Histoire coloniale et postcoloniale

Vous avez dit « identité nationale » ?

publié le 11 mars 2007 (modifié le 8 octobre 2019)

Fragments de l’identité nationale fançaise.

La lente invention des identités nationales

par Anne-Marie Thiesse [*]

A coups d’arguments historiques, qui remontent parfois à l’Antiquité ou au Moyen Age, nationalistes serbes et albanais se disputent la « propriété » du Kosovo. Tous semblent oublier que la nation est une création vieille d’à peine deux siècles qu’il fallut, au sens propre, « inventer » et ensuite consolider autour de mythes fondateurs et, souvent, à coup d’épurations ethniques.


Le regain récent des nationalismes en Europe reflète avant tout le retard du politique et la difficulté à forger de nouvelles identités collectives associées à un vrai projet politique.

« Les nations ne sont pas quelque chose d’éternel. Elles ont commencé, elles finiront. La confédération européenne, probablement, les remplacera. »
 [1] La prédiction de Renan, vieille de plus d’un siècle, serait sur le point de se réaliser si la situation politique du Vieux Continent, en cette fin de siècle, n’apparaissait comme contradictoire. Alors que l’Union européenne, entrant dans sa phase de maturité, inaugure le dépassement de l’Etat-nation, les revendications nationalistes se multiplient, non seulement dans l’ex-Europe communiste mais aussi à l’Ouest, comme en Espagne, en Belgique ou au Royaume-Uni.

Le projet novateur porté par l’Union apparaît menacé par un double danger : la carence d’identité européenne, qui contraste avec la vigueur des identités nationales, et la fragmentation en micro-nations. Si le véritable enjeu des élections actuelles est bien l’alternative entre une Europe supranationale et une Union d’Etats- nations, alors des questions cruciales doivent être clairement posées : comment, dans le premier cas, faire naître un « peuple européen » sur lequel fonder la souveraineté supranationale et comment, dans le second, déterminer le nombre et la composition des Etats-nations formant l’Union ?

Les nations sont beaucoup plus jeunes que ne le racontent leurs histoires officielles. Pas de nation au sens moderne, c’est-à-dire politique, avant la révolution idéologique engagée au XVIIIe siècle qui confère au peuple la légitimité du pouvoir. La nation est conçue comme une communauté large, unie par un lien qui n’est ni la sujétion à un même monarque, ni l’appartenance à une même religion ou à un même état social. La nation ne procède pas du prince, elle est indépendante des aléas de l’histoire dynastique ou militaire. Formidable subversion, qui va permettre l’entrée dans l’âge démocratique, mais en justifiant l’avenir par la fidélité au passé.

En effet, pour passer de l’Europe des princes à l’Europe des nations, il a fallu convaincre de disparates ensembles de population que, malgré leurs évidentes différences, ils avaient une identité et que celle-ci était le fondement d’un intérêt collectif. La chose n’allait pas de soi. En 1800, l’identité commune d’un Junker prussien et d’un artisan bavarois, d’un noble magyar et d’un paysan de ses domaines, d’un bourgeois florentin et d’un berger calabrais n’avait rien d’évident. Elle paraissait beaucoup moins assurée, en tout cas, que les identités fondées sur le statut social, la religion, l’appartenance à un espace local plus ou moins restreint. Pour faire naître les Allemands, les Hongrois, les Italiens, il a fallu précisément postuler une communauté de naissance et la continuité à travers les âges de la filiation.

Il est devenu usuel aujourd’hui d’opposer les conceptions « à la française » et « à l’allemande » de la nation, l’une fondée sur l’adhésion libre et rationnelle des individus à un collectif politique, l’autre privilégiant l’appartenance déterministe à un ensemble organique. L’une et l’autre ont cependant toujours été associées dans la construction des nations européennes, même si elles le furent inégalement selon les contextes politiques et sociaux. La récitation du « Nos ancêtres les Gaulois » et l’apprentissage d’une histoire nationale unitaire et bimillénaire gommant la disparité des histoires régionales ont été intimement associés, dans la formation des écoliers français, à l’enseignement de leurs droits et devoirs de citoyens.

