Histoire coloniale et postcoloniale

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les harkis, qui étaient-ils ?

juillet 2003, par la rédaction

"Les harkis étaient ces supplétifs de l’armée française qui avaient choisi de se battre avec elle contre les nationalistes algériens. A la fin de la guerre, la France les a abandonnés. En Algérie, ils furent l’objet de massacres, les familles des combattants n’étant pas épargnées. Ceux qui avaient gagné la France furent traités en parias, abandonnés dans des sortes de camps d’internement, sans le moindre soutien économique ou social. Ils ont été marginalisés, frappés d’ostracisme, victimes du racisme, comme si la France les reniait, en avait honte, après les avoir utilisés." [1]

"Tout aussi colonial est le parcage des "harkis", longtemps après 1962, dans des camps éloignés des villes, et leur soumission à une autorité héritée des anciens rouages. Il en est résulté cette fabrication, sans précédent non plus, d’une sorte d’ethnie enfermée dans son origine et reproduite jusqu’à la troisième génération, voire, si l’on n’y met pas fin, à la quatrième !" [2]

Les harkis : quarante ans d’oubli. [3]

400 000 personnes. Les populations désignées aujourd’hui comme " harkis" ou " Français musulmans " correspondent à l’ensemble des musulmans rapatriés qui se sont battus du côté de la France pendant la guerre d’Algérie, ainsi qu’à leurs descendants, soit une population évaluée à environ 400 000 personnes.

Des supplétifs pro-Français. Pendant la guerre d’Algérie, l’armée française comptait des appelés et des engagés musulmans ; elle a aussi recruté des supplétifs sous contrat mensuel sans statut militaire. Certains étaient rétribués de façon modique comme les harkis, les moghaznis (policiers) et les " groupes mobiles de sécurité "(assimilés aux CRS). D’autres étaient bénévoles, comme les hommes des groupes d’autodéfense formés dans les villages. En mars 1962, la France évaluait à 263 000 le nombre total de musulmans pro-Français menacés, nombre incluant 50 000 élus, anciens combattants et fonctionnaires.

Des motivations multiples. Souvent présenté comme un choix patriotique, l’engagement des harkis, paysans illettrés pour la plupart, obéissait à des motivations multiples : pression des notables et de l’armée française, attachement à l’ordre, sévices du FLN, rivalités villageoises et volonté de vengeance, besoin alimentaire ou option politique.

Abandonnés en 1962. Les accords d’Evian, qui scellent l’indépendance de l’Algérie, ne prévoient aucune protection à l’égard des harkis. Le gouvernement Debré donne alors l’ordre de dissoudre les unités supplétives. Le ministre des affaires algériennes, Louis Joxe, menace de sanctions ceux qui aident les " rapatriements prématurés ". Entre 30 000 et 150 000 supplétifs sont massacrés en Algérie. Seuls 20 000 sont ramenés en France.

Des camps en France. Souvent regroupés dans des camps ou des " hameaux forestiers " isolés, les harkis rescapés ont vécu avec leurs familles dans des conditions précaires qui ont perpétué leur exclusion, avec un taux de chômage très élevé parmi leurs enfants.

L’indemnisation. A chaque mouvement de révolte des enfants de harkis, depuis 1975, les gouvernements ont répondu en commandant des rapports, mais l’indemnisation, engagée dans les années 1970 pour les pieds-noirs, n’a été instaurée qu’en 1994 dans une loi qui exprime la " reconnaissance " de la République française " pour les sacrifices (...) consentis ". Ce texte, silencieux sur les responsabilités politiques, a alloué à 15 000 familles une allocation forfaitaire de 110 000 francs. En 1999, une rente viagère de 9 000 francs par an pour les harkis âgés de plus de soixante ans dotés de faibles revenus a été instaurée.

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Les Harkis : sept questions sur un abandon [4]

1) Qui étaient les harkis ?

Le terme harka (mot arabe signifiant "mouvement") désignait les unités supplétives formées à l’échelon des « quartiers », à partir de groupes civils d’autodéfense équipés d’armements défensifs, parfois promus « commandos de chasse ». Pour l’état-major de 1’armée française, tirant les leçons de la guerre d’Indochine, il s’agissait d’essayer de tenir le terrain en s’attirant le soutien et la collaboration des populations locales contre les entreprises de l’ Armée de libération nationale.

Outre les harkis, les forces supplétives engagées aux côtés des troupes française comprenaient des groupes de moghaznis (éléments de police), constitués à l’échelon des localités et placés sous les ordres des chefs des sections d’administration spécialisées (SAS), ainsi que des unités civiles chargées de protéger certains édifices et de veiller à l’ordre public, les « groupes mobiles de protection rurale » (GMPR), dénommés plus tard « groupes mobiles de sécurité » (GMS) et assimilés aux CRS.

2) Comment étaient-ils recrutés ?

L’affirmation selon laquelle tous les harkis furent « volontaires » appelle des nuances. Le général Maurice Faivre, ancien chef de harka, fait honnêtement la part des choses : « Si l’on excepte les fonctionnaires et les militaires appelés, qui avaient la possibilité de se soustraire à l’autorité française en rejoignant la rébellion ou un pays étranger, le choix des autres Algériens résultait d’un engagement volontaire dont les motivations étaient très diverses : pression des notables et de l’armée française, attachement à l’ordre, francophilie, sévices du FLN, rivalités tribales et volonté de vengeance, désoeuvrement et besoin alimentaire, option politique ou idéologique, contrainte policière et retournement d’opinion. Il y eut, en gros, deux modes de recrutement : collectif dans les villages en autodéfense, puis individuel à partir de déserteurs du FLN ou de prisonniers « convertis », ces deux dernières catégories étant très minoritaires (de 4 % à 5 %) par rapport à la masse des engagements collectifs. Toutes ces motivations doivent être replacées dans le contexte du rapport des forces : en 1955-1956, les succès de l’Armée de libération nationale favorisaient sa montée en puissance, alors que ses échecs de 1957-1960 produisirent une croissance des effectifs musulmans dans le camp français, en même temps que l’hésitation des populations à prendre parti pour le FLN. » (Hommes et migrations - septembre 1990)

3) Combien étaient-ils ?

