant. Signe que le temps allait se gâter ? Il se gâta vraiment, sur des airs de déluge, quand André Troise commença la lecture de son second texte, écrit pour protester contre ceux qui exigent la démolition de la stèle.

André Troise avait préparé des photocopies du texte en question, pour qu’il soit distribué. « Je pensais être arrêté, pendu (...). Je vois qu’on nous laisse faire. » Et l’ancien élu FN de s’en prendre au « cri perçant de charognard » de l’élu PCF Jean-Louis Bousquet, accusé de poursuivre le travail du « pouvoir dictatorial gaulliste » ayant « pourchassé, arrêté, torturé (...), exécuté les partisans patriotes de l’Algérie française ».

Une fois le discours terminé, la soixantaine de participants, parmi lesquels beaucoup de pieds-noirs et de militants politiques d’extrême droite – comme le chef de file du FN Alain Ricard ou le Lignanais Robert Sanchez –, quittaient les lieux en trombe. De l’eau, toujours, beaucoup d’eau.

Arnaud Boucomont

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La ville interdit toute revendication


par Arnaud Boucomont, Midi Libre, le 1er novembre 2008

Par arrêté municipal, la Ville de Béziers vient de décider d’interdire aujourd’hui et demain « toute prise de parole, hors la cérémonie officielle, et toute expression à caractère revendicatif notamment au moyen de banderoles, pancartes ou autres signes ostensibles à l’intérieur et aux abords du cimetière neuf à Béziers ».

L’arrêté est pris dans un contexte très tendu : à l’occasion de la Toussaint, André Troise, un ancien de l’OAS, avait décidé de lire un texte au vitriol ce dimanche (Midi Libre du jeudi 30 octobre), devant la stèle qui a fait tant de vagues ces dernières semaines à Béziers.

Et la rumeur prêtait à celui par qui le « scandale » est arrivé - le conseiller municipal et régional Jean-Louis Bousquet ayant dénoncé l’existence de cette stèle le mois dernier – une contre-manifestation.
Si le dernier intéressé cité dément tout projet de rassemblement face aux défenseurs de la mémoire des combattants de l’OAS, André Troise n’a quant à lui pas l’intention de se plier à la consigne municipale. Essaiera-t-il de s’exprimer malgré tout demain dimanche à midi ? « « Essayer », vous dites ? Je la prends la parole ! Vous avez vu quelqu’un m’interdire de parler, moi ?  » André Troise juge le texte de l’arrêté « très vague, il me paraît illégal ». Il s’étonne également qu’il ait été signé, non par le maire, absent de Béziers, mais par le quatrième adjoint Yves Dimur. Et André Troise d’y voir un rapprochement contre nature politique entre le chef de file biterrois du Nouveau centre Yves Dimur et le secrétaire de la section communiste héraultaise Jean-Louis Bousquet : « Bousquet et Dimur, ce sont deux frères de la même loge », insiste André Troise, allusion à l’appartenance maçonnique des deux élus.

Au chapitre politique encore, André Troise relativise les appels au calme du président national des comités de défense des Français d’Algérie et des agriculteurs rapatriés, le Biterrois Alain Algudo : « Il est sous la coupe de M. Dessy, de la Maison du pied-noir de Montpellier, lui même ami de Frêche, qui est bien copain avec Bousquet. C’est un bon pied noir, catalogué à gauche. Tandis que moi je suis catalogué à l’extrême droite ».

Alain Algudo, de son côté, explique prôner tout simplement l’apaisement : « Nos douloureuses épreuves devraient nous avoir appris à ne plus céder aux provocations, d’où qu’elles viennent. Chacun d’entre nous doit se faire un devoir de discrétion, justement dans ces circonstances particulières, pour le respect naturel dû au lieu et à tous ceux qui s’y recueillent ».

C’est également ce que dit la Ville, dans un communiqué de presse accompagnant l’arrêté municipal : la mairie justifie sa décision par « l’impérieuse nécessité de préserver la tranquillité et la sécurité publique (...) et tient à rappeler que le cimetière municipal est un lieu public qui ne saurait être le théâtre d’affrontements ou d’incidents ». « La paix civile doit y être préservée par respect des défunts qui y reposent et de leur famille », conclut la municipalité. Mais qui se chargera de faire taire André Troise ?