Constructions parallèles

PARADOXALEMENT, ce qui rapproche peut-être le plus les Européens, c’est que leurs aïeux des deux derniers siècles ont travaillé en commun à fabriquer des identités nationales, toutes spécifiques, certes, mais similaires dans leur différence. On sait bien établir la liste des éléments symboliques et matériels que doit présenter une véritable nation : une histoire établissant sa continuité à travers les âges, une série de héros parangons des valeurs nationales, une langue, des monuments culturels, un folklore, des lieux de mémoire et un paysage typique, une mentalité particulière et des identifications pittoresques - costume, spécialités culinaires ou animal emblématique.

Les nations qui ont accédé récemment à la reconnaissance politique, et plus encore celles qui en sont encore à la revendiquer, témoignent bien, par la mise en avant systématique de tous ces éléments, du caractère prescriptif de la « liste identitaire ». Mais, en 1800, on n’en était qu’aux premières ébauches de la fabrication des « communautés imaginées » [2], pour reprendre l’expression de Benedict Anderson. C’est par l’observation mutuelle, l’imitation, le transfert d’idées et de savoir-faire que les intellectuels européens des différentes nations ont forgé, au cours du XIXe siècle, ce modèle commun de production des identités. La rédaction des premières histoires nationales d’inspiration libérale, la notion de monuments historiques, la conception des collectes ethnographiques, la peinture de paysages emblématiques sont issues de ce commerce symbolique.

La mise au point des langues nationales, progressivement substituées à la bigarrure des dialectes, a relevé également, pour l’essentiel, de procédures communes. Il y a eu même des opérations d’« assistance identitaire » à l’égard des nations présentant, de par leur situation politique, un déficit initial d’intellectuels autochtones : les lettrés allemands, français, anglais ou russes ont prêté leur concours à la fondation des identités nationales dans les Balkans se dégageant de l’Empire ottoman. La constitution d’un patrimoine culturel des Slaves du Sud et la formation du serbo-croate ont commencé avec l’appui de lettrés autrichiens et allemands, dont le célèbre philologue Jakob Grimm. L’érudit français Claude Fauriel, peu après le massacre de Chio (1822), s’est attaché à prouver que les Grecs modernes avaient bien une véritable identité nationale et un patrimoine culturel indubitablement hérité des Grecs de l’Antiquité. Cette sollicitude peut sembler étrange : mais c’est que dans une première phase, jusqu’en 1848 au moins, le combat pour la nation et la constitution des identités se confond en bonne part avec le combat pour la liberté et la modernité, contre l’absolutisme monarchique et les vestiges de la féodalité. Toute avancée faite ici ou là peut apparaître bénéfique à tous.

La perspective change lorsque la lutte semble sur le point d’être remportée, et les revendications d’Etats indépendants sur base nationale près d’aboutir. Un problème se pose alors concrètement : comment définir le territoire de la nation et fixer ses frontières ? A la différence des monarchies et des empires, les nations ne peuvent invoquer le droit de conquête. C’est seulement au nom de la possession du sol par les ancêtres qu’elles peuvent revendiquer un territoire. Une nation digne de ce nom ne se représente jamais comme agressive envers les nations voisines : elle ne fait que défendre son patrimoine inaliénable et son droit à la liberté, avec bonheurs et malheurs (ce qui explique que les nations puissent aussi bien commémorer leurs défaites que leurs victoires).

