les harkis et l’élection présidentielle

publié le 10 avril 2007 (modifié le 11 avril 2007)

La campagne électorale est l’occasion pour les candidats à l’élection présidentielle de revenir sur le problème des harkis. Différentes déclarations, différentes promesses ont été faites. Cela nous a incités à rencontrer deux responsables de l’association Harkis et droits de l’Homme [1], pour faire le point, à quinze jours du premier tour de l’élection.

La section de Toulon de la Ligue des droits de l’Homme a donc rencontré Fatima Besnaci-Lancou, présidente, ainsi qu’Amar Assas, porte-parole de l’association, et leur a posé quelques questions.

Vous trouverez ensuite un communiqué du PS en date du 10 avril, un extrait d’un discours de François Bayrou, puis une présentation des intentions de Nicolas Sarkozy à la date du 31 mars.

[Première publication le 9 avril, mise à jour le 10 avril 2007]
  • Avez-vous le sentiment que la société française commence à véritablement prendre conscience des problèmes des harkis ?

Bien entendu, nous rencontrons une plus grande disponibilité à nous entendre. C’est vrai, quand nous parlons du passé, du passé de nos parents, la plupart du temps nous sommes écoutés. Mais quand nous allons dans des établissements scolaires, mis à part des cas tout à fait exceptionnels (et d’autant plus remarquables), nous mesurons à quel point les jeunes Français sont mal informés et ignorent notre histoire et nos problèmes.

Bien souvent, à l’occasion de nos prises de parole, en public ou en privé, nos interlocuteurs nous manifestent leur compassion et affichent une réaction de « honte ». Mais combien de Français y a-t-il eu pour nous manifester leur solidarité lorsqu’un politicien du midi méditerranéen nous a traité de « sous-hommes » ? Remarquons au passage que les associations de rapatriés ne se sont pas non plus manifestées à cette occasion.

  • Quels sont les problèmes pour lesquels vous estimez qu’une solution doit être apportée dans l’urgence ?

Nous demandons tout d’abord une double reconnaissance :

  1. reconnaissance de l’abandon volontaire des harkis par les autorités françaises alors que leur devoir aurait été de les mettre à l’abri d’une violence inexcusable mais largement prévisible,
  2. reconnaissance du traitement discriminatoire qui a été réservé à ceux qui ont été transportés en France et regroupés dans des camps où ils ont vécu en parias.

Cette double reconnaissance est pour nous un préalable non négociable. Et nous ne pouvons pas nous contenter de déclarations floues ou de promesses qui, chacun le sait, « n’engagent que ceux qui y croient ».

Ensuite, nous demandons que soit mis fin à la gestion « coloniale » du dossier des harkis, en dissociant le traitement de leurs problèmes de ceux des Pieds-noirs. A-t-on oublié que l’association Harkis et droits de l’Homme a été l’une des toutes premières à protester contre la reconnaissance du « rôle positif de la présence française outre-mer, notamment en Afrique du Nord », par la loi du 23 février 2005 ? De plus, des associations de rapatriés ont trop souvent mis en avant des demandes des harkis pour faire passer leurs propres revendications mémorielles ou matérielles.

Un autre problème est pour nous très important, mais nous sommes conscients du fait qu’il ne concerne pas que la France : que soit respectée la libre circulation des harkis et de leurs familles entre les deux rives de la Méditerranée, et que les autorités algériennes ne fassent pas obstacle aux demandes de ceux d’entre nous qui souhaitent trouver une sépulture dans la terre de leurs ancêtres. Il faut également que la France entende les demandes des familles de harkis massacrés qui sont restées en Algérie après 1962.

  • Avez-vous l’impression que vos demandes sont prises en compte par les candidats à l’élection présidentielle ?

Elles sont prises en compte mais de façon partielle. Par exemple, sauf erreur de notre part, le second point de notre « préalable » n’a été repris par aucun candidat. Attendons encore quelques jours avant de nous prononcer, en espérant que d’ici là les candidats préciseront leurs intentions.

  • A propos de la loi du 23 février 2005, le Conseil d’Etat vient de prendre une décision importante ...

Effectivement, le Conseil d’Etat vient de déclarer contraires à la Convention européenne des droits de l’Homme les articles 6 et 9 de la loi du 23 février 2005. Il a annulé des décrets et des circulaires d’application... C’est une décision importante, une victoire de l’association Harkis et Vérité [2]. Laissez-nous un peu de temps pour en mesurer toutes les implications. Mais on peut prévoir dès maintenant que le Parlement sera amené à réexaminer le « dossier harkis ».

  • Votre espoir ?

Que les partis politiques se saisissent de l’opportunité historique qui se présente aujourd’hui de faire le geste que nous attendons d’eux.

