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nouvelles pressions à l’approche de la sortie du film “Hors la loi”

mardi 7 septembre 2010, par la rédaction

Un certain nombre d’associations qui avaient manifesté en mai dernier contre la présence du film Hors la loi de Rachid Bouchareb au Festival de Cannes, en raison d’une séquence de quelques minutes évoquant les massacres de Sétif en mai 1945, font à nouveau pression sur France Télévisions à la veille de la sortie du film en salles le 22 septembre.

Selon l’hebdomadaire Le Point daté du 25 août 2010, elles ont sollicité le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel qui a écrit aux dirigeants de France Télévisions pour leur demander d’organiser un débat au moment de cette sortie. L’hebdomadaire relève que cette surprenante intervention n’entre pas dans le cadre des attributions du CSA. Le “lobby algérianiste”, qui annonce, par ailleurs, vouloir troubler la diffusion commerciale de ce film, était déjà intervenu auprès du CSA et de la direction de France 3 à la suite de la diffusion sur cette chaîne du documentaire Les Porteuses de feu le 26 janvier 2008.

"Hors la loi" : le CSA réclame un débat sur France Télévisions

par Emmanuel Berretta, Le Point.fr, le 25 août 2010 à 15:11 [1]


La polémique née du film Hors la loi de Rachid Bouchareb repartira-t-elle de plus belle, lorsque, le 22 septembre prochain, le film sera projeté dans les salles de France ? Le CSA, lui, en est convaincu et, sensibilisé par l’association des rapatriés d’Algérie, Recours-France, il a réclamé aux dirigeants de France Télévisions d’organiser un débat. La lettre, signée de Michel Boyon, le président du CSA, est parvenue aux dirigeants du groupe public début août... Le Point en a pris connaissance dans son intégralité.

[...] Cette lettre pose quelques questions. Pourquoi un débat sur France Télévisions et pas ailleurs ? Michel Boyon justifie cette initiative, car ce sont les filiales cinéma de France 2 et France 3 qui ont financé, en partie, le long-métrage de Rachid Bouchareb. Lors d’une séquence de quelques minutes située au début du film, le cinéaste présente une version controversée (pour ne pas dire erronée) des massacres de Sétif de mai 1945.

Le CSA sort de son rôle habituel

Il est rarissime que le CSA sorte de son rôle habituel. En effet, la loi audiovisuelle de 1986 sur la "liberté de communication" n’autorise pas l’instance de régulation à agir en amont de la diffusion des programmes. Le CSA est compétent a posteriori sur des domaines précis (atteinte à la dignité humaine, protection de l’enfance, temps de parole politique...) et ne possède pas, a priori, de droit d’ingérence dans la ligne éditoriale des chaînes. Ici, l’affaire est encore plus extraordinaire puisque le film de Rachid Bouchareb ne sera pas diffusé sur les antennes publiques avant plusieurs années. Et Canal+, autre financier du film, sera surtout le premier diffuseur. À notre connaissance, Canal+ n’a pas reçu de courrier du CSA. [...]

France 2 avait prévu d’accompagner la sortie du film Hors la loi par la diffusion, le jeudi 23 septembre, d’un documentaire intitulé La Guerre secrète du FLN en France de Malek Bensmail. En effet, le vrai sujet du film ne porte pas sur les massacres de Sétif, mais sur la lutte fratricide à laquelle se sont livrés les deux mouvements indépendantistes algériens (FLN et MNA) sur le sol français et qui s’est soldée par la liquidation des musulmans refusant la lutte armée prônée par le FLN. Dans Hors la loi (que nous avons pu visionner après le Festival de Cannes), Rachid Bouchareb fait oeuvre de fiction. Il est important de le rappeler afin que les esprits s’apaisent. Son intention dramatique consiste au début du film à justifier la rage anticoloniale de ses héros. Il ne s’attarde pas sur les détails des massacres de Sétif (qui a commencé ? combien de morts européens, combien de morts musulmans ?) et en présente une version où son héros - Jamel Debbouze - assiste, en effet, à une boucherie anti-arabe. Cette version rapide des événements tragiques de Sétif n’est qu’une manière de tendre le ressort de l’intrigue. Ni plus, ni moins. Aux historiens de faire la lumière la plus complète sur cette période sombre de l’après-guerre.

Emmanuel Berretta


Le précédent des Porteuses de feu

Suite à sa sollicitation en 2008 par l’association Recours France qui estimait que le documentaire Les Porteuses de feu faisait « l’apologie du terrorisme », le Conseil Supérieur de l’Audiovisuel s’était contenté de prendre une « décision » disant que ce documentaire « ne semblait pas constituer une incitation au terrorisme ou une apologie des crimes de guerre ». Et il donnait acte de la rencontre entre une délégation du lobby algérianiste avec France 3 et de la proposition de la directrice de la chaine de « de collaborer avec les rapatriés pour de futurs programmes sur la guerre d’Algérie » [2] :

Décision du CSA

Documentaire Les Porteuses de feu sur France 3 : lettre à Recours France

[Date de publication sur le site du CSA : 18 décembre 2008]


Le Conseil a été saisi par l’association Recours France (Rassemblement et coordination des rapatriés et spoliés d’outre-mer) à propos du documentaire Les Porteuses de feu diffusé par France 3 le 26 janvier 2008. L’association estime que ce programme, consacré aux combattantes du FLN qui posaient des bombes lors de la guerre d’Algérie, faisait l’apologie du terrorisme en n’évoquant pas les victimes des attentats et en ne leur donnant pas la parole.