L’histoire, l’ethnographie, la philologie sont donc convoquées pour établir les titres de propriété nationale sur des territoires qui, au fil du temps, ont vu coexister ou se succéder des populations différentes. Comme l’indiquait avec irritation l’anthropologue Marcel Mauss à propos des controverses qui eurent lieu au moment du redécoupage de l’Europe, après la première guerre mondiale, « il est presque comique de voir des faits de folklore mal connus, mal étudiés, invoqués devant la conférence de la paix comme preuve que telle ou telle nation doit s’étendre ici ou là parce qu’on y retrouve encore telle ou telle forme de maison ou tel bizarre usage »
 [3]. Les conflits sont d’autant plus inextricables qu’il est difficile, selon le principe national, de poser une date de prescription en matière d’ancienneté d’occupation du territoire : ce serait avaliser la prise de possession par un envahisseur ou bien par un peuple tiers profitant de l’abandon forcé du sol par ses occupants antérieurs.

Les nationalistes serbes accusent les Albanais de s’être installés au Kosovo en tirant parti de la défaite du royaume serbe face à l’Empire ottoman. Réponse des nationalistes albanais : leurs propres ancêtres, désignés comme fondateurs de leur nation, les Illyriens, occupaient le terrain des siècles avant les invasions slaves dans la péninsule balkanique. La surenchère dans l’antériorité de présence des aïeux a fini même au XXe siècle par faire entrer l’archéologie et l’anthropologie physique dans les sciences à possible usage nationaliste (comme on l’a vu au Proche-Orient, dans le débat qui oppose Israéliens et Palestiniens). Elles ont été enrôlées, entre autres, dans l’affrontement portant sur les véritables possesseurs de la Transylvanie. Les Roumains se sont donné pour grands ancêtres les Daces, romanisés après leur défaite devant les armées impériales et immortalisés sur les bas-reliefs de la colonne Trajane. La construction de l’identité roumaine a d’ailleurs particulièrement mis en avant la latinité de la langue, épurée de ses éléments slaves, et transcrite à partir de 1848 en alphabet romain. Alors que les Roumains insistent sur l’occupation ininterrompue et bimillénaire par leurs aïeux d’un territoire incluant la Transylvanie, les Hongrois contestent la continuité entre Daces et Roumains et soulignent que la présence de Roumains en Transylvanie n’est attestée que plusieurs siècles après l’installation des ancêtres des Hongrois. La « guerre des Daces », commencée il y a deux siècles, se poursuit dans les publications académiques et sur sites Internet.

De la première guerre mondiale est née la Société des nations, de la seconde l’Organisation des Nations unies : nations et non pas Etats. Car la nation est, au XXe siècle, tenue pour le seul fondement légitime de l’Etat, sur l’ensemble de la planète. Les combats contre les colonisateurs européens ont été menés par des fronts ou des mouvements de libération nationale, et toute revendication sécessionniste au sein d’un Etat passe désormais par la proclamation d’existence d’une nation spécifique et opprimée.

Pourtant, la constitution des Etats-nations est confrontée à un problème majeur : comment, justement, faire coïncider Etat et nation ? Précisons que le « principe des nationalités », régulièrement invoqué depuis le XIXe siècle pour attester d’un découpage politique de l’espace sur base démocratique, est une formule d’éthique universelle séduisante qui masque les rapports de force économiques et militaires à l’oeuvre dans la formation des Etats. Au demeurant, quand bien même ce principe serait respecté, la question ne serait pas résolue pour autant. Tout espace étatique est, a priori, hétérogène, rassemblant des populations qui peuvent se réclamer d’appartenances nationales diverses.

Mais des solutions existent pour homogénéiser nationalement l’Etat. La plus violente consiste à expulser ce que l’on appelle les minorités nationales. Les tragiques « épurations ethniques » dans l’ex-Yougoslavie sont les plus récents exemples de ces opérations qui ont été utilisées fréquemment au cours du siècle : que l’on songe aux « échanges » massifs de population entre Grèce et Turquie après la première guerre mondiale, à l’exclusion des Allemands des Sudètes de la Tchécoslovaquie après la seconde - en réponse à la revendication et à l’annexion de la région par les nazis -, et, surtout, à l’exécution hitlériennne d’une Allemagne Judenrein. Les extrêmes droites contemporaines n’hésitent pas, d’ailleurs, à s’inscrire dans cette continuité quand elles réclament l’expulsion des populations immigrées comme opération de salut national.

