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nombre alarmant de tentatives de suicide au centre de rétention de Marseille

dimanche 12 octobre 2008

Des médecins de l’assistance publique de Marseille en charge de la santé au centre de rétention administrative du Canet à Marseille font part du taux élevé de tentatives de suicide parmi les étrangers en situation irrégulière retenus dans ces locaux de police nationale.
Trente-sept actes d’auto-agression - pendaisons, scarifications, ingestion de fourchette, lames de rasoir, écrous... - ont été enregistrés parmi les 3 132 étrangers ayant été retenus en 2007, et ce uniquement au cours des heures de présence de l’équipe médicale, de 8h à 18h. Au cours de la même année, une seule tentative a été enregistrée à Lyon et trois dans le centre de rétention de Nice où 1 600 personnes ont été retenues.

Le centre du Canet, une prison qui ne veut pas dire son nom, avait remplacé en juin 2006 le tristement célèbre centre d’Arenc.
En décembre 2006, un jeune Turc de 22 ans s’y était suicidé.

Les cours de promenade du centre du Canet sont couverts de filins anti-évasion. Photo P. Magnien

Le nombre de tentatives de suicide des étrangers alarme les médecins

par Luc Leroux, La Provence le 11 octobre 2008 à 14H48

Les assises des unités médicales des centres de rétention administrative, réunies à La Timone à Marseille, ont sonné l’alarme sur la situation du centre marseillais du Canet. Ces actes d’auto-agression - pendaison, scarifications ou ingestion de lames de rasoir, fourchette, écrous- s’expliquent, selon Anne Galinier, chef du service de médecine pénitentiaire de l’AP-HM, par "des conditions de rétention extrêmement anxiogènes".

Comme à la prison de Metz, analyse-t-elle, "ces actes sont la manifestation d’un mécontentement. En aucun cas, il ne s’agit d’un chantage, juste un moyen de se faire entendre". Une part de ces actes s’explique également par la maladie mentale et "la très grande souffrance d’hommes totalement désespérés de se trouver dans cette situation". Comme aux Baumettes, les soins sont assurés au Centre du Canet par des médecins de l’assistance publique. Ceux-ci confient leur sentiment d’y jouer un rôle d’"alibi social".

"On entend dire : l’hôpital est là donc tout va bien, déclare Anne Galinier, mais si ce qu’on voit n’est plus supportable, nous nous interrogerons sur l’exercice de notre droit de retrait". Le secrétaire général de l’AP-HM, Christian Rossi, a appelé à "garder le cap de l’éthique dans un secteur particulier".

L’enfermement d’enfants avec leurs parents en situation irrégulière choque le monde médical. Ce taux d’actes auto-agressifs s’explique selon le Dr Djawad Guerroudj, médecin au Cra de Marseille, par "l’absence de libre circulation dans les locaux", alors qu’elle est prévue par les textes et serait la règle dans d’autres centres de rétention.

"Les personnes retenues sont cantonnées dans les peignes (terme utilisé pour les quatre unités d’hébergement). Les parloirs avec les familles sont limités de façon importante. Le caractère ultramoderne du centre fait dire à ceux qui ont connu la détention en milieu pénitentiaire que c’est pire que la prison". Dans un rapport remis cet été à Brice Hortefeux, ministre de l’Immigration, la commission de contrôle des centres de rétention et zones d’attentes, expliquait la lourdeur de l’ambiance dans certains établissements par une architecture sécuritaire des bâtiments.

Contrairement aux agents pénitentiaires, les policiers qui assurent la surveillance des Cra ne bénéficient pas de formation spécifique. "Au Canet, lorsqu’un retenu fait une tentative de suicide, on le met dans une cellule d’isolement, équipée d’une caméra afin qu’il ne réitère pas son acte, indique le Dr Guerroudj. Aux Baumettes, on le cocoone, on le place avec d’autres détenus". L’accès à l’infirmerie est au coeur des préoccupations du corps médical.

À Nice, il faut taper à la porte de la salle commune. À Marseille, une escorte policière est nécessaire pour toute visite aux infirmières. "Ce n’est pas prouvé, indique le Dr Patrick Ohayon, président de la Fédération des unités médicales, mais j’ai le sentiment que plus l’accès à l’infirmerie est difficile, plus le nombre d’actes d’automutilation croît".

Luc Leroux