L’effectif des harkas proprement dites était de 28 000 hommes quand, en décembre 1958, le général Challe, devenu commandant en chef des troupes françaises, obtint l’autorisation d’en doubler le nombre. Les forces de l’ordre françaises comprenaient alors, globalement, 88 000 supplétifs musulmans.

Trois ans et demi plus tard, lors de la proclamation du cessez-le-feu, un rapport transmis à I’ONU évaluait le nombre des musulmans pro-français menacés à 263 000 hommes, soit 20 000 militaires de carrière, 40 000 militaires du contingent, 58 000 harkis, 20 000 moghaznis, 15 000 membres des GMPR et GMS, 60 000 membres de groupes civils d’autodéfense, 50 000 élus, anciens combattants, fonctionnaires.

4) Quel sort les accords d’Evian leur ont-ils réservé ?

Les accords d’Evian sont signés le 18 mars 1962. De Gaulle ayant ordonné à ses mandataires de conclure la paix rapidement et à tout prix, la France reconnaît le FLN comme représentant exclusif de la population d’ Algérie. Le chapitre II des accords, consacré à la « protection des droits et libertés des citoyens algériens de statut civil de droit commun ». n’évoque pas les musulmans pro-français qui se retrouvent sans aucune protection. Les harkis deviennent les « oubliés » de 1’histoire.

En fait, dès le mois de juillet 1961, l’accession de l’Algérie à l’indépendance ne faisant plus de doute depuis l’annonce du référendum d’autodétermination, l’armée française commence à licencier et à désarmer les harkis.

5) Combien ont trouvé refuge en France ?

Selon les statistiques officielles, le nombre total des rapatriés d’Algérie s’élevait, en septembre 1962, à 596 884 personnes, dont 21 000 musulmans et, parmi ces derniers, 12 500 harkis.

Le 29 juin 1962, à l’Assemblée nationale, le ministre d’Etat chargé des affaires algériennes, Louis Joxe, confirma publiquement l’existence des directives gouvernementales tendant à limiter le rapatriement en France des harkis et de leurs familles, favorisé, clandestinement, par certains officiers et sous-officiers choqués par l’abandon des supplétifs. Le ministre des affaires algériennes assuma la responsabilité d’une note en date du 25 mai 1962, stipulant notamment : « Les supplétifs débarqués en métropole en dehors du plan général de rapatriement seront renvoyés en Algérie [...]. Il conviendra d’éviter de donner la moindre publicité à cette mesure [...]. Les promoteurs et les complices de rapatriements prématurés seront l’objet de sanctions appropriées. »

6) Combien ont été victimes de représailles ?

Les chiffres avancés sur les massacres dont furent victimes, en représailles, les harkis et autres supplétifs qui ne trouvèrent pas refuge en France varient, selon les sources, de 30 000 à 150 000. L’un des documents les plus cités est un rapport adressé par le sous-préfet d’Akbou au vice-président du Conseil d’Etat en mai 1964 et dont l’auteur, dépositaire de nombreux témoignages, évaluait le bilan de ces tueries entre 1 000 et 2 000 victimes par arrondissement entre mars et décembre 1962, soit environ 100 000 morts en neuf mois.

Il n’existe ni bilan officiel ni certitudes, sinon celle que les harkis et leurs familles, coupables de « trahison » aux yeux des autres Algériens, ont été victimes d’atrocités en tout genre, avant même la proclamation de l’indépendance et jusqu’en 1964, sans que les autorités françaises n’interviennent et sans que l’opinion publique nationale ou internationale ne s’en émeuve. En 1965, la Croix-Rouge recensait encore 13 500 anciens supplétifs incarcérés en Algérie.

7) Pourquoi subsiste-t-il aujourd’hui un « problème harki » ?

Pendant une dizaine d’années, à partir de l’indépendance de l’ Algérie, les gouvernements successifs ont paré au plus pressé : loger dans d’anciens camps militaires (Larzac, Bias, Bourg-Lastic, Rivesaltes, etc.) ceux des anciens harkis et de leurs familles qui avaient réussi à se réfugier en France ; les nourrir, les employer. Il s’agissait, ensuite, d’aider à leur insertion sociale. Tous les secrétaires d’Etat aux rapatriés ont multiplié 1es promesses en ce sens, mais les structures administratives particulières créées à cet effet ont, en réalité, constitué des écrans supplémentaires, qui ont maintenu jusqu’à aujourd’hui cette communauté hors du droit commun en développant chez elle un besoin d’assistance d’autant plus vif qu’il s’enracinait dans un douloureux besoin de reconnaissance.


[1Le Monde - éditorial du 8 février 2001.

[2Claude Liauzu - Hommes et migrations - nov.déc. 2000.

[3dossier paru dans Le Monde,le 9 juin 2001

[4Alain Rollat [dossier paru dans Le Monde - Dossiers et Documents - octobre 1992.