Mais d’autres entreprises ont été menées pour réaliser l’homogénéité nationale des Etats. Elles ont consisté à nier l’existence de nations diverses au sein de l’Etat, par des politiques utilisant, selon les cas, coercition ou inculcation du sentiment d’appartenance à une unité. La coercition est allée souvent de pair avec l’absence d’un fonctionnement démocratique, fût-il minimal, au sein de l’Etat : « magyarisation » forcée des minorités slaves dans la partie hongroise de l’Empire austro-hongrois après le compromis de 1867, répression des revendications d’autonomie régionale dans l’Espagne franquiste, ou, plus récemment, « bulgarisation » forcée, portant jusqu’aux patronymes, de la minorité turque par le pouvoir communiste agonisant de Sofia.

L’inculcation du sentiment d’unité nationale, dans les Etats démocratiques, physiquement moins brutale, a fait l’objet d’une vaste et longue pédagogie de masse. L’école, bien sûr, a été la pièce maîtresse de ce dispositif, mais il s’est étendu à l’ensemble de la vie quotidienne des individus, dans les activités les plus ordinaires aussi bien que les loisirs (sportifs, notamment) et les fêtes publiques qui se multiplient au XXe siècle et mettent en scène la célébration de l’identité collective. L’unification n’implique pas alors la négation de la diversité mais elle établit une intégration hiérarchisante : tout ce qui est sur le territoire de l’Etat relève de la nation, et toute particularité locale n’a de sens et de légitimité que dans ce cadre.

Des tentatives ont été faites, au XIXe siècle, pour construire des identités nationales en Bretagne ou dans les pays d’oc, et elles ont bien suivi le modèle européen commun (codification de la langue, écriture d’une histoire continue et spécifique, valorisation de monuments culturels et historiques). Le contexte économique, politique et social étant peu propice à leur réussite, elles ont été reformulées dans le cadre de l’Etat-nation français comme identités régionales, composantes estimables de l’identité nationale mais subordonnées à elle
 [4]. La violence qui s’exerce dans ce dernier cas d’homogénisation du national est plutôt d’ordre symbolique puisqu’elle passe non par l’éradication des identités locales mais par leur déclassement. Qu’elle puisse être dénoncée, à la fin du XXe siècle, comme opération de « génocide culturel » appelant réparation est l’un des signes d’une crise de confiance générale sur la capacité des Etats-nations existants à garantir les droits des citoyens.

La nation a été conçue comme une fraternité laïque, tout à la fois instance protectrice, porteuse d’exigences démocratiques, et idéal suprême justifiant au besoin qu’on lui sacrifiât sa vie. Cependant, la révolution industrielle, dont les prémisses sont contemporaines de la naissance du principe national, a fait naître de nouveaux groupes sociaux et des aspirations politiques concurrentes. Une nouvelle identité collective a été construite à partir du milieu du XIXe siècle : l’internationalisme sur base de classe contre l’union nationale sur base interclasses. De cet antagonisme qui constitue l’un des axes principaux de l’histoire européenne du XXe siècle, il semble que la nation soit sortie victorieuse. Echec sans doute des tentatives faites pour substituer au capitalisme un autre mode de production. Mais puissance aussi de l’idée nationale comme communauté solidaire assurant à chaque individu une place qui ne soit pas déterminée exclusivement par son statut économique.

C’est dans le cadre des Etats-nations démocratiques qu’ont pu être menés les combats pour l’obtention de droits nouveaux des citoyens, garantis par la puissance publique, et une relative redistribution des richesses. Du coup, lorsque, à la fin du XXe siècle, la mondialisation du capitalisme restreint le contrôle des Etats sur la production des richesses et leur répartition, la nation apparaît comme un refuge, sa disparition une terrible menace pour la cohésion sociale et les conditions d’existence des plus démunis.

