communiqué de la LDH

Pour la LDH : « ministère identitaire, discours identitaire »

publié le 11 novembre 2009 (modifié le 6 juin 2019)

Pour la Ligue des droits de l’Homme, le “débat” sur “l’identité nationale” est une opération de communication électorale en direction de l’extrême droite, qu’elle ne saurait cautionner en aucune manière.


[Mise en ligne le 9 novembre 2009, complétée le 11 novembre 2009]



Communiqué LDH

Paris, le 9 novembre 2009

Ministère identitaire, discours identitaire

La Ligue des droits de l’Homme continue à tenir pour contraire aux valeurs de la République l’existence même d’un ministère chargé de la gestion de « l’identité nationale », significativement associée à celle de l’immigration.

Elle considère comme une opération de communication électorale en direction de l’extrême droite la campagne préfectorale de propagande identitaire lancée par le successeur de Brice Hortefeux. Dans un Etat démocratique, il n’appartient ni aux ministres ni aux fonctionnaires d’autorité de tracer le portrait des « bons Français » et de ce qui les caractérise, pas plus que de convoquer à cet effet des réunions labellisées par le gouvernement.

La LDH ne saurait donc cautionner en aucune manière cette récupération officielle de la « lepénisation des esprits ».

Débattre de l’identité nationale ?

par Michel Tubiana, président d’honneur de la LDH


Laurent Joffrin a raison. Débattre de ce que signifie être français n’a rien de scandaleux. Mais débattre de « l’identité nationale » à l’initiative du gouvernement, est-ce la même chose ? [1]

Le dictionnaire nous dit que le mot identité se définit par « ce qui fait la particularité…d’un groupe ». Synonyme : semblable. Antonyme : altérité. Réfléchir à ce qui fait que quelques dizaines de millions de personnes adhèrent, au-delà d’une simple définition géographique, à une communauté est d’une autre nature que de définir ce qui serait les traits d’une « identité nationale ». La première approche fait place à la singularité de chacun, aux histoires et aux appartenances multiples, individuelles et collectives. En deux mots, au changement et à la liberté. La seconde approche, c’est déjà imposer la solution : une définition à laquelle chacun doit se plier. Et il n’est pas neutre que ce soit un gouvernement et spécifiquement celui-ci qui lance, de cette manière, la controverse.

Lorsqu’un pouvoir, quelle que soit sa couleur, se mêle de vouloir définir l’âme d’une société, la méfiance doit être la règle. Si l’instance politique n’est pas étrangère, par principe, à ces débats, puisqu’elle porte une vision de la société, elle ne bénéficie d’aucune préséance et encore moins du pouvoir d’en tirer les conclusions. Tout au contraire, parce que ce qui nourrit ce débat relève de sphère multiples qui recouvrent tous les savoirs et toutes les strates sociales, parce qu’il n’est nul besoin qu’il s’en dégage une conclusion, parce que toutes les positions, même minoritaires, y ont leur place, le gouvernement, d’où qu’il vienne, est l’instance la moins légitime pour mener ce débat et, encore plus, pour le conclure. Et peu importe qu’il s’en dégage une (des) majorité(s) et une (des) minorité(s). Un tel examen ne saurait servir à dégager une doxa. A cela s’ajoute que venant de ce gouvernement, tout est à craindre.

On ne s’attardera pas sur la proximité des élections régionales ou sur les aboiements d’un Front National qui se définit de plus en plus comme le concurrent idéologique du président de la République, ce qui en dit long sur le déport de ce dernier. Jeux politiques détestables mais devenus récurrents. On peut, en revanche, s’attarder sur les fondements idéologiques d’une politique, dénuée d’éthique, qui va de la xénophobie d’Etat à l’injustice sociale, qui inscrit l’homme africain hors de l’histoire, ou qui fait de chaque fait divers le prétexte d’un peu plus de police et d’un peu moins de justice.

Sauf à se contenter du plus petit dénominateur commun que constituent la forme républicaine des institutions et le suffrage universel, fondement de la démocratie, les valeurs portées par ce gouvernement ne sont pas les miennes : bien plus qu’un débat faussé sur « l’identité nationale », nous avons besoin de mener la confrontation entre des valeurs qui ont, depuis presque toujours, partagé notre pays. A défaut, nous laisserions croire que tout se vaut.

Paris, le 10 novembre 2009

[1Voir la tribune de Laurent Joffrin, publiée dans Libération le 27 octobre 2009, « Il y a aussi du rouge dans le drapeau tricolore » .