Arnaud Boucomont

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Le volet juridique du dossier reste à clarifier

[Midi Libre, édition du 30 octobre 2008]

Interrogée à plusieurs reprises sur le statut administratif et juridique de la stèle, l’historique et le respect des règles régissant l’accrochage des plaques sur les monuments du cimetière, la mairie de Béziers, malgré un travail de recherche dans ses archives, s’est, pour l’heure, limitée à des réponses politiques, précisant que « la stèle est privée ». Dans un document, auquel nous avons eu accès, la mairie relevait déjà, en date du 12 avril 1976, la présence sur cette stèle de l’Anfanoma de « trois plaques de monuments aux morts de Sétif ou de sa région rapatriés d’Algérie ». Celle de l’OAS n’a été accrochée qu’en 2003. Sa légalité sera-t-elle remise en cause ? Jean-Louis Bousquet a annoncé qu’il affinait son dépôt de plainte : « Mais j’irai jusqu’au bout ».

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Le discours prévu dimanche

[Midi Libre, édition du 30 octobre 2008]

« Le maire pourrait faire interdire les rassemblements devant cette stèle, où sont tenus des discours vengeurs, ça constitue un risque de trouble à l’ordre public. » La déclaration est signée Jean-François Gavoury, le fils du commissaire d’Alger tué par l’OAS ( Midi Libre du 9 octobre). La municipalité ne l’entend pas de cette oreille. Dimanche, le rassemblement organisé devant la plaque de l’OAS ne sera pas frappé d’interdiction. C’est André Troise, l’un de ses anciens membres, qui devrait prononcer une allocution. Midi Libre a eu accès à une ébauche du discours prévu. Celui-ci envisage, sous réserves d’éventuels changements, de procéder à un retour sur la guerre d’Algérie vue sous l’angle des partisans de l’Algérie française. Il devrait ensuite se livrer une charge à l’encontre de Jean-Louis Bousquet et des communistes, en glorifiant les « anciens OAS ». Rappelant l’émotion suscitée par la volonté d’enlever la plaque, assimilée à « une profanation » .



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L’affaire de la stèle dédiée à l’OAS va refaire surface ce week-end

par Manuel Cudel, Midi Libre, le 30 octobre 2008]

Une plaque du cimetière de Béziers a provoqué une vive polémique en octobre La Toussaint, samedi. Le Jour des défunts, dimanche. Ce week-end traditionnellement placé sous le signe de la mémoire et du recueillement verra-t-il rejaillir tensions et passions à Béziers ? La stèle de l’OAS est, en tout cas, au coeur de toutes les attentions, dans le cadre de la préparation des cérémonies du 1 er -Novembre. Celles-ci seront conduites, cette année, par Elie Aboud, en tant que député et remplaçant du maire, excusé. Il devra, à ce titre, dès 11 h, fleurir de nombreux monuments du cimetière, en passant, selon toute vraisemblance, dans le secteur de la désormais célèbre stèle de l’OAS, où aucun dépôt de gerbe ne sera organisé. Les services de l’hôtel de ville planchent donc actuellement
sur le protocole pour tenter de prévenir tout risque d’incident. Des contacts auraient déjà été engagés avec différentes associations. Un discret dispositif de sécurité pourrait également être mis en place samedi. Mais aussi dimanche... Ce jour-là, en effet, André Troise, ancien membre de l’OAS, appelle à un rassemblement devant la stèle qui est au coeur de la polémique, dans un communiqué, signé en tant que « délégué de la Coordination nationale des Français d’Algérie » . Son message : « Pieds-noirs, Harkis, anciens combattants et tout citoyen français sont invités, le 2 novembre, « Jour des défunts », à se rendre au cimetière neuf de Béziers à midi, avec enfants, parents et amis, munis d’une fleur pour la déposer devant la stèle d’AFN et se recueillir en mémoire de nos frères disparus qui n’ont plus de tombes en Algérie (...). Un vibrant hommage sera aussi rendu aux courageux et valeureux patriotes de l’Algérie française tombés au combat et à ceux assassinés (...). » Une réunion de préparation a récemment été organisée à Valras. De nombreux courriers ciblés auraient également été envoyés. Le but : offrir un relief tout particulier à la stèle, en la fleurissant abondamment.

Maurice Villard, le président du Cercle algérianiste qui serait, notamment, à l’origine de l’installation de la plaque dédiée à l’OAS, et Alain Aguldo, le président des Comités de défense des Français d’Algérie, ont annoncé qu’ils ne participeraient pas au rassemblement, préférant s’en tenir aux habituelles cérémonies des 26 mars et 5 juillet. Ils ont, en revanche, apporté leur contribution à l’opération « Stèle fleurie », dont ils soutiennent la démarche, en affichant leur volonté de voir la situation s’apaiser.

Quant au projet de rassemblement dominical « anti-OAS », dont on a beaucoup entendu parler, il n’aurait aucun fondement. Il aura en tout cas donné quelques sueurs froides à Béziers, cette semaine...


Manuel Cudel