Alors que le nationalisme avait été discrédité par les effroyables massacres dont l’Europe fut le théâtre durant les deux guerres mondiales, l’attachement au national connaît un puissant retour de flamme. Et les micro- nationalismes occidentaux qui surgissent au sein d’Etats-nations constitués expriment sans doute la croyance qu’une refondation étatique sur la base d’une nation plus « authentique » permettra de mieux garantir les intérêts et les droits des citoyens - surtout, d’ailleurs, si la micro- nation dispose sur son territoire d’un fort potentiel économique. Notons d’ailleurs que le respect du droit des nations à l’indépendance étatique, assez peu observé jusqu’à présent, peut favoriser le surgissement d’une quantité encore imprévisible de petites nations - et de minorités nationales - sur le Vieux Continent : le mode de construction d’une identité nationale est suffisamment au point pour être mis en oeuvre rapidement, comme en témoigne, en Italie, l’invention de la Padanie par M. Umberto Bossi.
Retard du politique

DANS l’Europe ex-communiste, l’effondrement soudain du système a posé en urgence la reconstitution d’un lien social à partir duquel rebâtir la société civile, poser la notion d’intérêt collectif et définir la légitimité du pouvoir. Le recours à l’idée nationale était mobilisable à cette fin, dans une perspective démocratique. Mais il s’est révélé tout aussi utilisable pour une fuite en avant, où l’exacerbation des haines nationalistes permettait de masquer les désastres économiques, la criminalisation de la vie publique et l’appauvrissement dramatique de la population. Catastrophe préparée d’ailleurs par les dernières décennies des pouvoirs communistes, qui avaient entrepris de dévoyer les revendications de démocratisation en excitant les passions nationalistes, au point qu’on a pu parler, notamment pour la Roumanie de Ceausescu ou l’Albanie d’Enver Hoxha, de régimes nationaux-communistes
 [5].

Les nations ne sont pas éternelles. La vigueur actuelle des nationalismes marque peut-être plutôt le retard du politique sur l’économique. La nation, dans son sens moderne, est apparue alors que s’engageait une profonde mutation économique et technologique. Elle a été la force de cohésion qui a permis d’élaborer une organisation politique et sociale à la mesure de changements qui ont bouleversé totalement le mode de vie des populations. Une autre mutation radicale s’amorce, pour laquelle la nation n’est sans doute plus appropriée. Cela n’a rien de tragique, à condition qu’une nouvelle force de cohésion garante de démocratie vienne la remplacer. Celle-là ne sera pas produite automatiquement par les futures formes de la vie économique. La soumission aux forces du marché, on veut le croire, n’est d’ailleurs pas le destin auquel nous sommes condamnés. L’histoire des nations montre bien que la formation d’une identité collective est une construction militante, associée à un projet politique.

Anne-Marie Thiesse
Le Monde diplomatique, juin 1999

[*Anne-Marie Thiesse est auteure de La Création des identités nationales : Europe XVIIIe-XXe siècle, édition Le Seuil, Paris, 1999 ; rééd. Points-Seuil.

[1Ernest Renan, « Qu’est-ce qu’une nation ? », conférence faite en Sorbonne le 11 mars 1882.

[2Benedict Anderson, L’Imaginaire national, La Découverte, Paris, 1996.

[3Marcel Mauss, « Nations, nationalités, internationalisme », dans OEuvres, Minuit, Paris, 1969.

[4Cf. Anne-Marie Thiesse, Ils apprenaient la France. L’exaltation des régions dans le discours patriotique, Editions de la Maison des sciences de l’homme, Paris, 1997.

[5Cf. Pierre Cabanes et Bruno Cabanes, Passions albanaises, de Berisha au Kosovo, Odile Jacob, Paris, 1999, et Catherine Durandin, Histoire des Roumains, Fayard, Paris, 1995.