[Propos recueillis le 9 avril 2007.]

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COMMUNIQUE DU PARTI SOCIALISTE

Le 10 avril 2007




François HOLLANDE a reçu ce jour, le 10 avril, plusieurs associations représentantes de Harkis. Après un large tour d’horizon, d’un commun accord et dans la continuité des engagements pris par Ségolène Royal, le Parti socialiste reconnaît la responsabilité de
l’abandon volontaire des Harkis par le gouvernement français en 1962.

La nouvelle majorité adoptera un texte sur cette reconnaissance explicite. Le Parti socialiste ne saurait avoir, s’il accède à la direction du pays, une position différente de celle qu’il a dans l’opposition.

En effet, le groupe socialiste à l’Assemblée nationale avait déposé un amendement à la loi de février 2005 reconnaissant cet abandon. Cet amendement n’avait pas été accepté par la majorité UMP/UDF.

François Bayrou : ils ont été doublement victimes

[extrait du discours d’Agen, le 9 avril 2007 [3] ]

« Je me souviens de Camus, probablement un des plus grands écrivains de notre temps. Il disait : « Je comprends tout ce qui est en train de se jouer. Je comprends l’aspiration à l’indépendance, mais, en Algérie, il y a ma mère et je ne peux pas oublier ma mère. » Ceci, cette immense crise qui a secoué la France, cela a été aussi une fracture. Cela a été difficile à réparer et, dans beaucoup d’esprits, dans beaucoup de familles et chez beaucoup de ceux qui l’ont vécue, ce n’est pas encore cicatrisé.

« On a vécu toutes ces crises-là. Ce n’est pas cicatrisé chez les Harkis. Il y en a beaucoup dans le Lot-et-Garonne. Ils ont vécu, ces femmes et ces hommes, le pire de l’histoire. Ils ont été doublement victimes, ils ont eu la double peine. Ils ont été victimes, parce qu’ils ont été regardés comme des traîtres dans leurs pays et comme des immigrés dans le nôtre.

« Double peine… Je dis cela souvent. J’ai dit cela, un soir, à Le Pen sur un plateau. Quand vous excitez ainsi des sentiments anti-immigration, oh, il n’y a pas de mal à les faire flamber. C’est tellement plus facile de faire flamber les sentiments de détestation que les sentiments de compréhension, mais vous ne vous rendez pas compte que, avec ce type de sentiment, évidemment, personne, dans une rue, sur un trottoir de France, ne fait la différence entre un algérien qui nous a rejoints et un harki qui a donné sa vie pour nous. »



Nicolas Sarkozy promet aux harkis reconnaissance et aide [4]

PARIS [Reuters 31.03.2007 ] - Nicolas Sarkozy a promis aux anciens supplétifs musulmans de l’armée française en Algérie, les harkis, et à leurs familles de reconnaître la responsabilité de l’Etat français dans le sort douloureux qui a été le leur.

Le candidat de l’UMP à l’élection présidentielle, qui n’a de cesse de fustiger la « repentance systématique » qui « nourrit la honte d’être français », a fait exception devant une centaine de représentants de harkis reçus à son QG de campagne.

« Je veux rendre hommage aux soldats que vous fûtes. Des soldats qui ont combattu dans l’armée française contre la rébellion indépendantiste de 1954 à 1962 », a-t-il dit. « La nation a un devoir moral envers vous. »

« Si je suis élu président de la République, je veux reconnaître officiellement la responsabilité de la France dans l’abandon et le massacre de harkis », a-t-il ajouté, répondant ainsi à une des principales revendications de cette communauté.

Nicolas Sarkozy a rappelé que 60.000 musulmans français avait été massacrés entre les accords d’Evian de mars 1962, qui mirent fin à la guerre proprement dite, et l’indépendance algérienne, en juillet 1962.

Il a également rappelé que seulement 10% du million de harkis qui s’étaient placés sous la protection de l’armée française avaient pu s’établir en France entre 1962 et 1968.

« Je le dis : la France, en quittant le sol algérien, n’a pas su empêcher les massacres (...) Les harkis ne sauraient demeurer les oubliés d’une histoire enfouie. Ils doivent désormais prendre toute leur place dans notre mémoire », a-t-il ajouté.

Nicolas Sarkozy s’est engagé à créer, s’il est élu, une « fondation pour la mémoire sur la guerre d’Algérie », qui serait dirigée par des rapatriés et participerait au financement d’événements, d’ouvrages et de films et à la promotion des harkis et de leurs enfants.

[1Le site de l’association Harkis et droits de l’Homme : http://www.harki.net/.

[2Voir le site de Harkis et Vérité : http://www.harkisetverite.info/.