Tout en regrettant l’absence d’évocation des victimes, le Conseil a estimé que ce documentaire ne semblait pas constituer une incitation au terrorisme ou une apologie des crimes de guerre. Il a cependant pris acte de la proposition de France 3 de collaborer avec les rapatriés pour de futurs programmes sur la guerre d’Algérie.

En effet, suite à un premier entretien avec M. Renaud Bachy, président de la Mission Interministérielle aux Rapatriés, qui lui avait fait fait part des protestations d’associations de rapatriés et de familles de rapatriés à propos de la diffusion des Porteuses de feu, le 26 janvier 2008, Geneviève Giard, directrice générale de la chaîne Fr3, avait reçu le 29 avril une délégation de représentants d’associations de rapatriés d’Algérie.

Voici le compte rendu de la rencontre de ce lobby algérianiste avec la direction de la chaîne tel qu’il apparaît sur le site de la Mission Interministérielle aux Rapatriés [3] :

Sur le site de la Mission Interministérielle aux Rapatriés

[Date de publication sur le site de la MIR : 6 mai 2008]


A la demande du président de la Mission Interministérielle aux Rapatriés, la Directrice de France 3 a reçu une délégation de Rapatriés le 29 avril 2008 pour exprimer leur incompréhension après la diffusion de l’émission les « porteuses de feu ».

Une délégation du Haut Conseil des Rapatriés, conduite par le Président Yves Ködderitzsch accompagné par le Vice-président Philippe Nouvion et MM. Denis Fadda, Aziz Meliani et Yves Sainsot [4], a été reçue par Mme Geneviève Giard, directrice générale de la chaîne FR3, pour évoquer l’émission "les porteuses de feu" diffusée les 26 et 31 janvier 2008.

Les membres du Haut Conseil ont exprimé l’incompréhension, l’indignation voire la colère des Français rapatriés d’Algérie devant le rappel détaillé d’actes criminels commis par de jeunes femmes à l’encontre d’autres jeunes gens, de mères de famille et d’enfants, sans qu’aient été prises en compte la douleur et les souffrances occasionnées par ces attentats.

Il a été réaffirmé que ces actes criminels, dont certains membres du Haut Conseil ont personnellement souffert, ne peuvent en aucun cas faire l’objet d’une présentation favorable telle qu’elle ressort de cette émission.

Mme Giard a souligné le caractère de documentaire historique de l’émission, qui doit être apprécié dans le cadre d’ensemble de la mission de service public de la chaîne et aussi les difficultés de réalisation en raison de la sensibilité toujours attachée à ces pages de notre histoire.

Elle a rappelé l’objet et les conditions de réalisation de l’émission, déjà précisées par Mme Marie-Laure Augry dans l’émission de médiation de la chaîne, et précisé que les droits appartiennent à une société extérieure au groupe France Télévisions.

Bien qu’elle veille toujours à agir dans le respect de ses obligations de service public, FR3 reconnaît avoir certainement manqué de vigilance en ne portant pas suffisamment attention à la douleur et à la souffrance toujours actuelle des victimes. Il a été admis que cette émission a été une erreur.

Mme Giard a demandé au Haut Conseil de se faire l’interprète de FR3 auprès des Français rapatriés en transmettant les explications données et de prier les personnes blessées par l’émission de bien vouloir accepter les excuses de la chaîne pour les blessures ravivées bien involontairement.

S’agissant de l’avenir, pour les émissions programmées sur le thème de la guerre d’Algérie, FR3 veillera avec soin au bon équilibre de ses émissions. La chaîne s’est engagée à associer plus en amont acteurs, témoins et victimes des évènements.

De leur côté, les membres du Haut Conseil ont affirmé leur souhait d’une relation apaisée avec l’Algérie et leur profond attachement à ce pays qui reste le leur. Ils ont signalé quelques initiatives montrant que les relations et le dialogue n’ont pas été interrompus, y compris entre combattants des deux camps.

Par ailleurs, ils ont souhaité que FR3 puisse prendre l’attache des victimes directes des attentats qui lui ont été signalées ou qui se sont manifestées directement auprès d’elle.


Le “lobby algérianiste” n’en est pas à sa première intervention auprès des chaînes de télévision !


[4[Note de LDH-Toulon] – Yves Ködderitzch est président du HCR, Philippe Nouvion secrétaire général de RECOURS France, Boussad Azni vice-président du HCR, et président du Comité national de liaison des harkis et de l’association fils de harkis, Yves Sainsot président de l’ANFANOMA, et Denis Fadda président du Clan-R.